Saint Meinrad

Fondateur de Notre-Dame des Ermites

Fête : 21 janvier 9ᵉ siècle • saint

Résumé

Moine bénédictin de Reichenau au IXe siècle, Meinrad se retira en ermite dans les forêts de Suisse, fondant ce qui deviendra l'abbaye d'Einsiedeln. Il y vécut en prière, accompagné de deux corbeaux, avant d'être assassiné par deux brigands convoitant ses supposés trésors. Ses meurtriers furent dénoncés par les cris des corbeaux, et son ermitage devint le célèbre pèlerinage de Notre-Dame des Ermites.

Biographie

SAINT MEINRAD,

FONDATEUR DE NOTRE-DAME DES ERMITES

Ceux qui font connaître la sainte Vierge auront la vie éternelle. Prosp. V, 30.

Dans les riches vallées de la Souabe qu'arrose le Neckar, s'étendaient, au VIIIe siècle, les domaines des puissants comtes et princes de Hohenzollern, dont les vieux donjons couronnent encore les hauteurs. Berthold était allié avec la famille des Hohenzollern : il avait épousé la fille du comte de Sülchen et il habitait avec sa femme le château fort de Sülchen, chef-lieu de la contrée, sur la rivière dont nous avons parlé. Il ne manquait au bonheur des deux époux qu'une seule chose, un enfant. Ils l'obtinrent à force de prières. Le fils reçut au baptême le nom de Meginrad, qui signifie excellent conseil, d'où plus tard on a fait Meinrad. Après avoir passé dix ou onze ans dans la maison paternelle, le jeune Meinrad fit ses études au monastère bénédictin de Reichenau. Cette île, enlevée par saint Firmin aux reptiles qui en étaient les seuls habitants, était devenue si riante et si fertile entre les mains des moines qu'on l'appela la riche plaine, Reichenau. Les belles-lettres y florissaient aussi bien que les moissons. Pendant que les Allemands, tirés de leur paresse naturelle par l'exemple de ce travail infatigable et fécond, se livraient à la culture des champs, salutaire à leur âme, nécessaire pour les besoins de la vie et qui leur fournissait les moyens de sortir du servage; pendant qu'on plantait dans l'île (an 818) les premiers ceps de la vigne qui devait faire sa richesse, la jeunesse s'instruisait dans ces écoles d'où sortirent vingt-neuf supérieurs d'abbayes, soixante évêques, dix-huit archevêques, et un si grand nombre de savants d'Allemagne. Les empereurs, les rois, visitaient ce foyer de lumière et de civilisation ; des évêques y venaient passer leurs vieux jours, entre autres Egino qui, en 799, fit bâtir à l'extrémité occidentale de Reichenau la belle église qui existe encore aujourd'hui. On cite un grand nombre de pèlerins grecs, italiens, allemands, qui s'arrêtèrent en ce lieu et l'enrichirent des connaissances de leur pays. En l'an 816, pendant que Meinrad était élève du monastère, se fit la consécration de la grande cathédrale, en l'honneur de Notre-Dame, par l'abbé lui-même qui était en même temps évêque de Bâle. Sept cents religieux, cent élèves internes, quatre cents externes, formèrent un chœur de chant admirable ; une foule immense répondait aussi aux prières de l'évêque. Cette imposante cérémonie fit une si grande impression sur le cœur des jeunes gens, que plusieurs demandèrent à entrer dans l'Ordre.

Le moment de choisir un état arrivait aussi pour Meinrad ; il résolut de se consacrer au service des autels. Ordonné diacre en 821, et bientôt élevé à la prêtrise, il se prépara à une autre vocation par la lecture des maîtres de la vie spirituelle, surtout de Jean Cassien. Il se passionnait pour la vie des ermites célèbres et des premiers Pères du désert. Il embrassa la vie monastique en 822, à l'âge de vingt-cinq ans : son grand oncle Erlebad était alors abbé des Bénédictins de Reichenau. Il sembla parfait dès ses premiers pas dans cette nouvelle voie. Il était, dit un historien de son temps, toujours prêt à obéir, sévère dans la pratique de la mortification, ardent pour la prière, infatigable dans l'exercice de la charité, plein de douceur dans ses rapports avec le prochain, ayant un visage toujours aimable, et offrant dans tout son extérieur une image sensible de la joie, du calme, de la pureté de son âme. A toutes ces qualités il ajoutait une science peu commune, une connaissance approfondie de l'Écriture sainte, et une éloquence qui charmait tous ceux qui pouvaient l'entendre.

Dans une lettre adressée à l'abbé de Reichenau, Charlemagne lui disait : « Pour enseigner les belles-lettres, il faut choisir des hommes qui aient la volonté, le pouvoir d'apprendre et le désir d'instruire les autres ; car nous désirons que vous soyez, comme il convient à des soldats de l'Église, pieux au dedans, doctes au dehors, réunissant la pureté d'une sainte vie à la science d'un bon langage ».

Tel était Meinrad. Aussi fut-il désigné pour instruire une nombreuse classe d'élèves. Après avoir donné aux enfants les premières notions de lecture et d'écriture, il leur mettait entre les mains les Livres saints, et les expliquant avec eux, il y trouvait toutes sortes d'instructions. Il commençait par les livres les plus faciles à comprendre. Chaque élève devait en faire une traduction littérale en allemand. Dans les classes plus élevées, il enseignait la philosophie. Ses élèves les plus avancés lui disaient un jour : « Cher maître, nous vous avons entendu répéter bien des fois que la philosophie est la science qui enseigne toutes les vertus ; que c'est le seul trésor qui jamais ne laissera dans la misère celui qui le possède. Vos paroles sont pour nous un puissant encouragement, et nous voudrions de tout notre cœur arriver à la possession de ce trésor ; mais comment le trouver, comment l'atteindre ? La philosophie est si élevée, il y a tant de degrés à monter pour s'en approcher, et nous sommes encore si jeunes, si faibles que si vous ne nous tendez la main, jamais nous ne pourrons réussir ». — Meinrad leur répondit : « Si vous cherchez la vérité par amour de la vérité, pour plaire à Dieu, pour enrichir votre âme et lui conserver sa beauté, sa pureté, je vous le répète : il vous sera facile de suivre le chemin qui vous y conduira ; étudiez, demandez la vérité pour un noble but, et non pour obtenir la gloire de ce monde, une grandeur passagère, des richesses périssables, des jouissances mensongères ». Puis il ajouta : « Nous lisons dans le livre de la Sagesse, que la sagesse s'est bâti un temple à sept colonnes. Par les sept colonnes, Salomon désignait les sept dons du Saint-Esprit, ou les sept sacrements de l'Église, ou même encore les sept arts libéraux, car c'est par eux que les jeunes gens s'ennoblissent, qu'ils deviennent plus grands que les princes et les rois, et qu'ils s'acquièrent une gloire éternelle. C'est par eux que les Pères de l'Église ont défendu la foi, et que les docteurs ont combattu victorieusement toutes les erreurs ». Meinrad se fit une réputation de science comme il en avait une de sainteté. Le petit monastère de Bollengen ayant demandé à l'abbaye de Reichenau un professeur distingué, notre Saint fut choisi pour occuper cette chaire, et la manière dont il s'acquitta de ces nouvelles fonctions dépassa toutes les espérances.

« Cependant l'amour divin qui brûlait dans son cœur l'entraînait vers la solitude ». Ce sont les paroles de son historien, et elles sont très-justes ; car plus on s'éloigne du siècle, plus on se rapproche de Dieu. Bollengen était sur les bords du lac de Zurich. Meinrad soupirait après les montagnes de la rive opposée. À une distance de deux lieues en aval du lac, il voyait s'élever le mont Etzel, couvert de sombres et épaisses forêts. Souvent, de sa cellule, il laissait errer avec avidité ses regards sur cet horizon bleuâtre et sur ces cimes qui lui offraient la solitude. Il s'y retira au mois de juin 828, âgé de trente et un ans, n'emportant rien avec lui qu'un livre de messe, un recueil d'instructions sur l'Évangile, la règle de saint Benoît et les œuvres de Cassien. L'endroit où il se fixa était un point élevé d'où il dominait tout le pays. « À ses pieds et devant lui, le lac de Zurich, dont les eaux étincelaient au soleil ; derrière lui, la ténébreuse horreur de la forêt ; plus loin, de hautes montagnes bleues et blanches ; puis les glaciers se perdant dans les nues, et enfin autour de lui un silence solennel, interrompu seulement par le cri lointain de quelque animal sauvage ou le craquement subit d'un vieux sapin agité par le vent ». Il n'eut d'abord pour abri que les branches touffues des arbres qu'il entrelaça adroitement, et une espèce de mur qu'il construisit avec des pierres détachées des rochers. Mais une pieuse veuve d'Altendorf lui fit bâtir une gracieuse cabane et une petite chapelle où il put offrir le sacrifice de la messe, et veilla à tous ses besoins. Il vécut donc là pendant sept ans comme dans un paradis, conversant sans cesse avec Dieu et les Anges. Au bout de ce temps, il gémit de voir que sa solitude était devenue un pèlerinage ; on accourait en foule de tous côtés vers cet homme de Dieu, qui était affable, instruit et ne refusait jamais un bon conseil. Derrière l'Etzel, s'étendait une immense forêt qui semblait inaccessible ; il résolut d'y cacher sa nouvelle demeure. Il partit donc, ayant pour l'accompagner et pour porter avec lui des objets indispensables, un religieux de Bollengen et un paysan du voisinage. En descendant vers la Shil qui, après mille détours dans la forêt, vient couler doucement dans une vallée agréable, le frère aperçut sur une branche de sapin un nid de corbeaux ; il y trouva deux petits que Meinrad adopta comme compagnons de sa solitude. Quelques troncs, quelques branches d'arbre arrangées par lui en forme de petite cabane, au-dessus de la source de la rivière, lui servirent de demeure. Edwige, abbesse d'une petite communauté de femmes à Zurich, remplaçant la veuve d'Altendorf, subvint à tous les besoins du pieux solitaire.

C'était la première fois que la voix d'un chrétien priait dans cette vallée déserte. Or, on sait que depuis la chute d'Adam, la terre maudite a été livrée aux démons dont l'empire ne cède qu'à celui de Jésus-Christ. Dès que Jésus paraît, ils fuient, mais avec des cris de rage. Il leur fallut donc abandonner cette forêt où Meinrad introduisait le christianisme. Mais ils luttèrent d'abord contre lui. Un jour que Meinrad était en prière, leur bande noire l'environne, si épaisse qu'il ne voit plus la clarté du soleil. Ils profèrent à ses oreilles les plus terribles menaces ; ils tourbillonnent autour de lui et prennent les poses les plus effrayantes ; ils revêtent différentes formes, toutes plus épouvantables les unes que les autres. Ils font un tel fracas qu'il semble que toute la forêt va s'abattre, que tous les arbres sont soulevés par une main invisible et vont écraser le pauvre ermite sans défense. Lui reste calme, intrépide, et prie. Alors un ange apparaît avec un visage radieux, il sourit à Meinrad, il le console et, d'un seul geste, il fait retomber les malins esprits dans l'abîme.

Depuis ce jour, la solitude de notre Saint lui fut doublement chère, puisque le Seigneur lui-même semblait l'avoir consacrée. Sa cellule était à ses yeux la demeure la plus belle, la plus agréable du monde ; c'était une porte du ciel inconnue au reste des hommes. Soit qu'il se prosternât la face contre terre pour adorer son souverain Maître, soit qu'il se promenât dans son étroit vallon, livré à de saintes méditations, soit qu'il s'assît au seuil de sa cabane, un livre pieux sur les genoux, tandis que ses deux corbeaux se jouaient autour de lui et venaient se reposer familièrement sur ses épaules, Meinrad était heureux. D'ailleurs, il exerçait sur la nature l'empire du Souverain que le premier homme avait avant sa déchéance. Au moindre signe de sa main, les aigles et les ours accouraient pleins de douceur auprès de lui, ou se retiraient pour ne point troubler ses prières. L'hiver, lorsque sa cabane était ensevelie dans les neiges et que d'épais glaçons fermaient sa porte, la vie que son âme puisait dans une union étroite avec Dieu rejaillissait sur le corps et le réchauffait. Après cette espèce de nuit et de sommeil, avec quelle joie il sortait pour admirer la puissance de Dieu dans le réveil de la nature ! Avec quel bonheur il unissait ses actions de grâce à l'hymne que chaque créature chante toujours, mais plus joyeuse en ce temps, à son Créateur. Quand les roches grises du Mythen et les glaciers du Glarnisch commençaient à s'illuminer des premiers rayons du soleil, quand les feuilles humides frissonnaient sous l'haleine du matin, la voix du solitaire s'élevait grave et sainte dans le silence ; aussitôt lui répondaient le merle caché dans les sapins, le pinson perché sur la cime des hêtres, le rouge-gorge se balançant sur la branche du mélèze, et pendant que ce pur concert s'élevait vers le ciel, chaque plante offrait ses parfums, la forêt encensait Dieu de ses vapeurs embaumées.

Cette délicieuse retraite ayant enfin été découverte, des visiteurs sans nombre accoururent encore vers Meinrad, qui les reçut avec son affabilité ordinaire et leur fit de saintes exhortations. On l'accablait de présents, il les distribuait aux pauvres qui accouraient en foule à sa porte. Hildegarde, fille de Louis le Germanique, ayant été nommée par son père abbesse du monastère de Zurich, en 833, et entendant vanter les vertus de Meinrad, lui fit bâtir une chapelle qui resta debout jusqu'en 1798. Meinrad consacra cette chapelle à la sainte Vierge, et ayant reçu d'Hildegarde une statue de cette divine Mère, il la plaça sur l'autel et fit passer dans tous les cœurs la vénération qu'il avait pour cette image chérie. On ne tarda pas à en recueillir les fruits les plus merveilleux. Les miracles se succéderont ; des grâces extraordinaires furent accordées aux pèlerins, tellement que la chapelle s'appela dès lors le Lieu de grâce, et la statue de la Vierge l'Image miraculeuse. Telle fut l'origine du pèlerinage de Notre-Dame-d'Einsiedeln, où depuis mille ans on offre à Marie tant de vœux, de prières et de larmes. Pour se rendre digne de ces faveurs célestes, notre Saint, ne se contentant pas d'observer la loi de Dieu, pratiquait tous les conseils évangéliques et tâchait de se rendre parfait comme notre Père céleste est parfait. Ces efforts lui procuraient de nouvelles faveurs, de sorte qu'il y avait comme une lutte d'amour entre Dieu et lui. Un religieux de Reichenau, qui était venu le visiter, raconte qu'une nuit ayant vu la petite chapelle éclairée d'une lumière subite, il était entré et avait aperçu Meinrad agenouillé sur les degrés de l'autel, et à côté de lui un ange soutenant le livre de prières et unissant sa voix à celle du Saint. Les veilles, les méditations continues, et les mortifications de tout genre auxquelles il se livrait avaient complètement détruit le vieil homme en lui ; son extérieur même avait je ne sais quoi de céleste ; on croyait déjà voir sur son front l'auréole des élus : le moment de la porter plus éclatante dans le ciel était arrivé.

Il y avait vingt-cinq ans que Meinrad se préparait à la mort dans la solitude. Deux hommes, l'un né dans le pays des Grisons et qui s'appelait Pierre, l'autre né en Souabe, qui s'appelait Richard, résolurent de l'assassiner pour avoir ses trésors, croyant qu'il conservait, au lieu de les distribuer aux pauvres, les riches présents qu'il recevait tous les jours. Ils se donnèrent rendez-vous non loin du lac de Zurich, dans une auberge d'Endigen, où plus tard fut bâti Rapperswil, et ils y passèrent la nuit.

Au point du jour, ils prirent le chemin de l'Etzel et se dirigèrent vers la forêt sombre. C'était le 21 janvier 861. Pendant longtemps ils errèrent à travers les bois, car la neige couvrait tous les sentiers. Cependant le démon, qui leur avait inspiré leur fatal projet, les conduisit enfin en face de l'ermitage. A leur approche, les deux corbeaux de Meinrad poussèrent des cris perçants, et comme s'ils avaient eu le sentiment du crime que méditaient les deux brigands, ils se mirent à voleter autour de la cabane avec tous les signes de la frayeur, tellement que les meurtriers, ainsi qu'ils l'avouèrent plus tard, furent très-surpris de les voir et eurent un pressentiment qu'il y avait quelque chose de merveilleux et de providentiel dans cette conduite extraordinaire des deux animaux.

Cependant les deux assassins persistèrent dans leur projet et arrivèrent à la porte de la chapelle. Le jour était déjà un peu avancé ; le Saint, selon sa pieuse coutume, avait passé une grande partie de la matinée en prières et en méditations ; il avait célébré la messe devant l'image de la Vierge, et Dieu lui avait révélé que le moment de sa mort était venu ; alors il prit le corps de Jésus-Christ comme le viatique du mourant et dans une sainte extase, il remercia Dieu de la grâce qu'il lui accordait, il se recommanda à Marie et aux Saints, puis il pria pour ses deux meurtriers. Ceux-ci, pendant ce temps, le regardaient par une fente de la cloison. Ils frappèrent à la porte, Meinrad se leva, alla leur ouvrir, les reçut avec une bonté cordiale, et leur dit : « Mes amis, si vous étiez venus plus tôt, vous auriez pu assister à la sainte messe. Entrez et priez Dieu et les Saints de vous bénir. Venez dans ma cellule, je partagerai avec vous les petites provisions que j'ai encore ; vous accomplirez ensuite le projet qui vous a amenés près de moi ».

Les meurtriers entrèrent quelques minutes dans la chapelle ; puis, comme s'ils craignaient de voir échapper leur victime, ils s'élancèrent dans la cellule. Meinrad vint au-devant d'eux, le sourire sur les lèvres, et leur offrant les mets frugals dont il pouvait disposer. Alors, donnant à l'un son manteau et à l'autre sa tunique : « Recevez ceci », leur dit-il, « comme souvenir de moi, et quand vos desseins seront accomplis, vous prendrez tout ce que vous voudrez. Je sais que vous êtes venus pour me mettre à mort. Quand vous m'aurez tué, placez ces deux cierges que j'ai préparés exprès, l'un à ma tête, l'autre à mes pieds, et fuyez au plus vite pour n'être pas arrêtés par ceux qui viennent me voir et qui vous feraient expier votre crime ».

Insensibles à tant de bonté et de charité, les monstres saisissent le Saint et le frappent à coups de massue redoublés sur la tête. Meinrad tombe, respirant encore ; les meurtriers l'achèvent sans pitié. Au moment où le dernier souffle s'exhale de son corps meurtri, un parfum plus suave que l'odeur de l'encens se répand dans toute la cellule, et cette âme si belle, si pure, portée sur les ailes des anges, s'élance dans le sein du Très-Haut, le 21 janvier 861.

Leur forfait achevé, les deux brigands dépouillent leur victime de ses vêtements ; ils étendent son cadavre sur un lit d'herbes sèches au coin de la cellule, le recouvrent d'une toile grossière et d'une natte de joncs ; puis, plaçant l'un des cierges à la tête, ils vont allumer l'autre à la lampe de la chapelle, qui brûlait toujours à côté de l'autel. Quand ils revinrent à la cellule, le cierge qu'ils avaient laissé sans flamme auprès du cadavre était allumé et brûlait avec une vive flamme. Une crainte subite les saisit et ils prennent précipitamment la fuite.

« Les deux fidèles corbeaux se mettent à leur poursuite et remplissent la forêt de leurs cris menaçants. Comme s'ils avaient mission de venger la mort de leur bienfaiteur, ils s'élancent sur la tête des meurtriers et tâchent de leur crever les yeux. Toujours poursuivis et de plus en plus effrayés, ceux-ci passent à Wollerau, où ils rencontrèrent le charpentier qui le premier avait visité Meinrad et qui avait eu avec lui des relations amicales très-suivies. Le charpentier, reconnaissant les corbeaux de son père spirituel, pressent un malheur, et tandis qu'il recommande à son frère de ne pas perdre la trace de ces deux hommes qui fuient devant les corbeaux, il court lui-même à l'ermitage de la forêt où il trouve le cadavre sanglant du Saint. Le cierge qui brûlait à ses pieds avait fini par mettre le feu à la natte ; mais la flamme s'arrêta subitement dès qu'elle atteignit le corps. Remis de son premier mouvement d'horreur, le charpentier revient en toute hâte à Wollerau où il répand la nouvelle du meurtre de saint Meinrad. Il charge son épouse et plusieurs de ses amis d'aller veiller auprès du cadavre, et lui-même se dirige vers Zurich à la poursuite des assassins. Il ne tarda pas à les trouver ; les cris furieux des deux corbeaux qui voletaient devant les fenêtres d'une maison et frappaient les vitres à coups de bec, pour qu'on leur ouvrît, lui indiquèrent le lieu où se cachaient les fuyards. Il entre et aussitôt reconnaît les deux assassins. En un instant, ils sont saisis et livrés à la justice. Leurs aveux firent connaître les circonstances qui avaient précédé et accompagné la mort du Saint. Le comte Adalbert les fit condamner à mort par les tribunaux du district. Ils furent roués et brûlés, et on jeta leurs cendres dans la Limmat. Les deux corbeaux, après le supplice des meurtriers, reprirent leur vol vers la forêt.

L'écusson de l'abbaye porte deux corbeaux. L'auberge où furent pris les malfaiteurs prit dès cette époque pour enseigne : Aux Deux-Corbeaux. Depuis peu de temps seulement elle a changé son nom historique en celui d'Hôtel Bilharz.

Deux religieux, envoyés par l'abbé de Reichenau, se mirent en devoir de ramener le corps de saint Meinrad au monastère de l'Île. Mais arrivés sur le mont Etzel, à la place que le Saint avait habitée pendant sept ans, il leur fut impossible d'aller plus loin; personne ne pouvait soulever le saint fardeau. On résolut alors de déposer le cœur du Saint dans la petite chapelle où il avait prié autrefois; cela fait, on transporta pieusement et solennellement à Reichenau son corps sacré qui fut déposé dans la grande cathédrale, dans une chapelle construite exprès. En 906, Bennon, prince du sang des rois de Bourgogne et alors chanoine de la cathédrale de Strasbourg, étant venu en pèlerinage au lieu qu'avait sanctifié Meinrad, fit restaurer sa cellule, y établit une communauté d'ermites et travailla à défricher la forêt. Aussi une partie de ce territoire s'appelle encore Bennon, terre de Bennon. Nommé évêque de Metz en 926, il souffrit de violentes persécutions pour le bien; il eut même les yeux crevés. Il revint à son cher ermitage en 929 et y mourut en 940. Son corps fut inhumé devant l'autel de la Vierge. Eberhard, grand prévôt du chapitre de Strasbourg, qui avait suivi Bennon, acheta la forêt sombre, y établit un couvent régulier de l'ordre de Saint-Benoît et fit bâtir une église dans laquelle fut enclavée la chapelle de Notre-Dame. En 1465, le prince-abbé Gerold de Hohensax embellit la sainte chapelle par une voûte portée sur six piliers en pierre; en 1617, Marcus Sitticus, évêque de Salzbourg, fit vœu de revêtir de marbre la chapelle entière. Il mourut avant la fin de ce travail qui fut achevé par son neveu, le comte Gaspard de Hohenems.

En 1704, le prince-abbé Maur de Roll entoura la statue de la Vierge d'un nuage doré qui la faisait ressortir. Seize cierges de cire pesant chacun de 80 à 90 livres et fournis par les cantons catholiques suisses, brûlaient devant elle; au milieu de la voûte étaient suspendues cinq lampes en argent données, la première par Philippe III, roi d'Espagne, en 1617; la seconde par Gaspard de Hohenems, en 1620; la troisième par Lucerne, en 1655; la quatrième par le comte d'Aremberg, en 1676, et enfin, la cinquième, en 1728. Pendant la révolution française, la statue fut sauvée par un ancien serviteur de l'abbaye, mais la chapelle fut détruite. Celle qui existe aujourd'hui a été achevée en 1817. L'extérieur est en marbre noir et gris, et l'intérieur en marbre de couleur; l'autel en marbre blanc de Carrare; sur le devant on voit un bas-relief en bronze doré, représentant la consécration angélique, dont nous parlerons bientôt. C'est un présent de Charles-Albert, roi de Sardaigne, et père de Victor-Emmanuel II. Au-dessus de l'autel, dans une niche pratiquée dans le mur, se trouve la statue miraculeuse, portée sur un nuage d'or et revêtue de précieuses étoffes.

La consécration dont nous avons parlé eut lieu en 948. Lorsque Eberhard eut construit l'église et le monastère de Meinradzelle (cloître de Meinrad), il pria Conrad, évêque de Constance, de venir consacrer l'église nouvelle et la chapelle.

L'évêque arriva accompagné d'Ulric, évêque d'Augsbourg, et d'un grand nombre de gentilshommes et de pèlerins. C'était le 14 septembre, jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix. Dès minuit de ce jour, Conrad et les religieux du monastère étaient en prières pour l'office nocturne. Pendant qu'il était plongé dans ses saintes méditations, le pontife entendit tout à coup des voix harmonieuses remplissant la nef de leur douce mélodie. Il leva les yeux et aperçut un chœur d'Anges; il remarqua qu'ils chantaient précisément des hymnes prescrits par l'Église pour les fêtes et les consécrations solennelles. Jésus-Christ, divin Pontife de la nouvelle alliance, revêtu d'ornements violets, célébrait à l'autel l'office dédicatoire. Autour de lui on voyait saint Pierre, saint Grégoire, saint Augustin, saint Étienne et saint Laurent. En face de l'autel, sur un trône éclatant de lumière, était assise l'auguste Reine du ciel. Le chœur d'Anges, continuant ses chants, modifia ainsi le texte du Sanctus : « O Dieu ! dont la sainteté se révèle dans le sanctuaire de la glorieuse Vierge Marie, ayez pitié de nous. Béni soit le Fils de Marie, qui descend ici, lui qui règne dans les siècles éternels ». A l'Agnus Dei, les voix répétèrent trois fois : « Agneau de Dieu, ayez pitié des vivants qui croient en vous, ayez pitié de nous. Agneau de Dieu, ayez pitié des fidèles trépassés qui reposent dans la sainte espérance, ayez pitié de nous. Agneau de Dieu, donnez la paix aux vivants et aux morts qui règnent avec vous dans l'éternité bienheureuse, donnez-nous la paix ». A ces paroles : Que le Seigneur soit avec vous (Dominus vobiscum), les Anges répondirent : « Le Seigneur est porté sur les ailes des Séraphins, il pénètre les profondeurs des abîmes ».

Cependant les heures s'écoulaient, le moment fixé pour la consécration était passé depuis longtemps, les prêtres, les religieux, les pèlerins, une multitude de gens accourus pour cette circonstance, attendaient avec impatience et se demandaient pourquoi un si long retard. L'évêque Conrad priait toujours à la même place, perdu dans une religieuse extase. Enfin on alla l'avertir et on entendit alors de sa bouche le récit de ce qu'il avait vu. On crut d'abord qu'il était sous l'illusion d'un songe et on le pressa de commencer les cérémonies de la consécration. Mais à peine était-on rangé au pied de l'autel qu'on entendit résonner sous la voûte une voix mystérieuse qui répéta par trois fois : « Cessez, mon frère, cessez : la chapelle a été consacrée divinement ». Tous les assistants se prosternèrent le front contre terre, et on reconnut que la vision du saint évêque était bien réelle et que la sainte chapelle était bénie, consacrée, sanctifiée par Jésus-Christ, assisté de ses Saints et de ses Anges.

Conrad, témoin oculaire de l'intervention miraculeuse du ciel, et bien digne de foi dans son affirmation, a rendu compte dans divers écrits de tout ce qui s'était passé. Les calendriers d'Einsiedeln, remontant à l'époque la plus reculée, indiquent tous pour le 14 septembre la fête de la Consécration miraculeuse, célébrée chaque année avec grande pompe en souvenir de la première consécration. Le peuple a conservé à cette fête le nom de Engelweihe « Consécration angélique ».

Seize ans après, Conrad, Ulric et beaucoup d'autres princes et évêques, ayant accompagné l'empereur dans un voyage à Rome, rendirent, en présence de l'empereur Othon et de son épouse Adélaïde, un témoignage solennel au pape Léon VIII de l'événement miraculeux dont ils avaient été témoins. Ils ajoutèrent à leur déposition une attestation par écrit que le souverain Pontife inséra dans la bulle de confirmation. Cette bulle commence ainsi : « Nous, Léon, etc., faisons savoir à tous les fidèles présents et à venir, enfants de la sainte Église, que notre vénéré frère Conrad, évêque de Constance, nous a attesté en présence de notre cher fils l'empereur Othon, de son épouse Adélaïde et de plusieurs autres princes, qu'il était allé, l'an de Notre-Seigneur Jésus-Christ 948, le 14 septembre, en un lieu appelé l'Ermitage de Meinrad, pour y consacrer une église en l'honneur de l'incomparable Mère de Dieu, toujours Vierge... » Puis vient le récit de tout ce que nous avons rapporté. Le pape défend ensuite à tout évêque de renouveler jamais la consécration de la chapelle.

Cette confirmation authentique a été approuvée par les souverains Pontifes qui se sont succédés depuis Léon VIII jusqu'à Pie VI.

Les ecclésiastiques et les pèlerins qui avaient été témoins de la consécration angélique, de retour dans leur pays, racontèrent ce qu'ils avaient vu et entendu. C'est ainsi que dans les contrées les plus lointaines on eut connaissance du miracle ; aussi la foule des pèlerins alla-t-elle en augmentant, et les grâces nombreuses qu'on obtenait dans le sanctuaire vénéré furent une preuve nouvelle que le Seigneur avait abaissé son regard de bénédiction sur l'Ermitage de Meinrad.

Nous ne pouvons raconter tous les miracles qui, depuis mille ans, s'opèrent à Notre-Dame d'Einsiedeln. Nous en rapporterons seulement trois, qui sont arrivés de notre temps et dans notre France.

Monsieur l'abbé Ganeval, qui a bien voulu donner ses soins à la traduction de l'ouvrage allemand que nous résumons, écrit ce qui suit : Mon père, Claude-Alexis Ganeval, négociant à Levier, chef-lieu de canton au département du Doubs, avait épuisé toutes les ressources de l'art pour obtenir la guérison de Françoise-Caroline, la plus jeune de ses filles, âgée de trois ans et frappée depuis deux ans d'une cécité incurable. Les yeux étaient totalement fondus. N'ayant plus de confiance qu'en Notre-Dame des Ermites, il prit le bâton de pèlerin, sur la fin du mois de mars 1831. À l'heure même où il étendait ses mains suppliantes vers la sainte image, à cinq heures du matin, la petite aveugle se réveillait avec des yeux d'une beauté remarquable, qui lui ont attiré une foule de visites jusqu'à sa mort, arrivée en 1843. Des milliers de personnes peuvent signer aujourd'hui la vérité de ce miracle. Nous ne citerons qu'un seul témoignage, celui de Sa Grandeur Monseigneur Caverot, évêque de Saint-Dié.

Marie-Françoise Pétitot, née à Neuchâtel, et demeurant dans un petit hameau de la paroisse de Pont-de-Roide, département du Doubs, avait été, à l'âge de onze ans, saisie d'une frayeur si violente qu'elle en avait gardé une infirmité effrayante. Ses pieds, selon l'expression d'une femme qui l'avait accompagnée à Luxeuil et à Bourbonne, étaient si étroitement collés à ses cuisses, qu'une goutte d'eau n'aurait pu y passer. En vain on lui prodigua les soins les plus éclairés, on ne pouvait ramener la circulation du sang dans les jambes. Pour s'assurer du fait, le docteur Marcou enfonça dans les chairs une épingle jusqu'à la tête, la malade n'en éprouva aucune sensation, et il ne sortit de la blessure qu'une eau rougeâtre. La paralysie ne pouvait être plus complète et résistait à tous les efforts de l'art. Il y avait trente-deux ans que Françoise Pétitot était ainsi enchaînée par une infirmité si cruelle dans son lit ou sur une chaise, qui était son moyen ordinaire de locomotion, comme cela est d'usage pour les petits enfants. Plus d'une fois elle avait soupiré après le bonheur de faire partie de ces nombreuses bandes de pèlerins qui partent chaque année des montagnes du Doubs. Enfin son vœu put être réalisé. Le 11 mai 1850, elle se mit en route dans une petite voiture traînée par un âne, et arriva sous les murs de l'abbaye le 18, veille de la Pentecôte. Le lendemain, elle se fit transporter à l'église, pour assister à la sainte messe. Tout à coup, au moment de l'élévation, elle sentit ses jambes se dégager peu à peu et revenir à l'état normal ; aussitôt elle se leva, puis elle se prosterna de nouveau pour donner un libre cours à ses larmes d'actions de grâces. La messe finie, elle rentra à son hôtel, étant soutenue par ses deux compagnes, parce qu'elle ne savait plus faire usage d'une faculté dont elle était restée privée depuis tant d'années. Ce miracle en rappelle un autre avec lequel il a un trait frappant de ressemblance, celui de la guérison d'un paralytique à la porte du temple de Jérusalem. Nous lisons dans le livre des Actes des Apôtres que cet homme, voyant saint Pierre et saint Jean monter au temple, leur demanda l'aumône ; saint Pierre lui dit : Lève les yeux sur nous ; puis il ajouta : Je n'ai ni or ni argent : mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus de Nazareth, lève-toi et marche. Et, le prenant par la main droite, il le fit lever, et aussitôt il fut affermi sur ses pieds : il sauta de joie et marcha avec ses deux bienfaiteurs dans le temple, ne pouvant contenir les sentiments de sa reconnaissance et louant le Très-Haut. — Cependant Françoise Pétitot resta encore trois jours à Einsiedeln, puis elle reprit, comblée de joie, le chemin de son pays. Mais la nouvelle de sa guérison l'y avait précédée ; le 29 mai, les habitants de la commune firent une heure de marche à sa rencontre, en adressant au ciel des hymnes d'actions de grâces avec les signes de la plus vive allégresse. Depuis ce temps, Françoise Pétitot vient chaque année devant la sainte chapelle le jour anniversaire de sa guérison miraculeuse. Elle a fait son onzième pèlerinage.

Dieu n'a pas permis que le commencement du millième anniversaire de la fête de saint Meinrad fût stérile en marques merveilleuses de la protection de Notre-Dame. Cette année de grâce et de Jubilé a vu une guérison du genre de la précédente, qui est racontée dans la lettre suivante, écrite à Brunschofen, près de Wyl, au canton de Saint-Gall, et portant la date du 9 mars 1861.

Il m'est singulièrement agréable, mon cher oncle, d'avoir à vous communiquer une nouvelle qui met tout le pays dans la joie. Un enfant de Gail, Pancrace Schafhauser, âgé d'environ huit ans, était depuis plusieurs mois tellement malade qu'il ne pouvait faire un seul pas et qu'il était couché nuit et jour sur son lit de douleur. Ses jambes étaient recourbées, et il se traînait péniblement sur ses pieds et ses mains. La science humaine avouait son impuissance. Un docteur renommé, M. W..., de Wyl, regardait la cruelle infirmité de l'enfant comme incurable. Ses parents, ayant perdu tout espoir, offraient à Dieu leur sacrifice et se résignaient au chagrin d'avoir toujours sous les yeux un pauvre estropié. Cependant quelqu'un de cette famille, un homme de foi robuste et de grande piété, demeurant à Oberwangen, s'adjoignit pour compagnon de voyage le frère et la sœur du malade, et se rendit avec eux à Einsiedeln, en traversant le Hornliberg, encore couvert de neige. Tous trois adressèrent à Notre-Dame de ferventes prières, s'approchèrent des sacrements et suspendirent aux grilles de la sainte chapelle un ex-voto représentant le malade. C'était le mercredi 6 mars, à huit heures du matin, qu'ils accomplissaient ce dernier acte de dévotion. Au même instant, à la même heure de ce jour, l'enfant se leva, marcha jusqu'à la chambre de sa mère, alitée depuis quelques jours, et lui tendit les mains en disant : « Mère, vois donc, je puis marcher ! » La joie fut à son comble dans la maison, les voisins accoururent en criant au miracle.

Après-midi, le docteur W... fit visite à la mère ; mais quel ne fut pas son étonnement lorsqu'il vit venir au-devant de lui le jeune Pancrace qui lui tendait la main : « Comment », s'écria-t-il, « tu peux marcher ? c'est incroyable ! » A ceux qui lui racontèrent l'intervention du pèlerinage, il répondit : « Voilà, ça apprend à prier ». Aujourd'hui l'heureux enfant fréquente l'école, et se montre assidu à l'église, comme avant sa maladie.

Maintenant, pour donner aux lecteurs une idée de la foule qui accourt chaque année à ce pèlerinage, nous nous contenterons de leur faire remarquer que, dans les trois derniers siècles, on a compté en moyenne, dans la sainte chapelle d'Einsiedeln, « cent cinquante mille communions par an ». Ce pèlerinage est desservi par un couvent de Bénédictins qui se compose de quatre-vingt-dix-sept membres, dont soixante-quatre prêtres, dix-huit clercs et quinze frères convers. La paroisse qu'ils administrent est d'environ sept mille âmes, sur la haute plaine d'Einsiedeln, sans compter plusieurs villages et hameaux disséminés dans les environs, et même jusqu'au bord du lac de Zurich, aux rives du lac de Constance, et aux confins du Vorarlberg. Environ deux cents élèves reçoivent dans le collège du monastère une instruction aussi variée que solide.

Les Pères sont aussi chargés de l'administration de plusieurs couvents de femmes situés aux environs. Mais leur plus grande occupation est d'administrer les sacrements et de prodiguer les pieuses exhortations à cette foule de pèlerins qui les assiègent sans cesse. Puissent ces quelques pages que nous avons été heureux de consacrer à saint Meinrad et au sanctuaire de Marie, conduire quelques fidèles aux lieux où se sont déjà agenouillés sainte Elisabeth de Hongrie, saint Nicolas de Flue, saint Charles Borromée, le bienheureux Benoît-Joseph Labre et tant d'autres serviteurs de Dieu.

On représente saint Meinrad assassiné dans sa cellule; sous le costume d'ermite et priant. — Le monastère de Notre-Dame des Ermites a placé, dans son blason, les deux corbeaux compagnons du Saint pendant sa vie, et révélateurs de sa mort tragique.

Pour plus de détails nous renvoyons à la Vie de saint Meinrad, par le R. P. Dom Charles Brandes, que nous avons tantôt résumée et tantôt reproduite intégralement.

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## SAINT PUBLIUS, ÉVÊQUE D'ATHÈNES (IIe siècle).

Denys, évêque de Corinthe, nous apprend que saint Publius succéda à Denys l'Aréopagite dans l'église d'Athènes, et nous lisons dans Eusèbe et dans saint Jérôme qu'il fut remplacé lui-même par Quadratus. Selon quelques-uns, ce Publius serait le fils de ce magistrat de l'île de Malte que saint Paul guérit de la dysenterie. Adon n'hésite pas à professer cette opinion dans son Martyrologe.

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## SAINT AVIT II, 29e ÉVÊQUE DE CLERMONT EN AUVERGNE (689).

Ce saint prélat, qui appartenait à l'illustre famille des Avit, fut élevé à l'épiscopat après saint Prix (ou Project), l'an 679. Sa science égalait ses vertus. Son premier et principal soin fut d'orner les lieux consacrés à Dieu. Son prédécesseur avait eu la grande et belle pensée d'édifier une église en l'honneur de chaque martyr d'Auvergne, et en avait commencé la réalisation : Avit la continua. Il fit bâtir, entre autres, le monastère de Volvie pour honorer le tombeau de saint Prix et de ses compagnons martyrs, saint Amarin et saint Allyon. Il y transféra aussi les reliques de saint Austremoline après la ruine du monastère de Saint-Pierre-d'Issoire. Il s'employa avec beaucoup de zèle à former un bon clergé, et à semer le grain par la foi dans toute l'étendue de son diocèse. Les fidèles répandirent toutes les larmes de leurs yeux quand ils virent que le saint évêque ne quitterait son lit que pour prendre le chemin du tombeau. Il rendit à Dieu son âme riche de bonnes œuvres et digne de mille couronnes après dix ans d'un laborieux épiscopat. 689. Il fut enterré dans l'église de Saint-Vénérand, à côté de 6286 corps saints dont les âmes étaient parties de ce monde pour aller droit au ciel. Quelque temps après, ses reliques furent transférées dans l'église de Saint-Allyre.

De nos jours le diocèse de Clermont célèbre encore sa fête sous le rite double, le 21 février.

Cf. J. Branche, t. I, p. 153; Grég. de Tours, et Propre de Clermont, 1866.

Événements marquants

  • Naissance en Souabe au VIIIe siècle
  • Études au monastère bénédictin de Reichenau
  • Ordination comme diacre en 821, puis prêtre
  • Profession monastique en 822
  • Retraite au mont Etzel en juin 828
  • Installation dans la forêt sombre (Einsiedeln) vers 835
  • Assassinat par deux brigands le 21 janvier 861

Miracles

  • Apparition d'un ange pour chasser les démons
  • Apprivoisement d'animaux sauvages (ours, aigles, corbeaux)
  • Cierge s'allumant miraculeusement après sa mort
  • Poursuite des assassins par les deux corbeaux
  • Consécration angélique de la chapelle en 948

Citations

Cessez, mon frère, cessez : la chapelle a été consacrée divinement

— Voix mystérieuse entendue par l'évêque Conrad

Date de fête

21 janvier

Époque

9ᵉ siècle

Décès

21 janvier 861 (martyre)

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

guérison de la cécité, guérison de la paralysie

Autres formes du nom

  • Meginrad (de)

Prénoms dérivés

Meinrad, Meginrad

Famille

  • Berthold (père)
  • Fille du comte de Sülchen (mère)
  • Erlebad (grand-oncle)