Saint Vernier (Vernher)
Martyr, Patron des vignerons
Résumé
Jeune vigneron allemand du XIIIe siècle, Vernier fut martyrisé à Wesel en 1287 après avoir fui un beau-père violent. Son corps, découvert miraculeusement près du Rhin, devint l'objet d'une grande dévotion, particulièrement en Franche-Comté et en Auvergne. Il est le saint patron emblématique des vignerons, honoré pour sa piété et son travail.
Biographie
SAINT VERNIER OU VERNHER, MARTYR
PATRON DES VIGNERONS
1287. — Pape : Nicolas IV. — Empereur d'Allemagne : Rodolphe Ier.
« Je suis la vigne et vous en êtes les rameaux : celui-là porte beaucoup de fruits qui demeure en moi et en qui je demeure ; sans moi, vous ne pouvez produire aucun fruit. »
Josn., xv, 8.
Vernier était du village de Mammerath, distant seulement de quelques milles de la ville de Baccarac, dans la basse Allemagne. Cet enfant ayant perdu de trop bonne heure son père qui était vigneron, fut contraint, quand il fut un peu plus grand, de sortir de la maison de sa mère, à cause des mauvais traitements qu'il recevait de son beau-père, homme emporté et sans honneur. Ayant reçu en chemin un morceau de pain de quelques bergers, il les récompensa très-abondamment, en leur obtenant de Dieu, par ses prières, une source d'eau vive, dans un lieu où l'on n'en pouvait pas espérer. Lorsqu'il fut dans la ville de Wesel, au pays de Trèves, les Juifs, voyant qu'il ne demandait que de l'ouvrage pour gagner sa vie, l'engagèrent aisément à travailler chez eux. Le jeudi saint, lorsqu'il eut fait ses pâques avec les autres chrétiens, les Juifs l'attirèrent chez eux et le suspendirent par les pieds, pour lui faire rendre la sainte hostie ; mais voyant leurs efforts inutiles, ils lui écorchèrent tout le corps à coups de verges, et lui ouvrirent les veines en plusieurs endroits.
Une jeune chrétienne s'en aperçut et en donna avis au bourgmestre, qui arriva encore assez tôt pour recevoir les plaintes de cette innocente victime ; elle n'avait recours qu'à Dieu, et, au milieu de ses douleurs, prononçait sans cesse les saints noms de Jésus et de Marie. Mais ce juge, corrompu par une somme d'argent, ferma les oreilles à la voix gémissante de cet enfant, et l'abandonna à la fureur de ces tigres : ils achevèrent sans crainte leur tragédie, dont voici la catastrophe.
19 AVRIL.
Ils jetèrent pendant la nuit le corps du Martyr dans un bateau, avec ordre de remonter le Rhin jusqu'à Mayence, et de le transporter dans quelque endroit couvert de broussailles, car les Juifs ne donnent pas la sépulture aux chrétiens, même pour cacher un crime. Mais la vengeance divine les poursuivait ; après avoir navigué toute la nuit, le bateau, le lendemain matin, avait à peine fait une lieue. Les criminels essayèrent de jeter le cadavre à l'eau. Vains efforts ! Voyant cela, ils le mirent dans une caverne entourée de buissons, non loin de Baccarac, près de l'endroit où s'éleva ensuite Winsbach. Ils croyaient avoir ainsi bien caché leur meurtre. Mais Dieu, qui met en évidence les secrets les plus profonds, fit paraître, la nuit suivante, de si grands flambeaux au-dessus et autour de ce buisson, que tout le voisinage y accourut pour reconnaître la cause de ce prodige. Le corps du saint martyr Vernier y fut trouvé encore tout baigné dans son sang ; ce qui amena les magistrats à faire la recherche des auteurs de ce meurtre. Il ne fut pas difficile de les connaître par la déposition de la jeune chrétienne dont nous avons parlé. Les homicides furent punis comme ils le méritaient, et les honneurs dus aux Saints furent rendus au bienheureux Vernier.
Le martyre de saint Vernier eut lieu le 19 avril 1287. Ses restes furent déposés dans un cercueil de chêne avec la serpette dont il se servait pour tailler la vigne. Ce cercueil fut porté à Baccarac, sur le Rhin, et mis dans la chapelle de Saint-Cunibert. On peut voir, dans les Bollandistes, les nombreux miracles dont Dieu l'honora. Son culte fut approuvé par le Saint-Siège en 1427. Le diocèse de Trèves célèbre publiquement son office. Caché dans une muraille, à l'époque où l'on craignait les profanations des Calvinistes, le corps de saint Vernier fut découvert, en 1621, et porté à Bruxelles.
Le culte de saint Vernier fut en honneur en Franche-Comté dès le XVIe siècle : il y fut probablement importé par Thiébault de Rougemont qui avait visité les reliques de saint Vernier en 1426 et qui put constater les nombreux miracles qui s'opéraient au tombeau du jeune martyr. En 1548, Jean Chuppin, chanoine de Sainte-Madeleine, rempli du désir d'honorer Dieu en glorifiant ses Saints, se transporta à Baccarac, et demanda pour son église une parcelle des reliques du Martyr. D'après la permission de l'électeur Palatin et de Jean, évêque de Trèves, il obtint l'index de la main droite et une partie du suaire teint du sang de saint Vernier. Quand la précieuse relique arriva à Besançon, les chanoines de Sainte-Madeleine et tout le clergé allèrent à sa rencontre et la reçurent avec le plus grand respect. L'archevêque de Besançon en fit une reconnaissance authentique et accorda une indulgence de quarante jours à tous les pieux fidèles qui visiteraient dévotement la châsse du Martyr, exposée dans l'église de Sainte-Madeleine.
Le nom de saint Vernier devint bientôt célèbre dans toute la Franche-Comté. Les vignerons de Besançon le choisirent pour leur patron spécial, et formèrent une Confrérie sous son invocation. La fête s'en célébrait avec grande pompe le mardi après Quasimodo, et le prédicateur, choisi par les confrères, devait faire le panégyrique du Saint. Cette Confrérie célèbre dans l'histoire traditionnelle des Bousbots, se répandit dans plusieurs paroisses de la province. Enrichie d'indulgences par le souverain Pontife,
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protégée par les archevêques de Besançon, honorée par les magistrats de la cité, elle conserva longtemps parmi la classe des vignerons de Battant, de Charmont et d'Arènes, cet amour des pratiques religieuses dont l'expression naïve se retrouve dans nos vieux Noëls bisontins. Aux jours de fête, les confrères portaient l'habit de camelot, gorge de pigeon, et le chapeau tricorne aux larges ailes, placé horizontalement sur la tête. C'était dans ce costume traditionnel que le représentant de la race des Bousbots, le célèbre Barbisie, paraissait à la crèche, pour y parler au nom de la classe des vignerons, avec leur costume, leur patois et leurs idées.
Unis par les liens de la foi et de la charité, les confrères de saint Vernier gardèrent longtemps une haute idée de leur profession, et jouèrent un rôle important dans l'administration de la cité ; car la ville de Besançon, divisée autrefois en sept bannières, en comptait trois dans les quartiers habités par les vignerons, celles de Battant, de Charmont et d'Arènes ; et le sentiment de cette importance sociale inspirait aux Bousbots des couplets comme celui-ci :
| Lou père Noé, bon enfant, Plantel lui nouèble veigne. Y fesa tout comme nous fans; Les pas au la metie nous ans En Comté, en Espagne. Et las bè premie nous marchans, Même dans l'Ollemaigne. | Le père Noé, bon enfant, Planta la noble vigne. Et faisait tout comme nous faisons ; Le pas sur les métiers nous avons, En Comté, en Espagne. Les beaux premiers nous marchons, Même en Allemagne. | | --- | --- |
Une des chapelles latérales de l'église Sainte-Madeleine est consacrée à saint Vernier, et l'autel en a été élevé aux frais de la Confrérie, comme le rappelle l'inscription placée au-dessus du tableau qui représente le saint Martyr. Sans doute la corporation des Bousbots a perdu cette physionomie originale qui la distinguait jadis des autres classes de la cité. Néanmoins, les confrères de saint Vernier se réunissent encore chaque année dans la chapelle de leur patron pour célébrer sa fête. Ce jour-là, on place un vase rempli de vin sur une table dressée près d'un pilier, et chacun des confrères en boit quelques gouttes, selon l'ancienne coutume. L'offrande se fait aussi sur un plat antique, d'une forme particulière, et qu'on appelle le Plat de saint Vernier. Le suaire de ce Saint était porté autrefois dans les processions qui se faisaient dans la ville ; mais cette relique a disparu, ainsi que l'os du Martyr, pendant la Révolution française.
En Auvergne, dont saint Vernier est aussi devenu le Saint d'adoption sous le nom de Verny, les vignerons portent sa statue en procession, le 19 avril, l'ornent de grappes de raisin religieusement conservées, et dans quelques localités, lui lavent les pieds avec du vin. — On représente le saint Martyr cueillant des raisins ou tenant une serpette à la main. D'autres fois, on le représente crucifié la tête en bas ; une source sortant miraculeusement de terre près de lui. C'est ainsi qu'il est peint sur un diplôme ou titre d'admission de la Confrérie des vignerons de la ville d'Auxerre, où il est aussi spécialement honoré.
A la fin de cette histoire, nous dirons un mot d'une autre de même nature, et aussi sanglante, arrivée dans la ville de Prague, en Bohême, l'an 1287, et
19 AVRIL
rapportée par Albert Krantze, en son *Histoire de Vandalie*. Le vendredi saint, les Juifs s'étant saisis d'un pauvre manœuvre chrétien, exercèrent sur lui les mêmes ignominies et les mêmes cruautés que leurs pères avaient autrefois exercées sur le corps de Jésus-Christ notre Sauveur, et le mirent à mort sur une croix ; ce qu'il souffrit avec une patience et un courage admirables. Les chrétiens l'ayant découvert, punirent le crime de ces homicides du dernier supplice, et bâtirent deux églises en l'honneur de ce nouveau Martyr. Son nom n'est pas venu jusqu'à nous, mais il est écrit dans le *Livre de vie*, où nous le lirons un jour.
*Vie des Saints de Franche-Comté*, par les Professeurs du collège de Saint-François-Xavier, t. IV, p. 866, et Notes locales.
Événements marquants
- Départ de la maison maternelle suite aux mauvais traitements de son beau-père
- Miracle de la source d'eau vive pour des bergers
- Emploi chez des Juifs à Wesel
- Supplice le Jeudi Saint pour lui faire rendre l'hostie
- Martyre par flagellation et saignées
- Découverte miraculeuse du corps près de Baccarac grâce à des flambeaux célestes
- Approbation du culte par le Saint-Siège en 1427
- Translation des reliques à Besançon au XVIe siècle
Miracles
- Jaillissement d'une source d'eau vive pour des bergers
- Bateau refusant d'avancer pour empêcher la disparition du corps
- Apparition de flambeaux célestes au-dessus du buisson cachant sa dépouille
Citations
Je suis la vigne et vous en êtes les rameaux