Saint Jean de Kenty

Prêtre séculier, Professeur de théologie

Fête : 20 octobre 15ᵉ siècle • saint

Résumé

Prêtre et professeur à l'Université de Cracovie au XVe siècle, Jean de Kenty se distingua par une charité héroïque envers les pauvres et une austérité rigoureuse. Grand voyageur, il effectua plusieurs pèlerinages à pied à Rome et Jérusalem. Il mourut en 1473, laissant l'image d'un savant d'une humilité et d'une probité absolues.

Biographie

SAINT JEAN DE KENTY,

PRÊTRE SÉCULIER, PROFESSEUR DE THÉOLOGIE À L'UNIVERSITÉ DE CRACOVIE

devait s'élever en sainteté, à mesure qu'on l'élevait en dignité. Il aurait voulu donner sa vie pour son troupeau, il lui en consacrait du moins tous les instants. On admirait surtout sa grande charité pour les pauvres. Il allait quelquefois jusqu'à se dépouiller de ses propres habits pour revêtir ceux qui en manquaient; il leur abandonnait souvent ses souliers; il laissait alors son manteau traîner le plus qu'il était possible, afin qu'on ne vît pas qu'il retournait nu-pieds à sa demeure. Un dimanche matin, se rendant à l'église, il trouva un pauvre étendu sur la neige, presque nu et mourant de froid et de faim: aussitôt le bon Père ôte sa soutane pour en couvrir le membre souffrant de Jésus-Christ; puis il l'emmène avec lui au presbytère et le fait manger à sa table. C'est en mémoire de cette charité qu'autrefois chaque professeur du collège de Varsovie était obligé, une fois par an, de faire dîner un pauvre avec lui.

Mais la charge des âmes qui a fait trembler tous les Saints parut à Jean un fardeau trop lourd pour ses épaules: il quitta sa paroisse au bout de quelques années, et, sur la demande de l'université, il vint reprendre sa place de professeur. Il n'en continua pas moins de se proposer en tout pour le salut des âmes; il y travaillait surtout par la prédication et la prière, dans laquelle il recevait des faveurs extraordinaires. Il passait une partie des nuits à méditer la Passion de Notre-Seigneur, et c'est cette dévotion pour ce mystère qui lui fit entreprendre le voyage de Jérusalem. Pendant sa route, il ne craignait pas de prêcher aux Turcs Jésus crucifié, espérant par là recevoir la couronne du martyre après laquelle il soupirait ardemment. Il fit aussi quatre fois le voyage de Rome pour visiter les tombeaux des saints Apôtres, pour donner au Saint-Siège des marques publiques de son respect et pour tâcher, ainsi qu'il le disait, de se préserver des peines du purgatoire. Il allait toujours à pied, portant lui-même son bagage. Dans un de ces pèlerinages, il fut rencontré par des voleurs qui lui prirent tout ce qu'il avait et lui demandèrent s'il n'avait plus rien: il leur répondit que non; mais, s'étant aperçu ensuite qu'il lui restait encore quelques pièces d'or cousues dans son manteau, pour fuir jusqu'à l'ombre du mensonge et pratiquer le dépouillement absolu tant recommandé par Notre-Seigneur, il courut après eux, les appela et leur donna son or. Les voleurs, étonnés d'une pareille conduite, refusent de le recevoir et lui rendent même tout ce qu'ils lui ont pris, tant la candeur et l'amour de la vérité a de pouvoir sur les âmes les plus dures.

Pénétré de respect pour le précepte de l'Évangile, qui nous ordonne d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, le saint Prêtre l'observait avec la plus grande exactitude. À l'exemple de saint Augustin, il avait inscrit sur les murs de sa demeure des vers qui montraient son horreur pour la médisance. Aussi sévère pour lui-même qu'il était indulgent pour les autres, il portait habituellement le cilice, jeûnait souvent et prenait fréquemment la discipline. Pendant les trente dernières années de sa vie, il s'interdit entièrement l'usage de la viande. Il ne donnait que très-peu de temps au sommeil et ne mangeait qu'autant qu'il fallait pour ne pas mourir de faim. Il restait en prières des nuits entières devant un crucifix et tombait alors souvent dans de longues extases. Il ne manquait jamais d'aller chaque jour, en sortant de sa classe, à l'église devant le Saint-Sacrement et d'y rester un temps considérable. Ne vivant que pour Dieu, il l'avait continuellement dans le cœur et dans la bouche. Afin d'entretenir en lui ce feu sacré, il s'était lié avec quelques hommes vertueux: leur conversation n'avait pour objet que les choses spirituelles, et il s'appliquait à

VIES DES SAINTS. — TOME XII. 31

20 OCTOBRE.

imiter ce qu'il remarquait de plus parfait dans chacun de ces saints amis. Enfin, lorsqu'il se vit près de paraître devant le tribunal suprême, il s'y disposa en redoublant de ferveur dans le service de ce Juge redoutable. Son amour pour les pauvres le porta à leur donner tout ce qui se trouvait dans sa maison. Il mourut de la mort des Saints, le 24 décembre 1473, âgé de soixante-seize ans.

Plusieurs miracles ayant illustré son tombeau, on en fit l'ouverture cent trente ans après sa mort, et il s'en exhala une odeur douce et suave. On conservait religieusement la robe de pourpre qu'il avait portée comme docteur, et l'on en revêtait le doyen de l'école de philosophie, le jour de son installation, en lui faisant jurer d'imiter les vertus du Saint dont il portait le vêtement. La mémoire de saint Jean de Kenty est en grande vénération dans toute la Pologne et la Lithuanie, dont il est un des principaux patrons. Clément XIII le canonisa en 1767.

On représente saint Jean de Kenty se dépouillant de ses vêtements pour en habiller les pauvres, durant les rigoureux hivers de la Pologne.

Cf. Acta Sanctorum et les continuateurs de Godescard.

Événements marquants

  • Professeur de théologie à l'Université de Cracovie
  • Ministère paroissial quitté pour retourner à l'enseignement
  • Voyage à Jérusalem pour méditer la Passion
  • Quatre pèlerinages à Rome effectués à pied
  • Rencontre avec des voleurs et don volontaire de ses dernières pièces d'or
  • Canonisation par Clément XIII en 1767

Miracles

  • Odeur douce et suave exhalée lors de l'ouverture du tombeau 130 ans après sa mort
  • Conversion du cœur des voleurs par sa candeur