Saint Ignace de Loyola

Confesseur et Fondateur de la Compagnie de Jésus

Fête : 31 juillet 16ᵉ siècle • saint

Résumé

Gentilhomme basque né en 1491, Ignace de Loyola abandonne la carrière des armes après une grave blessure à Pampelune pour se consacrer à Dieu. Après une vie de pénitence et d'études à travers l'Europe, il fonde à Paris la Compagnie de Jésus, vouée à la défense de la foi et au salut des âmes. Premier général de son ordre, il meurt à Rome en 1556, laissant les Exercices Spirituels comme héritage majeur.

Biographie

SAINT IGNACE DE LOYOLA, CONFESSEUR

FONDATEUR DE L'ORDRE DES CLERCS RÉGULIERS DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS

1491-1556. — Papes : Innocent VIII ; Paul IV. — Rois d'Espagne : Ferdinand ; Philippe II.

« Tout pour la plus grande gloire de Dieu. »

Quand nous sacrifions nos intérêts au service de Dieu, il avance plus nos affaires que nous n'aurions fait nous-mêmes si nous avions préféré nos intérêts à son service.

Maximes de saint Ignace.

Notre-Seigneur ayant établi dans son Évangile cette maxime : « Qu'on apprécie la valeur des hommes d'après leurs œuvres, de même que l'on connaît la bonté des arbres par leurs fruits », que penser du mérite de saint Ignace, si l'on considère les biens inestimables que lui-même et sa Compagnie ont produits dans l'Église ? Combien de milliers de personnes sont redevables à son zèle : les unes, d'avoir été élevées dès leur jeunesse dans la crainte de Dieu et dans la piété ; les autres, d'avoir été conduites dans les voies de la justice et de la perfection jusqu'à l'heure de la mort ; d'autres, d'avoir été tirées de l'abîme du péché où les passions de la nature corrompue les avaient engagées ; celles-ci, d'être sorties des ténèbres de l'hérésie pour rentrer dans le sein de l'Église ; celles-là, d'avoir renié la superstition du paganisme et de l'idolâtrie et d'avoir embrassé la foi de Jésus-Christ ; et toutes, enfin, d'avoir évité les pièges de Satan et d'être arrivées au port du salut ? Quels secours ces saints religieux n'ont-ils pas procurés aux évêques, aux souverains Pontifes et à l'Église universelle, soit pour réformer les mœurs des fidèles, soit pour combattre et terrasser les hérésies anciennes et nouvelles, soit pour éclaircir les vérités chrétiennes, soit pour étendre le royaume du Fils de Dieu en des lieux où il n'avait pas encore été reçu ? Notre Saint ne compte-t-il point parmi ses enfants et ses disciples un nombre presque infini d'Apôtres, de Martyrs, de Docteurs et de Confesseurs qui, animés par sa parole, ou par son exemple, ou par les règles qu'il leur a laissées, ont porté l'Évangile dans tous les lieux de la terre ; ont versé leur sang et souffert les plus rigoureux supplices pour la défense de la religion ; ont enseigné la doctrine de la foi et ont passé leur vie dans la pratique des plus éminentes vertus de la discipline régulière. Il est donc juste que nous fassions ici son histoire avec une exactitude particulière, afin que les chrétiens connaissent les mérites de ce grand homme que Dieu a choisi pour instrument de tant d'œuvres extraordinaires.

Ignace naquit en 1491, dans l'une des provinces basques de l'Espagne, que l'on appelle le Guipuscoa. Son père fut Dom Beltrand, seigneur d'Ognez ou Ognate et de Loyola, et chef d'une maison très-ancienne, et sa mère, dona Maria Saez de Licona y Balda, qui n'était pas d'une naissance moins illustre. Lorsqu'il fut sorti de l'enfance, qu'il avait passée fort sagement dans le château de Loyola où il était né, son père, le jugeant propre pour la cour, le fit page du roi catholique Ferdinand V. Ce prince l'affectionna et lui donna, dans les rencontres, des marques de sa bienfaisance ; mais Ignace n'était pas d'humeur à rester oisif et ayant devant les yeux l'exemple de ses frères qui se signalaient dans l'armée de Naples, s'adonna avec passion et empressement aux exercices militaires.

Il fit bientôt partie de l'armée et ne le céda en courage à aucun officier. Il se fit beaucoup d'honneur par la conduite qu'il tint à la prise de Najera, ville située à la frontière de Biscaye. Quoiqu'il eût eu le plus de part à la victoire, il ne voulut point en avoir le butin. Il baissait le jeu ; il avait de l'habileté dans les affaires, et, quoique jeune, il excellait à apaiser les disputes qui s'élevaient parmi les soldats ; il se montrait fort généreux envers ses ennemis ; il aimait la poésie, et, sans avoir aucune teinture des lettres, il faisait d'assez bons vers espagnols, et l'on dit qu'il composa un petit poème à la louange de saint Pierre. Le reste de sa conduite n'était guère édifiant : il ne pensait qu'à la galanterie et au plaisir ; il ne suivait dans toutes ses actions que les maximes du monde ; il vécut de la sorte jusqu'à vingt-neuf ans. Alors Dieu lui ouvrit les yeux, comme nous allons le rapporter.

Il se trouva dans la ville de Pampelune lorsque l'armée de François Ier, conduite par André de Foix, seigneur de Lespare, la vint investir. Il fit d'abord ce qu'il put pour empêcher les habitants de se rendre ; mais n'ayant pu guérir leur peur par ses remontrances, il se retira dans la citadelle. Le gouverneur de ce fort prit lui-même l'alarme et voulut capituler ; mais Ignace rompit la capitulation et anima les officiers et les soldats à tenir bon et à se défendre. L'attaque et la résistance furent furieuses : on combattit de part et d'autre avec beaucoup de courage et d'opiniâtreté. Ignace était celui qui encourageait les assiégés et qui montrait le plus de valeur. Mais au plus fort de l'action, une balle lui effleura la jambe gauche et lui brisa l'os de la jambe droite ; ce qui le mit hors de combat. Les Navarrais, le voyant blessé, perdirent courage et se rendirent à discrétion ; mais les Français, usant bien de la victoire, emportèrent Ignace au quartier de leur général, prirent soin de le faire panser, et, quand sa jambe eut été remise et que l'état de sa plaie lui permit de changer de lieu, ils le firent porter en litière au château de Loyola, qui était peu éloigné de Pampelune.

Lorsque notre Saint fut arrivé, on reconnut qu'il n'avait pas été bien pansé et que les os de sa jambe n'avaient pas été remis dans leur situation naturelle. Cela l'obligea de souffrir une seconde opération des chirurgiens, ce qui lui causa des douleurs extrêmes ; la fièvre le prit avec des symptômes si violents qu'on désespéra de sa vie ; de sorte qu'il reçut les sacrements, la veille de saint Pierre et saint Paul, pour se disposer à mourir ; mais la nuit suivante, le prince des Apôtres lui apparut en songe, le toucha de ses mains sacrées et le guérit de sa fièvre. Sa vanité le porta ensuite à se faire faire une troisième opération, parce que, quoique dans la seconde on eût rejoint les deux parties de l'os cassé, il y en avait néanmoins une qui avançait plus que l'autre, ce qui faisait une petite bosse sur la jambe et empêchait que le bas et la botte fussent bien tirés. Durant cette longue cure, Ignace, obligé de garder le lit ou la chambre, chercha à dissiper l'ennui par la lecture. Il eût préféré quelques histoires profanes ou quelques romans ; mais on lui apporta la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ et celle des Saints, en langue espagnole, la seule qu'il savait alors. Par cette lecture, que sa longue oisiveté l'obligea de reprendre plusieurs fois, la grâce s'insinua dans son âme. Il commença à voir la corruption et le danger de sa vie mondaine et sensuelle, la folie de son ambition et de sa vanité, et les mensonges du siècle qui promet le vrai bonheur sans le pouvoir jamais donner. Il résolut de s'en châtier avec une rigueur impitoyable et de commencer une nouvelle vie. La pénitence qu'il projeta fut d'aller pieds nus à la Terre-Sainte, de se revêtir d'un sac, de jeûner au pain et à l'eau, de ne plus coucher que sur la dure et de se renfermer enfin dans quelque solitude affreuse où il put gémir le reste de ses jours pour ceux qu'il avait employés à contenter les désirs de la nature corrompue.

Mais, comme la blessure de sa jambe l'empêcha d'exécuter si tôt ses grands desseins, il y suppléait par toutes les mortifications dont il était capable dans l'état de sa maladie. Il se levait secrètement toutes les nuits, et, prosterné contre terre, il pleurait ses péchés avec des larmes très-amères. Une nuit, il se consacra à Jésus-Christ par sa sainte Mère avec une ferveur extraordinaire, et leur jura une fidélité inviolable; alors il entendit un grand bruit, la maison trembla, les vitres de sa chambre se cassèrent, et il se fit dans la muraille une assez large ouverture, qui y a, depuis, existé fort longtemps. Peut-être que Dieu voulut montrer, par ce signe, qu'il agréait le sacrifice de son nouveau serviteur. D'ailleurs, la lecture qu'il continuait toujours de faire, non plus par curiosité, comme auparavant, mais par un ardent désir de se former sur les exemples de Jésus-Christ et des Saints, augmentait à tous moments sa ferveur: et il s'étonnait lui-même de n'être plus ce qu'il était et de se voir transformé en un autre homme. Pour le fortifier davantage dans ses bonnes résolutions, la Vierge lui apparut une nuit tenant le petit Jésus entre ses bras et tout environné de lumière. Cette apparition produisit de merveilleux effets dans son âme: elle le remplit d'une onction céleste qui lui rendit insipides les plaisirs des sens; elle lui purifia le cœur et en arracha les désirs et les affections terrestres; elle lui dégagea même l'esprit et en effaça toutes les images des voluptés sensuelles. Depuis ce moment, Ignace se vit heureusement affranchi des révoltes de la chair et de ces pensées importunes qui tourmentent même quelquefois les personnes les plus chastes.

Dom Garcia, son frère aîné, qui, par la mort de Dom Beltrand, était devenu seigneur de Loyola, soupçonnant le dessein de notre Saint, tâcha de le retenir dans le monde; mais Ignace avait pris définitivement son parti. Lorsqu'il fut guéri, il monta à cheval, sans autre dessein en apparence que de visiter le duc de Najera, qui avait souvent envoyé savoir de ses nouvelles durant sa maladie et qui était alors à Navarette, petite ville voisine; le véritable but de son voyage était le pèlerinage de Mont-Serrat, situé à une journée environ de Barcelone, et où l'on venait de toutes parts honorer une image miraculeuse de la très-sainte Vierge et se placer sous sa puissante protection. Il renvoya en chemin deux valets qui l'avaient suivi, et fit au même temps le vœu de chasteté perpétuelle, qu'il a gardée depuis inviolablement jusqu'à la mort. Il résolut aussi de prendre la discipline toutes les nuits: ce qu'il a toujours pratiqué très-fidèlement, tant que sa santé le lui a pu permettre; enfin, il se proposa dès lors de faire toutes choses pour la plus grande gloire de Dieu, et de n'avoir jamais d'autre fin de ses pensées, de ses désirs, de ses paroles ni de ses actions. C'est ce sentiment qui lui a fait prendre pour la devise de son Ordre ces beaux mots: *Ad majorem Dei gloriam*: « Pour la plus grande gloire de Dieu ».

Étant arrivé à une bourgade qui est au pied de la montagne, il acheta (car son dessein était de faire ensuite le pèlerinage de Jérusalem) un habit long de grosse toile, une ceinture et des sandales de corde avec un bourdon et une calebasse, et mit cet équipage à l'arçon de la selle de son cheval. La première chose qu'il fit, étant dans l'église de ce saint monastère, fut de demander un confesseur éclairé qui pût l'instruire de tous les devoirs d'un pénitent, et le mettre dans le chemin du salut. Dieu l'ayant adressé à Dom Jean Chanones, français de nation, religieux fort célèbre pour son expérience dans la conduite des âmes et pour sa sainteté, il lui fit, pendant trois jours, sa confession générale avec beaucoup d'exactitude et une extrême douleur de ses péchés. Ensuite, il lui découvrit tous ses desseins comme à son directeur, et lui fit le plan de la vie retirée et austère qu'il voulait mener. Ce saint homme, qui vivait lui-même très-austèrement, confirma Ignace dans sa résolution, en lui prescrivant néanmoins des règles de prudence pour sa conduite, et lui découvrant les pièges que le malin esprit pourrait lui tendre dans ses premières ferveurs.

Notre pénitent, étant donc résolu à ne point retourner au monde, fit présent de son cheval au monastère, et suspendit son épée et son poignard devant l'autel de la sainte Vierge. Le soir, il alla secrètement trouver un pauvre, et lui donna ses habits; après quoi, s'étant revêtu du sac et ceint de la corde qu'il avait achetés en chemin, il retourna à l'église, où il passa la nuit en prières et en larmes. C'était la nuit de l'Annonciation (1522). Le lendemain, il entendit la messe et communia de grand matin; et, après son action de grâces, il partit aussitôt pour n'être point découvert par les pèlerins de son pays. On ne peut exprimer la joie et la vigueur avec laquelle il marchait, quoiqu'il eût déjà affaibli son corps par deux jours de veille et par un jeûne très-rigoureux. Il avait le bourdon à la main, la calebasse au côté, la tête découverte et un pied nu; car, pour l'autre, qui se sentait encore de sa blessure et s'enflait toutes les nuits, il jugea à propos de le chausser. Son occupation était de louer Dieu de l'avoir délivré de la captivité du monde, et de chanter des cantiques en son honneur; mais à peine eut-il fait une lieue, que sa joie fut un peu troublée: on vint lui demander s'il était vrai qu'il eût donné, le soir d'auparavant, des habits précieux à un mendiant; car on soupçonnait ce pauvre de les avoir dérobés, et on l'avait mis pour cela en prison. Pour délivrer cet innocent, il avoua la vérité, refusant seulement de dire son nom, sa qualité et son pays, dont la connaissance n'était point nécessaire pour justifier le mendiant.

Le premier lieu où il s'arrêta fut la petite ville de Manrèse, à trois lieues de Mont-Serrat, laquelle n'avait alors rien de considérable qu'un monastère de Saint-Dominique et un hôpital appelé de Sainte-Luce, situé hors les portes et destiné aux pèlerins et aux malades. Il se logea dans cet hôpital; là, outre le service qu'il rendait assidûment aux pauvres, il entreprit une austérité qui n'a presque point d'exemple dans la vie des célèbres anachorètes. En effet, il jeûnait toute la semaine au pain et à l'eau, excepté le dimanche, où il mangeait un peu d'herbes cuites, après y avoir jeté de la cendre; il dormait peu, et n'avait point d'autre lit que la terre; il portait continuellement le cilice sous son bel habit de pèlerin, avec une ceinture de fer. Il prenait la discipline très-rudement, trois fois le jour; enfin, il retranchait à son corps tout ce qui pouvait lui donner du plaisir, et lui faisait au contraire souffrir tout ce qui était capable de le gêner. L'esprit de pénitence le porta encore plus loin; car, pour punir le trop grand soin qu'il avait eu de la propreté et le temps qu'il avait perdu à se rendre poli et agréable, il négligea entièrement sa personne et se laissa devenir comme un sauvage : de sorte que, lorsqu'il paraissait dans Manrèse pour mendier son pain, les enfants le montraient au doigt et lui faisaient divers outrages. Cependant, il était extrêmement assidu à la prière, et, outre qu'il ne manquait point à la Messe, à Vêpres et à Complies, il faisait tous les jours régulièrement sept heures d'oraison à genoux, durant lesquelles il était si recueilli, qu'il paraissait comme immobile. Il visitait souvent l'église de Notre-Dame-de-Viladordis, qui n'est qu'à une demi-lieue de Manrèse, et, dans ces petits pèlerinages, il ajoutait d'ordinaire, au cilice et à la chaîne de fer qu'il portait, une ceinture d'orties ou d'autres herbes piquantes.

Le démon, ne pouvant supporter une ferveur si extraordinaire, employa tous ses efforts pour l'en détourner, et surtout il fit naître dans son cœur un grand dégoût des ordures de l'hôpital et une honte extrême de se voir dans la compagnie des gueux ; mais Ignace reconnut aisément la tentation, et, pour la surmonter avec avantage, il se familiarisa plus que jamais avec les pauvres et s'attacha même au service des malades les plus dégoûtants. Cependant, le bruit courut dans Manrèse que le pèlerin mendiant, que l'on ne connaissait point, était un homme de noble condition qui faisait pénitence, et qui, s'étant dépouillé dans Mont-Serrat, avait pris un habit de pauvre pour se déguiser. La modestie, la patience et la dévotion d'Ignace rendirent cette conjecture fort probable : de sorte que les habitants de ce lieu commencèrent à le regarder d'un autre œil. On le venait voir par curiosité, et on l'admirait d'autant plus, qu'on l'avait traité plus indignement. Ignace s'en aperçut ; et, pour fuir ce nouveau piège, qu'il crut que le démon lui tendait, il se retira à six cents pas de la ville, dans une caverne obscure et profonde, qu'il trouva toute couverte de broussailles et sans autre jour que celui qui venait de la fente du rocher. L'horreur de cette solitude lui inspira un nouvel esprit de pénitence. Il y maltraitait tous les jours son corps quatre ou cinq fois avec une chaîne. Il demeurait trois ou quatre jours sans prendre nulle nourriture, et, quand les forces lui manquaient, il avait recours à quelques racines qu'il trouvait dans la vallée, ou à un peu de pain qu'il avait apporté de l'hôpital. Il ne faisait autre chose que prier et pleurer, et ses péchés lui revenant souvent devant les yeux, il méditait toujours de nouvelles rigueurs contre lui-même. Ces austérités si excessives le faisaient souvent tomber en faiblesse : et un jour des gens qui découvrirent sa retraite à force de le chercher, le trouvèrent évanoui à l'entrée de la caverne. On le força de revenir à l'hôpital. Il y tomba malade, et sa fièvre devint si violente, qu'on désespéra bientôt de sa vie. Le démon le tenta alors de vanité, et la tentation fut si forte, qu'Ignace avait de la peine à s'en défaire ; mais, par le secours de Dieu, il se représenta si vivement les péchés de sa vie passée et le peu de proportion qu'il y avait entre sa pénitence et les peines de l'enfer qu'il avait méritées, qu'il la réprima et la vainquit entièrement.

Il revint ensuite en convalescence ; mais, au lieu de pensées de vanité, il fut tourmenté de si violents scrupules, nonobstant les confessions générales et particulières qu'il avait faites, qu'il n'avait pas un moment de paix dans sa conscience. Les douceurs et les consolations spirituelles, dont Dieu l'avait favorisé jusqu'alors, se changèrent aussi en amertume, et toutes ses lumières s'évanouirent, ne lui laissant que des doutes, des inquiétudes et des ténèbres.

Dans ces grands flots, qui semblaient le devoir submerger, il se jetait souvent par terre, et y demeurait plusieurs heures les larmes aux yeux et les gémissements dans le cœur. Il redoublait aussi ses jeûnes et ses austérités, espérant, par ce moyen, faire revenir le calme qu'il avait perdu. Comme la confession et la communion sont de grands remèdes pour ces sortes de tentations, il y avait fréquemment recours, et il ne manquait pas de découvrir ses peines, soit à un religieux de Mont-Serrat, qui avait été le premier dépositaire de ses desseins, soit à un Père de l'Ordre de Saint-Dominique, du couvent de Manrèse, qui était son confesseur; mais, ne se sentant point soulagé par tous ces moyens, il résolut enfin de ne prendre aucune nourriture avant d'avoir recouvré la paix de son âme, à moins qu'il ne se vît en danger de mort. En effet, il jeûna sept jours entiers, sans boire ni manger, et sans néanmoins rien relâcher de ses exercices accoutumés; et comme, par un miracle sans doute, il ne se trouvait pas encore beaucoup abattu, il eût prolongé, si son confesseur ne lui eût ordonné absolument de le rompre. Il trouva, dans l'obéissance à cet ordre, le soulagement qu'il n'avait point trouvé dans tant d'autres remèdes. Sa tranquillité lui fut rendue, et ses croix extérieures se changèrent en des délices extraordinaires. Il reçut ainsi pour récompense de sa ferveur la grâce du discernement des esprits et un don excellent de guérir les scrupules; il ne rencontra point depuis d'âme peinée qu'il ne soulageât dans ses croix, et à qui il ne rendît le calme et la sérénité de la conscience.

Outre ces faveurs, il eut aussi des visions et des visites du ciel tout à fait admirables. Étant un jour sur les degrés de l'église de l'Ordre de Saint-Dominique, où il récitait les Heures de Notre-Dame, il fut élevé en esprit et il vit comme une figure qui lui représentait clairement le mystère de la très-sainte Trinité. Peu de temps après, une autre lumière lui manifesta les desseins de la divine sagesse, dans la création du monde, et l'ordre qu'elle a tenu dans l'exécution de ce grand ouvrage. Une autre fois, il aperçut sans nuages la vérité du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie; et encore, dans une autre occasion, tous les mystères de notre foi lui furent si parfaitement découverts, qu'il disait depuis que, quand ils ne seraient pas écrits dans l'Évangile, la connaissance qu'il en avait reçue à Manrèse lui suffirait pour les prêcher par tout le monde et pour les défendre jusqu'à la dernière goutte de son sang.

Mais de toutes les grâces qu'il reçut alors, la plus remarquable fut un ravissement qui dura huit jours, ayant commencé un samedi au soir, et n'ayant fini que le samedi suivant, à la même heure : il n'eut aucun usage de ses sens tout ce temps-là. On le crut mort, et on l'aurait enterré, si l'on n'eût aperçu que le cœur lui battait un peu. Son humilité a caché au monde les lumières qui lui furent données dans cette extase, et il n'en voulut jamais rien dire, quelques instances que ses amis lui en fissent. Tant de marques de sainteté augmentèrent sa réputation de plus en plus : on ne douta plus qu'il ne fût un homme illustre, caché sous un habit de pénitence. Aussi, comme il tomba encore malade, on le força de loger chez un riche habitant de Manrèse, qui prit un soin particulier de le faire revenir en parfaite santé. Ce fut alors qu'il eut inspiration de s'appliquer à la conversion et à la sanctification des âmes, et qu'il commença à proposer aux hommes les voies du ciel, tant en public qu'en particulier. Il réussit admirablement dans ce dessein, et il y avait tous les jours des personnes si touchées de ses exhortations, qu'elles renonçaient généreusement aux plaisirs et aux honneurs du siècle, pour embrasser la vie pénitente et crucifiée de Jésus-Christ.

Pour leur secours, quoiqu'il ne fût ni lettré, ni savant, ne sachant que lire et écrire, il composa néanmoins, sans le secours de personne, le livre admirable des Exercices spirituels, que le pape Paul III a approuvé depuis avec tant d'éloges : cet ouvrage contient, en effet, des moyens si pressants et si efficaces pour retirer les âmes du désordre et pour les conduire à la perfection du Christianisme, que nous n'avons point, pour cela, de méthode plus sûre ni plus utile. Après ce travail, se voyant assez fort pour entreprendre le voyage de la Palestine, dont il avait d'abord formé le projet, et apprenant que le commerce de la mer, interrompu par la peste de Barcelone, commençait à se rétablir, il reprit sa première résolution, ajouta à ses anciennes vues le dessein de travailler au salut des schismatiques et des infidèles de la Terre-Sainte. Il ne sortit pas de Manrèse, comme il avait fait de Loyola et de Mont-Serrat. Il déclara son voyage à ses amis ; mais, quelques offres qu'on lui fit, il ne voulut ni compagnon, ni argent, afin de n'avoir de consolation qu'avec Dieu seul, et que tout son appui et sa ressource fussent en son aimable providence.

Le temps qu'il demeura à Manrèse fut d'environ un an. Lorsqu'il arriva à Barcelone, il trouva au port un brigantin et un grand navire, qui se préparaient à partir pour l'Italie. Dieu ne permit pas qu'il s'embarquât sur le brigantin, qui, à peine sorti du port, périt, sans qu'aucun passager fût sauvé. Voici de quelle manière la Providence le servit. Une vertueuse dame, Isabelle Roset, ayant aperçu son visage tout lumineux, pendant qu'il entendait le sermon dans la grande église, assis au pied de l'autel, parmi les enfants, eut inspiration de le faire appeler et de le mener dîner chez elle avec son mari. Elle reconnut, dans l'entretien, que c'était un homme de Dieu et rempli des vérités éternelles ; et, ne pouvant le retenir, elle gagna au moins sur lui qu'il ne s'embarquerait point sur le brigantin, qu'elle ne croyait pas assez fort pour supporter la mer, mais dans le grand navire. Il y fut reçu par charité, mais à condition qu'il apporterait ce qui lui était nécessaire pour vivre. On lui offrit de l'argent de beaucoup d'endroits ; mais, où il le refusa, où il le laissa, après l'avoir reçu par importunité, et il se contenta de se fournir de pain, qu'il avait quêté de porte en porte. La navigation fut périlleuse, mais elle ne fut pas longue, puisqu'il arriva en cinq jours au port de Gaète, qui est entre Rome et Naples. De là, il prit le chemin de Rome, seul, à pied, jeûnant et mendiant, selon sa coutume. Il y arriva le dimanche des Rameaux de l'année 1523, et en partit quinze jours après pour Venise, ayant visité les stations et reçu la bénédiction du pape Adrien VI. Quelques Espagnols, avant son départ, tâchèrent de le détourner de son voyage du Levant, lui représentant les grandes difficultés qui s'y rencontraient cette année-là, à cause de la guerre, de la famine et de la peste qu'il trouverait presque partout ; mais n'ayant rien pu gagner sur lui, ils le forcèrent de recevoir au moins sept ou huit écus pour payer son passage, n'étant pas possible, disaient-ils, que, sans ce secours, il pût jamais arriver à la Terre-Sainte. Ignace, ne les ayant pris qu'à regret, ne les garda pas longtemps ; il eut scrupule de ne s'être pas abandonné, autant qu'il le devait, aux soins de la divine miséricorde, et d'avoir relâché quelque chose de la perfection de la pauvreté dont il voulait faire profession ; ainsi, il distribua aussitôt tout cet argent aux pauvres, et ne se réserva que le fonds de la providence de son Dieu.

Il reçut, pour récompense de cette confiance, des secours et des consolations extraordinaires du ciel. Un jour qu'il s'était mis en prières dans une campagne déserte, Notre-Seigneur lui apparut, l'anima, le fortifia et lui promit de le faire entrer librement dans Padoue et dans Venise, quoique l'on fît grande difficulté d'y recevoir les étrangers, à cause de la contagion. L'événement fit voir la vérité de cette prédiction et la solidité de cette promesse. Il entra dans ces deux villes sans billet de santé, et presque sans que les gardes s'aperçussent qu'il passait. Lorsqu'il fut à Venise, il continua de mendier son pain de porte en porte, et n'avait point d'autre maison que l'église, ni d'autre retraite durant la nuit que la place de Saint-Marc, où il couchait sur le pavé. Une nuit qu'il souffrait beaucoup pour une si grande misère, Marc-Antoine Trévisant, un des plus sages et des plus vertueux sénateurs de cette république, et qui depuis fut doge et mourut en odeur de sainteté, entendit une voix qui lui disait : « Tu es couché mollement dans une chambre dorée et dans un lit délicat, et mon serviteur est sur la place, sans lit, sans vêtement, sans nourriture, et abandonné de tout le monde ». À cette voix, ce noble Vénitien se leva aussitôt, et, étant sorti lui-même pour chercher le pèlerin que la voix du ciel lui recommandait, il trouva Ignace dans l'état que nous venons de décrire : il l'emmena avec lui, le traita bien, le coucha le mieux qu'il put, c'est-à-dire aussi bien que l'humilité du Saint le lui put permettre, et lui offrit sa maison, sa table et sa bourse pour tout le temps qu'il demeurerait en cette ville. Le Saint le remercia de sa charité ; mais, ne pouvant se voir si bien reçu, il sortit de sa maison pour aller demeurer avec un marchand de Biscaye, qu'il reconnut. On fit encore tout ce que l'on put pour le dissuader de son grand voyage, parce que, Soliman ayant pris Rhodes l'année précédente, les Turcs couraient librement les mers et faisaient beaucoup d'esclaves ; mais cette considération ne put amortir sa ferveur.

Ayant obtenu du doge, qui était alors André Gritti, l'un des plus sages politiques et des plus grands hommes de son siècle, une place dans la Capitane de la république, qui allait dans l'île de Chypre, il s'y embarqua le 14 juillet, nonobstant une fièvre violente dont il était tourmenté depuis quelques jours. Il fit ce qu'il put en chemin pour réprimer l'insolence et le libertinage des passagers, usant pour cela de remontrances, de réprimandes, et même de menaces très-sévères de la rigueur des jugements de Dieu ; mais ce fut assez inutilement, et ces endurcis projetaient même de le mettre en quelque île déserte, si le vent n'eût porté en peu d'heures le vaisseau au port de Chypre. De là, Ignace, s'étant mis dans le navire ordinaire des pèlerins, vogua vers la Palestine, et arriva enfin, après quarante-huit jours de navigation depuis son départ de Venise, au port de Jaffa, d'où il se rendit en cinq jours, et le 4 septembre, à Jérusalem.

En voyant la ville, il pleura de joie et fut saisi d'une certaine horreur religieuse qui n'a rien que de doux et de consolant. Il visita plusieurs fois ces saints lieux, et le fit toujours avec une profonde révérence et une sensible piété. Son dessein ensuite était de demeurer en ce pays, pour travailler à la conversion des peuples d'Orient. Mais le provincial des religieux de Saint-François, qui avait un pouvoir apostolique pour renvoyer les pèlerins en Europe, selon qu'il le jugerait à propos, ne voulut pas qu'il y restât et lui commanda même de s'en retourner. Le Saint se crut obligé de lui obéir, et se prépara pour son départ, après être retourné deux fois sur le mont des Oliviers : l'une pour contempler et baiser de nouveau les vestiges de Notre-Seigneur, qui y sont imprimés sur la pierre ; l'autre, pour s'assurer de quel côté ces vestiges étaient tournés : ce qu'il n'avait pas distingué les autres fois. Lorsqu'il descendit de cette sainte montagne, Jésus-Christ, à qui sa patience, sa ferveur et ses dévotions, étaient extrêmement agréables, lui apparut en l'air et voulut bien lui servir de guide. Il partit de Jérusalem en hiver, les jambes et les pieds nus, et fort mal vêtu.

Son premier navire ne l'ayant mené qu'en Chypre, il en trouva trois autres en cette île, qui étaient prêts à faire voile du côté de l'Italie. L'un était un galion turc, l'autre un grand navire de Venise, et le troisième une barque très-faible et mal équipée. Le capitaine vénitien ne voulut pas le recevoir par charité à son bord, quelques prières que lui en fissent les autres passagers, qui assuraient que c'était un Saint ; mais le patron de la petite barque, qui était plus honnête, le reçut dans le sien gratuitement et pour l'amour de Dieu, et lui témoigna beaucoup de bienveillance. Dieu fit paraître alors que sa providence veille à la conservation des Saints ; car, de ces trois vaisseaux qui partirent ensemble avec un vent favorable, il n'y eut que celui qui portait Ignace qui arriva à Venise à bon port ; le galion turc ayant péri dans la mer, et le navire vénitien ayant échoué sur des rochers.

Ignace ne s'arrêta point à Venise, et il en sortit aussitôt pour retourner en Espagne, où il voulait étudier afin de se rendre plus capable de travailler à la conversion des pêcheurs et à la conduite des âmes. Ayant pris le chemin de Gênes, il tomba successivement entre les mains des Espagnols et des Français ; mais il en fut traité fort différemment : car, les Espagnols, le prenant d'abord pour un espion, et puis pour un fou, le chargèrent de beaucoup de coups ; les Français, au contraire, ne lui firent que des honnêtetés. Enfin, Dieu lui donnant partout des marques de sa protection, il arriva à Gênes et de là, par mer, à Barcelone, terminant ainsi son pèlerinage au lieu où il l'avait commencé.

Ce grand Saint était alors âgé de trente-trois ans. Cependant, le désir d'assister le prochain lui fit prendre définitivement la résolution de s'appliquer aux études profanes et sacrées, afin qu'il pût joindre la science de la philosophie, de la théologie et des saintes Écritures à l'onction du Saint-Esprit dont son âme était pénétrée. Il étudia d'abord la grammaire sous un vertueux personnage nommé Jérôme Ardebale qui l'enseignait à Barcelone ; mais, en même temps, il reprit ses anciennes austérités que ses voyages et ses longues maladies lui avaient fait un peu diminuer. Il travailla aussi en secret au salut des âmes ; car, ayant reconnu que de jeunes libertins fréquentaient trop librement les religieuses du monastère des Anges, il fit de si sages remontrances à ces bonnes filles, qu'elles fermèrent leurs grilles et leur parloir, et firent cesser le scandale que ces entretiens causaient dans la ville. Cette action lui attira la haine et la persécution de ces débauchés : un jour, ils le firent assommer de coups par deux esclaves maures ; mais Ignace mettait toute sa joie à souffrir quelque chose pour la gloire de son Maître, et il était toujours disposé à donner sa vie pour le salut des âmes et même de chaque personne en particulier. Il sauva un homme qui s'était pendu ; aussitôt qu'il eut prié pour lui, il revint à la vie, demanda un confesseur, donna de grands signes de contrition et de pénitence, et mourut ensuite dans la paix de l'Église.

Après deux ans d'humanités, le Saint, par le conseil de son Maître, s'en alla à l'université d'Alcala pour s'adonner à de plus hautes sciences. Il mena avec lui trois compagnons qui voulurent l'assister dans la pratique de ses bonnes œuvres, et il en conquit à Alcala un quatrième, français de nation, que Dieu remplit d'un même zèle. Ses amis lui ayant persuadé de prendre en même temps des leçons de logique, de physique et de théologie, cela mit une telle confusion dans ses études, qu'il y fit peu de progrès. Sa principale occupation fut d'enseigner la doctrine chrétienne aux enfants et aux ignorants. Il logeait à l'hôpital, mendiait son pain, était vêtu, aussi bien que ses compagnons, d'une longue robe de laine grise, allait toujours nu-pieds et faisait profession d'assister les pauvres et de leur quêter des aumônes. Il travaillait aussi à la conversion des personnes les plus débauchées; et ses remontrances furent si efficaces, qu'il réforma en peu de temps toute la jeunesse d'Alcala, et gagna même à Dieu des ecclésiastiques qui étaient entièrement dans le désordre. Cependant il se vit bientôt persécuté pour Jésus-Christ: on le taxa de nouveauté, on l'accusa d'erreur et d'hérésie, on le mit en prison et on l'y retint quarante-deux jours sans qu'il voulût que des personnes de grand mérite, qui admiraient sa sainteté et l'onction de ses discours, s'employassent pour le délivrer; mais enfin, son innocence fut reconnue, on le renvoya absous et avec un témoignage public de sa vertu, de l'intégrité de ses mœurs et de sa doctrine; ce témoignage fut confirmé par l'archevêque de Tolède, qu'il alla trouver à Valladolid, pour lui rendre compte de sa conduite et pour implorer sa protection.

L'archevêque de Tolède lui ayant conseillé d'aller achever ses études à Salamanque, dont l'université était une des plus célèbres du monde, il suivit ce conseil, et s'y transporta avec ses compagnons. Il y fit les mêmes fruits qu'à Alcala, gagnant en peu de temps beaucoup de personnes à Dieu; mais il souffrit aussi les mêmes persécutions, nous voulons dire les calomnies, les outrages et les fers. Cependant Notre-Seigneur l'en tira toujours glorieusement, et ses juges, tout passionnés qu'ils étaient, furent obligés d'approuver sa doctrine et d'admirer son humilité, sa patience et ses autres vertus tout à fait héroïques. Le peu de progrès qu'il faisait en ces lieux pour les études, et surtout le peu de liberté qu'on lui donnait de travailler au salut du prochain, le firent résoudre, par inspiration de Dieu, à quitter l'Espagne et à venir à Paris, où un grand nombre d'étrangers de toutes sortes étaient venus pour étudier. Il y arriva au commencement de février de l'année 1528, et se logeait dans le collège de Montaigu, où il reprit quelque temps les humanités, et d'où il alla ensuite suivre les leçons de philosophie au collège Sainte-Barbe. Sa grande pauvreté le fit beaucoup souffrir et l'obligea tantôt à demander l'aumône, tantôt à prendre ses repas à l'hôpital Saint-Jacques avec les pauvres, tantôt à faire des voyages en Flandre et en Angleterre, pour y recevoir les assistances des marchands espagnols qui y étaient; mais il souffrit beaucoup par diverses persécutions qui lui furent suscitées, à cause de quelques écoliers qu'il retira du libertinage et qu'il amena à fréquenter la prière et les sacrements et à s'adonner aux bonnes œuvres. La divine Providence l'ayant ainsi délivré d'une manière très-glorieuse de toutes ces tribulations, il fut reçu maître ès-arts avec applaudissements et après un examen très-rigoureux. Il fit ensuite sa théologie dans l'école de Saint-Thomas, aux Jacobins, où il puisa les lumières qu'il a depuis répandues dans ses sermons et ses exhortations pleines de doctrine et de force.

Cependant, le temps arriva auquel Dieu voulut donner à son Église, par le moyen d'Ignace, le secours de la Compagnie de Jésus. Il inspira donc premièrement à six excellents jeunes hommes de se joindre à lui pour travailler sans relâche au salut du prochain. Le premier de cette troupe fut Pierre Lefèvre, du village de Villaret, en Savoie. Le second, François-Xavier, gentilhomme du royaume de Navarre. Le troisième, Jacques Laynez, du village d'Almazan, au diocèse de Siguenza. Le quatrième, Alphonse Salmeron, des environs de Tolède, en Castille. Le cinquième, Nicolas Alphonse, de Robadilla, qui est un petit lieu auprès de Valence. Le sixième, Simon Rodriguez, d'Azévedo, en Portugal : tous sont, depuis, devenus très-éclatants par leur doctrine, leur sainteté et les grands services qu'ils ont rendus à l'Église. Le jour de l'Assomption de Notre-Dame, de l'année 1534, ils s'assemblèrent tous sept dans l'église du monastère de Montmartre, de l'Ordre de Saint-Benoît, auprès de Paris, où, après s'être confessés et avoir communiqué, ils firent vœu d'une voix haute et distincte d'entreprendre, dans un temps qu'ils prescrivirent, le voyage de Jérusalem pour la conversion des fidèles du Levant ; de quitter tout ce qu'ils possédaient, hors ce qui leur serait nécessaire pour la navigation ; et, au cas que ce voyage leur devînt impossible, ou qu'on ne leur permit pas de demeurer dans l'Orient, d'aller se jeter aux pieds du vicaire de Jésus-Christ, afin que Sa Sainteté disposât entièrement d'eux pour le service de l'Église et pour le salut des âmes.

Depuis ce temps-là, Ignace mit tous ses soins à entretenir la ferveur de ses compagnons et leur union mutuelle, jusqu'à ce qu'ils eussent achevé leur cours de théologie et que le terme qu'il leur avait donné pour se rendre à Venise, afin de passer dans la Terre-Sainte, fût arrivé. C'était le 25 janvier de l'année 1537. Il travailla aussi à fortifier les fidèles de Paris contre les hérésies de Luther et de Zwingle, que quelques docteurs allemands répandaient secrètement de tous côtés. Ce qui ne l'empêcha pas d'être, ainsi que ses compagnons, soupçonnés de nouveauté à cause de la vie austère et réformée qu'ils menaient et de l'étroite liaison qu'ils avaient ensemble. Mais il se justifia admirablement de ce soupçon devant un inquisiteur apostolique qui était à Paris et qui, ayant lu son livre des Exercices, ne put assez donner de louanges à sa doctrine et à cette excellente méthode dont il se servait pour porter les âmes à Dieu.

Avant de partir pour l'Italie, il se vit obligé de faire un voyage en Espagne, tant pour rétablir sa santé qu'il avait ruinée par de nouvelles austérités presque excessives, que pour terminer les affaires domestiques de trois de ses disciples espagnols qui auraient pu se laisser ébranler dans leur vocation, s'ils avaient été chez eux pour les terminer eux-mêmes. Lorsqu'il approcha du château de Loyola, tout le clergé de la ville d'Aspetia, qui en est fort proche, vint en procession au-devant de lui. Il se défit le mieux qu'il put d'un si grand honneur, et se retira à l'hôpital de la Madeleine. Son frère et ses neveux y accoururent et le conjurèrent de venir loger au château, lui disant que c'était sa maison et qu'il en serait le maître ; mais il s'en excusa et les pria de le laisser avec les pauvres. On lui apporta un beau lit, et son frère lui envoya tous les jours des mets délicieux ; mais il donnait ces mets aux malades, ne mangeait que du pain qu'il quêtait de porte en porte et ne couchait que sur la terre nue. En trois mois qu'il demeura si près de Loyola, il n'y alla qu'une seule fois, et encore ce ne fut qu'après que sa belle-sœur l'en eut prié avec de grandes instances et par la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il enseignait la doctrine chrétienne aux pauvres et aux enfants ; il prêchait pour toutes sortes de personnes, et on l'écoutait avec tant de satisfaction que, les églises étant trop petites pour contenir tout le monde qui y accourait, il était obligé de prêcher en pleine campagne. On ne peut exprimer le bien qu'il fit par ses excellentes instructions. Il disait qu'il était venu en ce lieu pour réparer les scandales qu'il avait jadis causés ; il les répara d'une manière admirable. Il donna deux métairies qui lui appartenaient de la succession de ses parents à un pauvre homme qui avait autrefois été mis en prison et condamné à une amende pour un larcin de fruits qu'Ignace, étant jeune, avait fait dans un jardin avec d'autres fous de son âge. On vit disparaître le luxe et l'immodestie des femmes, dès qu'il eut prêché sur ce sujet. Le jour qu'il parla contre le jeu, tous les joueurs jetèrent les cartes et les dés dans la rivière, et personne dans la ville n'en mania pendant plus de trois ans. Il extermina les blasphèmes et les parjures, convertit plusieurs courtisanes et fit changer de conduite à quelques ecclésiastiques qui vivaient dans le libertinage. Il fit aussi avec ses biens plusieurs fondations fort utiles ; ainsi, entre autres, il chargea ses héritiers de donner, tous les dimanches, dans l'église d'Aspetia, douze pains à autant de pauvres en faveur des douze Apôtres. Il fonda pour les secours des pauvres honteux une confrérie de charité, à laquelle il donna le nom de Saint-Sacrement. Il établit ou renouvela la coutume de dire l'Angelus, de prier à midi pour ceux qui sont en état de péché mortel, et le soir pour les morts. Enfin, durant les trois mois qu'il resta dans son pays, il y fit plus de bien que tout autre prédicateur n'en aurait fait en trois ans. Sa réputation devint si grande, qu'il y avait presse à le voir et à toucher le bord de sa robe. Il fit plusieurs miracles : il délivra un possédé par la force du signe de la croix, et il guérit un homme qui, depuis plusieurs années, tombait souvent du mal d'épilepsie.

Ignace ayant fait dans la Biscaye ce que son zèle lui avait inspiré d'y faire, se transporta dans les pays de ses disciples et y termina en peu de temps toutes leurs affaires. Alors il s'embarqua promptement pour l'Italie et se rendit aussitôt à Venise, où il travailla comme ailleurs à gagner des âmes à Dieu, et surmonta aussi une terrible persécution. Cependant le collège de ses disciples s'était augmenté à Paris de trois autres excellents ouvriers, que Pierre Lefèvre, qui gouvernait les premiers en l'absence d'Ignace, avait reçus pour achever le nombre de dix. Le premier était Claude Le Jay, d'Annecy, en Savoie ; le second, Jean Codure, du diocèse d'Embrun, en Provence ; le troisième, Pasquier Brouet, de celui d'Amiens, en Picardie. Ces trois hommes firent le même vœu que les autres, dans l'église même de Montmartre, et tous ensemble partirent de Paris le 15 novembre 1536, pour aller trouver leur saint instituteur. Lorsqu'ils furent arrivés, le temps n'étant pas propre pour la navigation, ils se distribuèrent dans les hôpitaux de la ville, où ils rendirent de grandes assistances aux malades. De là Ignace envoya ses compagnons à Rome, pour recevoir la bénédiction pontificale, et, à leur retour, il reçut avec eux, excepté trois qui étaient déjà prêtres, les saints Ordres jusqu'au sacerdoce. On ne peut croire avec combien de ferveur il se prépara à célébrer son premier sacrifice. Il prit pour cela beaucoup plus d'un an, ne croyant pas que ce fût trop de temps pour se mettre dans l'état de pureté et de dévotion que demande un si redoutable mystère. Il se retira même pendant quarante jours dans une vieille masure exposée à tous les vents ; là, jeûnant, veillant et priant continuellement, il demandait à Dieu qu'il le rendît digne d'approcher de ses autels, et suppliait aussi la sainte Vierge de le donner à son Fils pour serviteur perpétuel.

La guerre, qui survint entre les Vénitiens et les Turcs, ayant rendu le voyage de la Palestine tout à fait impossible, Ignace ne laissa pas de demeurer le reste de l'année avec ses compagnons dans les États de Venise, suivant le vœu qu'ils avaient fait d'attendre, pendant un an, un temps propice à la navigation. Alors ce sage capitaine distribua ses hommes dans les plus fameuses universités d'Italie, pour combattre les erreurs qui commençaient à s'y insinuer, pour inspirer la piété aux jeunes gens qui y étudiaient, et pour s'en associer quelques-uns. Quant à lui, se sentant pressé de demander au Pape l'établissement de sa Compagnie, il prit le chemin de Rome avec le Père Lefèvre et le Père Laynez. Ce fut dans ce voyage que, s'étant mis en prière dans une chapelle ruinée qu'il rencontra sur le chemin de Sienne à Rome, il vit le Père éternel qui le présentait à son Fils, et ce Fils adorable chargé d'une pesante croix, qui, après l'avoir reçu des mains de son Père, lui dit ces paroles : « Je vous serai propice à Rome ». La vue de la croix l'étonna, mais la promesse de Notre-Seigneur le consola et le remplit de confiance et de force. Il fut fort bien reçu du pape Paul III, qui voulut que ses compagnons enseignassent, l'un la scolastique, et l'autre l'Écriture sainte dans le collège de la Sapience, et qui lui permit, à lui-même, de travailler dans toute la ville à la réformation des mœurs par la voie des exercices spirituels et des instructions chrétiennes. Plusieurs personnes de grand mérite se mirent sous sa conduite et voulurent l'avoir pour guide et directeur de leur conscience. Quelques personnes savantes et zélées s'associèrent un jour avec lui pour continuer à travailler à combattre le vice et à établir le royaume de Jésus-Christ. Ces heureux progrès lui firent concevoir le dessein d'ériger sa Société en Congrégation, pour la rendre plus ferme, plus vénérable, et ensuite de plus grande utilité dans le monde. Il manda, pour cela, tous ses compagnons qui étaient dispersés, et qui avaient déjà rempli une grande partie de l'Italie de la haute réputation de leur sainteté et de leur doctrine.

Ils n'arrivèrent qu'après que le Pape fut parti pour aller à Nice ; ce qui retarda l'exécution de ce dessein ; mais ce retard ne lui nuisit point. En attendant le retour de Sa Sainteté, tous ces grands hommes se mirent à prêcher dans les plus célèbres églises de Rome ; et le fruit qu'ils firent par leurs sermons fut si merveilleux, qu'on vit bientôt un notable changement dans les mœurs des fidèles ; le luxe et les débauches diminuèrent, et la fréquentation des Sacrements, qui n'était plus en usage, fut rétablie sur le modèle des premiers siècles de l'Église. D'ailleurs Ignace se servit avantageusement de ce délai, pour tracer, avec ses compagnons, les règles de son nouvel Institut ; il fut secouru par une lumière extraordinaire du Saint-Esprit qui lui fit connaître ce qui était le plus expédient pour une compagnie dévouée au salut des âmes et au service du prochain. Cependant cette sainte troupe essuya une terrible tempête excitée contre elle par la malice d'un prêtre hérétique, à qui ces généreux Pères s'opposèrent ; mais elle fut promptement apaisée, parce que, par une providence du ciel, ceux qui avaient été les juges d'Ignace, lorsque sa vertu avait été attaquée en Espagne, à Paris et à Venise, se trouvèrent heureusement à Rome, et tous, unanimement, rendirent témoignage de sa sainteté et de son innocence. Ses accusateurs furent obligés de se dédire et d'avouer leur imposture : le gouvernement de Rome, par ordre du Pape, dressa une sentence dans les formes, qui contenait l'éloge des prêtres accusés et les justifiait entièrement.

Dès qu'ils eurent ainsi recouvré leur honneur, ils recommencèrent avec un nouveau zèle à travailler au soulagement et au salut du prochain. Ils en trouvèrent surtout l'occasion dans la cherté des vivres qui désola Rome en l'année 1539. Les rues étaient pleines de pauvres qui mouraient de faim et qui n'avaient pas même la force de se traîner de porte en porte pour demander du pain. Nos saints prêtres entreprirent de les assister. Ils les prirent entre leurs bras ou sur leurs épaules, les portèrent eux-mêmes dans leur maison, et sans avoir d'autre secours que celui de la divine Providence qui leur fournit abondamment des vivres, des habits et de l'argent pour une œuvre si charitable, ils les nourrirent, les vêtirent et les couchèrent longtemps jusqu'au nombre de quatre cents. Cet exemple réveilla aussi la charité des riches de la ville, de sorte qu'on amassa un fonds suffisant pour la subsistance de trois ou quatre mille hommes que la famine réduisait à une extrême misère. Les secours spirituels furent joints aux corporels, et ces pauvres trouvèrent qu'ils avaient beaucoup gagné par cette famine, parce que nos saints prêtres les instruisirent des principes des bonnes mœurs et leur apprirent à prier Dieu, à se confesser et à vivre en gens de bien.

Cependant le pape Paul III, voulant procéder à la confirmation de la Compagnie, ordonna à trois cardinaux d'en examiner l'institut et les règles. Ceux-ci parurent d'abord y être fort contraires, particulièrement le cardinal Barthélemy Guidiccioni, l'un des plus sages et des plus vertueux du sacré collège ; il croyait qu'il valait mieux réformer les anciennes congrégations que d'en faire de nouvelles, suivant le décret d'Innocent III, au Concile de Latran, et de Grégoire X, dans celui de Lyon. Mais Jésus-Christ, qui avait promis à saint Ignace qu'il lui serait favorable à Rome, accomplit fidèlement sa promesse et changea tellement l'esprit et le cœur de ce cardinal, qu'il fut le premier à approuver l'institut de sa Société ; et le Pape même, après en avoir lu les constitutions, s'écria : « Le doigt de Dieu est en cette affaire » ; *Digitus Dei est hic*.

Avant qu'elle pût être terminée, on demanda de tous côtés, avec tant d'instance, des compagnons du Saint, qu'il fut obligé de les répandre dans le monde. La principale mission fut celle de saint François-Xavier, dans les Indes, que nous raconterons dans la vie de cet Apôtre du Nouveau-Monde. Enfin, la société d'Ignace fut approuvée par Paul III, le 27 septembre 1540, et prit le nom de Compagnie de Jésus, parce que c'était sous ses étendards et sous son assistance spéciale qu'elle devait travailler à réprimer les hérésies et à rétablir la pureté de la foi et les bonnes mœurs de la chrétienté. La première chose qu'on fit ensuite fut de procéder à l'élection d'un général qui devait être perpétuel et avait une autorité absolue, selon les Constitutions de l'Ordre. Les Pères de la Compagnie, qui étaient en Italie, s'assemblèrent pour cela à Rome, et ceux qui étaient hors d'Italie donnèrent leurs suffrages par écrit. Ils nommèrent saint Ignace. Mais ils ne purent jamais le contraindre à se soumettre à cette élection ; il leur remontra qu'il y avait dans la Compagnie des personnes qui le surpassaient en doctrine, en prudence et en vertu ; ils ne devaient donc pas s'arrêter à lui ; au reste, il se sentait entièrement incapable du poids de cette charge et ne croyait pas pouvoir en conscience s'en charger. Les Pères qui étaient présents étaient bien convaincus du contraire ; néanmoins, pour ne point affliger le Saint, ils convinrent de procéder à une nouvelle élection, après quatre jours de prières. Mais cette seconde élection fut entièrement semblable à la première et aux suffrages par écrit. Ignace, cependant, résista encore, jusqu'à ce qu'un savant théologien de l'Ordre de Saint-François, qui était son confesseur avant la confirmation de son Ordre, et à qui il déclara toutes ses faiblesses dans le tribunal secret de la pénitence, lui eût dit qu'il ne pouvait résister à son élection sans résister à la volonté de Dieu.

Ayant donc cédé aux désirs empressés de ses enfants, il fit publiquement sa profession, s'obligeant aux vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance et de dépendance du Saint-Siège, pour toutes sortes de missions ; puis il reçut celle des autres religieux avec les mêmes vœux. Il y eut seulement cette différence, qu'il adressa sa promesse immédiatement au Vicaire de Jésus-Christ, comme à son supérieur, et que ses compagnons lui adressèrent la leur lui-même, comme à leur général et à leur chef. La première action de son généralat fut de faire quarante jours le catéchisme aux enfants, dans Sainte-Marie della Strada, qu'on lui avait donnée pour église. Il y fit des fruits incroyables, et c'est à son exemple que les supérieurs de la Compagnie font aussi le catéchisme quand ils entrent en charge. Il dressa ensuite, pour le bon gouvernement de l'Ordre qu'il venait de fonder, des règlements dans lesquels l'Esprit de Dieu, qui est un Esprit de sagesse et de sainteté, paraît admirablement.

On ne peut rien ajouter à la prudence et à la sainteté avec lesquelles il gouvernait tout ce grand corps; car si Dieu lui avait donné singulièrement la grâce du discernement des esprits pour connaître de quelle manière chaque membre de ce corps devait être conduit, il lui avait aussi donné une heureuse alliance de la fermeté avec la douceur pour corriger sans irriter, et pour reprendre sans causer de plaie mortelle. Il ne sortit que deux fois de Rome : l'une pour réconcilier les habitants de San-Angelo avec les habitants de Tivoli, contre lesquels ils avaient pris les armes; l'autre pour raccommoder le duc Ascagne Colonna avec Jeanne d'Aragon, sa femme, qui étaient extrêmement brouillés ensemble: il réussit parfaitement dans l'une et l'autre entreprise. Il fit encore, par le secours du ciel, d'autres réconciliations très-importantes; surtout celle de Don Jean III, roi de Portugal, avec le pape Paul III et avec le cardinal de Silva, évêque de Visieu. Le bien qu'il fit dans Rome en secourant toutes sortes de misères est si nombreux qu'il faudrait un volume entier pour le décrire. Il y fit bâtir une maison pour les Juifs qui se convertiraient, et il en convertit lui-même plusieurs qui embrassèrent avec ardeur la foi catholique. Il en fonda une autre pour les femmes et les filles libertines qui quitteraient le désordre sans vouloir être religieuses; car, pour celles dont la conversion était si parfaite qu'elles voulaient bien embrasser la vie régulière, elles avaient déjà le monastère des filles repenties, sous le titre de Sainte-Marie-Madeleine. Cette nouvelle maison fut appelée de Sainte-Marthe. Le Saint y menait lui-même ces pécheresses publiques; et, comme on lui disait quelquefois qu'il perdait son temps et que ces malheureuses ne se convertissaient jamais de bon cœur: « Quand je ne les empêcherais que d'offenser Dieu une seule fois », répondit-il, « je croirais ma peine bien employée ». Sa charité s'étendit encore à quatre ou cinq autres établissements. Le premier fut pour les filles que leur grande pauvreté et l'abandon de leurs parents ou leur mauvaise éducation exposaient au péril de perdre le trésor de leur chasteté; il leur construisit un monastère sous le nom de Sainte-Catherine. Le second et le troisième furent en faveur des orphelins des deux sexes, qui avaient été jusqu'alors extrêmement abandonnés et privés des assistances spirituelles et corporelles qui leur étaient nécessaires. Le quatrième fut celui du Collège germanique, pour lequel il témoigna un zèle incroyable, étant persuadé qu'il était impossible de rétablir la religion catholique dans l'Allemagne, si l'on ne prenait soin d'élever dans Rome des enfants de ce pays pour y aller ensuite gouverner les paroisses et les évêchés et défendre la religion contre les ennemis de l'Église. C'est à lui qu'on est redevable de la sainte industrie des prières des Quarante-Heures, aux jours de carnaval, pour retirer les fidèles des débauches qui se font ordinairement en ce temps.

Enfin, le bienheureux Ignace, après tant de travaux pour l'honneur de Jésus-Christ et pour le salut de ses membres, ne souhaitant plus que d'être avec lui, commença à le prier, avec des soupirs et des gémissements continuels, qu'il lui fît la grâce de le retirer de son exil pour aller chanter éternellement ses louanges et jouir en repos et sans aucun trouble de sa divine présence. Notre-Seigneur écouta ses prières et lui fit même connaître, par avance et dans une révélation particulière, qu'il l'avait exaucé. Dans une lettre qu'il écrivit alors à Éléonore Mascaregnas, qui avait été gouvernante du roi d'Espagne Philippe II, il prit congé d'elle pour toujours et lui manda qu'il ne lui écrirait plus; mais, qu'étant au ciel par la miséricorde de Dieu, il ne manquerait pas de la recommander à Notre-Seigneur. Étant donc tombé malade sur la fin de juillet de l'année 1536, et voyant que ce bienheureux moment était proche, il se confessa et communia, comme il avait coutume de le faire lorsqu'il ne pouvait pas dire la messe. Le 30 du même mois, sur le soir, quoique les médecins qui le traitaient fussent tous d'avis que sa maladie n'était nullement dangereuse, il appela le Père Polanque, qui était son secrétaire, et, ayant fait sortir de sa chambre ceux qui y étaient : « Mon heure », lui dit-il, « est venue ; allez trouver le Pape et demandez-lui pour moi sa bénédiction, afin que mon âme ait plus d'assurance en ce terrible passage. Dites aussi à Sa Sainteté que si je vais en un lieu où mes prières puissent quelque chose, comme je l'espère de la miséricorde divine, je ne manquerai pas de prier pour Elle, ainsi que je l'ai fait, lorsque j'avais le plus à prier pour moi-même ». Le secrétaire, ne pouvant croire, après l'assurance des médecins, que la chose pressât si fort, pria le Saint de trouver bon qu'il attendît au lendemain pour exécuter son ordre; le Saint, ne voulant pas faire paraître, par trop d'empressement, qu'il avait eu une révélation particulière du temps et de l'heure de son décès, le lui permit. Cependant il se disposa de plus en plus à la mort et passa toute la nuit dans des élévations continues de son esprit vers Dieu.

Le lendemain, le secrétaire n'eut que le temps d'aller parler au Pape. Sa Sainteté témoigna beaucoup de douleur de la perte que l'Église allait faire d'un sujet si utile et qui lui rendait encore un si grand service, et lui envoya sa bénédiction avec une indulgence plénière. Ainsi, le glorieux fondateur de la Compagnie de Jésus, étant âgé de soixante-cinq ans, dont il avait passé trente dans le monde, dix-neuf dans ses pèlerinages et ses études, et seize depuis la fondation de sa Société, rendit son bienheureux esprit entre les mains de son Créateur pour en recevoir la couronne immortelle que tant de saintes actions lui avaient méritée. Son Ordre était alors divisé en douze provinces et avait au moins cent collèges. Plusieurs de ses disciples avaient déjà répandu leur sang pour Jésus-Christ, et d'autres étaient morts dans les fatigues de la prédication de l'Évangile, du baptême des infidèles, de la discussion contre les hérétiques et des voyages pour l'établissement du royaume de Dieu. Il a laissé une heureuse postérité qui continue par toute la terre à ruiner l'idolâtrie et les hérésies, à réformer les mœurs des chrétiens, à élever les enfants, à instruire les ignorants, à visiter les prisons et les hôpitaux, à soulager les pauvres et à procurer une infinité d'autres biens au monde chrétien. Jamais l'empire romain n'a étendu si loin ses conquêtes, qu'Ignace, par ses enfants, a étendu les siennes pour la gloire de leur souverain Maître.

Il faudrait encore un nouvel ouvrage pour faire les réflexions nécessaires sur ses vertus. Il avait le don des larmes et le don d'oraison à un degré très-éminent, et il passait une grande partie du jour et de la nuit à ces exercices. Dieu lui parlait continuellement au fond du cœur, et il l'écoutait avec un repos et un goût merveilleux. La moindre chose l'élevait à Dieu et le faisait entrer dans une contemplation merveilleuse de ses grandeurs et de ses perfections. Il avait souvent des ravissements et des extases, et il était toujours, en priant, si recueilli et si attentif, qu'il paraissait comme immobile. Toutes ses entreprises et toutes ses actions sont autant de marques de son grand amour envers Dieu, et il en était si embrasé, qu'il ne désirait autre chose que servir un si bon Maître, sans avoir égard à lui-même et à ses intérêts propres, ce qui lui fit prendre ces paroles pour devise : *Ad majorem Dei gloriam* : « À la plus grande gloire de Dieu ». Pour sa charité envers le prochain, elle paraît par le désir inexplicable qu'il avait du salut de tout le monde, par la tendresse et la bienveillance qu'il avait pour ses ennemis et pour ceux même qui entreprenaient de le perdre et de ruiner sa Compagnie, par son zèle à conserver la paix aux dépens même de ses intérêts et de ceux de ses maisons, par sa douceur envers ses disciples et par sa facilité à excuser les actions ou les tentations les plus coupables. Il avait de si bas sentiments de lui-même, qu'il y a peu de saints qui aient porté l'humilité si loin. Il ne se regardait que comme la dernière des créatures, et, si le bien de l'Église et du prochain l'eût pu permettre, il aurait souhaité d'être foulé aux pieds de tout le monde, ou d'être chassé honteusement de la compagnie des hommes. C'est dans ce sentiment qu'il fit ce qu'il put pour n'être point général, et qu'il employa encore ensuite toute son industrie pour se faire décharger de ce fardeau, dont il fuyait plus l'honneur et l'éclat que la pesanteur.

L'état de mendicité où il s'est souvent réduit montre assez l'amour qu'il avait pour la pauvreté. Nous avons déjà remarqué qu'il reçut, dès le temps de sa conversion, un grand don de chasteté et qu'il l'a gardée inviolablement et sans mouvements contraires, tout le reste de sa vie. La lettre admirable qu'il a composée sur l'obéissance fait voir l'estime qu'il faisait de cette vertu, et combien elle lui était à cœur, et, outre qu'il désirait la pratiquer continuellement et en se dépouillant du supériorat, il l'a pratiquée, en effet, en mille occasions où il a soumis son jugement à celui de ses inférieurs. Rien n'était capable d'ébranler sa confiance en Dieu ; il semblait, au contraire, qu'elle s'augmentât par la difficulté des affaires, par l'abandon des hommes, par la privation de tout secours et par les plus malheureux événements. Enfin, comme non-seulement ces religieux, mais aussi ceux du dehors, et, entre autres, le grand Philippe de Néri, fondateur de l'Oratoire de Rome, le regardaient comme un saint, aussi il était véritablement un saint, qui possédait éminemment le concert de toutes les vertus.

Son corps fut d'abord enterré dans l'église de la maison professe, au pied du grand autel, du côté de l'Évangile, et, ce jour-là même, il guérit des écrouelles la fille du seigneur André Nerucci, laquelle en était affligée depuis cinq ans. Il fut ensuite transporté, en 1587, dans la nouvelle église appelée du Grand-Jésus, *il Giesu*, et placé dans la chapelle principale, au côté droit de l'autel, avec cette inscription sur la pierre qui le recouvre : « À Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus » ; *Ignatio Societatis Jesu fundatori*.

Les insignes miracles qui se sont faits depuis, tant à son tombeau qu'à Barcelone, par la vertu de son cilice, et en d'autres lieux, et qui se trouvent au nombre de deux cents, avec des témoignages authentiques, dans le procès de sa béatification, obligèrent enfin le Saint-Siège de le mettre au nombre des saints : ce qui fut fait le 12 mars de l'année 1622, par le pape Grégoire XV. Le martyrologe romain en parle avec un fort bel éloge, composé par Urbain VIII. Il a cette glorieuse prérogative attribuée à saint Augustin par saint Jérôme, dans son Épître LXXX, que tous les hérétiques l'ont haï et persécuté, et qu'ils ont tâché de remplir le monde d'invectives et de calomnies contre lui. Mais, comme il a été le fidèle serviteur de Dieu et l'enfant obéissant de l'Église, il a ce bonheur que tous les gens de bien le révèrent et le louent, et qu'ils donnent mille bénédictions à Dieu de l'avoir envoyé en ces derniers temps pour le soutien et la propagation de la religion chrétienne.

Dans les images qui représentent saint Ignace de Loyola, on voit Jésus-Christ qui lui apparaît chargé d'une croix. Au moment où le Saint se rendait à Rome, avec deux compagnons, pour faire approuver son Ordre par le souverain Pontife, il entra seul dans un petit sanctuaire ruiné qui, aujourd'hui réparé, porte le nom de Santa-Maria della Strada, il voulait y recommander à Dieu l'œuvre qui lui touchait le plus au cœur. Il y vit Jésus-Christ qui le présentait à son Père, et il entendit distinctement ces paroles : « Je vous serai propice à Rome ».

D'autres fois, on trouve dans son image le nom de Jésus entouré de rayons ou de flammes. Ce nom est en l'air ou sur un livre. On y peut voir une allusion au zèle de saint Ignace pour la gloire de Dieu ou une allusion à ces paroles de Notre-Seigneur lui-même : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que veux-je, sinon qu'il brûle ».

Ayant raconté plus haut la fondation de la Société de Jésus, nous allons brièvement parler : 1° de son extension dans les divers pays de la chrétienté ; 2° de sa constitution ; 3° de l'abolition et du rétablissement de l'Ordre.

1° Extension de l'Ordre, à dater de sa création jusqu'à son abolition.

Du vivant même de saint Ignace, Henri VIII, roi d'Angleterre, avait arraché son pays et son peuple à l'Église. Ignace n'avait pu y opposer que la prière. Cependant Brouet et Salmeron furent plus heureux en Irlande, qu'ils n'abandonnèrent qu'à la dernière extrémité et lorsque l'île leur fut absolument interdite. Mais, malgré ces persécutions, les Jésuites continuèrent à se hasarder à aborder cette île inhospitalière. Pendant ce temps d'autres Jésuites travaillaient avec une ardeur infatigable, en Italie, à l'amélioration des mœurs et à la réforme du clergé. En 1606, la république de Venise, alors en lutte avec le Saint-Siège, s'étant élevée contre les immunités ecclésiastiques et ayant empiété sur la juridiction de l'Église, ordonna aux Jésuites, si connus par leur attachement au Saint-Siège, d'obéir aux décrets du sénat ou de quitter la république. Ceux-ci, fidèles à leurs principes, durent quitter la ville. Leur maison fut immédiatement envahie, et la justice prétendit y avoir découvert les choses les plus étranges.

A cette même époque, le roi de France Henri IV, s'occupant sérieusement de faire rentrer les Jésuites dans son royaume, voulut savoir s'ils étaient coupables ou non. Ses ambassadeurs ne purent obtenir du sénat aucune explication. Après de longues négociations, la réconciliation eut lieu, sans toutefois amener la réintégration des Jésuites. En 1656, le pape Alexandre VI soumit de nouveau l'affaire au Sénat qui finit par voter l'admission des Jésuites, qui rentrèrent en effet, le 19 janvier 1657. Depuis lors la Société de Jésus demeura paisible, nombreuse et active en Italie.

En France, la nationalité des premiers Jésuites et le monopole de l'Université furent dès l'origine deux obstacles aux progrès de l'Ordre. Pendant dix ans ils vécurent à Paris sans avoir en propre ni maison ni église. Au bout de ce temps, Guillaume Duprat, évêque de Clermont, leur donna une maison dans laquelle, sous le nom de Pères du collège de Clermont (aujourd'hui le collège Louis le Grand), ils remplirent, en silence et sans aucun éclat extérieur, leur laborieux ministère. L'opposition de la Sorbonne leur fut très-préjudiciable. Ils devinrent l'objet des discussions journalières ; on prêcha contre eux, on les insulta dans les rues, et finalement l'évêque de Paris, Eustache de Belley, leur interdit toutes fonctions ecclésiastiques dans son diocèse. Ils se retirèrent, sans réplique, à Saint-Germain, et obtinrent de la munificence de l'évêque de Clermont un collège dans la petite ville de Billom, chef-lieu de canton dans le Puy-de-Dôme, où dès l'origine ils comptèrent plus de sept cents élèves (1557). L'évêque de Pamiers leur donna également un collège en Guyenne, et le cardinal de Tournon un troisième collège dans la ville de Tournon. Leur affaire ayant été portée à l'assemblée des États de Poissy, ils furent enfin admis légalement par toute la France, en 1561. Dès lors ils vécurent conformément à l'esprit de leur Ordre, sans être inquiétés. En 1564, ils ouvrirent au collège de Clermont leurs cours de philosophie et de littérature ; ils obtinrent un rare succès. Mais un nouveau recteur de l'Université, en entrant en fonctions, ordonna aux Jésuites de fermer leur école. Ils obéirent. Leurs élèves furent moins dociles, et leurs murmures décidèrent le ministère à autoriser de nouveau l'ouverture des cours. Les docteurs de l'Université songèrent alors aux moyens d'accuser publiquement les Jésuites, et, en attendant l'occasion, répandirent en secret les plus insignes calomnies contre la Société. Mais les Jésuites gagnèrent leur cause, et la majorité du parlement vota en leur faveur. Rétablis dès lors dans leurs droits, ils continuèrent à prouver leur zèle par leurs prédications et leurs écrits. Ils traversèrent ainsi des temps de troubles et de guerres civiles.

Henri III étant mort sous le poignard de Jacques Clément, les Huguenots trouvèrent l'occasion excellente pour renouveler leurs calomnieuses imputations et faire passer les Jésuites pour régicides. Ils publièrent des lettres, des fragments de sermons, attribués à tel ou tel jésuite, ou, ce qui était plus commode, aux Jésuites en général. Mais leur innocence éclata spécialement dans le procès de Jacques Clément. Pas un écrivain contemporain ne les accusa d'une participation quelconque, directe ou indirecte, à cet attentat. Quant à la part qu'ils prirent à la Ligue, il est avéré qu'ils ne s'y associèrent jamais, mais qu'ils travaillèrent avec un zèle incomparable à la reconnaissance du roi Henri IV auprès du peuple et de la cour romaine. Ils se faisaient remarquer par la réserve, l'ordre, la dignité et la modération de leurs sermons. Malgré cette conduite sage et prudente, le parlement et l'Université résolurent de précipiter la chute des Jésuites avant que Henri IV eût pris lui-même la direction des affaires de l'État. L'Université renouvela leur procès, mais Sully en arrêta toute la procédure. Malheureusement l'attentat de Chatel, qui avait étudié chez les Jésuites, suffit pour les rendre responsables de son crime. Le Père Guéret fut accusé, mais les tribunaux les plus hostiles aux Jésuites ne trouvant pas le moindre indice de culpabilité, durent prononcer son acquittement. Quoi qu'il en soit, le Père Guignard mourut le 7 janvier 1593, entre les mains du bourreau, non comme un criminel, mais comme une victime innocente de la vengeance du parlement ; les biens des Jésuites furent confisqués ; on leur interdit leur costume, l'éducation des enfants, l'enseignement public ; on lança à profusion contre eux des libelles payés de leur argent, et qui les proclamaient factieux et séducteurs de la jeunesse. Henri IV eut de la peine à approuver cette sentence inique, bien loin de l'avoir, comme on l'a dit, rendue valable pour toute la France par un édit spécial. Le roi protégea au contraire les Jésuites tant qu'il put. Ils continuèrent leurs travaux évangéliques dans diverses provinces, telles que le Languedoc et la Guyenne, où les parlements ne leur étaient pas hostiles. Ainsi ce fut par un arrêt du parlement de Paris, du 29 décembre 1594, et non par un édit royal, qu'ils furent bannis d'une portion de la France.

En 1603, Henri IV publia un édit en vertu duquel ils étaient rétablis dans tous leurs biens et rappelés dans tout le royaume, sous la condition qu'ils jureraient obéissance et fidélité au roi et aux autorités du royaume ; qu'ils se soumettraient aux lois de l'État ; qu'ils ne fonderaient de nouveaux collèges, n'hériteraient de biens immeubles et n'accepteraient de successions qu'avec l'agrément du roi. Ils reçurent alors, dans beaucoup de villes qui n'avaient pas encore eu de Jésuites, des maisons et des collèges. Mais il fallut une volonté ferme et persévérante du roi pour faire enregistrer cet édit de rappel par le parlement, qui résista longtemps. Le roi les honora de sa confiance, leur bâtit à La Flèche un magnifique collège et releva celui de Dijon. Toutefois les Jésuites ne demeurèrent pas longtemps en repos. Le 14 mai 1610, Henri IV fut assassiné par Ravaillac, et cet abominable attentat leur fut de nouveau imputé, avec autant d'iniquité que d'acharnement ; mais personne, à la cour, ne croyait à leur complicité, et la reine-mère leur laissa toute sa confiance. Leur innocence fut établie par les actes de la procédure, qu'ils présentèrent en 1611 à la reine, avec un mémoire justificatif, sans que personne s'élevât contre l'authenticité de ces actes. Malgré les incessantes intrigues, les sourdes menées, les violentes diatribes des protestants, Louis XIII leur fut extrêmement favorable, et le cardinal de Richelieu prit énergiquement leur défense. Louis XIV eut le même penchant pour eux, ainsi que Mazarin et Louvois. Mais cette haute faveur ne réduisit jamais leurs adversaires au silence. Les Pères furent principalement attaqués par Pascal dans les Lettres provinciales, que Voltaire, tout Voltaire qu'il était, blâma et accusa de mensonge. Malgré l'influence et l'autorité dont ils jouissaient, on crut pouvoir les rendre responsables de la persécution dont les Jansénistes furent l'objet, des dragonnades, de la révocation de l'édit de Nantes, etc., etc. Enfin, sous le règne de Louis XV, les Jésuites succombèrent aux attaques des Encyclopédistes et des Jansénistes, comme nous le montrerons dans l'aperçu sur l'abolition de l'Ordre.

L'Allemagne reçut les Jésuites en 1551 ; ce fut Ferdinand d'Autriche qui, le premier, les appela dans ses États. Ils obtinrent du duc de Bavière une chaire de théologie à l'université d'Ingolstadt. Ils prêchèrent à la cour et dans la ville de Vienne, à Mayence et à Cologne. Bientôt après, le cardinal Farnèse, légat du Pape, détermina les évêques allemands à fonder des séminaires pour l'éducation de leur clergé et à les confier à la direction des Jésuites. Dès 1559, ils s'établirent dans la capitale de la Bavière, où on leur construisit un magnifique collège. Il en fut de même à Cologne, en 1556, à Trèves, en 1561, à Augsbourg, en 1563, à Ellwangen, à Dillingen, Wurtzbourg, Aschaffenbourg, Mayence et dans beaucoup d'autres villes allemandes. La Société de Jésus se répandit très-rapidement dans toute l'Allemagne, et du vivant même de saint Ignace, elle y avait déjà vingt-six collèges et dix résidences. Ce nombre s'augmenta d'année en année, et il n'y eut bientôt plus de ville d'Allemagne de quelque importance qui ne possédât un collège de Jésuites. Le zèle qu'ils déployèrent partout les rendit bientôt si odieux à toutes les sectes que, dès 1588, leurs ennemis arrachèrent au prince Christophe Bathori un décret d'expulsion de la principauté de Transylvanie. Au bout de sept ans, toutefois, on les rappela. En 1630, une nouvelle persécution s'éleva, leur collège de Clausenbourg fut pillé ; quelques Pères furent blessés, et un d'entre eux tué. Durant l'espace de vingt ans, ils furent contraints de fuir trois ou quatre fois. Enfin, en 1687, l'empereur Léopold se servit heureusement des Jésuites pour relever le catholicisme en Transylvanie. En Hongrie, ils furent rudement persécutés ; mais l'empereur ayant mis un terme aux désordres politiques, les évêques fondèrent de nouveaux collèges et les confièrent aux Jésuites, qui devinrent bientôt aussi nombreux en Hongrie qu'en Autriche. Le même sort fut réservé aux Jésuites en Bohême. Étant devenus l'objet de la haine spéciale des Protestants et la victime de leurs fureurs, ils durent abandonner le pays ; mais ils y rentrèrent, sous la protection de l'empereur, à la suite des événements de 1620. Ils eurent beaucoup à souffrir en Moravie et dans la haute Autriche jusqu'au jour où le catholicisme y fut rétabli et consolidé.

Dès que la guerre éclata entre Charles-Quint et François Ier, tous les Espagnols furent contraints de quitter la France. Les Jésuites espagnols se rendirent à Bruxelles et se répandirent rapidement dans les Pays-Bas. Ils créèrent un collège à Louvain, qui devint plus tard un des plus grands établissements de l'Ordre. Ils obtinrent un autre collège à Anvers, et peu à peu ils purent s'établir dans plusieurs autres villes des Pays-Bas. Ils ne furent pas heureux en Russie. En Portugal et en Espagne, leur histoire ne prend d'importance qu'au moment de leur véritable ruine.

2° Constitution de la Société de Jésus. Sa constitution, quant à son essence et à sa base, lui fut donnée par saint Ignace. Laynez, et les autres généraux déterminèrent d'une manière plus spéciale l'organisation dans son détail et l'adaptèrent aux circonstances. Cette organisation est mixte. L'autorité suprême réside entre les mains des profès, qui forment le corps de la Société. La Congrégation générale, c'est-à-dire les représentants de l'Ordre élus par les profès, élit le Général, qui doit résider à Rome et n'est soumis qu'au Pape. L'autorité du général est illimitée, en ce sens que le conseil d'assistants qui lui est donné n'a qu'une voix consultative. Cependant cette autorité est restreinte sous d'autres rapports, car il est obligé de suivre les lois fondamentales de la constitution. Il peut, il est vrai, en dispenser dans des cas particuliers, mais il n'a en aucune façon le droit d'abolir ou de modifier les constitutions de l'Ordre.

Après le général viennent les Provinciaux, qui ne sont dépendants de personne dans l'exercice de leur pouvoir, et ne sont tenus de rendre compte qu'au général. À la suite des provinciaux viennent les Supérieurs des maisons professes, les Recteurs des collèges, les Supérieurs des résidences ou des collèges affiliés. Toutes ces charges sont renouvelées tous les trois ans, tandis que la dignité du général est à vie.

L'autorité du général, des provinciaux et des supérieurs, est restreinte encore en ce qu'ils ont à leurs côtés un certain nombre de consulteurs ou d'Assistants et un Admoniteur.

Celui qui est admis dans la Société n'appartient plus à sa famille ; il est uniquement soumis à la direction de ses supérieurs et aux règles de l'Ordre. Le Postulant est admis après quelques épreuves sérieuses et des éclaircissements suffisants donnés sur les difficultés de sa vocation. Le Novice vit pendant deux ans dans la plus profonde retraite, complètement livré à ses réflexions et à la prière. Il est encore libre au bout de ce temps et n'est lié par aucun vœu. Ce terme écoulé, on le met à l'étude, et il passe deux ans à l'étude de la rhétorique et des belles-lettres, trois ans et souvent plus à celle de la philosophie, des sciences physiques et mathématiques. Ces études terminées, il faut qu'il professe lui-même dans une basse classe, et que, dans l'espace de cinq à six ans, il parcoure toutes les classes jusqu'à la plus élevée. Ce n'est qu'à l'âge de vingt-huit à trente ans que le jésuite commence à étudier la théologie, pendant quatre à six ans, et à la fin de cette étude, rarement avant l'âge de trente-deux ans, il est ordonné prêtre. Au terme de chaque année a lieu un sévère examen, et personne ne peut monter dans une classe supérieure s'il ne s'en est montré capable. À la fin de tout ce long cours d'études il y a un nouvel examen, très-sérieux, sur toutes les parties des connaissances philosophiques et théologiques, et le résultat décide en partie de l'admission future du sujet à la profession de l'Ordre. Ainsi préparé par une longue pratique de la vie et des études variées et solides, le jésuite est soumis à un nouveau temps d'épreuves. Il est, à la vérité, ordonné prêtre, mais il ne peut encore remplir de fonctions; il est obligé de rentrer au noviciat, de renoncer pendant toute une année à toute espèce d'étude, à toute relation extérieure. Ce temps s'appelle l'école du cœur. Sa solitude n'est interrompue que par quelques catéchismes faits aux petits enfants, par quelques missions données au peuple de la campagne. Alors seulement le jésuite est admis au grade, c'est-à-dire au dernier vœu comme profès, ou coadjuteur spirituel.

La différence essentielle de ces deux classes consiste en ce que les profès seuls constituent le corps de la Société proprement dite. Il y a donc quatre classes dans la hiérarchie: 1° des Profès qui font, outre les trois vœux ordinaires, le quatrième vœu de l'obéissance absolue au Pape: c'est dans leurs rangs seulement que sont choisis le général et les supérieurs; 2° des Coadjuteurs spirituels, qui sont les coopérateurs des profès pour l'enseignement et la prédication, et des Coadjuteurs temporels, c'est-à-dire des frères lais qui font les travaux manuels et remplissent les plus basses fonctions; 3° des Scolastiques, c'est-à-dire tous ceux qui poursuivent leurs études et n'ont pas encore reçu de grade; 4° des Novices.

Tous ces membres vivent, suivant la classe à laquelle ils appartiennent, dans des maisons professes, des collèges ou des noviciats.

3° Abolition et restauration de la Société. L'Ordre des Jésuites avait déployé depuis plus de deux cents ans une activité féconde et éclatante dans toutes les contrées de l'Europe, et fondé une foule de missions parmi les païens de toute la terre, lorsqu'il fut atteint par une formidable et double catastrophe dans la péninsule Ibérique et en France, catastrophe à la suite de laquelle l'Ordre fut aboli par l'autorité de l'Église. En France, les Encyclopédistes, en vue d'anéantir le christianisme, résolurent la perte des Jésuites et trouvèrent des auxiliaires puissants à la cour. Les armes dont ils se servirent furent le mensonge, la calomnie et les pamphlets. Le 5 janvier 1757, une tentative d'assassinat ayant eu lieu contre le roi Louis XV, aussitôt on accusa les Jésuites de complicité; mais on ne put découvrir la plus légère trace de complicité de leur part. Sur ces entrefaites arriva la nouvelle de l'abolition de l'Ordre des Jésuites en Portugal. Le fameux Sébastien-José de Carvalho, plus connu sous le titre de marquis de Pombal, avait fait mettre en circulation toute espèce de pamphlets dirigés contre eux; on leur attribuait d'immenses richesses dans l'Uruguay et le Paraguay, et on répandait partout qu'ils menaçaient le monde de la domination universelle. Pombal exploita merveilleusement ces bruits calomnieux. Les Jésuites furent chassés violemment des missions portugaises en Amérique; et pour donner une apparence de légalité à des mesures iniques, on insista auprès du pape Benoît XIV pour qu'il donnât ordre de visiter et de réformer l'Ordre, qui était complètement déchu, disait-on, de ses pieux et saints statuts. Quelque temps après on prétendit que, dans la nuit du 3 au 4 septembre 1758, une tentative d'assassinat avait été dirigée contre le roi, et les Jésuites furent désignés comme les auteurs de ce crime ; de là leur bannissement du Portugal et l'abolition de leur Ordre en ce royaume, en 1759.

A peine la nouvelle de cette abolition eut-elle parvenu en France, qu'aussitôt le royaume fut inondé d'une multitude de pamphlets payés par le ministère. On les représenta comme des hommes dangereux pour l'État, n'excitant partout que trouble et sédition. Telle était la situation des esprits en France, lorsqu'on apprit que le Père Lavalette, procureur de la maison des Jésuites à la Martinique, avait fait de malheureuses opérations, avait été déclaré en faillite et exclu de l'Ordre. Cette désobéissance aux prescriptions formelles du Saint-Siège, et spécialement de Benoît XIV, eut les plus désastreuses conséquences. Les ennemis des Jésuites surent l'exploiter de toutes façons et firent intenter un procès à toute la Compagnie devant le Parlement. Le général de l'Ordre, et l'Ordre dans sa personne furent condamnés. La perte de ce procès fut des plus désastreuses pour l'Ordre. Elle eut pour conséquence immédiate que les confréries, les pieuses associations et les retraites des Jésuites furent abolies comme dangereuses pour l'État. Le 6 août 1761, le parlement se hâta de publier un arrêt qui interdit aux Français l'entrée de la Compagnie, ordonna la fermeture de ses collèges et déclara incapable du service de l'État quiconque à l'avenir suivrait leur enseignement. Louis XV annula, au commencement de 1762, l'arrêt du parlement ; mais celui-ci refusa l'enregistrement de l'arrêt royal, et le roi se vit obligé de le retirer. Le 6 août 1762, le parlement rendit un nouvel arrêt en vertu duquel l'Ordre des Jésuites était aboli comme impie et sacrilège dans sa doctrine, dangereux pour l'État dans sa pratique ; les vœux étaient proclamés nuls, et commandement était donné aux membres de la Société abolie d'abandonner leurs maisons et de déposer leur costume. La plupart des parlements suivirent l'exemple de celui de Paris, à l'exception de ceux de Franche-Comté, d'Alsace, de Flandre et d'Artois. Le Pape et l'épiscopat se prononçaient pour le maintien de leurs droits, et la justice semblait cette fois devoir se faire jour, lorsque les Jansénistes et les philosophes reprirent leurs vieilles menées et les poussèrent plus loin que jamais. L'archevêque de Paris, Mgr de Beaumont, les ayant pris sous sa protection et ayant publié une lettre pastorale en leur faveur, fut exilé à la Trappe ; à Brest on pendit un jésuite ; à Paris on pendit un prêtre séculier qui avait osé prendre leur défense.

En 1764, voyant que les évêques les employaient au ministère pastoral, on exigea d'eux qu'ils déclarassent par serment qu'ils considéraient leur Ordre comme nuisible et coupable, exigence à laquelle, sauf quelques rares exceptions, ils résistèrent courageusement. Un édit subrepticement arraché au roi, en novembre 1764, confirma toutes les iniquités parlementaires, déclara définitivement l'Ordre aboli, en accordant à ses membres l'autorisation de vivre comme personnes privées dans le royaume. Cet édit décida le pape Clément XIII à parler à son tour, et, le 7 janvier 1765, il promulgua la bulle *Apostolicum*, qui approuvait de nouveau la Société de Jésus.

Mais la tempête déchaînée contre les Jésuites ne se borna pas à la France et au Portugal ; elle eut du retentissement en Espagne, à Naples et en Sicile. Une sédition ayant eu lieu en Espagne, on l'imputa à l'Ordre des Jésuites, et dans la nuit du 31 mars 1767 on les expulsa du royaume. Plus de six mille Jésuites furent entassés dans des navires et déportés dans les États de l'Église; le sol espagnol leur fut interdit sous peine de mort. Ainsi, sans accusation, sans enquête, sans jugement, l'Ordre fut exilé, dépouillé de ses biens, et toutes ces mesures iniques furent approuvées par la soi-disant pragmatique sanction de Charles III, du 3 avril 1767. En vain le cardinal Braschi, devenu plus tard le pape Pie VI, démontra la fausseté des lettres qui avaient servi de texte d'accusation; en vain Clément XIII se plaignit, dans une lettre adressée à Charles III, du traitement inique dont était frappé un Ordre innocent: l'iniquité consommée fut maintenue. Le même sort atteignit les Jésuites en Sicile et à Naples, où, le 6 novembre, par ordre du premier ministre, le marquis de Tanucci, ils furent saisis, embarqués et déportés dans les États de l'Église, de même qu'à Parme, d'où ils furent renvoyés, le 7 février 1768, malgré les réclamations paternelles et énergiques de Clément XIII.

L'Ordre demeurait innocent aux yeux du monde catholique, couvert qu'il était par la protection et la confiance du Saint-Père. Cependant le pape Clément XIV, obsédé de tous côtés par les cours, ordonna, au mois d'octobre 1772, la fermeture du collège romain, interdit l'enseignement, la prédication, la confession aux Jésuites et fit mettre les archives de leurs maisons sous le scellé. Les mêmes mesures furent prises dans d'autres villes des États de l'Église. Ainsi fut peu à peu préparé le bref de suppression *Dominus ac Redemptor noster*. Clément XIV ne condamna l'Ordre, suivant ses propres paroles, que « par amour pour la paix, et pour rétablir la bonne intelligence entre le Saint-Siège et les divers cabinets de l'Europe ». Frédéric, roi de Prusse, défendit qu'on communiquât officiellement le bref aux autorités de Silésie, et fit savoir au Saint-Siège, par son chargé d'affaires, qu'il était résolu de maintenir les Jésuites, parce que c'étaient les meilleurs prêtres de son royaume. Catherine, impératrice de Russie, en agit de même à l'égard des Jésuites de ses États, et quand le pape Pie VI monta sur le trône, elle lui demanda la réintégration de l'Ordre, ce que le Pape, malgré son bon vouloir, ne put encore accorder. Cependant les Jésuites s'efforcèrent de conserver l'esprit de leur Ordre sous le nom de Clercs du Sacré-Cœur et de Missionnaires de la Foi.

Le pape Pie VII rétablit, à la demande expresse de Paul Ier, pour toute la Russie, la Société dans tous ses droits et privilèges antérieurs, et l'autorisa à élire un général, en place du vicaire général qu'elle avait eu jusqu'alors. Ferdinand IV, roi de Naples, demanda leur rétablissement et offrit de leur rendre tous les biens qui leur avaient été enlevés. Le Pape lui octroya sa demande par son bref du 31 juillet 1804, et un noviciat fut érigé à Naples. Le 7 août 1814, la Bulle *Sollicitudo omnium Ecclesiarum* révoqua solennellement le bref de Clément XIV, et rétablit la Société dans tous les pays catholiques. La Belgique et l'Irlande les tolérèrent; Naples, la Sardaigne et Modène leur confièrent l'enseignement de la jeunesse; Ferdinand VI les rétablit en Espagne dans la possession de leurs biens: la révolution de 1820 les chassa; la restauration de 1823 les ramena. La révolution de 1830 restreignit leurs privilèges; en 1835, ils furent définitivement renvoyés du royaume.

En France, on les toléra tacitement d'abord, et on les rétablit légalement en 1822; mais le gouvernement des Bourbons fut contraint, en 1828, par les Chambres, à restreindre l'influence de la Compagnie, à soumettre leurs maisons d'éducation à l'Université et à les surveiller de près. Après la révolution de juillet, l'Université leur fit interdire l'enseignement de la jeunesse, et en 1845, Grégoire XVI consentit à ce que les Jésuites fussent à l'amiable renvoyés de France. Ils y furent toutefois tolérés comme individus ; on leur laissa même un certain nombre de maisons, et le gouvernement feignit de ne pas s'apercevoir qu'ils continuaient à y recevoir des novices et à exercer le ministère pastoral dans tous les diocèses où l'on s'empressait de les appeler. La République de 1848 les replaça dans le droit commun et les laissa jouir de la même liberté que tous les autres citoyens. Depuis lors ils ont ouvert beaucoup de collèges en France ; ils y ont en outre un grand nombre de résidences pour le ministère, plusieurs noviciats, des maisons d'études et de retraite ; ils dirigent aussi quelques séminaires.

Le Portugal les renvoya en 1833, et le Brésil refusa de les admettre. Ils furent rétablis en Suisse, puis expulsés de ce pays. Ils rencontrèrent peu d'opposition en Angleterre ; toutefois les Jésuites anglais d'origine sont seuls tolérés. Ils se sont établis à Malte en 1845, et répandus activement dans les États d'Amérique comme dans les Indes orientales. En revanche leur situation a été bouleversée en Russie. En 1813 ils furent expulsés de Saint-Pétersbourg et de Moscou ; en 1820, de toute la Russie et de la Pologne, parce qu'ils furent considérés comme le plus grand obstacle à l'union projetée des Russes et des Polonais dans l'église schismatique gréco-russe. Ils ne sont généralement pas inquiétés dans les États de la monarchie autrichienne. M. de Bismark vient de les expulser violemment de tous les États de l'Allemagne soumis au joug prussien. Après avoir persécuté les Jésuites, il persécute les catholiques allemands : ainsi la Providence les punit d'avoir collaboré à la fondation d'un empire hérétique et tyrannique.

Événements marquants

  • Naissance au château de Loyola en 1491
  • Blessure au siège de Pampelune en 1521
  • Conversion durant sa convalescence par la lecture de vies de saints
  • Veillée d'armes à Montserrat et retraite à Manrèse en 1522
  • Pèlerinage à Jérusalem en 1523
  • Études à Barcelone, Alcala, Salamanque puis Paris
  • Vœux de Montmartre le 15 août 1534
  • Approbation de la Compagnie de Jésus par Paul III en 1540
  • Élection comme premier Général de l'Ordre en 1541

Miracles

  • Apparition de Saint Pierre le guérissant de sa fièvre
  • Vision de la Vierge à l'Enfant purifiant son cœur
  • Extase de huit jours à Manrèse
  • Vision du Christ à la chapelle de La Storta
  • Guérison d'un épileptique et délivrance d'un possédé à Aspetia

Citations

Ad majorem Dei gloriam

— Devise de l'Ordre

Tout pour la plus grande gloire de Dieu.

— Maximes de saint Ignace