Saint Hamon (Aymon)

Religieux de l'abbaye de Savigny

Fête : 30 avril 12ᵉ siècle • saint

Résumé

Religieux de l'abbaye de Savigny au XIIe siècle, Hamon se distingua par son humilité en servant les lépreux et par sa ferveur sacerdotale. Confesseur réputé et conseiller des grands, il fut favorisé de nombreuses visions mystiques, notamment durant la messe. Il mourut en 1173, laissant derrière lui une réputation de sainteté confirmée par de nombreux miracles.

Biographie

SAINT HAMON OU AYMON,

RELIGIEUX DE L'ABBAYE DE SAVIGNY EN NORMANDIE

Ce Saint vit le jour dans le diocèse de Rennes, vers le commencement du XIIe siècle. Le surnom de Landachop, qu'il porta en religion, fait croire qu'il naquit à Landecob, village de la paroisse de Saint-Étienne-en-Cogles. Ses parents, qui appartenaient à une bonne famille, et qui étaient très vertueux, lui inspirèrent, dès son bas âge, la crainte de Dieu. Né avec le plus heureux naturel, il se montra remarquable surtout par sa docilité, sa simplicité et sa douceur. Le Seigneur ayant accordé à ce vertueux jeune homme une intelligence peu commune, il fit ses études avec succès, et, pendant qu'il resta dans le siècle, il donna de sa capacité des preuves non équivoques ; mais les avantages qu'il pouvait y trouver ne l'assurèrent pas contre les

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dangers qui y menacent la vertu : aussi prit-il le parti de le fuir et d'embrasser l'état religieux. L'abbaye de Savigny, fondée par saint Vital dans le diocèse d'Avranches, et peu éloignée du lieu de la naissance de Hamon, fut celle qu'il choisit pour le lieu de sa retraite. Il s'y présenta, et fut reçu avec bonté par saint Geoffroy, qui gouvernait alors cette maison. À peine le nouveau postulant était-il entré au noviciat et commençait-il à goûter les douceurs de la religion, qu'il fut faussement soupçonné d'être lépreux et en danger d'être renvoyé. Il évita cette disgrâce, qu'il craignait beaucoup, en demandant à aller servir deux religieux de ce monastère, qui étaient, eux, réellement atteints de cette horrible maladie, et qui se trouvaient dans un bâtiment séparé, nommé le Désert. Son abbé ayant favorablement accueilli sa demande, Hamon s'y rendit, et se fit le serviteur de ces pauvres infirmes.

Pendant que les deux religieux prenaient leur repos, Hamon se dérobait secrètement, et se retirait dans la chapelle de la maison, où il s'occupait tantôt à chanter des psaumes, tantôt à prier, le corps prosterné ; il se livrait à ce saint exercice avec tant d'assiduité, il avait si peu de soin de lui, qu'on l'a vu plusieurs fois tomber en défaillance. La communauté reconnut enfin qu'il n'était nullement lépreux, et, après qu'il eut passé un assez long temps d'épreuves dans le Désert, il fut admis à faire sa profession ; avantage après lequel il soupirait vivement, et qui contribua encore à augmenter sa ferveur. Elle parut si remarquable à saint Geoffroy, son abbé, qu'il crut devoir l'appeler aux ordres sacrés, et, plus tard, le faire élever à la prêtrise.

Revêtu de cet auguste caractère, saint Hamon se montra un homme nouveau. La sainteté du sacerdoce le pénétrait si vivement, qu'il en était tout absorbé, et que, souvent, il oubliait de prendre la nourriture corporelle. On sent assez quelle confiance devait inspirer un prêtre si plein de ferveur : aussi saint Geoffroy le chargea-t-il bientôt de l'emploi de confesseur de la communauté. Le serviteur de Dieu ne trompa pas l'espoir que son abbé avait conçu de son zèle et de sa capacité. Il produisit de grands fruits dans le tribunal de la pénitence ; et sa réputation se répandit tellement dans divers couvents de femmes de la province, que, plus d'une fois, il se vit obligé de quitter son cloître pour les assister dans leurs besoins spirituels. Les plus remarquables de ses disciples furent saint Pierre d'Avranches, religieux de Savigny, et la bienheureuse Bergoigne, religieuse de Mortain, tous deux célèbres par la sainteté de leur vie. Il les dirigea l'un et l'autre jusqu'à leur mort, et, peu de temps après leur décès, Dieu lui donna la consolation de les voir dans la gloire. Saint Pierre d'Avranches lui apparut tout éclatant de lumière, et lui fit connaître l'état heureux dans lequel il se trouvait.

Ce n'était pas seulement aux personnes consacrées à Dieu que Hamon se rendait utile. Sa vertu si pure et si parfaite lui gagnait la confiance des grands et des gens du monde, qui lui faisaient l'aveu de leurs faiblesses, écoutaient avec respect ses sages conseils, et en profitaient, tant pour régler leurs mœurs que pour se livrer à la pratique des bonnes œuvres. Lorsqu'il se présentait à lui des personnes dont la conscience était chargée de quelques fautes considérables, il ne se contentait pas d'agir à leur égard en juge et en médecin, il se rendait aussi leur intercesseur auprès de Dieu, et tâchait, par les plus ferventes prières, de faire descendre sur eux l'esprit de componction. Souvent il lui a été révélé, dans cette occupation sainte, que ceux pour qui il demandait miséricorde, s'en étaient rendus indignes par un endurcissement volontaire. Les remèdes qu'il appliquait aux péchés des autres ne le rassuraient pas, et, souvent, il tremblait pour lui-même, et appréhendait qu'il ne fût pas assez guéri des plaies que le commerce du

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siècle avait faites à son âme, avant son entrée dans la religion. C'est ce qui était cause qu'il n'approchait de l'autel qu'avec une sainte frayeur. Outre une pureté de vie où sa conscience délicate ne souffrait la trace d'aucune tache, il apportait, dans la célébration des saints mystères, une attention si vive à toutes les cérémonies et à toutes les paroles, qu'il ne lui échappait rien sur quoi ses réflexions n'agissent d'une manière qui lui rendait le passé comme présent, et qui a donné lieu de dire qu'il voyait véritablement les choses mystérieuses qui faisaient la matière de son application. Ainsi quand il disait, à la consécration : « Le jour qui précéda celui auquel il souffrit, il prit du pain, etc. », les yeux de son âme voyaient distinctement le divin Sauveur, dont il parlait, prendre le pain et le bénir. Quand il invitait l'ange de Dieu à présenter, devant le trône de Sa Majesté, l'offrande sacrée, son esprit voyait à l'instant l'exécution de ses prières dans le ministère des anges. S'il priait Dieu d'agréer son offrande comme il avait reçu celles d'Abraham et de Melchisédec, il voyait de quelle manière son offrande était accompagnée, aux yeux de Dieu, de celles de ces saintes âmes. Il était heureux d'avoir toujours apporté une attention nouvelle au plus redoutable de nos mystères, et à celle de toutes nos actions qui mérite le plus toute notre attention et tout le recueillement de notre esprit, comme les biens que nous y recevons méritent toute la reconnaissance de notre cœur.

Le Seigneur, qui se plaît à se communiquer aux âmes innocentes, favorisa son serviteur de ces grâces précieuses qu'il réserve d'ordinaire pour ses plus chers amis. C'était surtout pendant la célébration des saints mystères que saint Hamon recevait ces marques particulières de la bonté de Dieu qui remplissaient son âme des plus douces consolations. L'historien de sa vie assure qu'un jour, pendant le saint sacrifice et au moment de prononcer les paroles saintes de la consécration, Hamon eut une vision dans laquelle il vit Jésus-Christ qui était debout, le visage tourné vers l'Orient et qui par un signe lui exprima sa satisfaction. Il en éprouva une joie si grande que pendant quelques instants il en perdit l'usage de ses sens. Lorsqu'il fut revenu à lui, il conserva de cette vision un souvenir si vif et si constamment présent, qu'il ne pouvait plus accorder aucune attention aux objets créés.

Les supérieurs du monastère de Savigny jugèrent à propos de charger Hamon du soin des frères convers de la maison. C'était un emploi difficile, parce que la plupart de ces frères étaient des hommes grossiers et ignorants, qui, après être entrés dans la voie de la perfection, regardaient bientôt en arrière et faisaient peu de progrès dans la vertu. Quelques-uns même retournaient dans le monde pour pouvoir y vivre à leur fantaisie. Le serviteur de Dieu s'affligeait beaucoup de leur conduite, et pensait qu'elle pouvait être causée par quelque négligence ou quelque autre défaut de sa part. Il attribuait aussi à son incapacité le départ de ces malheureux fugitifs, et craignait que le Seigneur ne lui demandât un jour compte de leurs âmes. Un jour qu'il était encore à ce sujet plus accablé qu'à l'ordinaire, il vit, pendant la messe et au moment de la communion, Jésus-Christ attaché à la croix, mais plein de vie, ayant la tête penchée du côté droit, et qui lui parla de cette manière : « Si, tout innocent que je suis, j'ai souffert de si grands maux pour l'amour de vous, n'est-il pas bien juste que vous comptiez pour rien la peine que vous endurez pour moi ? » Au même moment le cœur du saint religieux fut pénétré d'une si grande consolation et de tant de douceur, qu'il crut fermement que cette apparition n'avait eu lieu que pour le tirer de l'anxiété dans laquelle il se trouvait, et pour le délivrer des

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peines qu'il éprouvait au sujet de ses frères. Cette faveur spirituelle le combla de joie, et il n'en parlait qu'avec transport.

Hamon eut la consolation d'apprendre l'état bienheureux dans lequel se trouvaient les âmes de son père et de sa mère.

On assure que ce saint religieux connaissait le secret des cœurs, et que Dieu lui découvrit le triste état dans lequel se trouvait un de ses confrères, qui, dépositaire infidèle, avait gardé pour lui de l'argent qu'il était chargé de distribuer en aumônes. Ce saint homme possédait aussi le talent de la persuasion, et Guillaume de Toulouse, entre autres, en fit l'épreuve. C'était un célèbre docteur de Caen, qui, étant pénétré pour Hamon de la plus haute estime, était venu le voir et lui avait témoigné le désir de se consacrer au service de Dieu à Savigny. Il manifestait en même temps le dessein de retourner à Caen pour arranger ses affaires temporelles, et promettait de revenir sans trop de délai. Quelques abbés de l'Ordre de Cîteaux, qui se trouvaient sur les lieux, et auxquels il communiqua ses intentions, les combattirent fortement, et voulurent lui faire voir combien il était dangereux pour sa vocation qu'il rentrât dans le monde. Tous leurs efforts furent inutiles, et Guillaume n'en resta pas moins dans la résolution de faire ce voyage. Ces abbés s'étant ensuite retirés, Hamon vint trouver en particulier le docteur, lui parla avec tant de douceur et d'un ton si persuasif, qu'il eut bientôt à se réjouir d'un succès que les abbés réunis n'avaient pu obtenir. Il se chargea d'aller lui-même à Caen mettre en ordre les affaires du docteur, qui, tranquille désormais, ne songea plus qu'à se consacrer à Dieu, dans la maison où il se trouvait alors. Son mérite le fit choisir dans la suite pour gouverner en qualité d'abbé le célèbre monastère de Cîteaux, où il fut remarquable par sa tendre compassion envers les pauvres et les affligés. Il y mourut en 1175.

Comme il n'y avait dans l'abbaye aucun religieux plus saint que Hamon, ce fut aussi à lui seul que l'on donna le soin de toucher et de distribuer quelques reliques des Saints, dont la maison avait été enrichie par son moyen. Il ne portait la main à ces précieux restes des temples vivants du Saint-Esprit, qu'avec tremblement : et sans les miracles qui accompagnaient souvent ce religieux exercice, il aurait eu peine à se résoudre de le continuer, tant il avait peur d'être puni, comme téméraire, d'une action dont personne n'était plus digne que lui. Ce n'était pas seulement aux reliques des Saints qu'il avait une dévotion si vive et si respectueuse; il honorait aussi leur mémoire, et faisait construire des oratoires sous leur invocation. Plusieurs chapelles des environs de Savigny ont été pendant longtemps des preuves subsistantes de son zèle pour le culte des amis de Dieu qui sont en possession de la gloire éternelle.

On met au nombre de ses miracles ce qui lui arriva à l'égard d'une religieuse d'une abbaye par où il passa dans un de ses voyages. Cette religieuse étant à l'extrémité, souhaita que le Saint entendît sa confession. Hamon ne put lui refuser son ministère dans une occasion si pressante; mais il se hâtait aussi de retourner à son monastère où l'obéissance le rappelait. La religieuse mourante témoigna beaucoup de douleur de son départ, et le Saint, touché de son affliction, lui dit avec une simplicité pleine de confiance : « Il faut que j'obéisse, et que je m'en retourne; mais attendez pour mourir que je sois revenu ». Il partit aussitôt, et étant revenu quelques jours après, il trouva que la mort avait, pour ainsi dire, respecté ses ordres. Il semblait que cette bonne religieuse n'attendait plus que la bénédiction de Hamon pour aller jouir de la béatitude; aussitôt qu'elle l'eut

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revu, et entendu les discours édifiants dont il était venu la fortifier dans ce terrible passage, elle rendit tranquillement son esprit à Dieu.

L'abbaye de Savigny n'avait, du temps de saint Hamon, qu'une église étroite, et qui tombait en ruines. Saint Vital l'avait bâtie ; mais elle n'était plus en proportion du nombre des religieux que renfermait cette maison. Le serviteur de Dieu désirait vivement que l'ancienne église fût remplacée par une autre plus solide et plus spacieuse ; le Seigneur exauça ses désirs ; une vision qu'il eut lui apprit qu'ils seraient bientôt accomplis. En effet, le vénérable Joscelin, abbé de Savigny, fit, peu de temps après, démolir cette église qui s'était déjà écroulée en partie, et fit construire celle qu'on y a vue jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Hélas ! l'impiété révolutionnaire n'a pas plus respecté ce monument et le reste du monastère que les autres ouvrages des Saints. L'abbaye de Savigny n'offre plus qu'un monceau de ruines.

Ce saint homme fut affligé, sur la fin de sa vie, d'une maladie qui ne lui permettait pas de se tenir couché. Il était assis et supportait ses douleurs avec une patience qui faisait l'admiration et l'édification de tout le monde. À ces afflictions corporelles se joignaient des terreurs de l'âme, causées par les approches de la mort qu'il redoutait. Mais le Seigneur mit fin à ces épreuves qu'il ne permettait que pour rendre plus pure et plus parfaite la vertu de son serviteur. Hamon fut favorisé de plusieurs visions dans lesquelles il eut quelque connaissance du bonheur des Saints. Cette connaissance, qui remplit son cœur de joie, lui inspira une ferme espérance de parvenir à la céleste patrie. C'est ainsi qu'il reçut de Dieu des consolations qui adoucirent les maux du corps, et calmèrent les peines de l'esprit. Il mourut saintement le 30 avril de l'an 1173. L'auteur anonyme de sa Vie assure qu'il a connu ceux qui avaient vécu avec ce religieux ; et cette Vie porte en tête le titre de Vie de saint Hamon, qualité que l'auteur lui donne, comme une dénomination qui lui était acquise et solidement établie. On assure que cet auteur est Étienne de Fougères, évêque de Rennes, contemporain de saint Hamon. Les religieux de l'abbaye de Savigny ne célébraient pas de fête particulière de leur saint confrère ; mais ils faisaient tous les jours à l'office mémoire de cinq Saints, parmi lesquels il était nommé. Son corps fut levé de terre avec solennité par les évêques d'Avranches, de Rennes et du Mans, dès l'année 1184. Il s'en fit une seconde translation en 1243. La majeure partie fut alors déposée dans un tombeau élevé devant un des autels de l'église, et le reste fut renfermé dans une chasse. Depuis la révolution elles se trouvent dans l'église de la paroisse de Savigny, où on les vénère. Plusieurs miracles opérés par ce vertueux religieux sont autant de preuves de sainteté. D. Ménard assure qu'on conservait dans la bibliothèque de Savigny douze volumes manuscrits des ouvrages de saint Hamon.

Cf. Histoire des saints de Bretagne, par Dom Lobineau.

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Événements marquants

  • Entrée au noviciat à l'abbaye de Savigny
  • Service des lépreux au lieu-dit le Désert
  • Élévation à la prêtrise
  • Nomination comme confesseur de la communauté
  • Direction spirituelle de Saint Pierre d'Avranches et de la bienheureuse Bergoigne
  • Conversion de Guillaume de Toulouse
  • Translation solennelle des reliques en 1184 et 1243

Miracles

  • Vision de Jésus-Christ durant la consécration
  • Apparition de Saint Pierre d'Avranches après sa mort
  • Connaissance du secret des cœurs (frère dépositaire infidèle)
  • Commande à une religieuse d'attendre son retour pour mourir
  • Vision de la reconstruction de l'église de Savigny

Citations

Si, tout innocent que je suis, j'ai souffert de si grands maux pour l'amour de vous, n'est-il pas bien juste que vous comptiez pour rien la peine que vous endurez pour moi ?

— Paroles du Christ rapportées dans la vision de Saint Hamon