Saint Isidore de Chios

Martyr

Fête : 15 mai 3ᵉ siècle • saint

Résumé

Soldat chrétien enrôlé à Chios sous l'empereur Dèce, Isidore fut dénoncé par un centurion jaloux pour sa foi. Malgré le supplice de la langue coupée, qui provoqua la perte de parole miraculeuse de son juge Numérien, il resta ferme dans sa foi. Il mourut décapité, rendant grâce à Dieu pour sa couronne céleste.

Biographie

SAINT ISIDORE DE CHIOS, MARTYR

IIIe s. — Pape : saint Corneille. — Empereur : Dèce.

Les soldats de la terre sont toujours prêts à partir, n'importe le lieu où on les envoie, à plus forte raison les soldats du Christ doivent-ils obéir avec promptitude à leur général Jésus-Christ. Saint Augustin, de salut et duc.

La première année du règne de Flavius Décius, cet empereur ayant publié un édit pour lever des troupes, on vit arriver à Chios un navire qui apportait le décret relatif à cette ville. Parmi ceux qui furent enrôlés se trouvait le bienheureux Isidore, qui se montra constamment un bon et vaillant soldat en Jésus-Christ Notre-Seigneur. En effet, lorsqu'on avait prêché la divine doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ à ceux qui en étaient dignes, le saint et vénérable martyr du Christ l'avait embrassée avec empressement et la pratiquait depuis avec zèle. Et après qu'il se fut fortifié en toute manière par les saintes Écritures et les commandements du Christ, il sentit d'une manière merveilleuse son âme raffermie, son esprit ranimé et son corps même plein de vigueur. Il éprouvait aussi en lui-même une certaine émulation céleste, en songeant à ceux qui étaient morts en souffrant le martyre pour le Seigneur; et en même temps il se préparait aux épreuves, aux menaces et aux persécutions des tyrans. Il était juste, pieux, à l'abri de tout blâme, en un mot, parfait en toutes choses. On n'apercevait en lui ni légèreté, ni inconvenance; et jamais ni le vice, ni la malice, ni aucun des défauts provenant d'un esprit peu soumis à Dieu, ne vinrent ternir une si belle âme; mais toute sa conduite était empreinte de piété, de modestie et d'honnêteté.

Quelque temps après la publication du premier édit impérial, on en apporta un autre, aux termes duquel on devait contraindre à quitter la religion du Christ et à embrasser les erreurs impies des démons, tous ceux, quels qu'ils fussent, qui servaient le Seigneur Jésus-Christ, et qui, au lieu d'obtempérer aux ordres des empereurs, aimaient mieux obéir aux commandements du même Seigneur Jésus-Christ, conformément aux oracles des prophètes. En ce temps-là arrivèrent à Chios des soldats nouvellement enrôlés, sous la conduite d'un certain Numérien. Or, le bienheureux Isidore, que les Césars, par affection pour lui, avaient chargé de l'administration des vivres, distribuait avec une parfaite égalité leur nécessaire à tous ceux dont il était chargé; car il était pour eux comme un bon père de famille; et comme il détestait toutes les erreurs du paganisme, si on lui ordonnait quelque chose qui ne fût pas juste et équitable, il n'en tenait pas compte. Or, un centurion de cette armée, nommé Jules, poussé par la démence et par l'envie, comme Caïn, résolut d'accuser le bienheureux Isidore auprès de Numérien, préfet de la milice, afin qu'on le déposât de la dignité qu'il occupait dans l'armée; mais il craignait que ses desseins ne fussent pas couronnés de succès. Ce n'est pas, au reste, qu'il se mît en peine du bien-être des soldats: car c'était un vil mercenaire, et il ne cherchait, sous le nom de centurion, qu'à piller ceux qu'il aurait sous ses ordres. Ce centurion, ayant quitté la voie de la vérité pour s'abandonner au mensonge, était descendu au plus profond abîme de la perversité; et lorsque parurent les édits de l'empereur Décius contre les chrétiens, il ne rougit pas d'honorer les idoles par des prières et des sacrifices.

Jules alla donc trouver Numérien, et lui dénonça Isidore comme ne sacrifiant pas aux idoles. Numérien lui commanda de le faire venir.

Jules, montant aussitôt sur un char, s'en alla avec trois autres soldats d'un caractère féroce, se saisit d'Isidore, qui ignorait ce qui se passait, et lui dit: « La justice vengeresse de nos dieux m'ordonne ce que je fais en ce moment, pour punir la profonde négligence dans laquelle tu vis à leur égard. Car il faut que tu sacrifies aux dieux et que tu les honores religieusement: ainsi l'ordonne l'empereur Décius ». Le bienheureux martyr du Christ, Isidore, tressaillant de la plus vive allégresse, préparé comme il était au combat par la grâce du Saint-Esprit, répondit modestement à Jules: « Oui, qu'il en soit ainsi; partons gaiement; l'heure du combat est arrivée. C'est, je l'avoue, avec un grand plaisir que je vais descendre dans l'arène pour combattre contre Bélial, me sentant rempli du Saint-Esprit, tout inondé et pénétré de la rosée de la grâce, et ravi de joie dans l'attente d'une magnifique couronne: c'est pour cela que, sans la moindre hésitation et par de solides raisonnements, j'accomplirai, sous les yeux de ceux qui doivent venir avec moi, une lutte courageuse; afin que Dieu, touché des prières de ses Saints, donne à tous ceux qui l'aiment du fond du cœur, la vie éternelle par Jésus-Christ Notre-Seigneur ».

Isidore fut donc amené par Jules et ses soldats devant le tribunal de Numérien, chef de la milice. Dès que celui-ci l'eut aperçu: « Quel est ton nom ? » — « Isidore ». — « N'est-ce pas toi qui refuses d'obéir aux édits de l'empereur et de sacrifier aux dieux ? » — « Quelle peut être la vertu ou la puissance de ces dieux faibles et impuissants, pour que je sacrifie à des êtres qui ne sont nulle part ? » — « Ô indomptable dureté de ton âme perverse ! comment as-tu osé employer contre les dieux ces expressions si coupables ? Mais leur colère est prête à fondre sur toi pour punir ton audace : nous craignons seulement que, pour tes paroles de blasphème, ils ne nous châtient nous-mêmes ». — « Tu auras beau dire, tes paroles ne me causeront aucun dommage. Le Christ, qui a créé tout ce qui existe, et que tout le genre humain doit servir, est tout prêt à te couper par le milieu, toi, Jules et ton empereur ». — « Eh bien ! voyons le jugement de ton Dieu, comment il te protégera, si tu veux encore refuser de sacrifier à nos dieux ». — « Il me semble que j'ai déjà acquis la couronne céleste par une glorieuse victoire sur les ennemis du Fils de Dieu ». — « Il est en mon pouvoir de t'infliger des supplices rigoureux; mais plutôt, sois docile à mes conseils, et, conformément aux édits de notre empereur, sacrifie aux dieux; autrement ma colère va éclater contre toi ». — « Je résisterai toujours à tes menaces; car tu veux m'intimider, comme si tu pouvais tuer mon âme. Mais c'est sur mon corps seulement, et nullement sur mon âme que peut s'exercer ta puissance : mon âme, et elle seule, vit d'une vie impérissable. Du reste, fais tout ce qu'il te plaira; jamais tu ne m'amèneras à perdre par une lâcheté la couronne d'une joie sans fin; car elle est pour moi le gage de

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la seule vie véritable. Fais donc, je te l'ai dit, fais donc ce que tu veux dans ta tête; jamais je ne chasserai de mon esprit ni de mon cœur le Christ, à qui tout est soumis avec crainte ».

Alors Numérien, transporté de colère, lui dit : « Je vais donner l'ordre de couper cette langue perverse ». — « Si tu me fais couper la langue, tu ne me persuaderas point pour cela, puisque j'adore Jésus-Christ crucifié sous Ponce-Pilate, ressuscité d'entre les morts et monté aux cieux : non, non; jamais tu ne viendras à bout de me persuader de faire ce qu'il me défend ». L'impie Numérien ordonna alors qu'on lui coupât la langue. Le bienheureux Isidore souffrit ce supplice en se moquant du tyran. Mais, au même moment, Numérien, tombant par terre, perdit l'usage de sa propre langue. Ce que voyant tous ceux qui étaient présents, ils furent hors d'eux-mêmes de la chute que venait de faire le chef de la milice, et un bon nombre d'entre eux crurent au Seigneur Jésus-Christ. Après qu'on l'eut relevé de terre, on s'aperçut qu'il était privé de l'usage de la parole. Pour lui, il demanda par signes qu'on lui apportât des tablettes, et il y écrivit cette sentence : « Les lois du César Décius ordonnent qu'Isidore, qui n'a pas voulu obéir aux lois, ni sacrifier aux dieux, perde la tête par le tranchant du glaive ». Le bienheureux martyr du Christ, Isidore, prenant les tablettes, y lut la sentence et dit : « Je vous remercie, ô Seigneur Jésus-Christ, d'avoir trouvé grâce devant vous; je vous loue, Seigneur, vous qui êtes la vie de mon esprit; je vous glorifie, Seigneur, qui êtes l'âme de mon âme et toute ma force, vous qui m'avez donné une langue au-dessus de toute atteinte ».

Les licteurs se saisirent d'Isidore et le conduisirent au lieu du supplice; il s'y rendit en tressaillant de joie, mais comme un innocent agneau qu'on va immoler : et de même qu'Isaac offrit autrefois des dons à Dieu, ainsi Isidore, par sa mort endurée pour le Christ, fut donné pour exemple aux autres. Lorsqu'on fut arrivé au lieu appelé la Fosse de la Vallée, il se mit à genoux, et après avoir fait le signe de la croix sur toutes les parties de son corps, il dit : « Je vous bénis, ô Père de mon Seigneur Jésus-Christ, d'avoir permis que j'aie été trahi aujourd'hui, et de m'avoir conduit au terme de ma vie. Je vous prie, ô Seigneur Jésus-Christ, très-miséricordieux Sauveur, de ne point me refuser le partage de vos Saints dans la vie éternelle ». Après avoir ainsi prié, il mit sa tête sous le glaive, dont le tranchant lui ôta la vie.

Un certain Ammonius, plein de piété et de crainte de Dieu, qui avait été le compagnon du saint martyr, aidé de quelques frères, creusa une fosse dans le lieu même, y déposa le corps du bienheureux Isidore avec de grands honneurs, et lui fit construire un monument.

SAINT AVITE, ÉVÊQUE DE VIENNE, EN DAUPHINÉ. 301

Événements marquants

  • Enrôlement dans l'armée romaine à Chios sous l'empereur Dèce
  • Nomination à l'administration des vivres
  • Dénonciation par le centurion Jules pour refus de sacrifier aux idoles
  • Comparution devant le préfet Numérien
  • Supplice de la langue coupée
  • Décapitation par le glaive

Miracles

  • Perte de l'usage de la parole par le juge Numérien après avoir ordonné de couper la langue du saint

Citations

C'est sur mon corps seulement, et nullement sur mon âme que peut s'exercer ta puissance : mon âme, et elle seule, vit d'une vie impérissable.

— Texte source, dialogue avec Numérien

Date de fête

15 mai

Époque

3ᵉ siècle

Décès

IIIe siècle (sous Dèce) (martyre)

Catégories

Prénoms dérivés

Isidore