Saint Grégoire de Tours (Archevêque)
Archevêque de Tours
Résumé
Né à Clermont en 539 dans une famille illustre, Grégoire devint archevêque de Tours en 573. Grand défenseur des libertés ecclésiastiques face aux rois mérovingiens, il est surtout célèbre pour son 'Histoire des Francs'. Il mourut en 595 après une vie marquée par l'humilité, le zèle pastoral et de nombreux miracles.
Biographie
SAINT GRÉGOIRE, ARCHEVÊQUE DE TOURS
L'humilité est la reine des vertus, comme l'orgueil est le roi des vices. Saint Bonaventure.
Tout ce qui peut rendre une famille illustre et glorieuse s'est trouvé heureusement réuni dans celle de saint Grégoire de Tours : la sainteté, la noblesse, les hautes dignités et l'honneur de la science et de l'érudition. Léocadie, son aïeule paternelle, descendait de Vettius Epagathus, martyr de Lyon. Son père, Florent, était sénateur; et sa mère Armentaire, était petite-fille de saint Grégoire qui, ayant renoncé au monde, était devenu évêque de Langres. Grégoire vit le jour à Clermont le 30 novembre 539. À l'âge de cinq ans, il fut mis sous la conduite de saint Gall, son oncle paternel, évêque de Clermont, qui en prit un soin particulier. Il était, dès ce temps-là, si agréable à Dieu que le grand saint Nizier, archevêque de Lyon, son parent, le regardait comme un saint et un prédestiné. Il mérita même, dès son jeune âge, de guérir deux fois son père, par miracle, des douleurs violentes de la goutte et d'autres maux dont il était tourmenté : une fois, en mettant sous le chevet de son lit une tablette où était écrit le nom de Jésus, et une autre fois, à l'exemple de l'ange Raphaël, dans le livre de Tobie, par l'odeur du foie d'un poisson qu'il fit rôtir. Ces deux moyens lui avaient auparavant été révélés en songe par le ministère d'un ange. Étant lui-même tombé malade, il se fit porter au tombeau de saint Allyre, ancien évêque de Clermont, pour y être guéri. Il ne le fut pas la première fois; mais la seconde, ayant promis d'entrer dans l'Église s'il recouvrait la santé, il la recouvra parfaitement. Il exécuta aussitôt son vœu et, renonçant à toutes les espérances du monde, il prit Dieu seul pour sa portion et son héritage.
En 569, âgé de trente ans, il reçut le diaconat des mains de Cautin, successeur de saint Gall; à Cautin succéda saint Avite, sous lequel Grégoire continua ses études.
Un bourgeois de Clermont ayant apporté de Tours un morceau de bois du tombeau de saint Martin et ne le gardant pas dans sa maison avec la révérence convenable, tous ses domestiques tombèrent malades. Il eut recours à Dieu pour en savoir la cause, et une personne d'un visage indigné lui apparut en songe et lui dit que la cause de ses maladies était le peu de respect qu'il portait au morceau du tombeau de ce saint évêque; mais qu'il eût à le mettre entre les mains du diacre Grégoire, qui était digne de le conserver, et que ce fléau de sa maison cesserait. Il le fit et il vit bientôt l'heureux accomplissement de cette promesse. Il y avait alors en Auvergne beaucoup de religieux d'une vie pénitente et fort exemplaire. Notre Saint les visitait souvent et, par leur conversation, il se dégoûta entièrement du monde et prit le généreux dessein de s'appliquer uniquement à sa propre sanctification. Ses prières continuelles et ses grandes austérités altérèrent tellement sa santé qu'il tomba dans une maladie violente qui fit désespérer de sa vie, mais, s'étant fait transporter à Tours, au tombeau du même saint Martin, à qui il avait une confiance singulière, il y reçut une parfaite guérison. La même chose lui arriva encore tant d'autres fois qu'on eût dit qu'il ne tenait la vie que de ce grand Saint.
Ses fréquents voyages servirent à le faire connaître tellement que, après la mort d'Euphrone (4 août 573), on jeta les yeux sur lui pour le mettre à sa place. Il résista autant qu'il put à son élection; mais l'autorité du roi Sigebert et de la reine Brunehaut le contraignit à plier les épaules sous ce fardeau. Il trouva dans son diocèse les églises ruinées, les mœurs des chrétiens corrompues et la discipline régulière extrêmement altérée par le malheur des guerres qui avaient désolé tout le pays. Il fit paraître un zèle merveilleux pour remédier à tous ces désordres et, nonobstant les obstacles qu'il trouva d'abord à ses bons desseins, il ne laissa pas d'en venir heureusement à bout. Il fit réparer son église cathédrale, fondée autrefois par saint Martin, et en fit bâtir d'autres tout à neuf. Il corrigea un grand nombre d'abus qui s'étaient glissés parmi le peuple, et réforma son clergé qui ne vivait pas dans une retenue et une modestie convenables à des ministres de Jésus-Christ. Il avait le don du discernement des esprits dont il se servait utilement pour délivrer ses ouailles de leurs maladies spirituelles; sur quoi on rapporte que, ayant découvert à deux religieux, Sénéch et Liobard, qui sont reconnus pour saints, leurs plus secrètes pensées, il les guérit d'une vanité dangereuse qu'ils entretenaient dans leur cœur sans la bien connaître. Il secouait les pauvres plutôt selon la grandeur de sa charité, qui était sans bornes, que selon la force de son bien et du revenu de son évêché. Il soutenait avec un courage intrépide les immunités ecclésiastiques et le droit d'asile des temples sacrés contre les plus grands seigneurs et contre les rois mêmes. Et par cette fermeté, il ne voulut jamais livrer à Chilpéric, roi de France, son fils Mérovée, qui s'était réfugié au pied de l'autel de Saint-Martin. Et le duc Bladaste avec Badachaire, comte de Bordeaux, ayant eu recours au même asile, il fut trouver le roi Gontran pour obtenir leur pardon; mais, lorsqu'il eut été refusé, il dit généreusement à ce prince: « Puisque vous ne voulez pas, Sire, m'accorder ce que je vous demande, que souhaitez-vous que je réponde à mon seigneur qui m'a envoyé vers vous? » — « Et qui est ce seigneur? » répliqua le roi. — « C'est le glorieux saint Martin», lui dit Grégoire en souriant, « il a pris ces deux princes sous sa protection, et lui-même vous demande leur grâce ». Ces paroles touchèrent tellement Gontran qu'il leur pardonna et leur fit rendre leurs biens qu'il avait déjà confisqués.
Cet excellent prélat ne montra pas moins de constance dans un synode tenu à Paris (577) contre saint Prétextat, archevêque de Rouen, qui avait pour partie adverse Chilpéric même et la reine Frédégonde ; car les autres prélats, n'osant pas parler en faveur de l'accusé, de peur de déplaire à la cour, Grégoire eut le courage d'exhorter ceux qui étaient les mieux venus auprès du roi, à lui persuader de se départir de cette affaire qui ne ferait que lui attirer le blâme des hommes, aussi bien que la colère et les justes vengeances de Dieu ; et comme Chilpéric le fit appeler devant lui pour se plaindre de ce qu'il soutenait un évêque qui lui était désagréable, il lui fit cette excellente réponse : « Si quelqu'un de vos sujets s'écarte de son devoir et commet quelque injustice, vous êtes au-dessus de lui pour le châtier ; mais si vous-même vous vous éloignez du droit sentier de la justice, il n'y a personne qui ait le droit de vous punir. Nous donc, à qui Dieu a commis le soin des âmes, nous prenons alors la liberté de vous en faire de très-humbles remontrances, et vous nous écoutez si vous voulez ; que, si vous ne nous écoutez pas, vous aurez à répondre à un souverain juge qui, étant le maître absolu des rois, vous traitera selon vos mérites ».
Ce discours néanmoins n'empêcha pas la condamnation de Prétextat. Mais comme Frédégonde connut par là la vigueur épiscopale de notre saint prélat, elle fit ce qu'elle put par des promesses et des menaces pour l'attirer dans ses intérêts. Il fut insensible aux uns et aux autres, et, dans l'état déplorable où la France était alors, troublée par les démêlés de quatre rois, et presque ruinée par les cruautés de deux reines ambitieuses, il sut se maintenir inviolablement dans la défense de la vérité et de la justice. Il éprouva néanmoins combien il était dangereux de déplaire à Frédégonde ; car, trois ans après l'affaire de saint Prétextat, elle le fit citer devant un synode que l'on tenait à Brenni, près de Compiègne, sous prétexte qu'il avait mal parlé d'elle. Mais, n'y ayant aucune preuve contre lui, et son serment le purgeant entièrement, il fut renvoyé absous, et celui qui l'avait accusé fut excommunié comme calomniateur.
L'an 594 il fit le voyage de Rome pour visiter les tombeaux des saints Apôtres. Saint Grégoire le Grand, qui était nouvellement élu pape, le reçut avec beaucoup d'honneurs ; cependant, le voyant de très-petite taille, il admirait que Dieu eût enfermé une si belle âme et tant de grâces dans un si petit corps. L'évêque connut par révélation cette pensée, et lui dit : « Le Seigneur nous a faits, et nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes, mais il est le même dans les petits que dans les grands ». Le Pape fut étonné de voir qu'il eût pénétré le secret de son cœur, et depuis il l'honora comme un Saint, lui donna une chaîne d'or, pour mettre dans son église de Tours, et accorda en sa faveur de beaux privilèges à la même église.
Il a fait durant sa vie un très-grand nombre de miracles et de guérisons surnaturelles ; mais, comme il était extrêmement humble, pour cacher la grâce des guérisons dont Dieu l'avait favorisé, il appliquait toujours sur les malades qu'il voulait guérir les reliques qu'il portait sur lui. Il a aussi reçu de la bonté de Dieu des faveurs et des assistances tout à fait extraordinaires. Des voleurs étant venus pour le maltraiter, ils furent contraints de s'enfuir par une terreur panique dont ils furent saisis. Un orage, accompagné d'éclairs et de tonnerres, s'étant élevé en l'air tandis qu'il était en voyage, il ne fit que lui opposer son reliquaire, et il se dissipa en un moment. Dans la même occasion, ce miracle lui ayant donné quelque vaine joie et quelque sorte de complaisance, il tomba aussitôt de cheval et apprit par là à étouffer dans son cœur les plus petits sentiments d'orgueil. Étant un jour de Noël, le matin, dans un grand assoupissement pour avoir veillé toute la nuit, une personne lui apparut en songe et le réveilla par trois fois, lui disant à la troisième fois, par allusion à son nom de Grégoire, qui signifie vigilant : « Dormirez-vous toujours, vous qui devez éveiller les autres ? » Enfin, sa vie a été remplie de tant de merveilles, qu'il faudrait un volume entier pour les rapporter.
Depuis son retour de Rome, il s'appliqua plus que jamais à la visite de son diocèse, à la correction et à la sanctification des âmes qui lui étaient commises, à la prédication de la parole de Dieu et à toutes les autres fonctions d'un bon évêque. Ce fut dans ces exercices qu'il acheva le cours de sa vie, étant seulement âgé de cinquante-six ans, le 17 novembre de l'année 595, qui était la vingt et unième de son épiscopat. L'humilité qu'il avait pratiquée pendant sa vie parut encore après son décès, par le choix qu'il fit de sa sépulture.
Saint Grégoire est représenté : 1° la main appuyée sur plusieurs volumes de ses ouvrages ; 2° ayant à ses pieds un poisson monstrueux, servant à rappeler la guérison miraculeuse de la cécité dont son père était affligé ; 3° à genoux, tenant une crosse et un livre.
[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES. — SES ÉCRITS.]
Saint Grégoire fut inhumé, selon son désir, au bas du tombeau de saint Martin, afin d'être continuellement foulé aux pieds de ceux qui viendraient honorer ce sépulcre sacré ; mais les habitants de Tours le tirèrent de cet endroit, et lui firent bâtir un monument magnifique à côté de celui de ce grand Saint dont il avait si fidèlement imité les vertus. Son corps y est demeuré jusqu'en l'année 1562, époque où il en fut tiré par les Calvinistes, pour être sacrifié à leur fureur, comme tous les autres corps saints de la même ville. La mémoire de saint Grégoire a toujours été très-vénérée à Tours, où les Minimes lui ont dédié leur couvent.
Ce saint évêque a laissé à la postérité un grand nombre d'ouvrages consacrés à l'instruction des fidèles et à la gloire des Saints : 1° l'Histoire des Francs, divisée en dix livres, jusqu'à l'année 591 ; 2° un livre de la Gloire des Martyrs, où il fait connaître la perfection de la foi par l'exemple de ceux qui en ont une parfaite ; 3° le livre de la Passion, des vertus et de la gloire de saint Julien de Brioude ; 4° le livre de la Gloire des Confesseurs ; 5° quatre livres des Miracles de saint Martin ; 6° les Vies des Pères ; 7° un Commentaire sur les Psaumes, dont il ne reste que trois fragments ; 8° un Traité des offices de l'Église, qui n'est pas parvenu jusqu'à nous.
L'Histoire des Francs a été éditée d'une manière parfaite en 1836-1841, à Paris, par J. Guadet et N. R. Taranne, avec une traduction française en regard, et avec des notes et des observations. M. Henri Bordier a fait paraître une traduction nouvelle de l'Histoire ecclésiastique des Francs, chez Didot, Paris, 1860. Elle est suivie d'un sommaire des autres ouvrages de saint Grégoire, précédée de sa Vie écrite au X° siècle, par Odon, abbé de Cluny. En 1827, il avait publié chez Jules Renouard les livres des Miracles et autres opuscules de Grégoire de Tours, revus et collationnés sur de nouveaux manuscrits.
Nous nous sommes servi, pour revoir et compléter le Père Giry, de la Vie des Saints de l'Église de Poitiers, par M. l'abbé Auber ; de l'Histoire des Auteurs sacrés et ecclésiastiques, par Dom Cullier, et de l'Histoire littéraire de la France, par Dom Rivet.
VIES DES SAINTS. — TOME XIII.
17 NOVEMBRE.
Événements marquants
- Naissance à Clermont en 539
- Éducation par saint Gall et saint Avite
- Guérison miraculeuse au tombeau de saint Martin
- Ordination au diaconat en 569
- Élection à l'épiscopat de Tours en 573
- Défense de saint Prétextat au synode de Paris en 577
- Comparution au synode de Brenni face à Frédégonde
- Voyage à Rome et rencontre avec le pape Grégoire le Grand en 594
- Mort après 21 ans d'épiscopat
Miracles
- Guérison de son père par le nom de Jésus et le foie d'un poisson
- Guérison personnelle au tombeau de saint Martin
- Dissipation d'un orage par son reliquaire
- Don de discernement des esprits
- Lecture des pensées du pape Grégoire le Grand
Citations
Le Seigneur nous a faits, et nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes, mais il est le même dans les petits que dans les grands
Si vous-même vous vous éloignez du droit sentier de la justice, il n'y a personne qui ait le droit de vous punir... vous aurez à répondre à un souverain juge