Saint Lucien le Syrien

Martyr

Fête : 7 janvier 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Prêtre d'Antioche et illustre exégète syrien du IVe siècle, Lucien révisa les textes sacrés avant d'être arrêté sous Maximin. Malgré d'atroces tortures en prison, il célébra la messe sur sa propre poitrine pour ses disciples. Après son martyre, son corps fut miraculeusement ramené au rivage par un dauphin.

Biographie

SAINT LUCIEN LE SYRIEN, MARTYR

Seigneur, l'explication de votre parole éclaire et donne de l'intelligence aux petits. Ps. C. XVIII.

Étudiez et surtout tâchez de comprendre les commentaires que les Docteurs ont faits sur les saints livres. Thomas à Kempis.

Ce grand personnage était Syrien de nation, d'une famille illustre de la ville de Samosate. Ses parents, qui étaient chrétiens, prirent un soin particulier de l'élever en la crainte de Dieu, et de lui faire apprendre les maximes de la vraie piété et de la religion chrétienne. Il demeura néanmoins orphelin de père et de mère à l'âge de douze ans, et dès lors, jugeant que la vie religieuse était un port assuré contre les orages du monde, il se retira chez un saint personnage appelé Macaire, qui faisait profession d'interpréter les saintes Écritures en la ville d'Édesse. Lucien profita si bien à cette école, qu'il se prescrivit dès lors une façon de vivre très-austère : de sorte que pour ses mets les plus délicieux, il n'usait que de pain sec, d'herbes crues et de racines ; et, quelle que fût la rigueur du froid en hiver, il ne s'approchait jamais du feu. L'oraison et le silence étaient ses plus familiers entretiens, et s'il lui échappait quelquefois une parole de la bouche, elle n'était puisée que dans les saintes Écritures.

Avancant de plus en plus en âge et en vertu, il se fit ordonner prêtre en la ville d'Antioche ; et pour être plus utile au public, il entreprit d'instruire la jeunesse, tant dans les belles-lettres que dans la pratique de la piété. Pour cet effet, il tint école ouverte, à l'exemple de son maître saint Macaire, afin que tous ceux qui voudraient jouir du fruit de ses travaux, le pussent faire sans aucune difficulté. Et, pour avoir de quoi faire l'aumône aux pauvres, il s'acquitta avec une telle facilité de bien écrire, qu'il y gagnait assez pour son entretien et celui des autres. Il entreprit, de plus, un ouvrage très-difficile ; car, ayant observé que les hérétiques, traduisant diversement les livres sacrés, y avaient glissé beaucoup d'erreurs, il résolut d'en revoir toutes les traductions, et d'en faire une toute nouvelle de l'hébreu en grec ; cette édition mérita l'estime universelle, et fut très-utile à saint Jérôme, qui rapporte que l'on s'en servait dans l'Église d'Orient, particulièrement depuis Constantinople jusqu'à Antioche.

Comme notre Saint travaillait ainsi pour la religion, l'empereur Maximin renouvela les édits de ses prédécesseurs Dioclétien et Maximien, et continua de persécuter les fidèles. Sachant que ce très-saint prêtre était un des plus fermes soutiens et une des plus fortes colonnes de l'Église catholique d'Antioche, et que les fidèles avaient pour lui beaucoup de déférence, il résolut de le faire arrêter ; mais le saint homme en ayant avis, pour ne se pas exposer témérairement au péril, sortit de la ville et se retira secrètement dans la campagne, pratiquant en cela le conseil du Sauveur qui a dit à ses disciples : « Quand les hommes vous persécuteront en une ville, fuyez en une autre ! ». Cependant, ayant été dénoncé par un méchant apostat, partisan de l'hérésiarque Sabellius, il fut fait prisonnier et conduit à Nicomédie. 303.

En passant par la Cappadoce, il rencontra quelques soldats de sa connaissance, qui, par crainte ou par la violence des tourments, avaient renoncé au christianisme : le Saint, animé de ferveur et de zèle, leur fit une si vive et si charitable remontrance, que, touchés de repentir, ils promirent de ne faire désormais que des actes de bons chrétiens ; et de quarante qu'ils étaient, la plupart moururent courageusement pour Jésus-Christ ; les autres, triomphant de la cruauté des tourments, survécurent à la rage du tyran. Le saint martyr ne produisit pas un moindre fruit, quand il fut arrivé à Nicomédie ; il y trouva encore quelques chrétiens qui avaient fait aussi naufrage en la foi, les ramena par ses ferventes exhortations, et les fit rentrer dans le sein de l'Église. Aussi ce très-saint prêtre portait à juste titre le nom de Lucien (qui vient de lux, lumière), brillant par l'éclat de sa foi et de ses vertus, non-seulement en lui-même, mais aussi pour les autres.

On croirait que Maximin craignait d'être éclairé par cette lumière, s'il l'interrogeait lui-même ; il se couvrit pour ainsi dire d'un voile, et ne parla à Lucien que par interprète. Il lui offrit de se l'associer au gouvernement de l'empire, et de le faire son collègue et son conseil, s'il voulait seulement sacrifier aux idoles ; mais le Saint se moquant de ses vaines promesses, protesta hautement qu'il n'en ferait jamais rien. Alors Maximin, passant des promesses aux menaces, le fit conduire en prison, où après plusieurs autres outrages, le saint Confesseur eut à subir d'affreux traitements. On prépara une grosse pièce de bois, percée en quatre endroits différents, et après lui avoir fait entrer les jambes jusqu'aux genoux dans les deux trous de dessus, on les replia cruellement pour les entrer dans les trous de dessous, ce qui lui déboîta les os et força horriblement les jointures. Ensuite on lui attacha les mains par-dessus la tête, à une autre pièce de bois, afin qu'étant couché il ne se pût nullement remuer, et la place ayant été couverte de tessons de pots cassés, on l'étendit tout nu sur ce lit de douleur pour lui faire souffrir, sans relâche, une torture insupportable. Les bourreaux le laissèrent douze ou quatorze jours en cet état, sans lui donner rien à manger que des viandes qui avaient été présentées aux idoles ; mais il eut plutôt souffert mille morts que d'en toucher un seul morceau, s'appuyant sur cette loi : qu'on ne peut manger ce qui a été offert aux idoles, s'il doit en résulter du scandale pour les faibles, et si les païens l'exigent comme un acte d'idolâtrie.

Cependant la fête de l'Épiphanie approchait, et ses disciples qui le venaient visiter, eussent bien souhaité de le voir libre en ce jour, afin de participer avec lui aux saints mystères de notre rédemption : ce que le saint martyr leur promit. En effet, quand le jour fut arrivé, il leur dit que sa poitrine servirait bien d'autel, et eux, d'église, en se rangeant autour de sa personne. Ils apportèrent donc le pain et le vin sur le sein de ce saint prêtre, qui, après les prières accoutumées, les bénit l'un et l'autre, les consacra et reçut la sainte Eucharistie, qu'il fit distribuer ensuite à toute l'assistance. Et ce qui est admirable en cela, c'est que Dieu ne permit pas que, durant tout le temps de cette auguste cérémonie, un seul païen se présentât, qui pût les empêcher de l'achever.

SAINT LUCIEN LE SYRIEN, MARTYR.

Le lendemain, l'empereur irrité de ce que le martyr vivait si longtemps, envoya voir s'il n'était pas mort ; mais, d'aussi loin qu'il aperçut les ministres d'iniquité, il s'écria : « Je suis Chrétien ». Le bourreau, étonné de cette constance, lui demanda de quel pays il était : « Je suis Chrétien », répondit-il. — Quel est ta profession ? répliqua le ministre de Satan. — « Je suis Chrétien », repartit le saint Martyr. — Mais qui sont tes parents ? ajouta encore une fois ce païen. — « Je suis Chrétien », répondit enfin le généreux Martyr. Il n'eut pas si tôt fait cette dernière profession de foi, qu'il rendit son âme à Dieu : ce fut le 7 janvier, de l'an trois cent douze. On croit qu'il resta neuf ans en prison, puisque, au rapport d'Eusèbe, il ne reçut la couronne du martyre qu'après la mort de saint Pierre d'Alexandrie arrivée en 311. Saint Chrysostome a écrit des merveilles sur cette admirable réponse de saint Lucien ; parce que, dit-il, le disciple de Jésus-Christ, en disant qu'il est Chrétien, explique parfaitement bien, en un seul mot, quelle est sa patrie, sa famille et sa profession. Sa patrie, parce que, n'en ayant point sur la terre, il n'en reconnaît pas d'autre que la Jérusalem céleste ; sa famille, parce qu'il ne croit pas avoir d'autres parents que les Saints ; et, enfin, sa profession, puisque toute sa vie est dans le ciel.

Le tyran écoutant sa rage, même après la mort du saint Martyr, commanda qu'on lui attachât une grosse pierre à la main droite, et que son corps fût jeté dans la mer, afin d'en ôter pour jamais le souvenir. Mais le Créateur des eaux le conserva quatorze jours dans cet élément, autant de temps qu'il avait souffert le martyre ; et, au quinzième, le Saint apparut à un de ses parents, qui était aussi son disciple, appelé Glycérius, pour lui dire qu'il s'en allât en un tel endroit du rivage, qu'il lui marquait, et que là il trouverait infailliblement son corps. Glycérius y alla, assisté par quelques autres chrétiens, et ils n'y furent pas plus tôt arrivés, qu'ils aperçurent un grand dauphin qui, portant ce précieux trésor sur son dos, le déchargea à leur vue sur le bord de la mer ; on put facilement se convaincre que ce dauphin n'était pas un fantôme, mais un vrai poisson, car il expira sur le rivage aussitôt qu'il se fut déchargé, ainsi qu'il paraît par le dernier couplet d'une hymne que l'on chantait autrefois en l'honneur de saint Lucien ; voici le sens :

Le dauphin, paraissant, se chargea du Martyr, Et voulant à son corps rendre un pieux hommage, Le porta sur son dos jusqu'au bord du rivage, Où devant tout le monde il mourut de plaisir.

Ce saint corps fut reçu tout entier et sans aucune corruption ni mauvaise odeur, si ce n'est que la main droite en avait été séparée par la pesanteur de cette pierre. Mais Dieu voulant ratifier par un prodige le travail de cette même main qui avait servi à la correction des erreurs introduites dans les versions des saintes Écritures, fit que, peu de temps après, la mer l'ayant rapportée sur ses ondes, elle fut parfaitement réunie à son corps ; elle reçut avec lui l'honneur de la sépulture, que ses disciples lui rendirent, autant que le temps et l'occasion le leur permettaient. Sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin, passant depuis par Nicomédie, au retour de la visite des saints lieux de Jérusalem, eut dévotion d'honorer le sépulcre du saint martyr Lucien ; afin de le relever davantage, elle fit bâtir en ce même lieu une belle ville qui changea son ancien nom de Drépan en celui d'Hélénopolis, c'est-à-dire la ville d'Hélène, et par le même moyen, elle y fit bâtir un beau temple qui portait le nom du Saint. Mais, dans la suite des temps, l'empereur Charlemagne a fait apporter ses précieuses reliques dans la ville d'Arles, en Provence, après avoir fait bâtir une église en l'honneur du Saint ; ses riches dépouilles y furent honorablement déposées par Turpin, archevêque de Reims, qui décéda l'an 800, le 2 septembre. Ces reliques, extraites de leurs reliquaires en 93, furent depuis confondues avec d'autres. Mgr Bernet, archevêque d'Aix, a reconnu le tout en 1829, comme étant probablement les restes de saint Lucien et de saint Vincent.

Voici comment on représente saint Lucien : il est amené devant l'empereur Maximin qui, ne pouvant supporter l'éclat et la majesté du visage du saint Martyr, fait tendre un voile devant lui. Dans sa prison, il célèbre la messe et — s'offrant lui-même — offre au Père éternel l'hostie de propitiation, de la manière que nous avons décrite dans la Vie ; un bourreau le précipite dans la mer ; un Dauphin ramène son corps sur les rivages de la mer de Bithynie.

Saint Jean Chrysostome, t. II, p. 524 ; saint Jérôme, de script., c. 77 ; Eusèbe, l. VIII, c. 13 ; l. IX, c. 6 ; Ruin Tillemont, t. V, p. 474, et le P. Pagi, ad an. 311. Métaphraste a écrit sa vie bien amplement, ainsi qu'elle est rapportée par Surius et Hollandus dans leur premier tome ; c'est de Th et des Avocats de l'Église que nous avons fait ce recueil pour le jour de sa fête, laquelle est célébrée par les Latins le 7 de janvier, bien que les Grecs n'en fassent mémoire qu'au quinze octobre.

Événements marquants

  • Études auprès de Macaire à Édesse
  • Ordination sacerdotale à Antioche
  • Fondation d'une école à Antioche
  • Révision de la traduction de la Bible (hébreu en grec)
  • Arrestation à la suite d'une dénonciation par un sabellien
  • Conversion de quarante soldats en Cappadoce
  • Célébration de la messe sur sa propre poitrine en prison
  • Martyre à Nicomédie après 14 jours de torture

Miracles

  • Célébration de la messe sur sa poitrine en prison sans être découvert
  • Corps porté par un dauphin après avoir été jeté à la mer
  • Réunion miraculeuse de sa main droite tranchée à son corps par la mer

Citations

Je suis Chrétien

— Réponse répétée aux interrogateurs