Saint Robert ou Rigobert

Archevêque de Reims

Fête : 4 janvier 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Archevêque de Reims au VIIIe siècle, Rigobert fut un modèle de discipline ecclésiastique et de charité. Bien qu'ayant baptisé Charles-Martel, il fut chassé de son siège par ce dernier pour être resté fidèle à la légitimité royale. Il finit sa vie dans la prière et la pauvreté à Gernicourt.

Biographie

SAINT ROBERT OU RIGOBERT,

ARCHEVÊQUE DE REIMS

*Oportet episcopum... esse... non iracundum... non turpis lucri cupidum.* *Il faut qu'un évêque soit doux et désintéressé.* *Ep. ad Tit., 1, 7.*

Ce prélat est d'autant plus admirable, qu'il a vécu dans un temps où la sainteté était plus rare, et où l'empire du vice était plus puissant et plus étendu, sous nos derniers rois de la première race. Il naquit dans le pays des Francs Ripuaires, devenu plus tard le duché de Juliers, vers le milieu du VIIᵉ siècle. Son père, appelé Constantin, était d'une ancienne famille des Ripuaires. On ne dit pas le nom de sa mère ; mais seulement qu'elle était de race franque et du territoire de Porçain, à l'embouchure de la Somme. Comme ils remarquèrent en leur fils de fortes inclinations pour la piété, ils le firent élever dans l'abbaye d'Orbais, fondée par saint Réol, archevêque de Reims, leur neveu. Ce fut dans cette académie qu'il devint savant dans la science des Saints, et qu'il se forma à l'exercice des vertus les plus héroïques. Il y fit profession de la règle de saint Benoît, et la garda avec tant d'exactitude, qu'étant encore fort jeune, il pouvait servir d'exemple aux vieillards. Il priait sans cesse, ne parlait jamais sans nécessité, et joignait, à une prudence et à une sagesse extraordinaires, une si grande bonté, qu'il gagnait facilement le cœur des personnes avec qui il conversait. Ces belles qualités furent cause qu'il fut élevé aux plus grandes charges. Il commença par le gouvernement du monastère d'Orbais, d'où il fut tiré l'an 698, pour être sacré archevêque de Reims, en la place de saint Réol, son cousin germain (698).

Comme il revêtit cette importante charge avec l'esprit de Jésus-Christ, il ne faut pas s'étonner s'il y fût singulièrement aimé et révéré par tout le monde. Les bons le chérissaient, parce qu'ils trouvaient en lui un modèle parfait, un guide fidèle et un puissant protecteur ; les impies le craignaient, parce qu'ils voyaient bien qu'il n'avait des yeux que pour la justice et qu'il les fermait à toutes les considérations humaines ; cela lui donnait une grande liberté pour les reprendre et pour les punir. Son zèle pour la sanctification de son peuple était extrême, et il n'épargnait rien pour une œuvre si digne de la vigilance épiscopale. Il maintenait les justes dans le bien, en les menaçant de grands châtiments s'ils abandonnaient la justice ; et attirait les pécheurs à la pénitence, en leur promettant la miséricorde de Dieu, et l'oubli de leurs crimes, s'ils se convertissaient et retournaient à lui de tout leur cœur. Il intimidait ainsi les uns, de peur qu'ils ne présumassent d'eux-mêmes, et il animait les autres, de crainte qu'ils ne se jetassent dans le désespoir. Par ce moyen, il a ramené dans sa bergerie plusieurs ouailles égarées, et élevé à la perfection beaucoup de personnes qui se contentaient d'une vie commune.

Son application principale fut de réformer les ecclésiastiques de son diocèse. Pour cet effet, il rétablit les ordonnances de ses prédécesseurs touchant la discipline du clergé, et rendit, par sa vigilance, le chapitre de sa cathédrale un des plus réguliers qui fussent alors en France. Comme la plupart des biens de ce chapitre étaient aliénés, il eut grand soin de les recouvrer, afin que les chanoines eussent un revenu suffisant pour leur subsistance, et que la pauvreté ne leur servît plus de prétexte pour négliger le service divin. Il leur acheta même, de ses propres deniers, plusieurs domaines, et fit des échanges très-utiles en leur faveur. Il leur assigna l'église de Saint-Bilaire pour leur sépulture, établit entre eux une trésorerie commune, et gagna des serviteurs afin de pourvoir à tous leurs besoins, avec une si belle économie que, sans sortir de leur cloître, ils trouvaient tout ce qu'ils auraient pu chercher ailleurs.

Pépin d'Héristal, dit le Gros, qui gouverna la France en qualité de maire du Palais, sous les règnes de Clovis III (691), Childebert III (695), et Dagobert III (741), était intime ami de ce grand archevêque, et lui en donna de nombreux témoignages en diverses rencontres. Un jour qu'il était venu à une maison de campagne, près de Reims, au village de Gernicourt, pour se divertir à la chasse, le Saint, avec sa courtoisie ordinaire, lui envoya quelques rafraîchissements, et le vint saluer. Pépin, voulant reconnaître cette générosité par un don considérable, le pria instamment de lui dire ce qu'il souhaitait pour sa personne et pour son église, lui assurant que c'était le plus sensible témoignage d'amitié qu'il lui pouvait donner. Le Saint, pour le satisfaire, lui demanda la maison où il était alors, qui n'était pas de grand prix, mais tout à fait à sa convenance. Pépin la lui accorda bien volontiers, et lui dit qu'outre cela il lui donnait tout autour autant de terre qu'il en pourrait marquer en se promenant durant son repos d'après-midi. Le Saint accepta ce don et en traça aussitôt les limites, en marchant autour de cette maison. On rapporte à ce sujet une chose digne de remarque : les vestiges de l'homme de Dieu demeurèrent, dit-on, imprimés dans tout le circuit ; l'herbe sur laquelle il avait marché ne séchait jamais ni en hiver ni en été, et ce petit héritage, dont il avait acquis la possession, était tellement favorisé du ciel, que ni la grêle, ni la foudre ne l'endommageaient. La mémoire s'en conserve encore dans ce village. On vit bientôt que l'archevêque, par la demande de ce lieu, n'avait pas eu dessein de s'enrichir, puisqu'aussitôt qu'il en fut le maître, il en donna la propriété à son église, pour faire partie de la mense épiscopale.

Son zèle pour le temporel de la maison de Dieu n'était rien en comparaison de celui qu'il avait pour le spirituel. C'était un second saint Paul qui embrassait, dans la vaste étendue de sa charité, le soin de tous les fidèles, particulièrement de ses domestiques, auxquels le premier rang appartient, selon les règles de la justice. Il était toute chose à chacun d'eux, et se mesurait à leur faiblesse pour les en relever plus efficacement. Cette conduite était admirée de tout le monde, et c'était une des principales raisons qui avaient si fort convaincu Pépin du mérite extraordinaire de ce grand homme. Il voulut que son fils, Charles-Martel, reçût la qualité d'enfant de Dieu par son ministère : il lui confia même son éducation, espérant qu'un jour il succéderait à l'estime et à l'affection qu'il avait pour lui. Mais les bonnes intentions du père ne furent pas secondées par le fils, et autant le premier l'avait honoré, autant le second le persécuta. En voici le sujet. Après la mort de Pépin, arrivée sous Dagobert III, en 714, ce roi, et ensuite Chilpéric II, son successeur, donnèrent la charge de maire du Palais à un seigneur nommé Rainfroy à la demande des seigneurs de Neustrie ; Charles-Martel, qui y prétendait comme fils de Pépin d'Héristal, fit de grands armements pour s'en mettre en possession. Le saint archevêque demeura fidèle au roi, comme à son prince légitime, et, quoiqu'il eût de très-grandes obligations à Pépin, quoiqu'il eût baptisé et élevé son fils, il préféra les intérêts de sa conscience à ses inclinations particulières. Lorsque Charles-Martel se présenta aux portes de Reims, sous prétexte de vouloir faire sa prière dans l'église de Notre-Dame, Rigobert lui en refusa généreusement l'entrée et lui répondit que puisque lui Charles, et Rainfroy, maire d'Austrasie, se disputaient le gouvernement, il n'ouvrirait les portes de la ville qu'à celui en faveur duquel le ciel se déclarerait par la victoire. Charles-Martel en fut si offensé, qu'étant devenu maître de Reims, après trois batailles gagnées contre le roi et Rainfroy, il chassa saint Rigobert de son siège, sans aucun jugement ecclésiastique, et, de son autorité, lui fit substituer, au grand scandale de l'Église, un nommé Milon, très-indigne de cette charge, et qui n'était encore que tonsuré. Ce Milon, fils de saint Lutwin, mort évêque métropolitain de Trèves le 29 septembre 713, ne voulut ressembler à son père que par son titre qu'il s'arrogea comme par droit de succession. Pasteur mercenaire, il ne rechercha dans les dignités ecclésiastiques que les biens qui y étaient attachés.

Ce fut pour notre Saint une grande douleur de voir que son peuple avait un loup pour le conduire, au lieu d'un véritable pasteur ; mais d'ailleurs, il eut bien de la joie de se voir décharger d'un fardeau qui lui avait toujours paru infiniment redoutable. Il se retira en Gascogne, en attendant que l'orage cessât, ou que son bannissement prît fin avec sa vie. Son exercice ordinaire était l'oraison et la visite des églises et des reliques des saints Martyrs. Il arriva une chose qui découvrit son mérite et sa dignité. Un jour qu'il priait dans un lieu où étaient deux cloches que l'on avait enlevées de son église, ces cloches devinrent muettes et ne purent plus rendre aucun son. Le curé, bien étonné, s'adresse au Saint, lui demande son nom, et d'où venait le silence de ces cloches. Cette rencontre l'obligea de parler, et d'apprendre à tous les assistants que ces cloches appartenaient à Saint-Pierre de Reims ; pour preuve de la vérité, il les sonna facilement, ce qui fut cause de leur restitution ; et l'éminente vertu de saint Rigobert continua à faire du bruit dans la province.

Milon, usurpateur de son siège, ayant été chargé par le duc Charles d'une ambassade en Gascogne, y trouva saint Rigobert vers l'an 732 et lui proposa de revenir à Reims, où il s'engageait à lui restituer l'évêché, à la condition que Rigobert lui cédât les terres qu'il possédait de son patrimoine. Le pieux pontife le lui promit d'abord, mais, étant revenu à Reims, il craignit que cette convention ne fût point assez canonique, quoiqu'il ne l'eût faite que pour racheter une injuste vexation. Il déclara à Milon qu'il avait donné tout son bien à son église et qu'il ne pouvait plus en disposer en faveur d'un autre. L'évêque intrus ne lui rendit donc pas son siège. Rigobert se contenta de lui demander un autel de la sainte Vierge dans l'église Notre-Dame de Reims, afin qu'il pût y célébrer les saints mystères ; cela seul suffirait à son repos et à son bonheur. Milon, qui se souciait fort peu du spirituel, le lui accorda sans peine, et le saint évêque alla demeurer au village de Gernicourt (aujourd'hui diocèse de Soissons), dans la maison de campagne que Pépin lui avait donnée ; là il vécut pauvre, solitaire et haï du ministre d'État, mais fort respecté de son peuple. Il visitait souvent la sainte Vierge dans sa sainte maison, se soulageant de ses peines auprès d'elle, et lui demandant la grâce de souffrir sans murmure jusqu'à la mort. De là il entrait dans les églises de Saint-Maurice et de Saint-Remy, et dans les autres lieux de dévotion de la ville, employant le jour à ces exercices de piété, et retournant le soir dans sa solitude, jusqu'à ce que Notre-Seigneur, qui l'avait purifié par une si longue suite d'épreuves, le retira du monde pour couronner sa patience. Les auteurs ne s'accordent pas sur l'année de sa mort ; les uns la mettent en 773, d'autres en 749 ; d'autres, en plus grand nombre et avec plus de probabilité, le 4 janvier de l'an 743.

On lui rendit de grands honneurs funèbres. Tout le clergé et le peuple de Reims se trouvèrent à son enterrement, et son corps fut déposé à Gernicourt, dans l'église de Saint-Pierre, qu'il avait fondée, et placé à droite du grand autel, où il se fit dans la suite de nombreux miracles. On remarque la guérison de trois boiteux ; celle d'une femme aveugle qui y recouvra la vue, et de plusieurs autres malades qui s'en retournèrent chez eux en parfaite santé. On a vu plusieurs fois, pendant la nuit, une lumière éclatante sur son tombeau, et l'on y entendait, en même temps, des concerts si ravissants, qu'il était aisé de voir qu'ils étaient formés par les anges. Un religieux, qui avait une fluxion à la joue, envoya un clergé pour brûler devant les reliques du Saint, et aussitôt il fut soulagé et se trouva en état d'aller rendre ses hommages à un si puissant médecin. Il est particulièrement invoqué pour le mal de dents.

On représente saint Rigobert 4ᵉ accompagné d'une oie. On prétend que cet oiseau s'offrit à lui dans un voyage et le suivit depuis fidèlement comme un chien ; 2ᵉ adressant des remontrances à Charles-Martel.

Ses saintes reliques ont eu plusieurs translations. La première fut faite, l'an 864, par Hincmar, un de ses successeurs à l'archevêché de Reims, au monastère de Saint-Thierry, à deux lieues de la ville, où il continua d'opérer de grands prodiges. La seconde eut lieu dans l'église de Saint-Denys de

LA BIENHEUREUSE ANGÈLE DE FOLIGNO, VEUVE. 121

Reims, qu'il avait consacrée pendant sa prélature ; et, ce jour-là, une femme aveugle et un homme sourd y furent guéris. Il a été encore transporté plusieurs autres fois. Car, comme il fallut abattre cette église de Saint-Denys pour faire un nouveau mur à la ville, on le mit dans l'église de Notre-Dame : et, peu de temps après, on le porta dans un bourg de Vermandois, où il fut déposé dans une église de Saint-Martin. De là il a été rapporté dans l'église de Saint-Denys, rebâtie par les soins et aux frais des chanoines de Reims. Enfin, ces précieuses dépouilles ont été divisées : car sa chasse était avant 93 dans la cathédrale de Reims, et l'on conservait quelques-uns de ses ossements dans cette église de Saint-Denys aussi bien que dans le trésor de la cathédrale de Paris.

A Gernicourt, on a toujours un souvenir bien présent de saint Rigobert. Le chemin vert existe toujours, il y a de plus une fontaine ; et dans le pays personne ne se rappelle avoir vu grêler ou faire des orages.

La cathédrale de Reims possédait autrefois bien des souvenirs de ce saint archevêque :

1° Sur le grand autel, une chasse ou fierte, ornée de figures d'argent doré, exécutées aux frais de Guillaume Fillastre, doyen de l'église de Reims, et cardinal du titre de Saint-Marc, en 1427 (détruite depuis 93) ;

2° Une chapelle qui lui est dédiée ;

3° Un puits où le clergé autrefois se rendait en procession.

Sa vie a été écrite par un clerc de l'église de Reims dont on ignora le nom. Surius l'a abrégée, et Bollandus la rapporte tout au long. Tous les Martyrologes marquent sa fête. Fiodoert, Rigobert, Colvéniotus, Hugues Ménard et autres en font mémoire ; et la savante religieuse qui a composé l'Année bénédictine fut a donné place parmi les Saints de son Ordre. Voyes encore Gallia Christ. nom. t. IX, col. 24 ; M. Anquetil, chano. régul. de la congr. de Fr., Hist. civ. et pol. de la ville de Reims, t. IV, p. 73.

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Événements marquants

  • Naissance chez les Francs Ripuaires au milieu du VIIe siècle
  • Éducation et profession monastique à l'abbaye d'Orbais
  • Sacre comme archevêque de Reims en 698
  • Baptême et éducation de Charles-Martel
  • Exil en Gascogne suite au conflit avec Charles-Martel
  • Retraite finale au village de Gernicourt

Miracles

  • Empreintes de pas indélébiles marquant les limites de Gernicourt
  • Protection miraculeuse des terres contre la grêle et la foudre
  • Cloches de Reims devenues muettes en sa présence lors de son exil
  • Guérisons de boiteux, d'aveugles et de sourds sur son tombeau

Citations

Il n'ouvrirait les portes de la ville qu'à celui en faveur duquel le ciel se déclarerait par la victoire.

— Réponse à Charles-Martel

Date de fête

4 janvier

Époque

7ᵉ siècle

Décès

4 janvier 743 (probable) (naturelle)

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

mal de dents

Autres formes du nom

  • Robert (fr)
  • Rigobertus (la)

Prénoms dérivés

Robert, Rigobert

Famille

  • Constantin (père)
  • Saint Réol (neveu ou cousin germain)