Saint Hilaire d'Arles
Archevêque d'Arles
Résumé
Moine de Lérins devenu archevêque d'Arles au Ve siècle, Hilaire se distingua par son austérité monastique conservée sur le siège épiscopal et son éloquence remarquable. Malgré un différend passager avec le pape saint Léon, il fut un grand défenseur de la discipline ecclésiastique et un protecteur des pauvres, vendant les vases sacrés pour racheter des captifs.
Biographie
SAINT HILAIRE, ARCHEVÊQUE D'ARLES
Voulez-vous montrer en tout, comme l'ordonnent les saints Canons, fidélité, soumission et obéissance au bienheureux apôtre Pierre, qui a reçu de Dieu le pouvoir de lier et de délier, à son vicaire notre Saint-Père le Pape, et aux pontifes romains, ses successeurs ? — Je le veux.
Pontif. rom., sacre des évêques.
Le Saint dont nous allons parler a lui-même écrit sa vie; sans y penser, en faisant celle d'un autre Saint. Il nous apprend dans l'oraison funèbre qu'il a faite de saint Honoré, ou Honorat, son prédécesseur, que ce grand homme sortait quelquefois de sa solitude de Lérins, pour gagner des âmes à Dieu. Un jour, étant venu dans le pays d'Hilaire, qui était ou la Bourgogne ou la Lorraine, et peut-être la ville de Toul, et le voyant déjà fort embarrassé dans le monde, il entreprit de l'en détacher, lui exposant, d'un côté, la vanité du siècle, les périls de cette vie et les difficultés de s'y sauver, et, de l'autre, l'excellence de la vie religieuse et les avantages que l'on y trouve pour aller sûrement au ciel. Mais comme il vit que tous ses discours, quoique fort pressants, ne faisaient aucune impression sur son cœur, et que le jeune homme protestait toujours, et même par serment, qu'il ne changerait jamais la vie séculière pour s'enfermer dans un cloître, il lui dit, dans un esprit prophétique : « Dieu m'accordera, avec le temps, ce que vous me refusez aujourd'hui ». En effet, après que le saint abbé eut prié pour la conversion d'Hilaire, son cœur changea tout à coup, et il conçut autant de dégoût des vanités du monde, qu'il les avait aimées avec passion auparavant ; de sorte que, rompant enfin toutes les chaînes qui le tenaient attaché au siècle, il s'enfuit en la solitude de Lérins, pour y travailler à la perfection, sous la sage conduite d'un si saint abbé.
Hilaire ne se fit pas religieux à demi, car il se rendit si accompli dans toutes les vertus, que saint Honorat, se voyant élevé à l'archevêché d'Arles, le substitua en sa place, et le fit le second abbé du célèbre monastère de Lérins. Peu de temps après, sentant le grand poids de sa charge épiscopale, il voulut l'avoir auprès de lui pour se servir de ses conseils et décharger ses épaules d'une partie de son fardeau ; mais l'amour de la solitude, dont le saint Abbé était charmé, lui fit bientôt abandonner la ville pour retourner à son abbaye, et il s'y rendit avec plus d'ardeur qu'il n'y était allé la première fois, lorsqu'il s'était fait religieux, ainsi que saint Eucher, évêque de Lyon, le remarque expressément dans une de ses épîtres à saint Honorat.
Le saint Archevêque, sentant ses forces beaucoup diminuer, fit encore revenir son saint disciple, afin qu'il l'assistât à la mort et qu'il lui rendît les derniers devoirs de la sépulture. Hilaire le fit avec l'amour et la tendresse que l'on voit dans l'oraison funèbre qu'il prononça sur son saint ami. Craignant d'être élu en la place du défunt qui avait manifesté ce désir, Hilaire partit aussitôt pour sa chère solitude ; mais Castus, gouverneur de la ville, ayant découvert son dessein, le fit arrêter ; le Saint se vit bientôt environné de la milice, du peuple et du clergé ; chacun l'exhortait à se rendre : tout ce qu'il put faire, ce fut de protester qu'il n'accepterait la prélature que si Dieu lui manifestait sa volonté par quelque signe. À l'heure même, une colombe parut, blanche comme la neige, et vint se poser au milieu de cette nombreuse assemblée, sur la tête d'Hilaire, et on ne put la faire partir avant que le Saint n'eût acquiescé à son élection. Il n'avait que vingt-neuf ans ; mais sa jeunesse ne servit qu'à rendre ses vertus plus aimables et plus éclatantes.
Il ne faut pas s'imaginer que ce saint religieux relâchât rien des rigueurs du cloître, pour se voir élevé à la dignité d'archevêque ; il pratiqua toujours les mêmes austérités, et sut très-bien allier la vie monastique à la prélature. Son vivre, son vêtir et son coucher furent les mêmes qu'auparavant ; et, pour être devenu plus grand prélat, il n'en fut pas moins religieux, ni moins mortifié. Les revenus de son église ne le rendaient pas plus riche : car il les distribuait avec tant de libéralité, qu'il se vit bientôt réduit à se servir de calices et de patènes de verre. Sa charité pour les pauvres alla même jusqu'à travailler de ses propres mains, pour avoir de quoi leur donner, quoi qu'il fût d'une naissance illustre et que les fonctions éminentes de sa charge semblassent l'en exempter.
Les Saints eux-mêmes commettent des fautes ; et la sainteté n'est-elle pas le plus souvent l'innocence recouvrée par la pénitence ? Un excès de zèle porta saint Hilaire à sortir des bornes des convenances vis-à-vis du souverain Pontife saint Léon le Grand ; mais il reconnut sa faute, s'en repentit et donna satisfaction au souverain Pontife. Il envoya, à cet effet, à Rome, les trois prêtres les plus considérables de son clergé, Ravenne, Nectaire et
5 MAI.
Constance; et il vécut, depuis, avec saint Léon, dans la meilleure intelligence; ce grand Pape, dans une lettre qu'il écrivit quelque temps après la mort de l'archevêque d'Arles, l'appelle *Hilaire de sainte mémoire*.
Le talent que saint Hilaire avait pour la prédication était singulièrement remarquable. Lorsqu'il parlait aux savants du monde, il s'exprimait avec cette grâce, cette élégance et ce ton de noblesse qui caractérisent les grands orateurs; mais s'il avait à instruire des gens sans lettres, il changeait sa manière et proportionnait ses discours à la capacité des plus ignorants. Ce qu'il y avait de plus admirable, c'est que, dans les instructions les plus familières, il savait allier un style simple et naïf avec la majesté de l'Évangile. Il prêchait la vérité sans déguisement et sans jamais flatter les grands. Nous en citerons un exemple. Il avait souvent averti en particulier un juge de la province, qui administrait la justice avec une criminelle partialité: ses avertissements n'avaient produit aucun effet. Un jour qu'il prêchait, le magistrat, suivi de ses officiers, entra dans l'église. À peine l'eut-il aperçu, qu'il interrompit son discours. Son auditoire paraissant étonné, il dit qu'un homme qui avait si souvent négligé les avis qu'on lui avait donnés pour le salut de son âme, ne méritait pas d'être nourri de la parole divine avec le peuple fidèle. Le juge, frappé de cette réflexion, rougit et rentra en lui-même. Le Saint reprit ensuite le fil de son discours. Ayant remarqué, un autre jour, que plusieurs personnes sortaient de l'église après la lecture de l'Évangile et précisément dans le moment où il prêchait, il les fit revenir, en leur disant: « Il ne vous sera pas si facile de sortir des cachots ténébreux de l'enfer, si vous avez le malheur d'y tomber ».
Son éloquence était rehaussée par l'éclat de ses miracles et de ses vertus. Par la seule imposition de ses mains, il rendit la vue à un aveugle; il délivra un énergumène; il obtint du ciel la guérison d'un de ses diacres qui avait eu un pied écrasé par un bloc de marbre.
Il avait la plus grande tendresse pour les pécheurs, lorsqu'il administrait la pénitence, ce qui se faisait ordinairement le dimanche après l'office et les instructions publiques; beaucoup venaient recevoir de lui le remède aux maladies de leur âme. Il excitait par ses larmes celles des pénitents. On ne pouvait l'entendre ni même le regarder, sans avoir le cœur brisé de contrition, et l'esprit effrayé par les jugements de Dieu, par le jour terrible de sa colère et par la damnation éternelle; on était dégoûté de la vie présente et l'on prenait la résolution de ne plus vivre que pour le ciel. Le Saint inspirait facilement ces sentiments aux autres, les ayant lui-même. Sa grande maxime étant de rapporter tout à Dieu, il le considérait comme son juge souverain, et examinait chaque jour, en sa présence, l'état de son âme: aussi veillait-il avec une grande attention à tout ce qu'il pensait, à tout ce qu'il faisait.
Il présida à plusieurs conciles, entre autres à ceux de Riez, en 439; d'Orange, en 441; de Vaison, en 442; d'Arles, en 443; il combattit les hérésies, surtout le pélagianisme, rétablit la discipline ecclésiastique, fonda des monastères, où il fit régner la plus parfaite régularité. Il en donnait lui-même l'exemple. Car le premier acte de son épiscopat avait été de se réunir au clergé de sa cathédrale pour vivre en communauté: le dernier membre de cette Congrégation lui était plus cher que lui-même; le plus petit accident qui leur arrivait l'affligeait; leur mort lui arrachait des larmes. Ils vivaient du revenu de leur travail: Hilaire lui-même, l'archevêque d'Arles, le vicaire du Saint-Siège, travaillait sans cesse: pendant qu'on lui parlait, qu'on lui lisait, qu'on lui récitait des prières, il faisait des nattes. Il allait toujours nu-pieds, même en hiver, même pendant ses fréquents voyages : c'est ainsi qu'il alla à Rome, sous son modeste vêtement, il portait un cilice. Rien ne lui coûtait quand il s'agissait du salut de son peuple ; on l'a vu, les jours de jeûne, prêcher trois heures de suite. Il vendait tout, jusqu'aux vases sacrés, comme je l'ai déjà dit, pour racheter les pauvres Gaulois tombés au pouvoir des tribus germaniques qui envahissaient la Gaule. Il avait d'illustres amis, comme saint Germain, évêque d'Auxerre, un des apôtres de la Grande-Bretagne, et destructeur du Pélagianisme ; il se consultait souvent l'un l'autre sur les affaires de leurs diocèses. Enfin, consumé de zèle et d'austérité, Hilaire tomba malade ; et, comme un jour il croyait être à l'extrémité, il lui sembla voir devant lui tous les vêtements d'Aaron, de la manière qu'ils sont décrits dans l'Écriture : lorsqu'il se disposait à les mettre, croyant qu'ils étaient préparés pour lui, son prêtre, Ravenne, fut appelé pour s'en revêtir et célébrer les saints Mystères : il reconnut bien, par là, que son heure était arrivée, et que Dieu lui faisait voir son successeur. Il en donna avis à ses enfants spirituels, leur prédisant qu'à onze heures du soir il partirait de ce monde : ce qui arriva le 5 mai, l'an de Notre-Seigneur 449, de son âge le quarante-huitième et la dix-neuvième année de son épiscopat.
Toute la ville d'Arles pleura sa perte prématurée ; chacun voulut toucher le Saint avant qu'il fût enseveli : les juifs mêmes assistèrent aux funérailles. Pendant le service funèbre, on n'entendait guère chanter les psaumes et faire l'éloge du Saint qu'en hébreu ; car les juifs seuls pouvaient parler : la voix des chrétiens, accoutumés à prier en latin et en grec, était étouffée par la douleur. Tel est le récit d'un témoin oculaire. Son corps, inhumé dans l'église de Sainte-Étienne, fut transféré ensuite dans celle de Saint-Geniez, et de là enfin dans celle de Saint-Honorat. Au milieu du XIIe siècle, ces saintes reliques furent transférées dans l'église de Sainte-Croix.
Son attribut est la colombe, qui est le symbole de l'élection par inspiration ou à l'unanimité.
## ÉCRITS DE SAINT HILAIRE.
Nous n'avons aujourd'hui qu'un seul ouvrage authentique de saint Hilaire, c'est la *Vie de saint Honorat*, son prédécesseur sur le siège d'Arles (tome L de la *Patrologie* de M. Migne). Son biographe cite encore *Homélies sur les fêtes de l'année ; explication du Symbole ; lettres en grand nombre ; des vers*. On a aussi attribué à saint Hilaire d'Arles, un poème sur la Providence divine, et on en a conclu qu'il était semi-pélagien. Pour arriver à cette conclusion, il reste à prouver : 1° que ce livre est réellement de saint Hilaire ; tous les savants admettent aujourd'hui que notre Saint n'en est point l'auteur ; 2° que le semi-pélagianisme est contenu dans ce livre. Or, on convient généralement qu'il n'y est que pour ceux qui veulent l'y voir. Quant à la lettre de saint Prosper à saint Augustin, qu'on invoque aussi contre Hilaire, que nous apprend-elle ? Qu'Hilaire pensait en tout comme Augustin, excepté sur la prédestination : chose très-permise. Accuse-t-on saint Augustin de faire partie des hérétiques connus sous le nom de prédestinationnaires, parce qu'il enseigne que le décret de la prédestination à la gloire est absolu antécédent ? Pourquoi traiter de semi-pélagien saint Hilaire pour avoir rejeté ce système ? Est-on pélagien parce qu'on trouve plus raisonnable de croire que la prédestination des élus à la gloire est conditionnelle, conséquente, c'est-à-dire fondée sur la prévision de leurs mérites naturels ?
Il ne faut pas confondre saint Hilaire d'Arles avec : 1° l'évêque Hilaire, ami de saint Jean Chrysostôme, qui, en cette qualité, fut exilé dans le Pont ; 2° Hilaire, évêque de Narbonne ; 3° Hilaire, diacre et envoyé du pape Libère au concile de Milan (335), maltraité par les Ariens, et exilé par l'empereur Constance ; 4° Hilaire, jeune laïque de Syracuse, disciple ardent de saint Augustin.
On possède encore son épitaphe, dans une chapelle souterraine, sous le maître-autel de Saint-Honorat-lès-Arles. Elle est gravée sur une grande table de marbre enchâssée dans la muraille, et rompue en plusieurs morceaux. Cette inscription est en beaux caractères romains ; la voici :
Événements marquants
- Conversion par saint Honorat
- Retraite au monastère de Lérins
- Nomination comme second abbé de Lérins
- Élection miraculeuse à l'archevêché d'Arles à 29 ans
- Conflit et réconciliation avec le pape saint Léon le Grand
- Présidence des conciles de Riez, Orange, Vaison et Arles
- Rachat de captifs gaulois
Miracles
- Apparition d'une colombe blanche lors de son élection
- Guérison d'un aveugle par imposition des mains
- Délivrance d'un énergumène
- Guérison d'un diacre au pied écrasé
- Vision des vêtements d'Aaron annonçant sa mort
Citations
Dieu m'accordera, avec le temps, ce que vous me refusez aujourd'hui
Il ne vous sera pas si facile de sortir des cachots ténébreux de l'enfer, si vous avez le malheur d'y tomber