Saint Grégoire VII (Hildebrand)
Pape
Résumé
Moine de Cluny devenu Pape au XIe siècle, Grégoire VII consacra son pontificat à réformer l'Église et à l'affranchir de la tutelle des princes. Sa lutte contre la simonie et l'empereur Henri IV marqua l'histoire, notamment par l'épisode de Canosse. Il mourut en exil à Salerne, affirmant avoir aimé la justice et haï l'iniquité.
Biographie
SAINT GRÉGOIRE VII, PAPE
Éloignez de vous toute prévarication; faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau.
Exéch., XVIII, 31.
Notre-Seigneur a promis de veiller sur son Église; lorsqu'on croit qu'elle va tomber, il ne permet même pas qu'elle penche dans les siècles des siècles; il l'a fixée sur une base immuable, sur saint Pierre et ses successeurs, et cette pierre est immuable parce qu'elle tient à la roche éternelle de la divinité. Nous allons avoir un témoignage éclatant de cette vérité dans la vie de saint Grégoire VII. Tout, dans le XIe siècle, semblait se conjurer pour ébranler l'édifice de l'Église jusque dans ses fondements: les empereurs d'Allemagne, par une violence plus funeste que celle des persécuteurs des premiers siècles, prétendaient élire les successeurs de saint Pierre, les vicaires de Jésus-Christ. Ils vendaient les dignités ecclésiastiques à l'encan, ou les donnaient à d'indignes favoris. D'autres princes chrétiens suivaient ces tristes exemples; un grand nombre d'évêques avaient acheté leurs évêchés, oubliant l'exemple de Notre-Seigneur qui, bien que Fils de Dieu, ne s'arrogea point d'autre mission que celle qu'il tenait de son Père; ils s'enrichissaient de la laine du troupeau sans avoir soin de le mener dans les pâturages du Seigneur; au lieu d'écarter de lui la contagion des mauvaises mœurs, ils la lui donnaient eux-mêmes. Notre Saint fut choisi dans les décrets de la Providence pour appliquer le remède à un si grand mal.
Il s'appelait Hildebrand; suivant Brunon, évêque de Segni, et Hugues de Flavigny, deux auteurs contemporains, il était né dans la capitale du monde chrétien d'une famille qu'on a cru être celle des Aldobrandini, à cause de
25 MAI.
la ressemblance du nom; d'autres le disent fils d'un charpentier de Soano, en Toscane: cette dernière opinion est la plus probable. L'art populaire s'est plu à le représenter encore enfant dans l'atelier de son père, traçant avec des copeaux et de la sciure de bois, ces mots qui étaient le présage de sa grandeur future: *Dominabitur a mari usque ad mare*. — « Il dominera d'une mer à l'autre ». Il fut élevé, dans son enfance, par son oncle maternel, abbé du monastère de Sainte-Marie, au mont Aventin. Il eut ensuite pour maître dans les sciences, Laurent, archevêque d'Amalfi, homme d'une sainte vie et fort instruit dans les langues grecque et latine, puis l'archiprêtre Jean Gratien, qui fut Pape sous le nom de Grégoire VI. Ce dernier, ayant abdiqué le souverain Pontificat, pria notre Saint de l'accompagner en Allemagne; ils visitèrent ensuite ensemble le monastère de Cluny, alors un des plus célèbres du monde, où Hildebrand, charmé de la sainteté de saint Hugues et de saint Odilon, embrassa la vie monastique. Ce fut, pour la communauté, pendant sept ans, un modèle de régularité et de ferveur; il devint même prieur, et sa réputation sortant de l'enceinte du monastère, il passa quelque temps à la cour de Henri III; ce prince disait n'avoir jamais entendu personne prêcher la parole de Dieu avec tant d'assurance; les meilleurs évêques admiraient ses discours. Celui de Toul, qui venait d'être élu Pape dans la diète de Worms, sur la proposition de l'empereur Henri III, invita notre Saint à l'accompagner à Rome; il refusa d'abord, blâmant l'évêque de Toul d'avoir accepté de l'empereur, son parent, une dignité qu'il ne devait tenir que du clergé et du peuple romain; mais, le voyant prêt à retourner à son évêché, il admira ses dispositions humbles et soumises, et l'engagea à continuer sa route à condition que, à son arrivée à Rome, il ferait ratifier son élection; il l'y suivit (1049) et devint, dès lors, le compagnon inséparable, le bras droit et l'âme de toutes les entreprises de ce saint Pape, qui régna si glorieusement dans l'Église, sous le nom de Léon IX. Promu cardinal sous-diacre de l'Église romaine et nommé supérieur du monastère de Saint-Paul, Hildebrand fit disparaître les abus qui s'étaient introduits dans la communauté, remit en vigueur l'observation de la Règle, et sut faire de ses religieux les dignes frères de ceux de Cluny. On avait déjà une telle confiance en ses lumières et en sa vertu que, après la mort de Léon IX, le clergé et le peuple de Rome l'envoyèrent à la tête d'une ambassade à l'empereur, avec plein pouvoir d'élire un souverain Pontife.
Il choisit Guebehard, évêque d'Eichstaedt, parent de l'empereur, il le choisit malgré l'empereur et malgré l'évêque lui-même, qui prit le nom de Victor II, soit que Dieu l'eût éclairé sur ce choix, soit qu'il eût de lui-même reconnu le pilote qui convenait à la barque de saint Pierre, pour ces époques de tempêtes. Ce nouveau Pontife, poursuivant la guerre irréconciliable que son prédécesseur avait déclarée à la simonie, en donna, pour ainsi dire,
SAINT GRÉGOIRE VII, PAPE. 457
la mission à Hildebrand. Comme l'ennemi qu'il fallait vaincre avait surtout envahi la Bourgogne et l'Italie, notre Saint tint un concile à Lyon, pour y déposer les évêques convaincus d'avoir acheté leur siège : l'évêque du lieu était lui-même coupable de ce crime; le légat, l'ayant fait comparaître, le presse de reconnaître humblement sa faute; le coupable, se voyant dans sa propre ville et soutenu par le comte du pays, ne répond que par le mépris; mais il s'aperçoit bientôt qu'on pense sérieusement à le juger selon la rigueur des canons; alors il nie hardiment ce dont on l'accuse : l'affaire est remise au lendemain; notre simoniaque, qui n'ignore pas qu'il a affaire à une sévérité inflexible, croit y échapper en corrompant, pendant la nuit, à prix d'argent, et les accusateurs et les témoins. Lorsque ses batteries sont ainsi dressées, il se présente au concile et demande fièrement : « Où sont mes accusateurs? qu'il paraisse, celui qui veut me condamner! » Tous gardent le silence. Notre Saint, jetant un profond soupir et s'étant consulté avec les Pères du concile, lui dit : « Croyez-vous que le Saint-Esprit, dont vous êtes accusé d'avoir acheté le don, soit de même substance que le Père et le Fils? » L'évêque répondit : « Je le crois ». — « Dites alors », continue le légat, « gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit ». Le simoniaque, l'hypocrite commence, mais il ne peut jamais nommer le Saint-Esprit, quoiqu'il essaie jusqu'à trois fois. Il se jette alors aux pieds de son juge, convaincu par le miracle, touché par la grâce; il avoue son crime, il est déposé, et aussitôt il achève sans peine le Gloria Patri.
Étienne IX, qui succéda à Victor II sur la chaire de saint Pierre, n'avait pas une moindre confiance en notre Saint; comme il l'avait envoyé en Allemagne, pour des affaires d'État, il ordonna très-expressément aux évêques, au clergé et au peuple romain, rassemblés dans l'église, que, s'il venait à mourir, on laisserait vaquer le Saint-Siège jusqu'au retour d'Hildebrand, pour n'en disposer que par son conseil. Ce Pontife mourut en effet peu de temps après, et l'on attendit le retour du saint ambassadeur, quoique les factieux eussent fait un anti-pape dans l'intervalle. Il choisit Gérard, évêque de Florence, qui prit le nom de Nicolas II et ne vécut sous la tiare que jusqu'en 1061. Son successeur, Alexandre II, travailla comme ses prédécesseurs, avec notre Saint, à affranchir l'Église de la puissance temporelle, à faire fleurir la discipline et à guérir la hideuse plaie dont nous avons déjà parlé : « la simonie ». A sa mort, on lui élut sur-le-champ un successeur; voici le décret de cette élection :
nom du magicien Simon : on sait que celui-ci offrit de l'argent aux Apôtres, pour les dons du Saint-Esprit. Cette poste s'était propagée à cette époque d'une manière effrayante et avait gagné principalement les empereurs et les rois. Cette infâme véludité avait jeté des racines si profondes, que, malgré les efforts et les anathèmes des Papes, Ferdinand d'Aragon ne rougit pas de vendre le diocèse de Tarente, pour la somme de trente mille ducats, à un juif, qui faisait passer son fils pour chrétien. C'est ainsi qu'il donna à ses chasseurs et à d'autres des abbayes et des bénéfices, à condition qu'ils entretiennent un certain nombre de chicos et d'oiseaux de leurre pour ses plaisirs de chasse.
L'empereur Henri III, dans un synode tenu à Constance, en 1047, parla avec énergie contre ce désordre, et dit à ceux qui étaient présents : « Vous qui devriez répandre les bénédictions, vous êtes pervertis par l'avarice et la cupidité, également dignes d'anathème, parce que vous donnez et parce que vous recevez. Mon père aussi, dont le salut me cause beaucoup d'inquiétude, n'exerçait que trop ce trafic coupable. C'est pourquoi celui d'entre vous qui se souille d'une pareille tache doit être exclu du saint secrétaire; car une telle injustice appelle sur les hommes la famine, la mortalité et la guerre ». Voigt, p. 9.
Pierre Damien dépeint, dans les deux strophes suivantes, ce désordre d'une manière assez palpable :
| Cedant equi phalerati, | Ad bene Simonis leproscen | | Cedant enot raboim, | Excerate lueresio, | | Cedant canes venateres | Sacerdatum simul atque | | Ac minorum fabuim | Sectus adulterit, | | Et accipitres rapaces | Lalcorum dominatus | | Noc non aves garrulm. | Cedat ab ecclesila. |
25 MAI.
« Notre-Seigneur Jésus-Christ régnant, l'an de la miséricordieuse Incarnation 1053, indiction et Lune onzième, le dix des calendes de mai, la seconde série, le jour de la sépulture du seigneur Alexandre II, pape, d'heureuse mémoire, afin que la chaire apostolique ne soit pas longtemps en deuil, privée d'un pasteur capable, nous cardinaux, clercs, acolytes, sous-diacres, diacres, prêtres de la sainte Église romaine, catholique et apostolique, assemblés dans la basilique de Saint-Pierre-aux-Liens, du consentement des vénérables évêques, abbés, curés et moines ici présents, aux acclamations d'une foule considérable des deux sexes et de rangs divers, nous nous élisons pour pasteur et souverain Pontife l'homme religieux versé dans l'une et l'autre science, amateur accompli de l'équité et de la justice, intrépide dans l'adversité, modéré dans la prospérité, et, suivant la parole de l'Apôtre, orné de bonnes mœurs, pudique, sobre, chaste, hospitalier, gouvernant bien sa maison, élevé et instruit d'une manière distinguée, depuis sa première enfance dans le sein de cette mère Église, et pour son mérite promu jusqu'à ce jour à l'honneur de l'archidiaconat; en un mot, l'archidiacre Hildebrand, que nous voulons et approuvons être à jamais, sous le nom de Grégoire, pape et apostolique, etc... »
Avant et après ce décret, le clergé et le peuple criaient dans l'église : « Saint Pierre a élu l'archidiacre Hildebrand! saint Pierre a élu le pape Grégoire! »
Dès que notre Saint fut devenu le père de tous les fidèles, il veilla sur tous avec un soin paternel; aucun coin de la terre n'échappa à son regard, à son amour, à son gouvernement aussi sévère que juste; il consacra sa vie entière à exécuter le plan de ses prédécesseurs, qui était d'amener les rois, les princes, les évêques, les prêtres à la pratique de leur devoir pour la gloire de Dieu et le salut des âmes confiées à leur zèle. La plupart de ces fils, de ces frères bien-aimés, demandaient ou du moins recevaient avec docilité les conseils que Notre-Seigneur leur donnait par la bouche de son vicaire.
Nous ne citerons que quelques exemples de ces relations amicales, pour donner une idée de ce qu'était la famille chrétienne à cette époque : le saint roi Canut, de Danemark, ayant fait demander des conseils à notre Saint, en reçut la lettre suivante :
« Nous félicitons avec une charité sincère votre dilection, de ce qu'étant placé aux extrémités de la terre, vous recherchez néanmoins avec zèle tout ce qui intéresse l'honneur de la religion chrétienne, et de ce que, reconnaissant l'Église romaine pour votre mère et pour celle de tout le monde, vous réclamez ses instructions et ses conseils. Nous voulons et nous vous recommandons que votre dévotion persévère dans cet empressement et ces désirs, qu'elle y croisse avec la grâce divine, qu'elle ne se relâche jamais de ce bon dessein, mais que chaque jour elle se rende capable de quelque chose de meilleur, comme il convient à un homme sage et à la constance d'un roi; car votre excellence doit considérer que, plus elle est élevée et domine au-dessus du grand nombre, plus elle peut, par son exemple, ou incliner ses sujets au mal, ce qu'à Dieu ne plaise, ou ramener au bien des lâches mêmes; votre prudence doit considérer encore les joies de cette vie temporelle, combien elles sont caduques, combien elles sont fugitives, et, pût-on espérer la vie la plus longue, combien elles sont sujettes à être troublées par des adversités imprévues. Il faut donc vous appliquer par-dessus tout à diriger vos pas et vos intentions vers les choses qui ne passent pas et qui n'abandonnent pas celui qui les possède. Nous serions fort aise qu'un
SAINT GRÉGOIRE VII, PAPE. 459
homme prudent d'entre vos clercs vint à nous, pour nous faire connaître les mœurs de votre nation et vous rapporter avec plus d'intelligence les instructions et les mandements du Siège apostolique ».
La pauvre Norwège, qui se trouve aujourd'hui dans les ténèbres et des glaces plus funestes à l'âme que celles que redoutent les corps, savait bien alors, malgré la distance, se rapprocher du foyer de la lumière et de la chaleur, et le saint Pape était loin d'oublier ce troupeau lointain; il écrivit au roi Olaüs :
« Assis sur la chaire apostolique, nous sommes d'autant plus obligés à prendre soin de vous, qu'étant à l'extrémité de la terre, vous avez moins de commodité d'être instruit et fortifié dans la religion chrétienne. C'est pourquoi nous désirons, si nous le pouvions, vous envoyer quelques-uns de nos frères; mais comme c'est très-difficile, tant à cause de l'éloignement que de la différence des langues, nous vous prions, comme nous avons mandé au roi de Danemark, d'envoyer à la cour apostolique des jeunes gens de la noblesse de votre pays, afin qu'étant instruits de la loi de Dieu, sous la protection des saints apôtres Pierre et Paul, ils puissent vous reporter les ordres du Saint-Siège, et cultiver utilement chez vous la religion. Du reste, pensez toujours à l'espérance de votre vocation, et soyez attentifs à ce que dit le Seigneur dans l'Évangile : Ils viendront de l'Orient et de l'Occident, et s'assoiront au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux; ne tardez pas, courez, hâtez-vous. Vous êtes des derniers confins; mais si vous courez, si vous vous hâtez, vous serez associés dans le royaume aux premiers ancêtres. Que votre course soit la foi, la charité et le désir! votre carrière, de méditer combien la gloire de ce monde est caduque, et de vous convaincre qu'elle doit être envisagée avec amertume plutôt qu'avec délice; l'usage de votre puissance, de secourir les opprimés, de défendre les veuves, de venger les pupilles, enfin non-seulement d'aimer la justice, mais encore de la soutenir de toutes vos forces. C'est par cette voie, avec ce trésor et ces richesses, qu'on parvient du royaume terrestre au céleste; de la joie passagère à la joie éternelle, de la gloire fragile à la gloire qui demeure toujours ».
Notre Saint finissait presque toutes ses lettres de la même sorte, rappelant aux grands la brièveté de la vie et la récompense éternelle; mais tous ne furent pas également dociles à ses leçons. Boleslas II, roi de Pologne, malgré les avis du Saint-Siège, ne se servait de sa puissance que pour satisfaire ses brutales passions; il finit par se livrer, même en public, aux débauches les plus infâmes; il s'abandonna en même temps à des actes si horribles de tyrannie et d'injustice, que ses contemporains et la postérité l'ont flétri du nom de farouche; les seigneurs et le peuple gémissaient de se voir la proie d'un tel monstre; saint Stanislas, évêque de Cracovie, lui fit jusqu'à trois fois d'inutiles remontrances; enfin, après une quatrième, il eut le courage de l'excommunier. Il mérita ainsi et s'attira la couronne du martyre, objet de sa noble ambition. Le féroce Boleslas, ayant cherché vainement parmi les Polonais un assassin du saint Pontife, employa l'instrument le plus digne d'un tel sacrilège: il égorgea de sa propre main l'auguste victime au pied des autels. À la nouvelle de cet exécrable forfait, le pape Grégoire VII, pour venger à la fois la religion, la morale et l'humanité, frappe d'anathème le roi assassin, le prive de la royauté, délie tous ses sujets du serment de fidélité, enfin ôte le titre de roi aux souverains de Pologne qui n'eurent, pendant longtemps, que celui de ducs.
25 MAI.
Le trône de France offrait au monde, non la même cruauté, mais les mêmes scandales: Philippe Ier, maître des autres à quatorze ans, ne pouvait guère encore l'être de lui-même: sa conduite était celle d'un libertin plutôt que d'un roi; il mettait les débauches au premier rang parmi les jouissances de la royauté, et, au lieu de sages conseillers, il avait autour de lui de vils courtisans, des flatteurs empressés à exciter ses passions, à les servir, et, assurés d'un avancement d'autant plus rapide que leurs services étaient plus honteux; pour payer les instruments et les complices de ses vices, il vendait les évêchés et les abbayes; la religion servait pour ainsi dire d'aliment à des passions qu'elle eût dû éteindre. Que fussent devenues les saintes lois de la morale en France, foulées aux pieds par celui dans les mains duquel Dieu avait mis le glaive pour les défendre, si Grégoire VII ne s'était rappelé, comme ses prédécesseurs, que tout l'univers est une famille, qu'il en était le père et qu'il devait reprendre, corriger, punir, exclure même du cercle de la famille des fidèles, les enfants coupables, d'autant plus coupables qu'ils sont placés plus haut et obligés à donner de plus beaux exemples? Il écrivit plusieurs lettres aux évêques pour réprimer les scandales du roi, qui promit souvent de se corriger, manquait toujours à sa promesse, et qui ne s'amenda sincèrement que sous le pape Pascal II.
Mais le prince qui affligeait le plus l'Église par ses désordres de toutes sortes, ce fut Henri IV, empereur d'Allemagne; notre saint Pontife lui adressa des remontrances, surtout sur le honteux trafic qu'il faisait des choses saintes; l'hypocrite empereur, engagé contre les Saxons dans une guerre dont l'issue était incertaine, répondit par de belles promesses; mais lorsqu'il eut triomphé de ses ennemis, il continua de protéger les évêques scandaleux et simoniaques, qui étaient ses créatures. Alors notre Saint, malgré sa fermeté, voyant qu'il ne pouvait réformer un si grand mal, tomba dans un profond découragement; son humilité lui donna la pensée d'abandonner à d'autres le gouvernement de l'Église; il écrivait à Hugues, abbé de Cluny :
« Je voudrais pouvoir vous peindre les tourments qui m'agitent au dedans, les travaux journaliers qui m'accablent au dehors. J'ai souvent conjuré Jésus-Christ de me retirer de ce misérable monde, s'il ne m'est donné de servir avec plus de succès notre Mère commune. Une douleur inexprimable, une tristesse mortelle empoisonnent ma vie. Je vois l'Orient séparé de nous par l'instigation du démon, et, lorsque je reporte mes regards vers l'Occident, j'y trouve à peine quelques évêques dignes de leur titre et qui gouvernent leur troupeau d'après les règles de l'Évangile. Parmi les princes de la terre, aucun à qui sa propre gloire ne soit plus chère que celle de Dieu, et qui ne soit disposé à sacrifier la justice à un gain sordide. Si je me considère moi-même, je sens que je succombe sous le poids de mes péchés, et ma seule ressource est dans l'immense miséricorde de Jésus-Christ. Si je n'avais pas l'espoir de réparer mes fautes passées par une conduite plus chrétienne, et si je ne croyais pas pouvoir être encore utile à l'Église, j'en prends Dieu à témoin, rien ne pourrait me retenir plus longtemps à Rome où, depuis vingt ans, je suis forcé de rester malgré moi ».
On voit, par ces paroles, quel zèle pour la gloire de Dieu dévorait le cœur de saint Grégoire, et quelle était la pureté de ses intentions; aucun alliage n'altérait l'or de ses actions. Bien résolu de combattre jusqu'au péril de sa vie pour les lois de Dieu et de son Église, il dépose l'évêque de Bamberg, créature de l'empereur, qui affichait publiquement les mœurs les plus dissolues, et qui était accusé de simonie et de concubinage; il convoque à
SAINT GRÉGOIRE VII, PAPE. 161
Rome un Concile pour le rétablissement de la discipline et pour la réformation des mœurs du clergé; c'est là qu'il porte le célèbre décret qui défend à tout séculier, quels que soient son pouvoir et sa dignité, de donner l'investiture des bénéfices ecclésiastiques, et il notifie cette grande résolution par des brefs dans toute la chrétienté. Henri IV, irrité de ce coup, essaie de le parer selon sa manière habituelle; il soudoie des assassins, qui se jettent sur notre Saint au moment où il va célébrer la messe de Noël; mais le peuple, averti par ce tumulte, délivre son pasteur qui célébra, sans aucun trouble, le saint sacrifice, s'offrant lui-même pour l'Église avec l'Agneau divin. Néanmoins, cet attentat, ajouté à tant d'autres, le détermine à citer l'empereur à Rome; il le somme de comparaître devant le tribunal dont relève tout l'univers, pour rendre compte de sa conduite et se justifier des crimes qu'on lui impute. Et comme le coupable met le comble à ses scandales, en assemblant un prétendu Concile d'évêques ses complices, où tous ces sujets criminels prononcent la déposition du Pape leur chef et leur juge, notre Saint, de l'avis unanime des évêques qui se trouvent réunis à Rome, fulmine une bulle d'excommunication contre Henri, et renouvelle celles qui ont été déjà lancées contre la plupart des évêques de son parti. L'Allemagne se soulève aussitôt: les princes et les peuples abandonnent cet empereur haï pour ses crimes, méprisé pour sa conduite, et publiquement exclu de la famille chrétienne. La diète générale, réunie à Trebur, lui donna une année pour lever son excommunication, sans quoi elle le déclarerait déchu de l'empire (15 octobre 1076). Cruel quand il était fort, son arme, lorsqu'il se sentait faible, était l'hypocrisie; il y a recours dans cet abandon général, il vient en Italie, la pénitence sur le visage, mais non dans le cœur; il s'avance jusqu'au château de Canosse, qui appartenait à la pieuse comtesse Mathilde, sa parente, et où saint Grégoire l'attendait; au lieu d'un juge impitoyable, dont les yeux lisent à travers le masque de l'hypocrisie, il trouve un père qui veut croire au repentir pour ne pas perdre l'occasion de pardonner. Après avoir attendu trois jours, selon les règles anciennes, pour éprouver sa sincérité, dans la première enceinte de la forme.
23 MAI.
teresse, pieds nus et le corps couvert d'un cilice, il est admis devant le Pontife, qui lui fait une réprimande ferme et paternelle et lui donne l'absolution.
Il s'en retourna absous, mais non changé. Dès qu'il fut en Allemagne, il fit les préparatifs d'une expédition contre l'Italie et en particulier contre le Pontife, qu'il avait trompé par ses belles promesses; excommunié une seconde fois, déposé par les électeurs de l'empire, il battit Rodolphe, duc de Souabe, qu'on avait nommé pour être empereur à sa place, fit prononcer de nouveau, dans un synode composé de ses créatures, une déposition contre saint Grégoire et élire en sa place Guibert, ancien chancelier de l'empire, et qui, devenu archevêque de Ravenne, avait été excommunié pour avoir dépouillé son Église, puis il marcha sur Rome, pour mettre de force sur le siège de saint Pierre cet antipape nommé Clément III. Notre Saint, plein de confiance dans la justice de sa cause, vit sans crainte l'orage qui se formait sur sa tête; il attendit avec résignation ce que la Providence ordonnerait de lui. Toutes les souffrances de l'Église, il est vrai, venaient se réunir en lui, qui en était la tête; mais celles qui lui étaient particulières ne l'inquiétaient guère. Pendant que son ennemi s'avançait à marches forcées, il présidait tranquillement un synode à Rome et faisait dresser de sages ordonnances sur les points les plus importants de la discipline ecclésiastique. Dans les lettres qu'il écrivit en cette circonstance si critique, aux évêques et aux princes d'Italie, on remarque un grand amour pour l'Église, la piété d'un Saint, une abnégation touchante de lui-même et de ses propres intérêts. Comme on lui proposait d'employer les biens et les revenus du Saint-Siège à se procurer des troupes pour sa défense, il repoussa cette proposition et répondit qu'il ne voulait pas faire de ses biens un pareil usage. L'ennemi de l'Église parut enfin devant Rome et s'en rendit maître après deux ans de siège, le jeudi avant les Rameaux de 1084; il intronisa son antipape dans Saint-Pierre et se fit sacrer par lui le jour de Pâques. Saint Grégoire, qui était bloqué dans le château Saint-Ange, en fut tiré par Robert Guiscard, prince de la Pouille, qui était accouru à son secours; il se retira d'abord au Mont-Cassin, puis à Salerne. Le dépérissement de ses forces et l'affaiblissement de sa santé lui faisaient sentir que sa fin approchait; alors il ne songea plus qu'à paraître devant le souverain Juge. Il protesta, en présence des cardinaux, qu'il n'avait jamais eu en vue que le bien de l'Église, la réformation du clergé et le rétablissement des mœurs parmi les fidèles. Il les
SAINT GRÉGOIRE VII, PAPE. 163
rassembla plusieurs fois autour de lui, leur recommandant, avec les plus vives instances, de ne choisir pour son successeur que celui qu'ils croiraient devant Dieu le plus capable de conduire la barque de saint Pierre dans des temps aussi orageux; et, comme on le pria de choisir lui-même son successeur, il désigna les trois hommes qu'il en jugeait les plus capables: Didier, abbé du Mont-Cassin, qui lui succéda en effet; Otton, évêque d'Ostie, qui devint pape sous le nom d'Urbain II et eut la gloire d'accomplir la grande et sainte pensée de Grégoire VII, pour la délivrance du tombeau de Notre-Seigneur; et enfin, le cardinal Hugues, archevêque de Lyon. Didier espérait assister à ses derniers moments; mais le Saint lui prédit qu'il n'y serait pas, et il fut en effet obligé de retourner à son monastère, à cause d'une attaque des Normands.
Trois jours avant sa mort, saint Grégoire leva toutes les sentences d'excommunication qu'il avait lancées, à l'exception de celles qui tombaient sur Henri et sur Guibert; il conserva sa présence d'esprit jusqu'à la fin; ses dernières paroles furent: *Dilexi justitiam et odivi iniquitatem, propterea morior in exilio*: — « J'ai aimé la justice et haï l'iniquité, c'est pourquoi je meurs dans l'exil ». Il alla recevoir la couronne due à ses combats, le 25 mai 1085. Son corps fut enterré dans l'église de Saint-Mathieu, à Salerne, et il s'opéra plusieurs miracles sur son tombeau. Il fut inscrit au Catalogue des saints en 1580, par ordre de Grégoire XIII, et Benoît XIII fit placer son office dans le Bréviaire.
Nous avons des reliques de son esprit non moins précieuses que celles de son corps sacré: ce sont neuf livres de lettres; nous ne pouvons nous empêcher de citer celle qu'il adressa à la princesse Mathilde en 1074; on y verra que ce puissant génie, qui d'un regard embrassait tous les royaumes, qui attaquait en même temps et partout tous les désordres, même sur les trônes les plus redoutables, qui paraissait plus inébranlable que le ciel et la terre, avait une tendre piété, une ardente dévotion à la sainte Eucharistie, une confiance d'enfant envers la sainte Vierge, enfin un cœur et un langage affectueux; il conciliait des qualités qui paraissent incompatibles, parce qu'il vivait de cette sagesse d'en haut, qui atteint d'une extrémité à l'autre avec force et dispose tout avec douceur. Voici cette lettre :
« Saint Ambroise s'exprime ainsi au livre quatrième *Des Sacrements*: Si nous annonçons la mort du Seigneur, nous annonçons la rémission des péchés. Si chaque fois que le sang du Seigneur est répandu, il l'est pour la rémission des péchés, je dois le recevoir toujours, afin que toujours mes péchés me soient remis. Péchant toujours, je dois toujours prendre le remède. Au livre cinquième *Des Sacrements*, le même Saint dit encore: Si c'est un pain quotidien, pourquoi le prenez-vous après l'année, comme les Grecs ont coutume de le faire en Orient? Recevez-le chaque jour, afin que chaque jour il vous profite: vivez de manière à mériter de le recevoir chaque jour ».
Saint Grégoire dit pareillement, au quatrième livre de ses *Dialogues*: « Nous devons, du moins en le voyant déjà passé, mépriser de toute notre âme le siècle présent, offrir chaque jour à Dieu le sacrifice de nos larmes, lui immoler chaque jour la victime de sa chair et de son sang; car, ce qui sauve notre âme de la perdition éternelle, c'est cette victime incomparable qui renouvelle pour nous, par le mystère, la mort du Fils unique. Quoique ressuscité des morts, il ne meure plus, et que la mort n'ait plus de pouvoir sur lui, toutefois, vivant immortellement et incorruptiblement en lui-même, il est immolé de nouveau pour nous dans le mystère de l'oblation sacrée;
25 MAI.
car son corps y est reçu, sa chair y est partagée pour le salut du peuple, son sang y est versé, non plus dans la main des fidèles, mais dans la bouche des fidèles. Pensons de là ce qu'est pour nous ce sacrifice, qui imite sans cesse, pour notre absolution, la passion du Fils unique. Quel fidèle peut douter qu'au moment de l'immolation, à la voix du prêtre, les cieux s'ouvrent; que les chœurs des anges assistent à ce mystère de Jésus-Christ; que ce qu'il y a de plus bas s'unisse à ce qu'il y a de plus haut, les choses terrestres aux célestes, et qu'il se forme une certaine unité des choses visibles et des invisibles? Saint Chrysostome dit dans le même sens aux néophytes: Voyez jusqu'à quel point le Christ s'est uni à son épouse; voyez de quelle viande il vous nourrit. Il est lui-même notre viande substantielle et notre nourriture. Comme une mère, par une affection naturelle, s'empresse de nourrir de son lait l'enfant qu'elle vient de mettre au monde, ainsi le Christ nourrit sans cesse de son sang ceux que lui-même régénère. Le même Chrysostome écrit au moine Théodore: La nature mortelle est quelque chose de bien casuel; elle tombe vite, mais se relève avec lenteur; c'est facilement qu'elle tombe, mais elle ne se redresse pas aussi promptement. Nous devons donc, à ma fille, recourir à cet admirable Sacrement, et désirer cet admirable remède.
« J'ai voulu, très-chère-fille de saint Pierre, vous écrire ces choses afin d'augmenter votre foi et votre confiance à recevoir le corps du Seigneur; car tel est le trésor, tels sont les présents, non pas de l'or ni des pierres précieuses, que, pour l'amour de votre père, savoir le Souverain des cieux, votre âme attend de moi, quoique vous puissiez, suivant vos mérites, en recevoir de meilleurs d'autres Pontifes. Quant à la Mère du Seigneur, à laquelle principalement je vous ai recommandée, je vous recommande et ne cesserai de vous recommander, jusqu'à ce que nous ayons le bonheur de la voir comme nous désirons; que vous dirai-je d'elle que le ciel et la terre ne cessent de louer, encore qu'ils ne puissent la louer dignement? Tenez cependant ceci hors de doute: autant elle est plus élevée, et meilleure, et plus sainte qu'aucune mère, autant elle est plus clémente et plus douce envers les pécheurs et les pécheresses convertis. Mettez ainsi dans la volonté un terme au péché, et, prosternées devant elle avec un cœur contrit et humilié, répandez vos larmes. Vous la trouverez, je le promets sans aucun doute, plus prompte qu'une mère selon la chair et plus tendre à vous aimer ».
On représente saint Grégoire VII avec une colombe sur son épaule: chacun sait que la colombe est le symbole de l'inspiration d'en haut. — Prosterné devant une image de Notre-Dame, il pleure sur les maux de l'Église: la sainte Vierge pleure aussi pour lui montrer quelle part elle prend à ses douleurs, et pour l'encourager dans la lutte généreuse qu'il soutient contre les ennemis du bien; — le grand Pape du XIe siècle est spécialement honoré à Salerne et en Dalmatie: à Salerne, parce qu'il y mourut; en Dalmatie, parce que Grégoire VII avait conféré le titre de roi à Démétrius, duc des Dalmates et des Croates. Saint Grégoire donna encore le nom de roi à Michel, prince des Slaves, connus plus particulièrement sous le nom de Serviens. On le voit par une lettre où le Pape lui mande qu'il attend ses ambassadeurs pour lui reconnaître la dignité royale, lui donner un étendard, et le tenir désormais comme un fils bien-aimé de saint Pierre, et terminer un différend entre l'archevêque de Spalatro et celui de Raguse. La lettre est du 9 janvier 1077. On voit par ses exemples, qui ne sont pas les seuls, quelle était la constitution de la chrétienté dans le XIe siècle. Les princes et les peuples se soumettaient, même temporellement, à l'Église
SAINT GRÉGOIRE VII, PAPE. 163
romaine, au vicaire du Christ. Bossuet lui-même nous montre, d'après les monuments historiques, comment alors les ducs, les comtes, et même les rois se soumettaient à l'envi l'un de l'autre au Saint-Siège afin de trouver en sa protection sûreté et paix. Et il ajoute qu'en effet ce n'était pas une médiocre assurance d'avoir reçu la royauté ou le royaume du Siège apostolique. Les souverains y trouvaient de notables avantages. L'autorité du chef de l'Église les protégeait contre l'invasion des étrangers et contre la révolte de leurs propres sujets. Ainsi, dans une lettre à Vézelin, noble chevalier, saint Grégoire lui rappelle la fidélité qu'il a promise au Siège apostolique, et lui défend en conséquence de faire la guerre à Démétrius que le même Siège a constitué roi en Dalmatie. Une chose encore plus étonnante s'était vue en 1075. Le fils d'un autre Démétrius, roi des Russes, vint à Rome et demanda au pape saint Grégoire à tenir de sa main le royaume paternel. La Hongrie avait été ainsi soumise au Saint-Siège par son premier roi et apôtre. Du temps de saint Grégoire VII, elle avait pour roi un autre saint, savoir saint Ladislas, qui fut un modèle de vertus chrétiennes, royales et militaires. Nous avons une lettre du saint Pape au saint roi, où il le félicite de sa piété, de son zèle et de son dévouement, et lui recommande quelques fidèles ou vassaux de saint Pierre, qui avaient été injustement exilés, et que ce bon roi avait secourus. La Bohême, de son côté, avait un souverain qui n'était pas méprisable: ce fut Wratislas II. Il aimait singulièrement le pape Alexandre II, qui le payait de retour. Mais souvent le duc en profitait pour faire des demandes insolites, que le Pape lui accordait par affection, et non sans quelque sollicitude. Ainsi le prince le pria un jour de lui envoyer une mitre, dont il paraît qu'il voulait faire un insigne ducal de Bohême dans les grandes cérémonies. Une pareille demande embarrassait quelque peu le Pape et les cardinaux; jamais une mitre n'avait été accordée à une personne laïque. Alexandre, toutefois, tant il aimait ce prince, la lui envoya à Prague par son légat Jean, évêque de Tusculum. Saint Grégoire VII, étant monté sur la chaire de saint Pierre, confirma ces privilèges de son prédécesseur, et eut une affection semblable pour le duc de Bohême.
Le pape Grégoire VII a été calomnié pendant sa vie, il a été calomnié après sa mort; mais le jour de la vérité commence à luire, et, chose étonnante, cette justice lui arrive de la part des protestants. L'un d'entre eux, Voigt, a écrit une Vie de Grégoire VII d'après les monuments originaux et authentiques. Il examine Grégoire VII et quant au but qu'il s'est proposé et quant aux moyens employés pour arriver à ce but. Sous l'un et l'autre rapport il le trouve, non-seulement exempt de blâme, mais digne d'éloges. Son grand but, son but unique était de rendre l'Église de Dieu libre et indépendante des hommes, et de subordonner la politique à la justice et à la morale. Quant aux moyens, il ne pouvait en prendre d'autres que ceux qu'il a pris. Voici comme l'auteur protestant se résume: « Grégoire était Pape, il agissait comme tel; et sous ce rapport il est grand et admirable. Pour porter un juste jugement sur ses actes, il faut considérer son but et ses intentions, il faut examiner ce qui était nécessaire de son temps. Sans doute une généreuse indignation s'empare de l'Allemand quand il voit son empereur humilié à Canosse, ou du Français quand il entend les leçons sévères données à son roi. Mais l'historien qui embrasse la vie des peuples sous un point de vue général s'élève au-dessus de l'horizon étroit de l'Allemand ou du Français, et trouve fort juste ce qui a été fait, quoique les autres le blâment. — Il est difficile de donner à ce Pape des éloges exagérés, car il a jeté partout les fondements d'une gloire solide. Mais chacun doit vouloir
25 MAI.
qu'on rende justice à qui justice est due; qu'on ne jette point la pierre à qui est innocent; qu'on respecte et qu'on honore un homme qui a travaillé pour son siècle, selon des voies si grandes et si généreuses. Que celui qui se sent coupable de l'avoir calomnié rentre dans sa propre conscience ». Voilà comme cet auteur protestant parle du pape saint Grégoire VII. Puissent tous les catholiques profiter de cette leçon !
La Vie de saint Grégoire a été écrite par Paul de Bernried, et se trouve dans les Acta SS., mai, t. VI, avec les notes du Père Papelbrock. — Ce Pape, si grand et si méconnu, a été défendu par la plume de saint Anselme de Lucques, de Lambert d'Aschaffenbourg, de Paul Langius, de Marianne Scotus et de ses continuateurs Dodichin et Etienne, évêque de Halberstadt; de saint Anselme de Cantorbéry, du prêtre Domnien, dans sa Vie de la comtesse Mathilde; de Léon d'Ostie, In chron. Casinens; de Bernald de Constance, d'Omphrins Panvinius, du dominicain François d'Enghien, dans son ouvrage: *Auctoritas Sedis apostolicæ pro Gregorio Papa VII, vindicata adversus Natalem Alexandrum, et de plusieurs auteurs*. Voyez Barontus, Annal. eccles. excul. XI; Gretser, t. II, *Defensionis controversiarum cardinalis Bellormini*; la dissertation de Musserelli, et surtout les savantes notes des Bollandistes. A l'exemple de Mgr de Ram, à qui nous avons emprunté plusieurs excellentes notes, pour nous mettre à l'abri du reproche de prévention et de partialité, nous nous sommes fait un devoir de prendre pour autorités, dans notre travail, de savants protestants qui se sont illustrés par leurs recherches historiques, principalement le professeur Jean Voigt, *Hildebrand als Papst Gregorius der Siebente, und sein Zeitalter, aus den Quellen dargestellt*. Mgr de Ram cite encore: Heeren, *Ueber die Folgen der Kreuzzüge für Europa*; Ithn, *Handbuch der Geschichte des Mittelalters*; Luden, *Allgemeine Geschichte der Volker und Staaten*; l'ouvrage d'un écrivain catholique, Frédéric Von Kerz, intitulé: *Über den Geist und die Folgen der Reformation*, Mayence, 1822.
Événements marquants
- Naissance à Soano en Toscane (probable)
- Éducation au monastère de Sainte-Marie au mont Aventin
- Profession monastique à l'abbaye de Cluny
- Élection au pontificat par acclamation populaire (1073)
- Lutte contre la simonie et les investitures laïques
- Humiliation de l'empereur Henri IV à Canosse (1077)
- Exil et mort à Salerne
Miracles
- Incapacité d'un évêque simoniaque à prononcer le nom du Saint-Esprit devant lui
- Miracles posthumes sur son tombeau à Salerne
- Vision de la Vierge Marie pleurant sur les maux de l'Église
Citations
Dilexi justitiam et odivi iniquitatem, propterea morior in exilio
Dominabitur a mari usque ad mare