Saint Julien du Mans
Premier évêque du Mans
Résumé
Premier évêque du Mans envoyé par Rome, saint Julien évangélisa les Cénomans au IIe siècle. Il multiplia les miracles, notamment en faisant jaillir une source et en ressuscitant des morts, convertissant ainsi les chefs de la cité. Il mourut en paix après quarante-trois ans d'épiscopat.
Biographie
SAINT JULIEN, PREMIER ÉVÊQUE DU MANS
La seule raison des miracles, c'est la puissance de Dieu qui les opère. Saint Grégoire le Grand, Rom. xx.
Si l'on en croit la tradition, saint Julien, apôtre et premier évêque du Mans, est le même que Simon le Lépreux, qui eut le bonheur de voir le Fils de Dieu fait homme manger à sa table. Il se fit depuis son disciple, et fut envoyé en France par le prince des Apôtres, saint Pierre. Mais il est plus probable que Julien (Julianus) naquit à Rome, d'une famille patricienne, et qu'il reçut du pape saint Clément, avec le caractère épiscopal, la mission d'évangéliser les Cénomans. Il avait pour compagnon de ses travaux apostoliques le prêtre Thuribe et le diacre Pavace, qui furent ses successeurs ; ils s'avancèrent tous trois vers la capitale de la province qu'ils devaient gagner à Jésus-Christ, Suindinum, ville forte, qui n'occupait qu'une partie de l'enceinte actuelle du Mans. Arrivés sous les remparts, ils trouvèrent les portes fermées, car la ville était en guerre avec ses voisins, et semblait se mettre en garde contre un coup de main. Ils furent donc obligés de prêcher d'abord dans les campagnes, où ils purent convertir et baptiser quelques idolâtres. Toutefois ils ne s'écartaient guère de la ville, épiant l'occasion d'y entrer. Julien, pour obtenir cette faveur, priait, pleurait devant Dieu et se livrait à de grandes austérités. Enfin, ses vœux furent exaucés. Les habitants étant un jour sortis en assez grand nombre, parce qu'ils manquaient d'eau, Julien profite de cette circonstance, se présente à eux, leur prêche le vrai Dieu et la rédemption des hommes par Jésus-Christ, et, pour montrer la vérité de sa parole et de sa mission, il plante son bâton en terre, se jette à genoux, prie, et fait jaillir une source abondante en un lieu où l'eau était naturellement rare, comme on s'en est assuré dernièrement en creusant un puits artésien tout près de là. Cette fontaine s'appela Centonomius, ou mieux Sancti-Nomius, le bienfait du Saint ; elle coule encore aujourd'hui et porte le nom de Saint-Julien ; on la montre sur la place de l'Éperon ; elle est décorée d'un bas-relief représentant le miracle : nouveau Moïse, saint Julien, en habits pontificaux, fait jaillir l'eau du rocher en le frappant de son bâton pastoral ; à ses pieds, une jeune fille remplit son urne dans l'eau miraculeuse.
Le bruit de cette merveille se répand ; on accourt de tous côtés pour en être témoin ; Julien est l'objet de l'admiration et du respect universel ; il est conduit comme en triomphe dans la ville et écoute d'abord avec curiosité. Mais, quand on vit combien il était difficile de pratiquer la nouvelle religion qu'il apportait, la plupart des cœurs se fermèrent. On ne voit pas que les magistrats romains, qui gouvernaient la ville au nom de l'empire, aient gêné la liberté de ses prédications. Mais les habitants riches et puissants, voyant dans sa doctrine la condamnation de leurs mœurs corrompues, le persécutaient. Heureusement l'homme le plus influent de la ville, un Gaulois honoré par les suffrages de ses concitoyens de la fonction de défenseur, qui consistait à veiller à la protection et à la sûreté du peuple, ayant appris la merveille opérée par cet étranger, désira le voir. Il le fit venir à son palais, situé dans la partie la plus élevée de la ville, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la cathédrale. Julien ayant rencontré à la porte de ce magistrat un aveugle qui lui demandait l'aumône, lui rendit la vue. Ce nouveau prodige fit une vive impression sur le défenseur ; il accueillit notre Saint avec le plus grand respect, se fit instruire dans les vertus chrétiennes, reçut le baptême avec sa femme et toute sa famille, et donna, pour en faire une église, la plus grande salle de son palais, appelée, comme dans toutes les demeures des grands, chez les Romains, basilique. Cette cathédrale fut d'abord consacrée sous l'auguste titre de la sainte Vierge et du Prince des Apôtres, saint Pierre ; elle porta plus tard les noms des saints martyrs de Milan, Gervais et Protais, et enfin celui de saint Julien. Notre Saint, voulant réunir en une sainte assemblée les chrétiens, non-seulement pendant leur vie, mais aussi après leur mort, choisit pour leur sépulture un lieu peu éloigné, mais hors de la ville ; il le consacra et y éleva un oratoire en l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul. Là s'élève aujourd'hui l'église Notre-Dame du Pré.
Deux choses contribuèrent surtout à la conversion des infidèles : la charité des chrétiens qui, à l'exemple du saint apôtre, secouaient les malades, les pauvres, les orphelins, et des miracles éclatants que nous ne pouvons pas raconter tous ici. Un des premiers citoyens de la cité, nommé Anastase, dont le fils venait de mourir, ayant recours à Julien, lui dit : « Si vous pouvez rendre la vie à mon fils, je confesse que Jésus-Christ est vrai Dieu, et je renonce pour jamais aux divinités que j'ai adorées jusqu'à ce jour ». Le saint pontife se rend en effet vers le mort, lui prend la main, lève vers le ciel ses yeux baignés de larmes, pendant que les assistants pleurent et prient comme lui, et conjure Celui qui a tiré Lazare du sein de la mort de renouveler ce prodige, afin que cette résurrection corporelle soit, pour un grand nombre, la cause d'une résurrection spirituelle. Bientôt l'enfant semble se réveiller, se lève, et ses parents le reçoivent plein de santé dans leurs bras. Anastase reçut le baptême avec toute sa maison, et beaucoup d'idolâtres l'imitèrent.
Après avoir triomphé de la religion romaine dans la cité, Julien entreprit de combattre celle des Gaulois (le druidisme), qui était bien plus puissante, car les druides avaient une grande renommée de science et, de plus, ils étaient persécutés pour avoir défendu l'indépendance de leur nation contre les vainqueurs : deux motifs qui les rendaient chers au peuple. On assistait avec empressement aux mystères qu'ils célébraient dans les forêts et les landes si communes en ces contrées. Mais, en dehors de ces réunions, chaque famille gauloise vivait séparée, dans des huttes formées de terre et de branchages. Il fut donc bien plus difficile d'évangéliser les campagnes que les villes. Julien et ses compagnons surent pourtant y gagner des âmes à Jésus-Christ et y former des églises. Leurs conquêtes s'étendirent jusque dans le pays des Arviens et des Diablintes. Les prodiges furent plus que jamais nécessaires : près de Saint-Julien en Champagne, et de Neuvy, les pieds de l'apôtre laissèrent sur une pierre leur empreinte miraculeuse, que l'on montre encore. Rencontrant sur son chemin un cortège funèbre qui conduisait à sa dernière demeure un défunt illustre, nommé Jovinien, il s'adresse au père de l'adolescent mort, et à la troupe d'idolâtres qui l'accompagnent, leur fait promettre qu'ils embrasseront la religion de Jésus-Christ s'il leur démontre sa divinité par la résurrection de celui qu'ils pleuraient, et adresse à Dieu une fervente prière. Le mort ressuscite et s'écrie : « Il est vraiment grand le Dieu que Julien annonce » ; puis il dit à son père : « Nous adorions les démons ; je les ai vus dans l'enfer, où ils souffrent des tourments éternels ». Au bruit de ces merveilles, une foule nombreuse accourait et suivait partout le Saint, comme autrefois Jésus-Christ. Un jour qu'il se rendait au domaine de Pruillé-l'Éguillé, le maître, qui était païen, le pria de loger chez lui. Mais au moment même où Julien arrivait, un jeune enfant, fils de son hôte, mourut. Cela ne l'empêcha point d'entrer dans cette maison pour y séjourner. Seulement il passa la nuit en prières, et, le lendemain, on trouva l'enfant plein de vie et de santé. Ses parents et les témoins de sa résurrection demandèrent à embrasser une religion qui s'annonçait par de tels prodiges et de tels bienfaits.
On vient de toute part vers l'homme de Dieu, on se presse sur ses pas ; plusieurs malades, n'osant lui demander leur guérison, se contentent de le suivre et attendent ce bienfait avec ardeur. Les disciples de l'apôtre s'en aperçoivent et le lui disent ; lui, sans rien répondre, se tourne vers la foule et donne aux assistants sa bénédiction : aussitôt tous les infirmes sont guéris. Pour perpétuer le souvenir de ce miracle, on établit plus tard, au même endroit, un chapitre de chanoines. Au bourg de Ruillé-sur-Loir, on présenta à Julien la fille unique d'un homme puissant, laquelle était cruellement possédée par le démon. Il la délivra publiquement et convertit aussi un grand nombre d'idolâtres, puis fonda une église dans ce village. Un nouveau prodige affermit la foi des néophytes. Un aveugle, ayant porté à ses yeux l'eau dont l'apôtre s'était lavé les mains, reçut en même temps la lumière du corps et celle de l'esprit.
Son zèle à détruire le culte des faux dieux suscita à Julien de grandes persécutions. Un jour, près d'Artins, une foule d'idolâtres s'assemblèrent furieux autour de lui, menaçant de le tuer ; loin de trembler, notre Saint entre dans leur temple, et, par la seule invocation du nom de Jésus-Christ, renverse et réduit en poussière une idole énorme ; il en sort un serpent qui se jette sur ses propres adorateurs et en fait périr un grand nombre. Alors les idolâtres, au lieu de menacer l'apôtre, implorent son secours ; celui-ci fait le signe de la croix et commande au reptile de s'enfuir sans faire de mal à personne. Il est obéi. Tout ce peuple se convertit, renverse lui-même ce temple païen, se fait instruire et baptiser. Le défenseur, étant venu trouver le saint évêque pour lui dire que la cité réclamait son retour, fut témoin d'un grand prodige. Comme ils parcouraient ensemble la campagne, ils rencontrèrent un enfant qu'un effroyable serpent avait enlacé dans ses anneaux, et se préparait à dévorer. Tous les assistants frémirent d'horreur. Le Saint s'approcha, fit une fervente prière et le reptile creva par le milieu du corps. Lorsqu'ils rentrèrent dans la cité, parmi la foule qui fêtait le retour de son pasteur, se mêlèrent beaucoup d'idolâtres, entre autres deux énergumènes qui se présentèrent à Julien pour être guéris. Celui-ci mit les démons en fuite au nom de Jésus-Christ. Après avoir pris part à un banquet avec les principaux fidèles, heureux de revoir leur père, et réglé ce que réclamait les besoins de son église, Julien, refusant l'hospitalité que lui offrait le défenseur, retourna à la pauvre habitation qu'il avait choisie près de la ville, et à ses travaux apostoliques. Lorsqu'il passa devant la porte de la prison, six malheureux qui étaient dans les fers jetèrent de grands cris, le priant d'en avoir pitié. Il alla, en effet, demander leur grâce aux magistrats ; n'ayant pu l'obtenir, il ne prit aucune nourriture, garda le silence et ne cessa de gémir et de prier. Dieu, exauçant sa prière, envoya des anges qui ouvrirent les portes de la prison et brisèrent les chaînes des captifs. Ils publièrent partout les louanges de leur libérateur et vinrent le remercier. Julien, s'associant à leur bonheur, voulut qu'ils partageassent son repas.
Envoyé par le vicaire de Jésus-Christ, l'apôtre des Cénomans retourna à Rome pour lui rendre compte de sa mission, demander la confirmation de son œuvre et l'érection de cette nouvelle Église. Il en rapporta, avec d'abondantes bénédictions, des reliques qui, en fixant la dévotion des idolâtres fraîchement convertis, les détournèrent du culte superstitieux qu'ils rendaient encore aux fontaines, aux bois et aux rochers. Il est probable qu'il ramena aussi de Rome de nouveaux ouvriers évangéliques ; il ne négligea aucun moyen pour augmenter et instruire son clergé ; tout porte à croire qu'il établit à cet effet une école où il enseigna d'abord lui-même. Enfin, épuisé de fatigue, comblé de mérites, et sachant que sa fin était proche, il voulut s'y préparer dans la solitude. Il confia donc le soin de son église à Thuribe, et se retira, à une demi-journée de marche de la ville du Mans, sur les bords de la Sarthe, à l'endroit où s'élève aujourd'hui le bourg de Saint-Marceau. Au bout de quelque temps, une fièvre lente l'avertit de sa dernière heure. Il fit alors assembler autour de lui les clercs et les principaux fidèles, leur recommanda l'obéissance à son successeur, puis, pendant que les mains étendues vers le ciel il louait Dieu et lui rendait grâce, son âme se sépara doucement de son corps et s'envola vers le séjour qu'elle avait mérité, le 27 janvier 117, selon plusieurs anciens auteurs, après quarante-trois ans, trois mois et dix-sept jours d'épiscopat.
Le défenseur, qui n'assista point à cette glorieuse mort, en fut averti dans une vision ; il aperçut Julien, en habits sacerdotaux, venant à lui, accompagné de trois diacres qui portaient chacun un cierge. Ils déposèrent ces cierges sur une table et se retirèrent. Le défenseur fit part de ce prodige aux personnes qui étaient avec lui. Il leur dit que Julien venait de lui donner sa bénédiction, de lui montrer un rayon de la gloire dans laquelle il était entré. « Levons-nous », leur dit-il, « et allons ensevelir les dépouilles de notre maître ». Aussitôt il partit, suivi de toute la ville, et il ramena pompeusement le corps. L'endroit où il mourut n'en continua pas moins à être vénéré. La confiance des pèlerins y fut plus d'une fois récompensée par des prodiges. On y éleva une petite chapelle qui dépendit de l'abbaye de Saint-Vincent du Mans. Elle fut plus tard reconstruite en style gothique. Pendant la Révolution française, cet oratoire devint une propriété particulière, et aujourd'hui il tombe en ruines. « Cependant on y admire encore les restes d'une belle architecture : des vitraux peints qui retracent les principaux traits de la vie de saint Julien, une chasse ornée d'émaux qui contenait autrefois une partie de ses reliques, et enfin de très-anciennes statues. Sous la porte principale jaillit une fontaine d'eau vive dont les personnes attaquées de la fièvre boivent pour obtenir leur guérison ».
Le cortège qui ramenait les précieux restes de Julien dans la ville arriva vers la rivière de la Sarthe ; elle n'était plus guéable, les pluies de l'hiver l'avaient grossie. Ce fut pour Dieu une occasion de manifester la gloire de son serviteur. Les chevaux qui conduisaient le char funèbre marchèrent sur l'eau comme sur la terre ferme, au milieu de l'admiration universelle. Ce n'est pas tout : une femme qui lavait son enfant dans une chaudière placée sur le feu, l'oublie et court se joindre à la foule qui accompagne le corps de saint Julien. En son absence, la flamme grandit, enveloppe la chaudière, l'eau bouillonne et déborde. La pensée de son fils, qu'elle a laissé exposé à un si grand péril, traverse le cœur de la mère ; elle accourt et le trouve sans effroi et sans souffrance. Elle jette alors des cris et attire un grand nombre de personnes pour être témoins de son bonheur et de ce prodige. Saint Julien fut enseveli dans le cimetière des Chrétiens, probablement dans l'oratoire qu'il y avait élevé. Cette basilique, qui subsista jusqu'à la Révolution française, devint le rendez-vous d'un nombre si considérable de pèlerins, qu'il fallut construire plusieurs hôpitaux pour les recevoir.
On représente saint Julien chassant un dragon, figure de l'idolâtrie qui disparut devant sa prédication ; ou bien encore près de lui une jeune fille, portant une cruche d'eau, rappelle la fontaine miraculeuse que l'apôtre des Cénomans fit jaillir à l'entrée de leur ville.
## ÉCRITS ET RELIQUES DE SAINT JULIEN.
L'apôtre des Cénomans laissa plusieurs écrits sur nos mystères, sur la divinité, les anges et le très-saint Sacrement de l'autel. La liturgie du Mans en loue beaucoup l'éloquence. On les conservait manuscrits dans la cathédrale du Mans, où ils périrent de la main des Calvinistes, en 1562.
Ses reliques ne restèrent pas entières dans le cimetière du Pré. Saint Aldric les transféra dans la cathédrale (849), où il les plaça sur un autel, à droite de l'autel principal, dédié à saint Gervais et à saint Protais. Longtemps après (1893), on les mit sur un grand autel élevé exprès, derrière l'autel des saints Gervais et Protais, dans l'endroit le plus apparent, de sorte que Julien n'eut plus l'air d'un hôte qui n'occupe point la place principale, mais d'un patron de la cathédrale. En 1136, ces saintes reliques furent sauvées de l'incendie qui dévorait déjà le toit en chaume de la cathédrale. Toutes les fois qu'on fit des translations des reliques de saint Julien, elles furent signalées par de nombreux miracles. Un prêtre paralytique, un enfant muet, un autre prêtre consommé par la fièvre, un homme ayant une tumeur qui lui rendait la main informe, des enfants tombés dans l'eau et pour lesquels leur père dévolé implorait la protection de saint Julien, sont l'objet d'autant de miracles. Lorsqu'on porta le corps du Saint à Châteaudun, où il resta deux ans, toute la marche fut une suite de prodiges. Une célèbre translation eut lieu en 1254 : on en parla dans toute la France. A ce culte si solennel des reliques de saint Julien devaient succéder, dans les derniers siècles, d'horribles profanations. L'église cathédrale du Mans eut beaucoup à souffrir des Calvinistes et des Vandales de 1793. A cette époque, la châsse qui contenait ses restes précieux fut vendue à vil prix ; on a cependant retrouvé les ossements sacrés de l'apôtre du Mans, que l'on vénère encore avec le plus grand respect. Il est le patron de cette église.
Nous avons emprunté la substance de cette biographie à la savante *Histoire de l'Église du Mans*, par D. Fiolin, 19 vol. in-8°.
## SAINT VITALIEN, PAPE
657-671. — Empereurs de Constantinople : Constant II, le Monothélite ; Constantin Pogonat.
L'espoir de l'hypocrite périra, sa confiance est comme une toile d'araignée. Joè, VIII, 13, 14.
Vitalien était de la ville de Segni, en Campanie ; son père se nommait Anastase. Deux mois environ après la mort d'Eugène, premier du nom, il fut mis à sa place aux applaudissements de tous les gens de bien. Grand ami de la discipline ecclésiastique et son gardien vigilant, il la remit à son successeur aussi florissante qu'il l'avait reçue de son prédécesseur : et jamais il n'omit rien de ce qui pouvait en maintenir la splendeur.
Constant II, cet ardent fauteur de l'hérésie monothélite, le même qui avait envoyé le pape saint Martin mourir de faim en Crimée, régnait à Constantinople. Ce tyran aussi cruel à lui seul que plusieurs Nérons, et exécré de son peuple, voulait abandonner Constantinople, expulser les Lombards d'Italie, et rétablir à Rome le siège de l'empire, disant que la mère méritait plus de considération que la fille. Lors donc que, suivant la coutume, le pape saint Vitalien lui fit part de son élection, le fourbe accueillit fort bien l'ambassade romaine et offrit même en don à l'église de Saint-Pierre un livre d'Évangiles couvert d'or, enrichi de pierreries : c'était de la part de l'hypocrite monothélite une marque d'adhésion à la foi catholique. Ceci se passait en 657, année de l'élévation de saint Vitalien. Poursuivant son dessein, Constant prépara une expédition, et en 662 s'embarqua avec tous ses trésors pour l'Italie : il voulut emmener sa famille, mais les Byzantins s'y opposèrent. Ce refus ne le retint pas un moment : il monta sur le tillac de son vaisseau, cracha contre la ville et fit sur-le-champ mettre à la voile. Il arriva à Rome le 5 juillet de l'an 663 et y séjourna peu de jours. Le Pape alla au-devant de lui jusqu'à deux lieues de la ville, et le conduisit à l'église de Saint-Pierre, où, continuant à cacher ses mauvaises intentions, il laissa un riche présent. Il visita plusieurs autres églises et laissa partout des offrandes. Le douzième jour de son arrivée, il prit congé du pape. Jusque-là il n'avait donné que des marques de dévotion et de pieuse libéralité. Mais ayant appris que les Lombards venaient de battre son arrière-garde à Naples, il perdit l'espoir de se fixer en Italie. Alors se dépouillant de la peau de brebis qu'il avait revêtue pour tromper les Occidentaux, avant de partir il pilla les églises, reprit les présents qu'il avait offerts, et enleva tout ce qu'il y avait de plus précieux dans la ville : on lui avait proposé d'orner le Panthéon, disposé en église ; mais Constant II aima mieux le dépouiller de toutes les tuiles de métal dont il était couvert. On vit ainsi un empereur romain commettre plus de violences qu'on ne pouvait en reprocher aux Goths et aux Vandales. Incontinent il fit transporter toutes ces richesses à Syracuse. Une telle conduite ne pouvait que fortifier la puissance des Papes en Italie.
La justice de Dieu devait s'appesantir sur Constant II comme sur tous les princes qui ont persécuté les successeurs de Pierre. Le 15 juillet de l'an 668, l'empereur se rendant aux bains de Daphné à Syracuse, reçut la mort de la main d'un obscur garçon de salle qui, faisant mine de prendre un vase pour lui verser de l'eau, lui en donna sur la tête et s'enfuit. Comme l'empereur tardait trop, ceux qui étaient dehors entrèrent et le trouvèrent mort. Son successeur, Constant Pogonat, eut pour le saint Pape la plus grande vénération : il fit rétablir sur les dyptiques son nom que les Monothélites en avaient effacé.
L'empereur Constant II, en paraissant craindre les Lombards, n'avait pas semblé redouter un autre danger qui menacerait un jour ses successeurs dans leur propre capitale : nous voulons dire Mahomet et sa doctrine ; sa doctrine qui fut si fatale à celle de Jésus-Christ. Les Musulmans, qui ont causé tant de maux au Saint-Siège, firent de grands progrès sous le pontificat de Vitalien : ils vinrent jusqu'en Sicile dont ils emmenèrent la moitié des habitants à Damas (663). Mais respirons encore : nous n'aurons que trop de fois à déplorer des malheurs qui occasionnèrent les croisades, nous coûtèrent saint Louis et couvrirent de ruines l'univers chrétien.
Le soin pastoral qui occupa plus particulièrement saint Vitalien et qui, d'ailleurs, produisit d'heureux résultats, ce fut de relever en Angleterre la religion qui tombait. Comme il y avait dans ce pays une grande pénurie de ministres sacrés, Vitalien y envoya le grand Théodore de Tarse et Adrien, abbé : le premier, pour être primat de l’Église d’Angleterre, et le second pour restaurer la discipline monastique. Enfin, ayant brillé et ayant occupé le siège pontifical pendant quatorze ans et cinq mois, il passa de cette vie à Dieu, l’an de Notre-Seigneur 671, et fut enseveli au Vatican.
Il nous reste de saint Vitalien six lettres : quatre sont relatives à l’affaire de Jean, évêque de Lappe en Crète. Ce prélat ayant été déposé sans raison par son métropolitain, celui-ci le fit emprisonner et condamner par un conciliabule qui était à sa discrétion, sans vouloir même permettre à Jean d’en appeler au Pape. L’évêque de Lappe ayant enfin pu s’échapper, vint à Rome où un concile assemblé par saint Vitalien cassa la procédure du métropolitain de Crète et rétablit l'innocent dans tous ses droits.
C’est de son temps, dit-on, que l’usage des orgues commença dans les églises, et lui-même les aurait introduites à Rome : mais ce fait n’est pas prouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est que saint Vitalien s’appliqua avec le plus grand soin à maintenir les traditions du chant grégorien.
Pour l’érudition, Vitalien pouvait être comparé aux plus savants pontifes : il ne fut inférieur à aucun dans son zèle pour propager la religion et dans son courage pour la défendre.
Cf. Histoire des Pontifes romains, par le chev. Arland de Montor.
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## SAINT VITALIEN, PAPE
657-671. — Empereurs de Constantinople : Constant II, le Monothélite ; Constantin Pogonat.
L'espoir de l'hypocrite périra, sa confiance est comme une toile d'araignée. Joè, VIII, 13, 14.
Vitalien était de la ville de Segni, en Campanie ; son père se nommait Anastase. Deux mois environ après la mort d'Eugène, premier du nom, il fut mis à sa place aux applaudissements de tous les gens de bien. Grand ami de la discipline ecclésiastique et son gardien vigilant, il la remit à son successeur aussi florissante qu'il l'avait reçue de son prédécesseur : et jamais il n'omit rien de ce qui pouvait en maintenir la splendeur.
Constant II, cet ardent fauteur de l'hérésie monothélite, le même qui avait envoyé le pape saint Martin mourir de faim en Crimée, régnait à Constantinople. Ce tyran aussi cruel à lui seul que plusieurs Nérons, et exécré de son peuple, voulait abandonner Constantinople, expulser les Lombards d'Italie, et rétablir à Rome le siège de l'empire, disant que la mère méritait plus de considération que la fille. Lors donc que, suivant la coutume, le pape saint Vitalien lui fit part de son élection, le fourbe accueillit fort bien l'ambassade romaine et offrit même en don à l'église de Saint-Pierre un livre d'Évangiles couvert d'or, enrichi de pierreries : c'était de la part de l'hypocrite monothélite une marque d'adhésion à la foi catholique. Ceci se passait en 657, année de l'élévation de saint Vitalien. Poursuivant son dessein, Constant prépara une expédition, et en 662 s'embarqua avec tous ses trésors pour l'Italie : il voulut emmener sa famille, mais les Byzantins s'y opposèrent. Ce refus ne le retint pas un moment : il monta sur le tillac de son vaisseau, cracha contre la ville et fit sur-le-champ mettre à la voile. Il arriva à Rome le 5 juillet de l'an 663 et y séjourna peu de jours. Le Pape alla au-devant de lui jusqu'à deux lieues de la ville, et le conduisit à l'église de Saint-Pierre, où, continuant à cacher ses mauvaises intentions, il laissa un riche présent. Il visita plusieurs autres églises et laissa partout des offrandes. Le douzième jour de son arrivée, il prit congé du pape. Jusque-là il n'avait donné que des marques de dévotion et de pieuse libéralité. Mais ayant appris que les Lombards venaient de battre son arrière-garde à Naples, il perdit l'espoir de se fixer en Italie. Alors se dépouillant de la peau de brebis qu'il avait revêtue pour tromper les Occidentaux, avant de partir il pilla les églises, reprit les présents qu'il avait offerts, et enleva tout ce qu'il y avait de plus précieux dans la ville : on lui avait proposé d'orner le Panthéon, disposé en église ; mais Constant II aima mieux le dépouiller de toutes les tuiles de métal dont il était couvert. On vit ainsi un empereur romain commettre plus de violences qu'on ne pouvait en reprocher aux Goths et aux Vandales. Incontinent il fit transporter toutes ces richesses à Syracuse. Une telle conduite ne pouvait que fortifier la puissance des Papes en Italie.
La justice de Dieu devait s'appesantir sur Constant II comme sur tous les princes qui ont persécuté les successeurs de Pierre. Le 15 juillet de l'an 668, l'empereur se rendant aux bains de Daphné à Syracuse, reçut la mort de la main d'un obscur garçon de salle qui, faisant mine de prendre un vase pour lui verser de l'eau, lui en donna sur la tête et s'enfuit. Comme l'empereur tardait trop, ceux qui étaient dehors entrèrent et le trouvèrent mort. Son successeur, Constant Pogonat, eut pour le saint Pape la plus grande vénération : il fit rétablir sur les dyptiques son nom que les Monothélites en avaient effacé.
L'empereur Constant II, en paraissant craindre les Lombards, n'avait pas semblé redouter un autre danger qui menacerait un jour ses successeurs dans leur propre capitale : nous voulons dire Mahomet et sa doctrine ; sa doctrine qui fut si fatale à celle de Jésus-Christ. Les Musulmans, qui ont causé tant de maux au Saint-Siège, firent de grands progrès sous le pontificat de Vitalien : ils vinrent jusqu'en Sicile dont ils emmenèrent la moitié des habitants à Damas (663). Mais respirons encore : nous n'aurons que trop de fois à déplorer des malheurs qui occasionnèrent les croisades, nous coûtèrent saint Louis et couvrirent de ruines l'univers chrétien.
Le soin pastoral qui occupa plus particulièrement saint Vitalien et qui, d'ailleurs, produisit d'heureux résultats, ce fut de relever en Angleterre la religion qui tombait. Comme il y avait dans ce pays une grande pénurie de ministres sacrés, Vitalien y envoya le grand Théodore de Tarse et Adrien, abbé : le premier, pour être primat de l’Église d’Angleterre, et le second pour restaurer la discipline monastique. Enfin, ayant brillé et ayant occupé le siège pontifical pendant quatorze ans et cinq mois, il passa de cette vie à Dieu, l’an de Notre-Seigneur 671, et fut enseveli au Vatican.
Il nous reste de saint Vitalien six lettres : quatre sont relatives à l’affaire de Jean, évêque de Lappe en Crète. Ce prélat ayant été déposé sans raison par son métropolitain, celui-ci le fit emprisonner et condamner par un conciliabule qui était à sa discrétion, sans vouloir même permettre à Jean d’en appeler au Pape. L’évêque de Lappe ayant enfin pu s’échapper, vint à Rome où un concile assemblé par saint Vitalien cassa la procédure du métropolitain de Crète et rétablit l'innocent dans tous ses droits.
C’est de son temps, dit-on, que l’usage des orgues commença dans les églises, et lui-même les aurait introduites à Rome : mais ce fait n’est pas prouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est que saint Vitalien s’appliqua avec le plus grand soin à maintenir les traditions du chant grégorien.
Pour l’érudition, Vitalien pouvait être comparé aux plus savants pontifes : il ne fut inférieur à aucun dans son zèle pour propager la religion et dans son courage pour la défendre.
Cf. Histoire des Pontifes romains, par le chev. Arland de Montor.
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Événements marquants
- Mission d'évangélisation des Cénomans confiée par le pape saint Clément
- Miracle de la fontaine jaillissante au Mans
- Conversion du défenseur de la cité et fondation de la première église
- Résurrection du fils d'Anastase et du fils de Jovinien
- Retour à Rome pour rendre compte de sa mission
- Retraite à Saint-Marceau avant sa mort
Miracles
- Jaillissement d'une source en frappant le sol de son bâton
- Guérison d'un aveugle à la porte du magistrat
- Résurrection du fils d'Anastase
- Résurrection de Jovinien
- Destruction d'une idole et soumission d'un serpent à Artins
- Délivrance miraculeuse de prisonniers
- Traversée de la Sarthe par le char funèbre marchant sur l'eau
Citations
Si vous pouvez rendre la vie à mon fils, je confesse que Jésus-Christ est vrai Dieu