Saint Lubin de Chartres
Évêque de Chartres
Résumé
D'origine modeste, Lubin s'éleva par son étude et sa piété du rang de laboureur à celui d'évêque de Chartres au VIe siècle. Après une vie monastique marquée par l'austérité et des épreuves physiques lors des guerres franques, il gouverna son diocèse avec sagesse, multipliant les miracles de guérison. Il est reconnu pour avoir réformé le clergé chartrain et pour sa charité inépuisable.
Biographie
SAINT LUBIN, ÉVÊQUE DE CHARTRES
Mes frères, voici la prière que je fais aux prêtres qui sont parmi vous... Faites paître le troupeau de Dieu qui vous est confié... non par force, mais de bon gré, selon Dieu : non en vue d'un gain sordide, mais par affection. I Pet., v.
Nous voyons dans cet illustre Prélat la vérité de ces paroles du Roi-Prophète : « Que Dieu retire, quand il lui plaît, les pauvres de la poussière et de la boue, pour les placer sur les trônes et les établir les princes de son peuple ». Il vint au monde dans un village près de Poitiers, du temps de Clovis Ier (dernière moitié du Ve siècle), sans aucune distinction du côté de la naissance ou de la fortune. De bonne heure il obéit à Dieu et à ses parents de la façon la plus édifiante. Sa jeunesse fut employée à labourer la terre ou à paître des bœufs qui servaient à l'agriculture. Cependant il eut, dès ce temps-là, un grand désir d'apprendre ; ayant rencontré un bon religieux, que quelques-uns appellent Novigile, qui probablement était de l'abbaye de Nouaillé, il le pria instamment de lui écrire toutes les lettres de l'alphabet autour de sa ceinture, afin qu'en allant et venant par les champs avec ses bêtes, il pût aisément se les imprimer dans la mémoire et se rendre capable de quelque autre chose. Cette industrie lui réussit si bien, qu'en peu de temps son esprit s'ouvrit, et il se mit en état d'entrer dans les écoles pour y étudier les sciences ; désirant se livrer à cette étude avec plus de liberté, et se voyant en âge de choisir une condition, il entra dans un monastère du pays (Ligugé selon les uns, Nouaillé selon d'autres), où il fut chargé de la fonction de cellérier, et du soin de marquer les heures. Il prenait beaucoup
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sur le temps de son sommeil pour le donner à l'étude; mais comme sa lampe troublait le sommeil de ses frères, il mit un voile devant sa fenêtre pour arrêter la lumière. Après avoir ainsi passé huit ans dans ce monastère, il désira visiter saint Avite, qui vivait en ermite dans le Perche. S'étant rendu dans ce pays, il y rencontra d'abord le diacre saint Calais, qui ne s'était pas encore séparé de saint Avite, pour se retirer dans le Maine; ce grand maître de la vie spirituelle donna à notre Saint, entre autres avis, de ne s'attacher au service d'aucune église ou chapelle, parce que ce serait se rejeter dans le monde, et s'exposer à mal observer sa règle de religieux, et de ne point demeurer dans un petit monastère, parce que pour l'ordinaire on y observe mal l'obéissance, et que chacun veut y être maître. Quant à saint Avite, il conseilla à Lubin de passer encore quelque temps dans le cloître avant de vivre dans les déserts. Il prit donc le chemin de Lérins; mais un moine de cette abbaye, qu'il rencontra, lui dit que l'air y était malsain: ce qui l'avait obligé, disait-il, à la quitter. Ils allèrent ensemble à Javoux, où le bienheureux Hilaire, évêque de Mende, les reçut et les mit dans sa communauté. Ils sortirent bientôt de cette maison, grâce à l'inconstance du moine de Lérins, qui ne se trouvait bien nulle part, et entrèrent au monastère de l'Ile-Barbe, près de Lyon, attirés d'ailleurs par la réputation de l'abbé saint Loup, qui fut depuis évêque de cette ville. Au bout de quelque temps, le moine de Lérins voulut encore emmener Lubin pour continuer avec lui son vagabondage, mais notre Saint laissa cet esprit volage partir seul, se sépara enfin définitivement de lui, et demeura encore cinq ans dans l'Ile-Barbe.
Cependant une guerre avait éclaté entre les Francs et les Bourguignons. Ces derniers furent vaincus: les fils de Clovis se rendirent maîtres de la Bourgogne en 525. L'abbaye de l'Ile-Barbe fut envahie par les soldats, avides de pillage: ils n'y trouvèrent que Lubin avec un vieillard, qui n'avait pu prendre la fuite avec les autres moines. Le vieillard, à qui l'on demanda où étaient les trésors de la communauté, répondit que Lubin le savait mieux que lui; les soldats s'adressèrent à Lubin, d'abord par les moyens de la douceur, puis, le trouvant incorruptible, ils eurent recours à la violence des tourments; entre autres supplices, ils lui serrèrent la tête avec des cordes, lui lièrent les pieds, et le plongèrent ainsi à plusieurs reprises dans un gouffre, dit l'historien: ils le laissèrent pour mort sans avoir rien pu obtenir. Dieu lui rendit la santé, et, s'étant joint à des solitaires qu'il rencontra, Lubin les mena avec lui dans le Perche pour demeurer ensemble sous la discipline de saint Avite; saint Lubin y remplit l'office de célébrer. A la mort de saint Avite, nos trois ermites (430) se retirèrent dans le désert de Charbonnières, aux extrémités de la forêt de Montmirail, qui sépare la Beauce d'avec le Maine. Ils y firent trois cellules et passèrent ensemble près de cinq ans à servir Dieu loin du monde. Mais la sainteté de Lubin se fit connaître par des miracles: sa prière arrêta un ouragan qui détruisait les moissons, et un incendie qui dévorait les forêts. L'évêque de Chartres, nommé Éthérius, apprenant cela, l'ordonna diacre et l'établit abbé du monastère de Brou, dans le Perche; il l'éleva ensuite à la prêtrise pour lui donner plus d'autorité sur les religieux: ce qui ne lui en donnait pas moins, ce furent ses vertus et ses miracles. Par le signe de la croix, il délivra deux énergumènes, tellement tourmentés et rendus furieux par les démons, qu'ils brisaient leurs chaînes. Ses religieux le priaient de se guérir lui-même d'un cancer qu'il avait dans les narines: il se contenta d'y appliquer de la cire bénite, attendant avec patience la volonté de Dieu; au bout de douze ans, il obtint, sans
autre remède, une guérison complète de ce mal, généralement considéré comme incurable.
Un des frères le vit pendant la nuit qui s'entretenait familièrement avec un personnage tout resplendissant de lumière : il demanda au Père quel était cet habitant de la gloire céleste, et apprit que c'était saint Avite. Saint Aubin, évêque d'Angers, allant visiter saint Césaire, évêque d'Arles, pria saint Lubin de l'accompagner (536) ; le saint abbé y consentit. Lorsqu'il se vit en Provence, il fut vivement tenté de se retirer à Lérins pour échapper à sa charge de supérieur : mais saint Césaire l'en reprit fortement, lui faisant voir qu'il ne devait pas abandonner ainsi une maison que Dieu avait confiée à ses soins par le ministère de son évêque. Lubin, par cette remontrance, devint inquiet du sort de son troupeau : il vint le rejoindre au plus tôt, et eut la consolation de le trouver dans le meilleur état.
Cependant, en 544, Éthérius passa de cette vie à une meilleure, et aussitôt chacun jeta les yeux sur notre saint religieux, pour l'élever à la dignité épiscopale. Ainsi il fut élu évêque de Chartres par les suffrages presque unanimes de tout le clergé, avec l'agrément du roi Childebert. Le Saint fit tout son possible pour n'être point chargé d'un si pesant fardeau, se jugeant incapable de le porter. Jamais prélat n'eut plus de soin de son église. C'est lui, dit-on, qui, pour représenter les disciples de Jésus-Christ, fit monter le nombre des chanoines jusqu'à soixante-douze. Il leur prescrivit des règles très-saintes, pour avancer dans la vertu et pour célébrer les divins offices ; il les pourvut aussi de revenus suffisants pour leur entretien. Il reforma, par ses soins, plusieurs abus qui s'étaient glissés parmi le peuple, et le porta à l'exacte observance des commandements de Dieu et de l'Église. Il ne fut pas, en cela, peu assisté de saint Avite, dont il avait été disciple ; ce Saint, quoique déjà dans la gloire, le visita souvent pour l'avertir des défauts de son clergé et lui prescrire la méthode qu'il devait suivre pour le gouverner saintement.
Ce qui le rendait plus recommandable, c'est qu'il ne trouvait point de malades, dans son diocèse, qu'il ne guérit par le crédit qu'il avait auprès de Dieu. Par sa seule prière, il remit en santé un hydropique dont les médecins désespéraient ; et un aveugle, qui avait perdu la vue depuis huit ans, la recouvra dès qu'il eut fait son oraison pour lui. Une fille, possédée du malin esprit, fut délivrée en touchant avec foi le bord de son habit. Deux jeunes garçons, aussi possédés du démon, en furent également délivrés, en prenant d'un aliment que le Saint avait bénit ; il guérit encore plusieurs fiévreux et d'autres sortes de malades ; et, par le signe de la croix, qu'il fit en présence du roi Childebert, il éteignit un grand incendie qui s'était allumé dans Paris ; le Bréviaire de Chartres dit qu'il ressuscita une fille de Châteaudun, et la rendit en pleine santé à son père, appelé Baudelin. Un prêtre de Chartres, Caletricus, jeune homme d'une éminente sainteté, tomba dangereusement malade ; on n'attendait que l'heure de son dernier soupir. Saint Lubin lui voulut rendre visite : le voyant en péril, il lui administra lui-même le sacrement de l'Extrême-Onction : mais il reconnut bientôt que ce sacrement avait produit en lui son double effet, qui est de donner la santé du corps aussi bien que celle de l'âme ; alors, par un esprit prophétique, il prédit à ce bon prêtre, que non-seulement il relèverait de cette maladie, mais qu'il lui succéderait aussi sur le siège épiscopal. L'événement a vérifié cette prophétie, car il fut effectivement élu en sa place, et gouverna si bien son peuple, qu'il a mérité le titre de Saint après douze ans de prélature.
Saint Lubin assista au cinquième concile d'Orléans, l'un des plus célèbres
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de France (549), et au second de Paris (551). Il avait déjà, à cette dernière époque, une maladie qui purifia, jusqu'à la fin de sa vie, sa vertu par de longues souffrances. Il fut appelé de Dieu pour recevoir la couronne de l'immortalité, l'an 557 ; son corps fut inhumé en l'église de Saint-Martin du Val, au faubourg de Chartres, où il a été religieusement conservé jusqu'au jour où les nouveaux briseurs d'images du XVIe siècle, les Calvinistes, ont brûlé ses ossements sacrés et jeté ses cendres au vent ; il restait cependant son vénérable chef, qui se conservait fort dévotement en la grande église de Notre-Dame de Chartres, dans un reliquaire enrichi de pierres précieuses ; mais la Révolution française dépouilla l'église de Chartres de cette sainte relique : elle se trouve aujourd'hui dans l'église de Saint-Nicolas, à Blois. Depuis, on a retiré des ossements d'un cimetière où ils avaient été jetés à cette époque ; il s'y en trouve certainement de saint Lubin, mais ils n'ont point été reconnus.
La mémoire de saint Lubin est particulièrement honorée dans le Blésois, où plusieurs paroisses l'ont adopté pour patron. Une des plus anciennes églises de la ville de Blois lui était dédiée ; cet édifice a disparu depuis bien des siècles, mais la rue où il s'élevait, a retenu le nom de Saint-Lubin. Il est aussi le patron de Rouvray, en Normandie.
On a représenté saint Lubin 1° guérissant un possédé ; 2° Ressuscitant la fille d'un homme qui l'avait reçu chez lui dans un de ses voyages. On l'a peint, dans cette circonstance, près du lit de la morte, quoiqu'à vrai dire le Saint eût fait ce miracle sans le savoir. Il s'était seulement aperçu d'un profond chagrin dans la famille et se mit en prières pour que Dieu la consolât. À peine avait-il terminé son oraison, que la morte se leva pleine de vie et de santé.
Le martyrologe romain et celui de Bide, avec le Bréviaire de Chartres, font mémoire de saint Lubin au 15 septembre, jour de sa translation ; mais, parce que ce jour-là sera occupé par d'autres Saints, nous l'avons mis en ce jour, qui est celui de sa mort. Le Père Giry a tiré cette vie des leçons des Maîtres de son office, du martyrologe des Saints de France et des Remarques des continuateurs de Boilandus. Nous l'avons complété avec les Actes de saint Lubin (Act. Sanct., morté) et les Saints de Blois, par M. Dupré.
Événements marquants
- Naissance près de Poitiers sous Clovis Ier
- Apprentissage de l'alphabet sur sa ceinture en gardant les bœufs
- Entrée au monastère (Ligugé ou Nouaillé) comme cellérier
- Séjour au monastère de l'Ile-Barbe pendant cinq ans
- Torturé par les soldats francs lors de l'invasion de la Bourgogne en 525
- Retraite au désert de Charbonnières avec des solitaires
- Ordination comme diacre puis prêtre par l'évêque Éthérius
- Abbé du monastère de Brou
- Élection au siège épiscopal de Chartres en 544
- Participation aux conciles d'Orléans (549) et de Paris (551)
Miracles
- Apprentissage miraculeux de l'alphabet sur sa ceinture
- Survie après avoir été torturé et plongé dans un gouffre par des soldats
- Arrêt d'un ouragan et d'un incendie par la prière
- Guérison de son propre cancer des narines avec de la cire bénite
- Guérison d'un hydropique et d'un aveugle
- Délivrance de plusieurs possédés
- Extinction d'un incendie à Paris par le signe de la croix
- Résurrection de la fille de Baudelin à Châteaudun
Citations
Que Dieu retire, quand il lui plaît, les pauvres de la poussière et de la boue, pour les placer sur les trônes et les établir les princes de son peuple