Saint Philastre de Brescia

Évêque de Brescia et écrivain ecclésiastique

Fête : 18 juillet 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque de Brescia au IVe siècle, Philastre fut un défenseur ardent de l'orthodoxie contre l'arianisme, parcourant l'Empire pour prêcher. Auteur d'un célèbre Traité des Hérésies, il était admiré par saint Ambroise et saint Augustin pour son humilité profonde et son détachement des biens terrestres. Il mourut avant 397, laissant derrière lui une Église de Brescia transformée par son zèle apostolique.

Biographie

SAINT PHILASTRE,

ÉVÊQUE DE BRESCIA EN ITALIE ET ÉCRIVAIN ECCLÉSIASTIQUE

« Quisquis cupit divinitatis tenere fastigium, humilitatis una sectetur. »

« Quiconque aspire aux sublimes hauteurs de la divinité doit marcher dans les plus bas sentiers de l'humilité. »

S. Amb., serm. X.

Nous ne connaissons ni le pays ni la famille de saint Philastre; mais nous savons qu'à l'exemple d'Abraham, il quitta sa patrie, sa parenté et la maison de son père, et se dépouilla de tous les embarras du siècle pour suivre Jésus-Christ, qu'il prit pour son partage. Il vécut dans une continence très-exacte, passant les nuits à étudier les divines Écritures, et se remplit ainsi de tous les trésors de la science céleste qui sont cachés en Jésus-Christ.

Ordonné prêtre et établi dispensateur de la parole divine, il parcourut presque toutes les provinces de l'empire, allant même par les villages et les maisons de la campagne pour y prêcher la vérité et y combattre non seulement les Juifs et les païens, mais encore toutes les hérésies, surtout celle des Ariens, dont la fureur se rendait alors redoutable dans toute l'Église. Il fit paraître dans cette fonction une foi si fervente, qu'il endura même le fouet et porta imprimées sur son corps les marques de Jésus-Christ.

Il fut à Milan un fidèle gardien du troupeau de Jésus-Christ avant que saint Ambroise en eût été évêque, et il s'opposa avec vigueur à Auxence, arien, qui s'était intrus dans l'église de Milan, et y prenait le titre d'évêque parmi ceux de la secte. Saint Philastre demeura aussi un temps considérable à Rome, où il convertit un grand nombre de personnes à la foi par les discours qu'il faisait tant en public qu'en particulier.

Après avoir parcouru tant d'endroits pour sauver les âmes, il s'arrêta à Brescia dont il fut le septième évêque. Cette ville, lorsqu'il en prit le soin, était comme toute sauvage et dans l'ignorance de la science spirituelle; mais elle souhaitait d'être cultivée et instruite dans les voies du salut. Le saint évêque commença donc à y travailler; il en déracina diverses erreurs et cultiva cette terre avec tant d'effort et d'assiduité, qu'elle devint fertile en bonnes œuvres.

Il sut, dit saint Gaudence, allier une douceur admirable avec l'ardente ferveur dont son âme était embrasée pour la gloire de Dieu. Sa profonde humilité donnait de l'éclat à la sublimité de son savoir. Parfaitement instruit des choses du ciel, il ignorait presque entièrement celles de la terre. Insensible à la gloire qui vient des hommes, il s'appliquait uniquement à faire rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû. Détaché de ses propres intérêts, il ne cherchait que ceux de Jésus-Christ, ne se mettant en peine ni des bonnes grâces ni de la faveur du monde. Toujours appliqué au service de Dieu et à lui gagner les hommes, plein de mépris pour tout ce que le monde estime comme rare et précieux, il se plaisait par une charitable ambition à enrichir les pauvres marchands qui trafiquent des choses les plus communes en les leur payant avec prodigalité, comptant pour peu de ne faire l'aumône qu'à ceux qui font profession de mendier. Il étouffait tout mouvement de colère dans sa naissance : il était toujours prêt à pardonner les injures. Il excellait en patience et gagnait les cœurs par sa douceur. Embarrassé quand il fallait punir, il ne délibérait point quand il s'agissait de pardonner. Se communiquant avec une bonté surprenante à toutes sortes de personnes de tout âge, de tout sexe, de toute condition, il ne distinguait par une amitié particulière que les personnes les plus viles, les plus méprisables en apparence. Ses habits étaient très-communs, mais propres. Il plaisait, mais sans artifice. Il était négligé, mais sans affectation; enfin, dans un extérieur nullement étudié, il découvrait toute la pureté intérieure de son âme.

L'an 381, saint Philastre se trouva au concile d'Aquilée avec plusieurs évêques du vicariat d'Italie, et concourut avec eux à la condamnation de Pallade et de Secondien, tous deux évêques ariens, et d'Attale, prêtre du même parti, qui s'était aussi trouvé à ce même concile.

Saint Augustin étant à Milan en 384, y vit saint Philastre. C'est la dernière fois qu'il est parlé de lui dans l'histoire, et peut-être ne vécut-il pas longtemps depuis : du moins est-il certain qu'il mourut avant l'an 397, puisque saint Ambroise, qui mourut cette année-là, avait établi saint Gaudence évêque de Brescia en la place de saint Philastre. Parmi les disciples de ce saint évêque, nous en connaissons deux qui se sont rendus remarquables dans l'Église par leur vertu, saint Gaudence, qui fut son successeur, et Bénevole, officier de Valentinien, qui, avant même d'être baptisé, aima mieux perdre sa charge que de dicter contre l'Église catholique un rescrit donné par ordre de l'impératrice Justine. Saint Gaudence, qui rapporte ce trait d'histoire, dit que Bénevole fit voir, par cette constance à défendre la foi, qu'il avait été instruit par la doctrine admirable de Philastre, cet homme qui se rendait en toutes choses l'imitateur des Apôtres. Ce Saint solennisait tous les ans avec son peuple le jour auquel saint Philastre, son maître, avait quitté la terre pour aller jouir de Dieu, et il ne manquait pas ce jour-là de faire l'éloge de ses vertus. De tous ses discours il ne nous en reste qu'un, qu'il prononça la quatorzième année de son épiscopat. C'est là qu'il appelle la voix de saint Philastre une voix très-savante qui, se faisant entendre de tous côtés dans l'église de Brescia, l'avait fondée par la grâce du Saint-Esprit dans la foi de l'adorable Trinité, l'avait établie dans une vraie espérance, l'avait affermie dans une parfaite charité, l'avait élevée aux vertus du Christianisme et l'avait laissée dans la paix de Jésus-Christ.

## ÉCRITS DE SAINT PHILASTRE.

Nous avons de saint Philastre un Traité des Hérésies, dans lequel il en compte vingt-huit qui ont paru dans le judaïsme avant Jésus-Christ, et cent vingt-huit depuis sa naissance.

Les principales hérésies qui ont paru avant la venue de Jésus-Christ, selon saint Philastre, sont : celle des Ophites, qui adoraient le serpent, comme nous ayant donné le premier la connaissance du bien et du mal; celle des Caïnites, c'est-à-dire ceux qui louaient Caïn d'avoir tué son frère Abel; des Sethiens ou adorateurs de Seth, fils d'Adam; de Dosithée, qui enseignait qu'il fallait vivre selon la chair dans la loi du Seigneur, et que cette chair ne ressuscitera point; celle des Saducéens, qui étaient dans les mêmes principes que Dosithée touchant la chair et qui vivaient plus conformément aux maximes d'Épicure qu'à celles de la loi de Dieu; celle des Pharisiens,

VIES DES SAINTS. — TOME VIII.

18 JUILLET.

qui ne regardaient Jésus-Christ que comme un homme juste; des Samaritains, qui ne recevaient de la loi de Moïse que quatre livres seulement, et ne croyaient ni au jugement futur, ni à la résurrection; des Nazaréens, qui faisaient consister la justice dans l'observance charnelle et à laisser croître leurs cheveux; des Esséniens, qui vivaient dans la retraite et la mortification, mais qui ne croyaient point que le Fils de Dieu fût annoncé dans les Prophètes, et ne le reconnaissaient point pour Dieu; celle des Héliognostes, qui adoraient le soleil comme sachant tout ce qui est en Dieu, et l'auteur de la lumière et de tous les aliments dont les hommes ont besoin; des Adorateurs des grenouilles, des rats et des mouches; des Troglodytes, espèces d'idolâtres parmi les Juifs, qui demeuraient dans des cavernes; des Fortunatiens ou de ceux qui adoraient la fortune du ciel, qu'ils appelaient reine, et à qui ils offraient des sacrifices; il y avait encore l'hérésie des Juifs; des Bahaïtes, qui sacrifiaient à l'idole de Bahaï, roi des Tyriens; celle des Astarites, qui immolaient à des idoles d'hommes et de femmes; des Molochites, qui offraient des sacrifices à Moloch et avaient en vénération Rembram; des Taphites, ainsi appelés parce qu'ils sacrifiaient leurs fils et leurs filles aux démons, dans la vallée de Taphel; des Putéanites, qui avaient les puits en vénération et mettaient dans l'eau qu'ils en tiraient l'espérance de leur salut, etc.

Le Traité des Hérésies a été imprimé plusieurs fois séparément, à Bâle, en 1528, in-8°, et 1539, in-5°; à Helmstedt, en 1611 et 1621, in-4°. On a ajouté dans ces trois dernières éditions un supplément au Traité des Hérésies de saint Philastre, par un auteur inconnu. Il y a, outre cela, dans celle de Bâle, de 1539, cent quatorze sentences des Pères, touchant les devoirs des vrais pasteurs de l'Église, et une partie de la lettre de Nicéphore Cartophilax au moine Théodose, touchant le pouvoir des clefs. Le Traité de saint Philastre se trouve aussi dans toutes les Bibliothèques des Pères, imprimées à Paris, à Cologne et à Lyon. Et depuis, il a été réimprimé à Hambourg, en 1721, par les soins du docte Fabricius, qui en a corrigé le texte et l'a enrichi de notes.

Paul Galéard donna en 1738, à Brescia, une nouvelle édition revue sur les manuscrits. Galland la fit passer dans sa Bibliothèque et la compléta. Cailleu l'a reproduite dans le tome XLVII de sa Collection, avec quelques variantes, mais sans les notes. La même édition complète se trouve dans la Patrologie latine, tome XII, avec un meilleur ordre.

Tiré de Dom Crililier, Histoire des auteurs sacrés et ecclésiastiques. — Cf. Godascard, Baillet.

Événements marquants

  • Renoncement aux biens du monde pour suivre Jésus-Christ
  • Prédication itinérante contre les Juifs, païens et hérétiques (Ariens)
  • Subit le supplice du fouet pour sa foi
  • Opposition à l'évêque arien Auxence à Milan
  • Séjour à Rome et conversions nombreuses
  • Élection comme septième évêque de Brescia
  • Participation au concile d'Aquilée en 381
  • Rencontre avec Saint Augustin à Milan en 384
  • Rédaction du Traité des Hérésies

Citations

Quisquis cupit divinitatis tenere fastigium, humilitatis una sectetur.

— S. Amb., serm. X (cité en exergue)