Le Vénérable Jean Eudes
Fondateur de la Congrégation de Jésus et de Marie
Résumé
Prêtre normand du XVIIe siècle, Jean Eudes est le fondateur de la Congrégation de Jésus et de Marie et de l'Ordre de Notre-Dame de Charité. Grand missionnaire apostolique, il a parcouru la France pour convertir les âmes et a été le premier à propager liturgiquement la dévotion aux Cœurs de Jésus et de Marie.
Biographie
LE VÉNÉRABLE JEAN EUDES,
FONDATEUR DE LA CONGRÉGATION DE JÉSUS ET DE MARIE
commença le lendemain, 25 mars, par l'établissement du séminaire de Caen, qui fut approuvé par Mgr d'Angennes, évêque de Bayeux, et autorisé par des lettres patentes du roi. Ce prélat étant mort en 1647, le P. Eudes éprouva de grandes traverses sous son successeur. Son courage n'en fut point abattu : il espéra que Dieu dissiperait l'orage que l'envie avait excité contre lui, baisa avec soumission la main qui le frappait, regarda cette croix comme la punition de ses péchés ; et loin de se plaindre de ses adversaires, il s'efforça de les excuser et de justifier au moins leurs intentions.
Une conduite si chrétienne ne pouvait manquer de faire tomber les injustes préventions qu'on avait conçues contre le serviteur de Dieu ; et en effet, c'est ce qui arriva bientôt. On rendit justice au P. Eudes : son séminaire de Caen fut de nouveau approuvé ; depuis ce temps la Congrégation des Eudistes prit de jour en jour de nouveaux accroissements, et le P. Eudes, plein de reconnaissance à la vue de ces heureux succès, ne cessait de bénir le Seigneur qui les lui accordait : en 1649, il établit à Coutances un séminaire de sa Congrégation, un à Lisieux en 1654, un à Rouen en 1659, sur la demande de Mgr de Harlay, qui en était alors archevêque, et un autre à Évreux, en 1666.
Le P. Eudes, touché de la position de plusieurs filles de mauvaise vie, qui s'étaient converties dans les différentes missions qu'il avait faites, et craignant qu'elles ne retombassent dans le désordre, les avait réunies à Caen en 1641, dans une maison qu'il avait louée pour elles, et les avait mises sous la conduite de personnes pieuses qu'il avait chargées de les former à la vertu et au travail. Cette communauté fut approuvée par l'évêque de Bayeux, et enfin érigée en Ordre religieux par le pape Alexandre VII, en 1666. Cet Ordre si respectable et si utile s'établit successivement dans différentes villes de France, et possède actuellement un plus grand nombre de maisons qu'avant notre première révolution. Celle de Rennes fut établie en 1673, et est la plus ancienne de l'Ordre après Caen. Vient ensuite, en 1676, celle de Guingamp, qui, depuis la Révolution, a été transférée à Saint-Brieuc ; celle de Vannes, qui n'a point été rétablie ; puis celles de Tours, de La Rochelle et de Paris. Depuis la Révolution, il en a été établi à Versailles, à Nantes, à Lyon, à Toulouse, à Valence, au Mans, en Italie, en Angleterre et en Amérique.
La réputation si méritée du P. Eudes le faisait appeler de tous côtés pour donner des missions. Il aurait souhaité pouvoir annoncer la parole de Dieu dans toutes les provinces du royaume, parce qu'il n'avait rien plus à cœur que le salut des âmes ; mais il lui fut impossible d'aller partout où on le désirait. La Normandie, une partie de la Bretagne, la Bourgogne, la Beauce, le Soissonnais, Paris et ses environs, furent les seuls lieux qu'il évangélisa. M. Olier, curé de Saint-Sulpice, fondateur du séminaire et de la pieuse et savante compagnie qui porte le nom du même Saint, l'appela à Paris en 1651, comptant beaucoup sur le zèle et les talents d'un si saint prêtre pour l'aider à renouveler son immense paroisse. Le P. Eudes y fit avec ses confrères une mission qui dura tout le Carême, et dont les fruits répondirent aux espérances du vertueux curé. En 1660, il fit à Paris deux autres missions qui produisirent un nombre incroyable de conversions marquantes : l'une dans l'église des Quinze-Vingts, et l'autre pour la paroisse de Saint-Sulpice à l'abbaye de Saint-Germain des Prés. Cette dernière surtout eut beaucoup d'éclat : on vit tout ce qu'il y avait de grand à la ville et à la cour, et la reine-mère elle-même, y assister avec assiduité. C'est à la procession qui la termina que le P. Eudes, tenant en main le très-saint
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Sacrement, parla pendant une demi-heure devant la reine-mère avec une force et une onction qui firent fondre en larmes tous les auditeurs.
Partout il prêcha avec succès, et l'empressement que les fidèles témoignaient à l'entendre répondait à la vivacité de son zèle. Souvent la foule était si considérable que les plus grandes églises étaient trop petites : alors il conduisait son auditoire sur une place publique ou dans un champ voisin, et c'est alors qu'il parlait avec le plus de force et d'onction. Son talent extraordinaire pour toucher les cœurs attirait à ses missions les personnes les plus instruites, comme celles qui l'étaient le moins : on y voyait des prêtres et des religieux confondus avec les laïques ; les personnes de qualité y accouraient comme le simple peuple. Aussi il serait impossible de dire le nombre de Protestants qu'il a fait rentrer dans le sein de l'Église, de pêcheurs publics et scandaleux qu'il a convertis et amenés à une vie pieuse et édifiante ; les restitutions qu'il a fait faire, la paix rétablie dans les familles, les communautés d'hommes et de femmes rappelées à la régularité et à leur première ferveur, etc., etc. Ses missions dans les villes duraient quelquefois trois mois ou plus, et les confesseurs étaient occupés pendant tout ce temps. Il en fit par lui-même cent dix ou cent douze, sans compter celles qu'il fit faire de son vivant par les prêtres de sa Congrégation, et qui montent à environ sept cents. Le pays où il en a fait le plus est le diocèse de Coutances, où il resta à plusieurs reprises des années entières. Il en fit plusieurs en Bretagne, à différentes époques, surtout dans le diocèse de Saint-Malo, et plus tard à Rennes et dans les campagnes voisines.
La mission de Rennes dura plus de quatre mois : l'ouverture s'en fit le premier dimanche de l'Avent 1669, et elle ne finit qu'à Pâques. Pendant tout ce temps le P. Eudes, quoique dans sa soixante-neuvième année, prêcha tous les jours, souvent plusieurs fois par jour, dans les différentes églises de la ville, et avec autant de force qu'il le faisait à l'âge de trente ans. L'assiduité des fidèles aux exercices fut extraordinaire. Il y avait trois sermons par jour ; dès que l'heure approchait, on fermait toutes les boutiques, et on accourait pour trouver place. Mgr de la Vieuville, alors évêque de Rennes, témoin du changement que la mission produisait dans les mœurs des habitants de cette ville, pensa que des ministres aussi zélés étaient propres à former les jeunes ecclésiastiques de son diocèse, et pria le P. Eudes d'établir un séminaire à Rennes, où il n'y en avait point encore. À la fin de sa mission, il le mit en possession d'une maison qu'il acheta à cet effet, et les habitants, par reconnaissance pour les peines que les missionnaires s'étaient données, s'empressèrent de la garnir de meubles, de linge, et de tous les objets nécessaires. Le P. Eudes y laissa des prêtres de sa Congrégation en nombre suffisant pour diriger le séminaire et faire des missions dans le diocèse. Cette maison subsiste encore aujourd'hui, et est une dépendance de l'hôpital militaire, qui occupe le magnifique séminaire que ces prêtres firent bâtir dans la suite de leurs propres deniers. C'est le sixième et dernier séminaire que le P. Eudes ait établi lui-même. Le petit séminaire de cette ville, qui fut aussi donné aux Eudistes, ne fut fondé qu'en 1690, dix ans après sa mort, par Mgr de Beaumanoir de Lavardin, qui fut évêque de Rennes après Mgr de la Vieuville.
Plusieurs autres séminaires furent successivement formés par la Congrégation, à Avranches, à Valognes, à Blois, à Dol, à Senlis, à Domfort, à Séez. Le P. Eudes avait fondé un collège à Lisieux : ses successeurs en établirent à Avranches, à Valognes et à Domfort. Ils eurent aussi à Paris un établissement qui n'était point un séminaire, mais une maison d'étude pour
les sujets de la Congrégation. Le P. Eudes, persuadé qu'il n'y avait pas de meilleur moyen d'inspirer une piété solide et d'entretenir une ferveur durable, que la dévotion aux divins cœurs de Jésus et de Marie, prêchait partout cette double dévotion, qu'il a étendue plus que personne. Il établissait même ordinairement à la fin des missions une confrérie en l'honneur du très-saint Cœur de Marie, telle qu'est celle qui existe encore dans l'Église Saint-Sauveur de Rennes, et qui date précisément de l'époque de la mission qu'il donna dans cette ville. Il institua ensuite pour des personnes appelées à une plus haute perfection, la société du Cœur de Marie, dont il fit non une simple confrérie, mais le Tiers Ordre de Notre-Dame de Charité du Refuge. Cette pieuse société, qui s'est propagée principalement dans les diocèses de Rennes, de Saint-Brieuc et de Vannes, continue d'y produire des fruits abondants.
Les bénédictions dont Dieu avait favorisé toutes ses entreprises, depuis qu'il avait institué dans sa Congrégation, dès 1648, l'office et la fête du cœur de Marie, avec octave, le déterminèrent, en 1672, à en établir une autre pour honorer le divin cœur de Jésus. Il y avait déjà treize ans ou environ qu'il avait composé, pour chacune des deux solennités, une messe et un office particulier où tout est plein de la plus douce onction. Il fut ainsi le premier à propager dans l'Église ces deux dévotions si belles et si touchantes, qui ont été depuis et sont encore tous les jours la source de tant de grâces.
Il continua de faire des missions jusqu'à l'âge de soixante-quinze ans. La dernière à laquelle il travailla fut celle de Saint-Lô, en 1676. Ses infirmités ne firent plus qu'augmenter depuis cette époque. Ses confrères, ou plutôt ses enfants, qui désiraient le conserver le plus longtemps possible, l'obligèrent à se retirer dans le séminaire de Caen, où il s'occupa avec activité de sa chère Congrégation. C'est alors qu'il mit la dernière main aux constitutions qu'il lui avait données, et à un livre qui a pour titre : *Le Cœur admirable de la Mère de Dieu*.
Il fut atteint, à la fin de juillet 1680, d'une maladie violente, dans laquelle il souffrit beaucoup et toujours avec la patience la plus édifiante. Il reçut les derniers sacrements avec cette foi vive qui le caractérisait, et mourut le 19 août, à l'âge de près de soixante-dix-neuf ans. Le clergé de toutes les paroisses de Caen assista à ses funérailles ; plus tard l'évêque de Bayeux et tout son chapitre se transportèrent à Caen, et y célébrèrent pour lui un service solennel, dans lequel son oraison funèbre fut prononcée par un des chanoines ; et les fidèles se portèrent en foule à ces deux cérémonies, tant on s'empressa dans tous les rangs de la société d'honorer la mémoire de ce grand serviteur de Dieu qui avait fait tant de bien dans tout le pays, et surtout dans la ville de Caen où il avait demeuré plus longtemps.
Ce n'est pas seulement dans les temps voisins de sa mort qu'on rendit des hommages publics à la mémoire du P. Eudes : l'église du Cœur de Marie, qu'il avait fait bâtir pour le séminaire de Caen, et où il fut enterré, ayant été abandonnée depuis la Révolution, son corps fut exhumé et transporté solennellement, le 20 février 1810, dans l'église Notre-Dame. L'évêque de Bayeux se rendit à Caen exprès pour cette pieuse cérémonie, à laquelle
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assista tout le clergé de la ville ainsi qu'une multitude innombrable de fidèles ; les autorités constituées elles-mêmes y voulurent prendre part : tant le souvenir de ses bienfaits et de ses vertus étaient encore vivant cent trente ans après sa mort.
Un décret de la Sacrée Congrégation des Rites, en date 7 février 1874, a admis l'introduction de la cause de béatification et de canonisation du vénérable Eudes.
Malgré les œuvres extérieures auxquelles il se livra toute sa vie, le P. Eudes trouva le temps de composer un grand nombre d'ouvrages : on en compte jusqu'à vingt et un qui ont presque tous pour objet direct d'honorer et de faire honorer Jésus-Christ et sa sainte Mère, ou de conduire les ecclésiastiques à la perfection de leur saint état. Les principaux sont : 1° La Vie et le Royaume de Jésus ; 2° Contrat de l'homme avec Dieu par le saint Baptême ; 3° Le bon Confesseur ; 4° Le Prédicateur apostolique ; 5° Le Mémorial de la Vie ecclésiastique ; 6° L'Enfance admirable de la très-sainte Mère de Dieu, son Cœur admirable ; 7° Explication de l'Office divin, du Sacrifice admirable de la sainte messe ; 8° Exercices intérieurs sur les mystères de Jésus ; 9° Le Testament de Jésus et le Testament du véritable Chrétien ; 10° Manuel du Chrétien ; 11° L'homme chrétien ; 12° Méditations, en 2 vol. ; 13° La divine Enfance de Jésus, etc.
La Congrégation de Jésus et de Marie, dite des Eudistes, s'est rétablie à Rennes en 1826, et ses règles ont été approuvées par le Saint-Siège, le 10 juin 1864 ; en 1792, elle avait donné onze martyrs, dont dix aux Carmes et un à Saint-Firmin, dans les massacres de septembre.
Événements marquants
- Fondation du séminaire de Caen en 1643
- Fondation de l'Ordre de Notre-Dame de Charité en 1641
- Érection de l'Ordre en Ordre religieux par Alexandre VII en 1666
- Établissement de la fête du Cœur de Marie en 1648
- Établissement de la fête du Cœur de Jésus en 1672
- Mission de Rennes en 1669
- Introduction de la cause de béatification en 1874
Citations
Le Cœur admirable de la Mère de Dieu