Saint Hilarien

Prêtre et Martyr

Fête : 15 juin 8ᵉ siècle • saint

Résumé

Prêtre du VIIIe siècle et confesseur de Charlemagne, Hilarien exerça son ministère en Rouergue malgré les invasions sarrasines. Après avoir été décapité, il aurait porté sa propre tête jusqu'à sa mère, accomplissant une promesse faite de son vivant. Ses reliques furent longtemps vénérées à l'église de Perse à Espalion.

Biographie

SAINT HILARIEN, PRÊTRE ET MARTYR EN ROUERGUE (VIIIe siècle).

Saint Hilarien naquit dans le VIIIe siècle, à Espalion ou dans les environs, de parents nobles et pieux qui prirent soin de lui donner une éducation chrétienne. Il fut instruit dans les lettres sacrées et profanes, dont il acquit une connaissance approfondie. Ses vertus furent encore plus remarquables que sa science : de bonne heure, il se fit admirer par la ferveur de sa piété et la candeur de son âme qui se traduisait sur son extérieur. Son visage riant et agréable, ses manières aimables et douces, la distinction et la beauté qui régnaient dans toute sa personne n'étaient que le doux reflet de la beauté et de la sérénité de son âme innocente et vertueuse. Tant de qualités lui attirèrent l'estime et l'affection de tous : il fut choisi pour être élevé aux sublimes fonctions du sacerdoce.

Hilarien, par son savoir et ses vertus, attira les regards de l'illustre Charlemagne : ce prince lui confia la direction de quelques écoles ; et il professa une telle estime et une telle vénération pour ce saint prêtre, qu'il le choisit pour son confesseur. Il put avoir occasion de se servir de son ministère, pendant le séjour qu'il faisait quelquefois dans sa villa de Cessaneuil, située sur les bords solitaires du Lot. Hilarien se livra donc avec succès à l'œuvre de la régénération morale de son pays, qui, depuis longtemps, était converti au christianisme.

Mais, à cette époque tourmentée, on ne pouvait se promettre une tranquillité de longue durée. Les Sarrasins, plusieurs fois repoussés du Rouergue par Charlemagne, firent souvent dans ce pays des incursions et des ravages, même sous le grand empereur. Ils s'établissaient dans des forts inaccessibles, et de là, comme d'un repaire, ils s'élançaient dans toutes les directions pour piller, quand ils se voyaient hors de la portée de leur vainqueur. C'est ainsi qu'ils restèrent quelque temps les maîtres du territoire d'Espalion ; et, sous leur domination, la religion fut persécutée et les prêtres dispersés ou mis à mort.

Hilarien ne voulut pas abandonner son peuple dans la persécution ; il se cacha avec sa mère dans quelque retraite ignorée ; et de là il se portait dans tous les lieux où son ministère pouvait être utile. Et s'il voulut célébrer avec plus de sécurité le saint sacrifice, il se rendait souvent à Lévignac, à un quart de lieue seulement de l'église de Perse, qu'il desservait ; et, comme il lui fallait traverser le Lot, plusieurs fois, à défaut de barque, il étendait son manteau sur les eaux, et, par ce moyen, passait et repassait la rivière.

Ses ennemis s'efforcèrent souvent de s'emparer de lui, pour le faire périr ; mais le ciel le protégea quelque temps visiblement, ne voulant pas priver trop tôt le peuple du secours de son ministère. Un jour même, ses persécuteurs ayant tenté de le poursuivre au-delà du Lot, furent submergés dans ses eaux en les traversant. En ce même endroit, on voit une croix devant laquelle la procession s'arrêtait autrefois, aux jours des Rogations. On montre aussi, dans les environs, un roc creusé en forme de sarcophage et à la mesure d'un homme, cavité qu'on croit s'être formée pour recevoir et cacher le Saint, un jour qu'on le cherchait pour le faire mourir. Une croix y est aussi plantée sur le rocher, et la procession y faisait pareillement une station.

On raconte que la mère d'Hilarien, pleine d'inquiétude pour la vie de son fils exposée si souvent, lui disait quelquefois : « Mon fils, vous finirez par laisser la tête dans l'une de vos excursions ». — « Ma mère », lui répondit celui-ci avec enjouement, « s'il m'arrive d'y perdre la tête, je vous la rapporterai ».

Enfin le ciel voulut couronner tant de vertus et tant de dévouement par la gloire du martyre. Le saint prêtre fut atteint un jour par ses persécuteurs, qui lui tranchèrent la tête. Le vaillant athlète du Christ donna volontiers sa vie pour son divin Maître ; mais, dès que les meurtriers se furent éloignés, il se releva, prit entre ses mains sa tête sanglante et la lava lui-même à une fontaine appelée depuis Fontaange ; il lui communiqua ainsi, dit-on, une vertu miraculeuse ; les habitants de ce pays viennent souvent y puiser.

Le saint Martyr, ayant donc repris sa tête, se dirigea ainsi vers la demeure de sa mère et vint remettre son chef entre ses mains, comme un gage de piété filiale, selon la promesse qu'il lui en avait faite de son vivant. D'autres prétendent qu'il le porta dans l'église de Perse. Son peuple fidèle inhuma le corps du saint Martyr dans cette église, et, pénétré de la plus légitime admiration pour ses vertus et pour sa mort glorieuse, il s'empressa de lui rendre un culte public et de l'invoquer comme son protecteur et son patron.

Un manuscrit sur parchemin, daté de 1450, rappelle avec quel concours de peuple et quelle pompe la fête du Saint était célébrée, le 15 juin. À l'occasion des ravages exercés par la peste, en 1451 et en 1456, les habitants d'Espalion se vouèrent à saint Hilarien.

On peut voir encore, sur les deux colonnes du maître-autel de l'église paroissiale d'Espalion, un bas-relief qui représente le martyre de saint Hilarien et le miracle qui l'accompagna. Cette sculpture date du XVe siècle ou du commencement du XVIe.

Le 12 octobre 1524, François d'Estaing, évêque de Rodez, fit sa visite pastorale à la ville d'Espalion et y consacra solennellement l'église dont nous venons de parler ; le procès-verbal fait mention d'une relique de saint Hilarien qu'on y vénérait. Les habitants de la ville profitèrent de la présence de leur pasteur, pour faire l'ouverture du tombeau de leur saint patron, afin d'opérer la translation de ses reliques dans un lieu plus honorable. Le pieux François d'Estaing voulut lui-même présider la cérémonie. Une procession fut organisée avec une pompe extraordinaire, et la foule se pressa dans l'église de Perse, trop étroite pour la contenir. Cette église, construite au XIe siècle, subsiste encore et est un beau monument d'architecture romane.

On procéda donc à l'ouverture du tombeau massif et volumineux du saint Martyr. Le prélat recueillit soigneusement tous les os du corps et de la tête, qui se trouvaient renfermés dans cette tombe, ainsi que des lambeaux de vêtements sacerdotaux que le temps n'avait pas encore consumés. Ces reliques, déposées sur l'autel, furent soigneusement mises en ordre par le pieux prélat et placées par lui dans une châsse précieuse ; il ordonna que cette châsse fût renfermée à son tour dans un vase de cuivre ou de bronze, et exposée à la vénération des fidèles dans un endroit élevé.

Un procès-verbal d'une visite du même évêque constatait la présence d'une relique de saint Hilarien dans l'église de Plaujac. L'abbaye de Souneval, dans le Rouergue, possédait une châsse d'argent très-précieuse où l'on gardait un os du bras de saint Hilarien.

Une autre relique de saint Hilarien était vénérée à Thérondels, où elle avait été apportée par un vicaire général de Voyer de Paulmy, en 1668, ainsi que le constate le procès-verbal encore existant.

On conservait avant la Révolution, dans l'église de Perse, une ancienne châsse dorée, qui contenait presque tous les os d'un même corps, très-blancs et très-solides. On croit que c'étaient les reliques de saint Hilarien ; mais cette châsse fut vendue par les profanateurs révolutionnaires et les ossements jetés au vent.

Abrigé de la Vie qu'on a donnée M. l'abbé L. Servières, dans les Saints du Rouergue.

16 JUIN.

Événements marquants

  • Éducation chrétienne et étude des lettres sacrées et profanes
  • Élévation au sacerdoce
  • Confesseur de l'empereur Charlemagne
  • Direction d'écoles sous le patronage impérial
  • Célébration clandestine du culte durant les incursions sarrasines
  • Martyre par décapitation par les Sarrasins
  • Miracle de la céphalophorie : porte sa tête à sa mère ou à l'église de Perse

Miracles

  • Traversée du Lot en utilisant son manteau comme barque
  • Submersion miraculeuse de ses poursuivants dans le Lot
  • Rocher creusé miraculeusement pour le cacher
  • Céphalophorie : porte sa tête après sa décapitation
  • Source miraculeuse (Fontaange) créée ou sanctifiée par sa tête

Citations

Ma mère, s'il m'arrive d'y perdre la tête, je vous la rapporterai

— Tradition orale rapportée par l'abbé L. Servières