Saint Junien de Mairé

Confesseur, Fondateur et Abbé de Mairé

Fête : 13 aout 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Ermite à Chaunay puis abbé fondateur de Mairé au VIe siècle, saint Junien fut l'ami spirituel de sainte Radegonde. Sous la protection du roi Clotaire Ier, il établit la règle bénédictine dans son monastère. Il mourut miraculeusement le même jour et à la même heure que Radegonde en 587.

Biographie

SAINT JUNIEN, CONFESSEUR,

FONDATEUR ET ABBÉ DE MAIRÉ, AU DIOCÈSE DE POITIERS.

à Chaunay, qui n'en était pas bien loin, mais où des bois épais et peu fréquentés devaient mieux favoriser sa retraite.

Là il se construisit une cellule dans laquelle il vécut en reclus, ignoré des hommes et ne conversant qu'avec Dieu et avec lui-même, dans un continuel exercice de la psalmodie et de la contemplation. Mais quelque secrète que fût cette vie angélique, Dieu permit comme pour bien d'autres que la bonne odeur s'en exhalât, et la contrée sut bientôt qu'un nouveau Saint la protégeait devant Dieu. Quelque chose de ce parfum arriva jusqu'à sainte Radegonde qui vivait alors dans son monastère de Poitiers. La noble et sainte fondatrice eut envie de connaître le solitaire et de s'en édifier. Celui-ci, de son côté, n'ignorait pas les miracles de piété qui brillaient dans cette vie si illustre et si humble. Des rapports suivis s'établirent donc entre eux : mais ils n'eurent pour but que leur avancement mutuel dans la vertu. Telles sont, en effet, les amitiés vraiment saintes ; les âmes fidèles n'en veulent que pour y exercer la charité véritable : c'est encore pour elles l'amour de Dieu.

La pieuse union de Junien et de Radegonde eut ce caractère qui détache le cœur des sens, et ne laisse rien dans les sentiments qui ne puisse se perpétuer dans le ciel. Par le crédit que sa vertu et ses miracles lui obtenaient dans le monde, et plus tard par les fonctions sacrées du ministère sacerdotal, le Saint rendit à la Sainte d'importants services. Leurs lettres, leurs entretiens, dignes de deux âmes célestes, devaient être pleins d'une douce et indicible suavité, et pourquoi n'en avons-nous plus ce qu'il semble que le temps en aurait dû respecter ? Mais leurs mutuelles prières les rapprochaient surtout, et si, par un acte de renoncement supposable dans une si pure affection, ils durent restreindre le nombre des visites que Junien aurait pu faire à Sainte-Croix, souvent du moins de pieuses attentions les rappelèrent l'un à l'autre, et, du grand monastère à l'humble cellule, servirent de témoignages à leur amitié. Ainsi Radegonde s'était chargée de fournir de vêtements le solitaire de Chaunay. Celui-ci, pour sa part, confectionnait dans sa solitude quelques-uns des instruments de pénitence dont elle se servait. Il lui avait envoyé un cilice de poil de chèvre et une chaîne de fer qu'elle portait en guise de ceinture, et au IXe siècle on gardait encore à Poitiers comme d'intéressantes reliques ces gages bénis de charité et de mortification. De ces rapports d'onctueuse piété naissait une confiance réciproque dont le plus touchant résultat fut de se promettre qu'aussitôt que l'un d'eux serait mort, l'autre en serait prévenu par un message disposé d'avance, afin que le survivant priât pour le défunt.

Ce qu'on savait de notre Saint éveillait autour de lui une légitime et louable admiration. Comme toujours ses exemples excitèrent le zèle d'un certain nombre de justes et de pécheurs qui, soit pour avancer dans le bien, soit pour travailler à leur conversion, se portèrent vers lui et le conjurèrent de prendre soin de leurs âmes. Junien se voyait troublé par là dans son amour de la solitude absolue : sa chère cellule n'était plus pour lui un séjour de méditations tranquilles, et il résista à ces assauts méritoires qui menaçaient de changer sa vocation. Mais il ne put tenir longtemps contre des instances réitérées et chaque jour plus nombreuses : il consentit donc à recevoir des disciples, et ceux-ci se multipliant autour de lui, où ils habitaient dans des cellules séparées, obtinrent que pour leur être plus utile il consentit à recevoir le sacerdoce. Le Saint comprit bien qu'en effet cette auguste dignité dont il s'était toujours cru indigne, devenait une ressource indispensable à son zèle, et il reçut les Ordres sacrés, probablement de la main de Daniel ou de saint Pient, deux évêques qui se succédèrent immédiatement en ce temps-là sur le siège de Poitiers.

Ces pouvoirs ne firent qu'augmenter sa famille d'anachorètes, et changèrent ses habitudes solitaires en un véritable apostolat. Quelque temps s'était à peine écoulé, que déjà leur désert de Chaunay ne suffisait plus : il fallut songer à une demeure où la vie religieuse eût plus d'uniformité, par l'observance d'une régularité mieux suivie. Près de là était un endroit retiré qu'ombrageaient des bois et des collines, vers lequel il n'hésita pas à se transporter. Mais il ignorait que ce lieu appartenait au roi Clotaire Ier, et dès qu'il y eut commencé l'établissement, son dessein fut traversé par quelques-uns de ces adversaires que les bonnes œuvres rencontrent toujours dans leur marche et surtout à leur origine : on lui contesta le droit de s'emparer de ce terrain, on l'accusa d'usurpation sur le domaine royal. Cette opposition venait-elle des gens du roi ou de certains habitants du pays qui oubliaient un peu trop envers lui les conseils de la charité ? L'histoire ne l'a pas dit. Mais l'homme de Dieu ne se découragea point devant ces obstacles que le ciel permettait pour éprouver sa constance. Clotaire, que le séjour de sainte Radegonde à Poitiers avait alors attiré dans le pays, se trouvait au château de Javarzay, lieu fortifié qui lui appartenait, et où fonctionnait un de ses ateliers monétaires. Junien y alla, se justifia devant le prince, d'abord mal disposé, et gagna si bien ses bonnes grâces que celui-ci, tout en le maintenant dans le territoire contesté, lui fit présent en outre d'une de ses terres où s'élevait un autre château entouré de murs nommé alors Mariacum, et que nous connaissons encore aujourd'hui sous le nom de Mairé (Mairé-l'Évêcault.) Ceci se passait en 559. Au comble de ses vœux et mis en possession d'un local important, et presque d'un monastère tout fait, le Saint ne dut pas songer à poursuivre sa première entreprise sur un terrain encore inculte, et il s'établit à Mairé avec ses frères. On y suivit dès lors la Règle de Saint-Benoît que sa perfection faisait adopter dans tout l'Occident, et ce fut une des premières maisons de France qui la reçurent.

Après avoir ainsi pourvu au salut de ses fervents cénobites, Junien, revêtu du titre d'Abbé, n'en travailla qu'avec plus d'ardeur à sa propre sanctification. À quoi servirait d'y faire avancer les autres si l'on oubliait soi-même d'y marcher ? C'est pourquoi, sentant bien qu'il avait besoin de se recueillir davantage afin de trouver dans l'union à Dieu les lumières de sa propre direction et de celle du prochain, il voulut se renfermer encore autant que possible dans son ermitage de Chaunay, et il y passait à de fréquents intervalles tout le temps qu'il ne devait pas à l'instruction et à la conduite du monastère. Là, par l'oraison assidue, par un jeûne plus rigoureux que celui de la communauté, par le travail des mains, il maintenait son âme à la hauteur de ses devoirs, se soutenait dans la pratique de la mortification et du silence, et, indulgent pour tous, il refusait à ses propres sens tout ce qui n'était point strictement nécessaire à la nature.

Dieu ne manqua pas de manifester combien lui était agréable cette conduite si élevée. Au don des miracles il ajouta pour son serviteur l'esprit de prophétie. Un jour, non loin de Chaunay, une pauvre femme enceinte demanda l'aumône au saint abbé qui, en la lui donnant, l'assura qu'elle aurait un fils dont il serait le parrain. Ce fils étant né en effet lui fut apporté : il le tint sur les fonts du baptême, où il fut nommé Ruremond. Dès ce moment le Saint veilla sur lui, et quand l'âge fut venu de le recevoir dans le monastère de Mairé, il l'y fit instruire dans les sciences humaines et dans les choses de Dieu : le jeune homme s'attacha à la sainte maison, y goûta les enseignements de son maître, et y ayant pris l'habit monastique, il s'y sanctifia dans l'exercice des vertus qui lui valurent plus tard la charge abbatiale et enfin les honneurs que l'Église rend aux Bienheureux.

Une autre fois, cheminant seul dans les environs de son abbaye, il fut attaqué par un assez grand nombre de paysans dont les intentions malveillantes lui parurent à craindre. Vainement il chercha à les calmer par des observations pleines de douceur ; les furieux redoublaient leurs insultes et y mêlaient des menaces. Forcé alors de pourvoir à sa sûreté, le Saint suivit une subite inspiration, et, changeant de ton, il défendit à ces forcenés de dépasser certaines bornes qu'il leur indiqua. Quelques-uns, s'étant néanmoins avancés vers lui, furent à l'instant frappés de mort ; ce fut le signal de la fuite des autres.

Ce mauvais vouloir que de tout temps les amis de Dieu ont dû subir de la part de ses ennemis, et que le divin Maître lui-même n'avait pas voulu s'éviter, ne troublaient pas une âme qu'une grâce si visible protégeait. Le Saint ne savait s'en venger que par des services, que tous ne méconnaissaient pas d'ailleurs, et lorsqu'une famine mortelle désola cette contrée où quelques-uns semblaient apprécier si mal les dons du ciel, il contribua, par son dévouement et celui de ses frères, à diminuer les rigueurs de ce cruel fléau.

Cependant les années s'étaient multipliées au milieu de tant de travaux et de macérations, et le Saint, toujours prêt à rendre compte de son administration au Prince des pasteurs, sentait la mort s'approcher avec la sérénité d'un cœur qui espère sa récompense. Un jour ses forces parurent l'abandonner pour la dernière fois dans sa cellule de Chaunay. Il y manda ses frères, et les exhorta à garder après lui l'intégrité de leur vie habituelle, l'amour de la règle, et la charité qui les unissait. Il désigna pour lui succéder le bienheureux Ruremond, ce fidèle disciple qui s'était montré si digne de lui appartenir ; puis il voulut qu'on envoyât annoncer sa mort à sainte Radegonde, selon la promesse qu'il lui en avait faite. Ruremond entra dans sa charge en exécutant le dernier ordre du saint abbé. Or, à cette même heure, Radegonde, expirant elle-même, prenait le même soin, et demandait que Junien en fût instruit aussitôt : de sorte que, par une touchante disposition de la Providence, ces deux âmes qui s'étaient si saintement aimées ne durent pas être séparées ici-bas, et se retrouvèrent au seuil de leur bonheur éternel. Par une autre coïncidence non moins admirable, les deux messagers se rencontrèrent à moitié chemin, et chacun expliquant à l'autre la cause de son voyage, ils constatèrent que le même jour et au même moment le ciel s'était ouvert pour les deux amis : c'était le 13 août de l'an 587. À cet endroit qu'on nomme actuellement la Troussaie, et qu'on remarque dans la paroisse de Geaux, en suivant le chemin de ce bourg à Champagné-Saint-Hilaire, une église et un prieuré furent fondés peu de temps après en l'honneur de sainte Radegonde, et y attachèrent l'impérissable souvenir de ces mémorables événements.

On représente saint Junien : 1° faisant rapporter par un renard la poule que celui-ci avait dérobée ; 2° en groupe avec sainte Radegonde, pour rappeler les relations pieuses qu'ils eurent ensemble.

13 AOUT.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Le corps de saint Junien fut porté de son ermitage de Chaunay dans l'église de Mairé, où il reçut la sépulture, non sans que plusieurs guérisons subites ne s'opérassent encore sur des malades qu'une pieuse confiance avait engagée à l'accompagner. Il y fut honoré pendant près de trois siècles.

Dans cet intervalle, le prieuré de Nouaillé, dépendant de Saint-Hilaire de Poitiers, était devenu en 799 une abbaye protégée par Charlemagne. Celle de Mairé, détruite sous Charles Martel pendant la guerre dont l'Aquitaine fut le théâtre, s'était réunie à la nouvelle fondation, et les restes du Saint, qu'on avait pu conserver à force de précautions et de vigilance en cachant leur première sépulture, furent transportés le 6 novembre 830 dans la célèbre église abbatiale dont il devint plus tard le patron. Placés dans une sépulture de pierre derrière le grand autel, sous l'abri d'un espace muré, ils échappèrent encore aux ravages des Normands qui pillèrent l'abbaye en 863.

Un concile s'étant tenu à Charroux, en 996, pour remédier aux désordres des seigneurs laïcs, les Pères, afin de rendre leur assemblée plus solennelle et voulant s'inspirer des souvenirs d'un des plus beaux modèles de la vie régulière, désirèrent que les reliques de saint Junien vinssent en quelque sorte présider à leurs délibérations : elles y furent transportées en effet, mais pour revenir à Nouaillé aussitôt après et y demeurer toujours, visitées par la piété des grands et des petits.

Cinq siècles s'écoulèrent ainsi, et le monastère, respecté au milieu même des longues guerres qui s'agitaient autour de lui entre les partis qui se disputaient la France, ne devait succomber plus tard à ses plus cruelles épreuves que sous les coups de Français et de chrétiens révoltés contre l'Église. En 1569, les Huguenots, menaçant l'abbaye de leurs fureurs, qu'effectivement ils y exercèrent bientôt avec une barbarie digne d'eux, les moines eurent le temps d'enfouir le saint corps avec les vases sacrés et d'autres objets précieux : quelques jours après, les nouveaux barbares incendiaient les bâtiments, pillaient l'église, massacraient les religieux dont les restes se dispersèrent par la fuite ; et ceux qui avaient coopéré secrètement à l'enlèvement des saintes richesses étant morts ou n'ayant pu revenir, rien ne put indiquer plus tard où elles étaient cachées.

Quelques portions moins considérables avaient été heureusement distribuées à diverses églises : les religieuses de la Trinité de Poitiers en possédaient, qu'après la restauration de l'abbaye elles partagèrent avec elle. Ce sont ces restes qui, soustraits aux profanations des révolutionnaires de 93, furent rendus par des mains fidèles à l'autorité compétente, et Mgr Pie, ayant reconnu leur authenticité, permit de leur continuer le culte que dès l'origine ils n'avaient cessé de recevoir.

Mairé, en perdant son titre de monastère, prit celui d'église paroissiale, qu'il porte encore sous le nom de Mairé-l'Évêque, parce qu'il appartient depuis, et fort anciennement, aux évêques de Poitiers. Quant à saint Junien, vocable de cette paroisse, il est devenu celui de plusieurs autres du voisinage, et témoigne, par l'empressement qu'on eut dès le principe à l'adopter, de la filiale confiance que prit toute la contrée dans le Saint qui l'avait consolée par ses miracles et édifiée par ses vertus.

Tiré des Vies des Saints de l'Église de Poitiers, par M. l'abbé Auber.

Événements marquants

  • Retraite en solitaire dans les bois de Chaunay
  • Établissement d'une communauté de disciples et réception du sacerdoce
  • Fondation du monastère de Mairé en 559 sur une terre donnée par Clotaire Ier
  • Adoption de la Règle de Saint-Benoît
  • Mort simultanée avec sainte Radegonde le 13 août 587

Miracles

  • Prophétie de la naissance de Ruremond
  • Châtiment divin de paysans agresseurs frappés de mort
  • Un renard rapporte une poule dérobée sur son ordre
  • Guérisons subites lors du transport de son corps