Saints Daniel, Samuel, Donule, Léon, Hugolin, Nicolas et Ange

Frères Mineurs, Martyrs à Ceuta

Fête : 13 octobre 13ᵉ siècle • saint

Résumé

En 1221, sept frères mineurs conduits par Daniel de Calabre partent évangéliser l'Afrique du Nord. Après avoir prêché la foi chrétienne à Ceuta, ils sont emprisonnés et refusent les richesses offertes par le roi en échange de leur conversion à l'islam. Ils meurent décapités le 10 octobre 1221, devenant les premiers martyrs franciscains de cette région.

Biographie

LES SAINTS DANIEL, SAMUEL, DONULE, LÉON, HUGOLIN, NICOLAS ET ANGE,

FRÈRES MINEURS, MARTYRS À CEUTA, EN MAURITANIE

Le Seigneur présente des luttes aux Saints, afin que les combats les conduisent à la victoire, et la victoire à la couronne.

*Saint Bonaventure.*

Le séraphique Père François d'Assise avait cherché par trois fois l'occasion du martyre. Son exemple et le récent triomphe de ses cinq enfants martyrisés au Maroc en 1220, avaient inspiré à beaucoup d'autres Frères Mineurs un désir ardent de mourir pour Jésus-Christ.

Daniel, provincial de Calabre, homme d'une éminente sainteté, demanda à frère Elie, vicaire général, la permission d'aller prêcher la foi aux Maures, avec six autres religieux, nommés : Samuel, Donule, Léon, Hugolin, Nicolas et Ange.

Ayant reçu l'obédience du Vicaire général et la bénédiction de François, les saints missionnaires s'embarquèrent, en 1221, dans un port de la Toscane, d'où ils passèrent à Tarragone, en Espagne. Leur premier dessein était d'aller directement au Maroc, pour mêler leur sang à celui de leurs frères; mais quelques raisons, favorables à leur pieuse entreprise, leur firent prendre la route de Ceuta.

Daniel y arriva le premier avec trois compagnons, le patron du vaisseau n'en ayant pas voulu prendre davantage. Ils s'arrêtèrent hors de la ville, dans un faubourg où résidaient tous les marchands chrétiens de Pise, de Gênes et de Marseille. L'entrée de la ville était rigoureusement interdite aux chrétiens. Leur occupation fut de distribuer à ces marchands le pain de la parole divine, en attendant leurs compagnons, qui arrivèrent le 29 septembre.

Le vendredi suivant, premier jour d'octobre, ils conférèrent ensemble des dispositions qu'ils avaient à prendre et des secours dont ils avaient besoin pour le rude combat qui se préparait. Le lendemain samedi, ils se confessèrent l'un à l'autre et reçurent la sainte communion, sans laquelle, quand on pouvait la recevoir, saint Cyprien ne voulait pas qu'on exposât au martyre les confesseurs de la foi : « parce que », dit-il, « c'est le corps et le sang de Jésus-Christ, qui donnent le courage d'endurer les supplices ». Saint Chrysostome et saint Bernard disent aussi que la très-sainte Eucharistie est la plus forte défense que l'on puisse opposer aux tentations du démon et aux attraits du péché.

43 OCTOBRE.

Les sept frères sortirent de la table sainte, suivant l'expression de saint Jean Chrysostome, comme des lions rugissants, ne respirant que feu et flammes, et ne pouvant plus contenir l'ardeur qui les dévorait. Le soir du même jour, ils se lavèrent les pieds les uns aux autres, pour imiter le Fils de Dieu qui lava les pieds à ses disciples avant sa passion; et le dimanche, de grand matin, alors qu'il y avait peu de monde dans les rues, ils entrèrent dans la ville, la tête couverte de cendres, et commencèrent à dire à haute voix : « Il n'y a de salut qu'en Jésus-Christ ».

Ils ne marchèrent pas longtemps sans être arrêtés, accablés de coups et conduits devant le roi. En sa présence et devant les grands de la Cour, ils répétèrent courageusement ce qu'ils avaient dit au peuple : « Qu'il faut croire en Jésus-Christ, et qu'il n'y a de salut à espérer que dans son seul nom ». Ils prouvèrent cette vérité par de fortes raisons et d'éloquentes paroles. Le roi, les voyant pauvrement vêtus, et entendant leur franc-parler, les prit pour des fous, et crut que leurs têtes rasées, avec une couronne de cheveux, en étaient une marque. Cependant, pour éprouver leur constance, et aussi parce qu'ils avaient méprisé Mahomet et sa doctrine, il les fit jeter dans une affreuse prison, où ils demeurèrent huit jours, chargés de fers et traités sans pitié.

Leur captivité ne les empêcha point d'écrire aux chrétiens du faubourg de Ceuta. La lettre était adressée au prêtre Hugues, chargé des Génois, et à deux religieux, l'un Frère Mineur, l'autre Frère Prêcheur, qui étaient arrivés depuis peu du fond de la Mauritanie. Ce précieux document, étant tout ce qui nous reste ici-bas des saints martyrs, nous l'insérons dans cette notice avec tout le respect qu'on doit à une relique.

« Béni soit Dieu, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Père des miséricordes et Dieu de toute consolation, qui nous console en toutes nos peines ! C'est lui qui, ayant montré à notre père Abraham la victime qu'il lui devait offrir, l'envoya parcourir la terre comme un pèlerin et un insensé, le justifiant à cause de sa foi, qui lui avait mérité le titre d'ami de Dieu. Ainsi, il nous a enseigné à paraître insensés aux yeux du monde, si nous voulons être trouvés sages devant la Majesté divine. Le Sauveur nous a dit aussi : « Allez, prêchez l'Évangile à toute créature; le serviteur ne doit pas être plus grand que son maître, ni le disciple au-dessus de celui qui l'instruit. Si les hommes vous persécutent, songez qu'ils m'ont persécuté, moi le premier ». Et nous, très-petits et très-indignes serviteurs de Jésus-Christ, touchés de ces paroles, nous avons quitté notre patrie et nous sommes venus ici prêcher l'Évangile, pour la gloire de Dieu et le salut de nos âmes, pour l'édification des fidèles et la confusion des infidèles obstinés, suivant cette parole de l'Apôtre : « Étant devant Dieu la bonne odeur de Jésus-Christ, nous sommes pour quelques-uns une odeur de vie, et pour d'autres une odeur de mort »; le Sauveur lui-même avait dit : « Si je ne fusse venu, et si je ne leur eusse point prêché, ils n'eussent pas péché ».

« Nous sommes donc entrés en cette ville de Ceuta pour prêcher au peuple le nom de Jésus et sa sainte loi; nous avons même annoncé au roi la bonne nouvelle du salut; mais lui, nous traitant comme des insensés, nous a fait jeter en prison; et il nous a semblé à propos de vous en avertir. Bien que, par la grâce de Dieu, nous ayons beaucoup à souffrir ici, nous sommes néanmoins grandement consolés en Notre-Seigneur, en la bonté duquel nous avons mis toute notre confiance, espérant qu'il aura pour agréable le sacrifice de notre vie. Que pour cela gloire et honneur lui soient à jamais rendus ! Âmes ».

LES SAINTS DANIEL, SAMUEL, DONULE, LÉON, HUGOLIN, NICOLAS ET ANGE. 325

Le juge, nommé Arbaldo, voulant observer, par une fente du mur, ce que faisaient les captifs dans leur prison, les vit débarrassés de leurs chaînes, le visage brillant d'une clarté extraordinaire, et chantant mélodieusement les louanges de Dieu avec une joie incomparable. Le roi, averti de ce prodige, se fit amener les confesseurs, le dimanche matin, dixième jour d'octobre, et leur offrit de grandes richesses, s'ils voulaient se faire musulmans. Ils répondirent avec intrépidité qu'ils ne pouvaient avoir qu'un profond mépris pour toutes les choses de la terre et même pour la vie, lorsqu'ils songeaient au bonheur de la vie future. Le roi les fit séparer, dans l'espoir de les réduire avec plus de facilité, et on les tenta chacun en particulier par des promesses et par des menaces; mais les saints confesseurs, avec une constance égale, défièrent les tourments et méprisèrent les plaisirs.

Comme le Père Daniel parlait avec beaucoup de force, un sarrasin, transporté de colère, lui donna sur la tête un grand coup de cimeterre; et comme un autre sarrasin l'exhortait à se faire musulman s'il voulait éviter de plus mauvais traitements, le Saint lui répondit qu'il devait bien plutôt songer lui-même à se convertir à la foi chrétienne, s'il voulait éviter l'enfer, où Mahomet était déjà, et où le Coran ne pouvait que le conduire.

Rentrés dans leur prison, les saints confesseurs se jetèrent aux pieds du Père Daniel, leur supérieur, qui avait si glorieusement commencé le martyre auquel ils espéraient tous participer, et versant des larmes de joie, ils lui dirent : « Nous rendons grâces à Dieu, et à vous, mon Père, de nous avoir procuré la palme du martyre. Nos âmes suivront la vôtre; bénissez-nous et mourez; volontiers nous mourrons avec vous: le combat finira bientôt, et nous aurons ensuite une paix éternelle ». Daniel les embrassa tendrement, les bénit, et anima encore leur courage par ces paroles : « Réjouissons-nous dans le Seigneur, mes très-chers frères, voici pour nous un jour de fête; le ciel nous est ouvert, les anges viennent au-devant de nous et nous environnent. Oui, c'est aujourd'hui que nous allons recevoir la couronne du martyre, et cette couronne ne se flétrira jamais ! »

En effet, le roi, voyant qu'ils étaient inébranlables, les condamna tous à avoir la tête tranchée. On les dépouilla de leurs vêtements, et, les mains liées derrière le dos, on les mena au lieu de l'exécution, précédés d'un héraut qui publiait la cause de leur mort. Les saints martyrs s'avançaient joyeux et fiers comme s'ils allaient à un festin nuptial, chantant triomphalement les louanges de Dieu au milieu du supplice; ils se mirent à genoux pour recommander leur âme à Dieu, puis ils présentèrent tranquillement leurs têtes au bourreau, qui les abattit successivement, tandis que leurs âmes s'envolaient dans le sein de Dieu pour y jouir éternellement de la gloire réservée aux martyrs. Ainsi s'accomplit le triomphe des sept Frères Mineurs, le dixième jour d'octobre de l'année 1221.

## CULTE ET RELIQUES.

La populace infidèle brisa les têtes des saints martyrs et mit leurs corps en pièces; ces restes mutilés furent recueillis par les chrétiens, qui les déposèrent d'abord dans le magasin des marchands marseillais, et plus tard les inhumèrent dans le faubourg de Ceuta. Quelques années plus tard, ces précieuses reliques furent transférées dans l'église de Sainte-Marie, près de Maroc, où Dieu fit éclater la gloire de ces Saints par une infinité de miracles, et notamment par une grande lumière que les Maures eux-mêmes apercevaient toutes les nuits au-dessus de l'église où reposaient les saints corps. Depuis, un infant de Portugal, les ayant obtenus d'un roi de Maroc, les fit transporter en Espagne, où de nouveaux miracles les rendirent très-célèbres.

Quoi qu'il en soit de ces diverses translations, on ne sait point maintenant d'une manière certaine en quel lieu reposent les reliques des sept martyrs. Il a plu à Dieu de nous cacher ce trésor, mais n'en doutons pas, il saura bien être lui-même le gardien de ces sacrés ossements auxquels il rendra un jour la vie et l'immortalité.

13 OCTOBRE.

Les nombreux miracles opérés par ces saints martyrs portèrent les peuples à les honorer solennellement; toutefois la famille franciscaine ne fit rien pour honorer leur mémoire, jusqu'en 1816 où elle obtint du pape Léon X la permission d'en réciter l'office. Ce pape les déclara solennellement martyrs et fixa leur fête au 13 octobre. Leurs noms sont inscrits au martyrologe romain. On célèbre leur fête non-seulement dans tout l'Ordre de Saint-François, mais encore en plusieurs diocèses, notamment dans celui de Braga, en Portugal.

Extrait des Annales franciscaines.

Événements marquants

  • Départ de Toscane en 1221 après avoir reçu la bénédiction de Saint François
  • Arrivée à Ceuta fin septembre 1221
  • Prédication publique dans les rues de Ceuta le dimanche 3 octobre 1221
  • Emprisonnement de huit jours et refus d'apostasie
  • Décapitation collective le 10 octobre 1221

Miracles

  • Apparition d'une clarté extraordinaire dans la prison
  • Chute miraculeuse de leurs chaînes devant le juge Arbaldo
  • Lumière céleste au-dessus de leur tombeau aperçue par les Maures

Citations

Il n'y a de salut qu'en Jésus-Christ

— Paroles des martyrs lors de leur entrée à Ceuta

Réjouissons-nous dans le Seigneur, mes très-chers frères, voici pour nous un jour de fête

— Saint Daniel avant l'exécution