Saint Vincent de Collioure

Martyr

Fête : 19 avril 3ᵉ siècle • saint

Résumé

Citoyen de Collioure arrêté sous Dioclétien, Vincent refuse de sacrifier aux idoles malgré les tortures infligées par le président Dacien. Après avoir été miraculeusement guéri en prison, il meurt sur le bûcher à la fin du IIIe siècle. Ses reliques, longtemps conservées à Collioure, auraient été transférées en Catalogne au XVIIe siècle.

Biographie

SAINT VINCENT DE COLLIOURE,

ET QUATRE AUTRES DU MÊME NOM (291).

L'Espagne s'honore de plusieurs Martyrs illustres du nom de Vincent. Vincent, diacre de Saragosse, dont Prudence a chanté le martyre en vers (22 janvier) ; Vincent d'Avila, natif d'Evora, et qui souffrit dans la ville d'Avila avec Sabine et Christète, ses sœurs (27 octobre) ; Vincent de Collioure, qui est celui d'aujourd'hui. Il y en a un quatrième qui fut martyrisé avec Oronce et Victor, et dont le corps fut porté à Embran (22 janvier) ; et un cinquième qui fut abbé du monastère de Salat-Claude et souffrit le martyre sous la domination des Goths (11 septembre).

Vincent de Collioure est honoré à Perpignan et voici sa légende tirée du propre de ce diocèse.

Sous le règne des empereurs Dioclétien et Maximien fut publié un édit qui ordonnait de forcer tous les chrétiens à sacrifier aux idoles. Dacien fut chargé de le faire exécuter dans les régions méridionales de la Gaule et en Espagne. Cet homme étant venu dans la ville maritime de Collioure, il fait arrêter Vincent, citoyen considérable et homme d'une foi égale à son courage. Il est amené devant Dacien, qui le somme de sacrifier aux dieux. Mais Vincent dit : « Je ne sacrifie qu'à Dieu seul, jamais aux idoles ; il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux empereurs ». Dacien dit : « Sacrifice aux dieux, je te prie, sinon il me faudra sévir contre toi ». Vincent dit : « Sévis tant que tu voudras, je ne sacrifierai point ».

Alors le président ordonne que Vincent soit meurtri de soufflets, dépouillé de ses vêtements et déchiré avec des ongles de fer. Après quoi Dacien s'adresse encore à lui et lui dit : « Combien de temps demeureras-tu dans ta sottise ? Sacrifice, Sacrifice ! » Vincent dit : « Non, jamais ! Je suis prêt à aller en prison ou à la mort pour Jésus-Christ : je ne sacrifierai qu'à lui seul ; les tourments les plus cruels ne me font rien ; les joies éternelles m'attendent et bientôt j'en serai inondé ». Alors le président irrité fait suspendre Vincent avec des poulies, et ordonne aux bourreaux de l'élever en haut et de le laisser retomber de tout le poids de son corps sur des pierres aiguës, à plusieurs reprises. Après ce supplice il est jeté en prison. Mais il rend grâce à Dieu qui ne délaisse pas ceux qui espèrent en lui. Une lumière céleste enveloppe son corps qui reprit ses forces et sa première santé.

Le jour suivant, Dacien ordonna qu'on ramenât Vincent devant son tribunal, si toutefois il vivait encore. Lorsqu'il le revit en pleine santé, il fut transporté de fureur et dit : « C'est par le secours de la magie que tu t'es guéri ». Vincent dit : « Je ne connais pas plus la magie que je ne connais tes dieux. Dieu qui est un, m'a guéri : celui qui m'a glorifié est le même qui m'a racheté de son sang. Gloire à lui dans tous les siècles ». Alors Dacien fit allumer un grand bûcher au milieu de la ville, et Vincent fut placé dessus, les pieds et les mains liés. Il accomplit heureusement son glorieux martyre, en confessant et en louant le Seigneur, le 19 d'avril, vers la fin du IIIe siècle. Le feu épargna les ligaments des mains et des pieds. Son visage, d'une couleur rose et sa peau transparente, semblaient plutôt d'un homme endormi que d'un mort : frappés de ces miracles, un grand nombre confessèrent le Christ. Son corps fut convenablement enseveli pendant la nuit.

Le corps de saint Vincent fut religieusement conservé à Collioure jusqu'au XVIIe siècle. Ce fut pendant le siège de 1642, que l'église ayant été détruite et divers objets précieux transportés au château, où la garnison avait dû se retirer, les reliques de saint Vincent y furent aussi déposées,

afin qu'elles fussent ainsi à l'abri de toute profanation. Or, après l'évacuation du château de Collioure, par la garnison espagnole, les consuls de la ville, s'étant transportés au dit château pour en rapporter les précieuses reliques, ne les y trouvèrent plus. Les traditions locales semblent insinuer qu'elles durent être enlevées par un militaire espagnol de Cancavella (ou Concabuena), petite ville de Catalogne, où un religieux capucin, se trouvant en Roussillon vers 1095 ou 1100, affirmait avoir célébré la sainte messe à l'autel qui possédait les reliques de saint Vincent de Collioure, il paraît bien que ce bourg est toujours en possession de ce trésor. Quant à la ville de Collioure, elle a actuellement deux reliques partielles de son saint protecteur : 1° un os de petite dimension, envoyé de Rome en 1700 ; 2° un tibia envoyé peu de temps après. La réception de ces reliques fut pour la ville de Collioure l'occasion de solennités touchantes, présidées par Mgr Basan Flamenville, évêque d'Elne. La paroisse de Collioure reçut en même temps des reliques de sainte Libérate et de saint Maxime.

C'est depuis lors (1702) qu'a lieu tous les ans la belle et pittoresque cérémonie du 16 août. Ce jour-là, à sept heures du soir, le clergé de la paroisse, suivi d'un grand nombre de marins, monta sur une barque qui les conduit à un îlot distant du rivage de cent mètres environ. Dans la chapelle de l'île on prend les statues de saint Vincent, de sainte Maxime et de sainte Libérate, qui avaient été portées le matin, aux flambeaux ; on les place sur la poupe, et la procession nocturne commence, la barque étant traînée jusqu'à la plage par six autres barques montées par des rameurs. Elle fait d'abord le tour de l'île. Après avoir cotoyé le faubourg, brillamment illuminé, elle est enlevée et traînée, au moyen de câbles, jusqu'au centre de la ville. Puis enfin, quatre marins portent les statues dans l'église, musique en tête. Il est difficile de s'imaginer un spectacle plus pittoresque que celui des nombreuses barques qui vont et viennent, dans le cours de la journée, pour aller vénérer les saintes reliques et assister aux offices à la chapelle de l'île Saint-Vincent.

Propre de Perpignan, notes locales, etc.

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## SAINT TRYPHON, ÉVÊQUE DE CONSTANTINOPLE (945).

Il n'est pas de siège épiscopal au monde qui ait eu de plus mauvais évêques que Constantinople. Est-il besoin de rappeler Nestorius, Eutyches, Macédonius, — autant d'hérésiarques : Eusèbe de Nicomédie, Photius, Cerulaire, etc. ? Ceux qui ont été Saints, Chrysostome, Flavien, etc., ont été inévitablement persécutés. Saint Tryphon, dont nous célébrons aujourd'hui la mémoire, était un humble moine que l'on arracha de son monastère pour l'élever sur ce cap des tempêtes. Etant vertueux il devait déplaire à la cour. Mais on n'avait rien de sérieux à mettre en avant contre lui. Voici la manière tout à fait digne des Grecs dont on s'y prit pour l'écarter. Un évêque courtisan, Théophane de Césarée, s'en vint le trouver et lui tint ce propos : « L'empereur cherche votre ruine, mais ne sait de quoi vous accuser. On lui a fait entendre que vous étiez d'une ignorance à ne pas même savoir écrire. Venez demain au conseil et prouvez le contraire à tous vos détracteurs ». Tryphon, qui avait la simplicité de la colombe et non la prudence du serpent, se rendit le lendemain au palais. — « Tracez-nous », lui dit-on, « vos noms et qualités sur cette feuille de papier ». — Il le fit de sa plus belle main, et le blanc-seing fut immédiatement remis à l'empereur, qui écrivit à son tour : « Moi, soussigné, me reconnais indigne d'occuper le siège de Constantinople ». Le tour était joué. Ceci se passait en 945. On présenta un successeur ; mais Rome refusa de le reconnaître tant que saint Tryphon serait vivant. Le siège fut donc vacant plus de deux ans, après lesquels le Pape admit à sa communion le nouvel élu. — Saint Tryphon termina ses jours dans un monastère.

AA. SS., 19 av. p. 624.

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## LE BIENHEUREUX CONRAD D'ASCOLI, CONFESSEUR (1289).

Conrad était de la Marche d'Ancône, il vit le jour dans la ville d'Ascoli en 1234. Il annonça de bonne heure, par ses heureuses dispositions, quelle serait sa sainteté future. Il parut même doué dès son enfance du don de prophétie ; car il était dans l'habitude de se prosterner aux pieds d'un

20 AVRIL.

jeune homme de son âge et de son pays, nommé Jérôme, qui, entré depuis chez les Franciscains, gouverna cet Ordre en qualité de général et devint ensuite pape sous le nom de Nicolas IV.

Dieu lui inspira, à lui aussi, le désir d'entrer dans l'Ordre de Saint-François. Quand il eut réalisé ses vœux, ses supérieurs l'envoyèrent en Afrique. Il y fit des miracles de conversion et des milliers d'infidèles lui durent de devenir chrétiens. Il se dépensa tellement à cette œuvre du salut des âmes, que sa santé, bientôt épuisée, trahit son zèle et ne lui permit plus de continuer ses travaux apostoliques. Il revint en Italie. Le climat le rétablit un peu, et après avoir fait un voyage en France avec le général de son Ordre, le P. Jérôme, il put à Rome, où il se rendit, travailler de nouveau à la sanctification des âmes. Sa Sainteté aida puissamment son éloquence et là encore il fit des merveilles. En quittant Rome pour obéir à l'ordre de ses supérieurs, il alla professer la théologie à Paris. Il s'acquitta de cet emploi de manière à mériter les applaudissements publics ; mais il ne se bornait pas à enseigner dans les écoles ; il annonçait souvent la parole de Dieu au peuple, et visitait assidûment les hôpitaux, dans lesquels il produisit de grands fruits. Son genre de vie était très-austère, et son attention continuelle était de travailler à parvenir, par la pratique des vertus, à la perfection du christianisme. Il avait pour Jésus souffrant une dévotion si tendre qu'il éprouvait quelquefois les douleurs de sa passion ; et sa foi au mystère de la Trinité était si vive, qu'il s'en servait pour combattre le démon et pour guérir les maladies. Mais son ancien général, devenu pape sous le nom de Nicolas IV, le rappela près de lui ; il retournait donc à Rome lorsque la mort l'atteignit à Ascoli en 1289. Un tombeau lui fut élevé par les soins du peuple, et Dieu y opéra de nombreux miracles. Pie IV a autorisé son culte.

Événements marquants

  • Arrestation à Collioure par Dacien sous Dioclétien et Maximien
  • Refus de sacrifier aux idoles
  • Supplice des ongles de fer et des poulies
  • Guérison miraculeuse en prison
  • Martyre sur un bûcher au milieu de la ville

Miracles

  • Guérison instantanée de ses blessures en prison par une lumière céleste
  • Le feu épargne les ligaments de ses mains et pieds lors du bûcher
  • Apparence de vie (teint rose et peau transparente) après sa mort

Citations

Je ne sacrifie qu'à Dieu seul, jamais aux idoles ; il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux empereurs

— Légende du diocèse de Perpignan