Saint Raymond de Pennafort

Confesseur, de l'Ordre de Saint-Dominique

Fête : 23 janvier 13ᵉ siècle • saint

Résumé

Dominicain espagnol du XIIIe siècle, Raymond de Pennafort fut un juriste brillant, confesseur des papes et compilateur des Décrétales. Co-fondateur de l'ordre de la Merci, il est célèbre pour avoir traversé la mer de Majorque à Barcelone sur son manteau. Il mourut presque centenaire après avoir œuvré à la conversion de nombreux infidèles.

Biographie

SAINT RAYMOND DE PENNAFORT,

CONFESSEUR, DE L'ORDRE DE SAINT-DOMINIQUE

1175-1275. — Papes : Alexandre III; Grégoire X. — Empereurs d'Allemagne : Frédéric Barberousse; Rodolphe Ier. — Rois de France : Louis VII; Philippe III, le Hardi.

Quand le pape connut saint Raymond plus intimement, il le choisit pour confesseur; car le pape lui-même est obligé de se confesser de ses péchés s'il veut en recevoir l'absolution. A. Svocz.

Saint Raymond vint au monde l'an 1175, au château de Pennafort, de la province de Catalogne, d'où il a pris son surnom. Il donna, dès sa jeunesse, des preuves de sa haute intelligence, par le grand progrès qu'il fit dans les humanités et la philosophie; dès l'âge de vingt ans, il fit même un cours public et gratuit de cette dernière science à Barcelone. Ensuite il s'adonna à l'étude des lois, pour laquelle il passa à Bologne en Italie; il y fit l'un et l'autre droit. Une chaire de docteur étant venue à vaquer, il l'emporta au concours; et alors, comme un savant docteur du royaume des cieux, il commença à tirer de son trésor (pour me servir des termes de l'Évangile) les choses nouvelles et les anciennes; mais avec un si grand désintéressement, qu'il ne demandait point d'autre salaire à ses écoliers que leur propre avancement. C'est pourquoi les Bolonais, pour retenir chez eux un si digne professeur, lui assignèrent aussitôt des appointements sur les deniers publics de la ville; il les accepta, mais ce fut pour les distribuer aux pauvres, après en avoir payé la dîme à son curé.

À quelque temps de là, Bérenger IV, évêque de Barcelone, revenant de Rome, passa par Bologne, où il trouva le professeur Raymond; il lui fit tant d'instances, qu'il l'obligea de quitter sa chaire et de le suivre: ce qu'il fit au très-grand regret de toute cette Université. Étant à Barcelone, il y reçut le canonicat et successivement les dignités d'archidiacre, de grand-vicaire et d'official; ce qui ne l'empêcha pas de vivre toujours fort retiré et d'être très-humble et très-modeste en sa conversation, quoique d'ailleurs il fût plein de lumière et de prudence. Il se montra si dévot envers la très-sainte Vierge, qu'il obtint que la fête de l'Annonciation fût célébrée par un office plus solennel qu'elle ne l'était auparavant en cette église de Barcelone; faisant pour cela une fondation, afin de fournir à la dépense qui serait nécessaire.

Mais, ne se tenant point satisfait d'avoir donné ses biens pour la gloire de Dieu et pour le service de sa sainte Mère, il voulut encore se donner lui-même en se détachant de tout ce qui est au monde pour suivre parfaitement Jésus-Christ. Voici en quelle occasion cela se fit. Un neveu ou, selon d'autres, un cousin de ce bienheureux chanoine se sentit inspiré d'entrer dans l'ordre de Saint-Dominique, qui répandait une très-agréable odeur de sa sainteté par toute l'Église. Ayant communiqué ce projet à son oncle, il en fut détourné par quelque raison que Raymond lui mit en esprit, et en effet il ne se fit point religieux. Mais depuis, l'oncle rentrant en lui-même, conçut un tel déplaisir de ce qu'il avait empêché ce bien, que lui-même par un principe de conscience se condamna à entrer dans cet Ordre pour réparer le dommage dont il était la cause. Il prit donc l'habit au couvent de Barcelone, le jour du vendredi saint, l'an 1222, étant âgé de 46 ou 47 ans, quelques mois après le décès du fondateur, saint Dominique. Les premiers soins de notre saint novice furent de supplier les supérieurs de lui imposer une pénitence notable, en satisfaction des fautes qu'il avait commises en la vie séculière. À quoi le Père provincial acquiesçant, lui commanda d'écrire une somme de cas de conscience qui pût servir aux confesseurs: ce qu'il fit; cet ouvrage est appelé la Somme de saint Raymond, et l'on croit que c'est la première qui ait été composée sur ce sujet.

Vers ce temps-là, Jean d'Abbeville, cardinal-évêque de Sabine, ayant été envoyé en Espagne par le pape Grégoire IX pour y publier une croisade contre les Maures et régler différentes affaires du royaume, se servit utilement du Père Raymond dont il reconnut la grande capacité. Il l'envoyait ordinairement, un jour ou deux avant lui, dans tous les bourgs et dans toutes les villes où il avait l'intention d'aller; le Saint y instruisait le peuple, annonçait l'indulgence papale et préparait les esprits avec tant de prudence et de soin que le légat y arrivait trouvait les affaires dans la meilleure disposition qu'il pût souhaiter. Ce légat, de retour à Rome, informa le Pape des éminentes qualités qu'il avait reconnues en Raymond et assura qu'il lui serait très-utile. C'est pourquoi le souverain Pontife l'appela à sa cour où, d'abord, il le fit son chapelain (ce qui était alors la même chose qu'auditeur des causes du palais apostolique), son pénitencier et son confesseur; et puis il l'employa à compiler les Décrétales et à les distinguer par titres et par chapitres, comme nous les voyons aujourd'hui, ainsi que le même Grégoire IX le déclare au prologue de ce grand ouvrage. En reconnaissance de ces bons services rendus à l'Église, il le nomma à l'évêché de Tarragone, qui était la métropole du royaume d'Aragon. Mais le saint religieux, qui avait l'esprit extrêmement éloigné de toutes les grandeurs de la terre, quelque saintes qu'elles fussent, supplia le Pape de l'en vouloir décharger et de mettre à sa place Guillaume de Mongrin, de Girone, personnage très-vertueux qui renonça, quelques années après, à cette dignité sans avoir voulu permettre qu'on le sacrat. On raconte qu'il refusa aussi l'archevêché de Brague, en Portugal, et plusieurs autres dignités qu'on le sollicita d'accepter, disant que c'était une assez grande dignité d'être bon religieux dans l'Ordre qu'on avait embrassé.

Le B. Raymond étant tombé malade à Rome, les médecins lui conseillèrent de changer d'air et de retourner dans son pays natal; en ayant reçu la permission du Pape, il partit de Rome tel qu'il y était entré, c'est-à-dire sans offices, sans bénéfice, sans pension et sans que le rôle qu'il avait joué sur un si grand théâtre eût en rien altéré sa constante humilité. Il fit le voyage par mer et débarqua en un lieu de Catalogne appelé Tossa; là, il rencontra d'abord un homme nommé Barcelon du Fare qui, malade à l'extrémité, ne se pouvait confesser parce qu'il avait perdu l'usage de tous ses sens. Le Saint pria Dieu pour lui, et par sa prière, le malade ouvrit les yeux, revint à lui et se confessa, après quoi il rendit paisiblement son âme à Dieu. À la suite de cette action de charité, Raymond arriva à Barcelone où il recouvra sa première santé. Il recommença à mener une vie aussi pénitente et aussi exemplaire que s'il eût fait une seconde fois son noviciat. Et même, afin de se tenir davantage en solitude, il renonça avec beaucoup d'humilité au pouvoir de grand pénitencier du Pape, se réservant seulement cette autorité pour les religieux de son Ordre et pour ceux de Saint-François, afin de conserver par là la charité réciproque entre ces deux Ordres. Afin de n'être pas entièrement inutile au public, il donna en ce même temps, à la prière de quelques évêques, la méthode qui doit être observée dans la visite des églises, et prescrivit quelques règles aux marchands pour faire leur trafic sans péché et pour savoir en quels cas ils sont tenus à la restitution. Ce fut aussi dans ce temps qu'il travailla avec saint Pierre Nolasque et le roi Dom Jacques à l'établissement de l'ordre sacré de Notre-Dame de la Merci pour la rédemption des captifs, à la suite d'une vision qu'ils eurent tous trois dans une même nuit, et dans laquelle leur furent révélés les biens infinis qui naîtraient de la fondation d'une congrégation si saintement appliquée à la charité envers le prochain. Nous parlerons de cette grande entreprise dans la vie du même saint Pierre Nolasque.

Pour ce qui est de sa façon de vivre en son particulier, il ne mangeait qu'une seule fois le jour, excepté le dimanche; chaque nuit il se donnait la discipline, et chaque jour il visitait, avec une extrême révérence, tous les autels de l'église. Son oraison était presque continuelle et accompagnée de beaucoup de larmes; on dit même qu'un Ange l'éveillait un peu avant que l'on donnât le signal des Matines pour le convier à faire son oraison. Il célébrait tous les jours dévotement le très-auguste sacrifice de la messe, et ne le faisait jamais qu'après une exacte confession. Et s'il arrivait quelquefois, par une nécessité pressante, qu'il ne pût approcher du saint autel, il passait le reste de la journée dans le regret. On ne peut exprimer quelle était la tranquillité et la paix intérieure de Raymond dans cette vie privée; mais Dieu, qui ne l'avait pas appelé pour lui seul, lui suscita une nouvelle occasion d'être utile à ses frères. L'an 1238, tous les Pères s'assemblèrent en la ville de Bologne pour élire un général en la place du Père Louis Jourdain, qui était décédé après avoir tenu jusqu'alors la place de saint Dominique. Par un mouvement du Saint-Esprit, tous les électeurs s'accordèrent sur la personne du Père Raymond, quoiqu'il fût absent et à Barcelone. La nouvelle lui en étant apportée, il fut contraint de ployer sous le bon plaisir de Dieu; néanmoins, il trouva bientôt moyen de se défaire de cette charge, car deux ans après avoir gouverné tout l'Ordre avec une conduite admirable, et visité toutes les provinces à pied, il fit assembler un autre chapitre général en la même ville de Bologne, où il renonça au généralat sous prétexte de ses infirmités et de son grand âge, qui passait déjà 70 ans. Ayant obtenu cette faveur, il retourna très-joyeux et très-content en son premier couvent de Barcelone.

Mais lorsqu'il se croyait le plus en repos, Dieu lui suscita de nouveaux emplois beaucoup plus embarrassants que toutes les affaires de son Ordre; car les Papes le chargèrent de missions qui appartenaient proprement au Saint-Siège: comme de choisir des évêques, de nommer des abbés, d'examiner des prélats et même de les déposer s'il les trouvait incapables de leur charge; d'excommunier, d'absoudre des censures, de dispenser des irrégularités et d'autres choses semblables qu'ils remettaient à sa disposition. Innocent IV lui donna le pouvoir de nommer et de pourvoir à tous les offices de l'inquisition dans toutes les terres que le roi d'Aragon possédait alors dans la Gaule Narbonnaise. Ce prince, nommé le Conquérant, était très-religieux; il faisait un tel cas du bienheureux Raymond qu'il le prit pour son confesseur, l'envoya une fois, avec d'autres ambassadeurs, vers le pape Urbain IV, et le mena souvent avec lui en ses voyages; à ce propos, je ne veux pas omettre ce qui lui arriva en l'île de Majorque.

Le Saint s'aperçut, en ce voyage, que le roi menait à sa suite une jeune personne pour qui il avait un amour illégitime. Ne le pouvant supporter, il supplia très-instamment Sa Majesté de ne la plus voir et de rompre ce commerce criminel, et lui dit qu'il ne pouvait sans cela demeurer plus longtemps auprès de sa personne ni à son service. Le roi lui promit de le faire, mais il ne tint pas sa parole; c'est pourquoi saint Raymond résolut de l'abandonner et de se retirer secrètement. Pour exécuter ce dessein, il s'en alla une nuit après les Matines, avec la bénédiction du Père prieur, sur le port de la ville de Majorque pour s'embarquer dans un vaisseau qui retournait à Barcelone. Se voyant refusé non-seulement de celui-là, mais encore de tous les autres, parce que le roi avait défendu, sous peine de la vie, à tous les mariniers de le laisser embarquer, il dit, avec une grande confiance en Dieu: « Si un roi mortel a fait cette défense, on va voir que le Roi éternel en a disposé autrement ». En disant cela, il s'avança sur des rochers qui entraient dans la mer, étendit son manteau sur l'eau, et prenant son bâton à la main, il monta avec une assurance admirable sur cette nouvelle barque, puis levant la moitié de son manteau en forme de voile, il l'attacha au nœud de son bâton comme au mât d'un navire; de la sorte, il fit le trajet à la faveur d'un vent qui le poussa en six heures au port de Barcelone, bien qu'il n'y ait pas moins de cinquante-trois lieues de mer à traverser. Étant arrivé, il remit simplement son manteau sur ses épaules, ne le trouvant point du tout mouillé, et s'en alla, le bâton à la main, à la porte du couvent où Dieu ajouta miracle sur miracle, voulant que cette porte s'ouvre d'elle-même pour faire entrer le Saint. Le bruit de ces merveilles ayant été répandu dans la ville de Barcelone, il n'y eut personne qui ne courut au couvent des Frères Prêcheurs pour en glorifier Dieu, d'où suivit la conversion de plusieurs pécheurs, et entre autres, celle du roi Jacques, lequel, se repentant de son crime, en quitta l'occasion, éloignant de sa cour et de sa compagnie la femme qui y avait causé tant de scandale.

On ne saurait dire tout le bien que fit ce saint homme à son Ordre, à la religion et à son pays. Ayant appris par révélation que plusieurs de ses frères religieux étaient destinés par Jésus-Christ à la conversion des infidèles, particulièrement des Maures et des Juifs, il ne négligeait rien pour les préparer à ces travaux apostoliques, leur faisant apprendre l'hébreu et l'arabe et les règles de la prédication. Il employait à la même fin les aumônes que les princes et les prélats lui faisaient. Ces saints efforts réussirent si bien qu'il eut la satisfaction d'avoir contribué à la conversion de plus de dix mille infidèles. Pour que les plus savants eussent moins de peine à se rendre aux raisonnements des prédicateurs, il supplia Thomas d'Aquin d'écrire un livre exprès contre leurs erreurs: ce que ce docteur angélique exécuta, composant les excellents traités que nous avons aujourd'hui en sa Somme contre les Gentils.

Notre Saint employa toute sa vie à se préparer à la mort, mais particulièrement les derniers trente-cinq ans qu'il vécut depuis sa démission du généralat. Et il y arriva heureusement, à l'âge de 99 ans, par une courte maladie qui l'enleva le jour de l'Épiphanie, sur les dix heures du matin, l'an de Notre-Seigneur 1275. Les rois de Castille et d'Aragon, qui l'avaient visité pendant sa maladie, honorèrent ses funérailles de leur présence, s'y trouvant avec les princes de leurs maisons et un grand nombre de prélats et de seigneurs de ces deux cours et toute la noblesse de la ville. Mais Dieu l'a encore beaucoup plus honoré par des actions miraculeuses, qu'il a faites à son invocation, et par des grâces que l'on a obtenues par les mérites de ses prières; ce que l'on peut voir dans tous les livres qui traitent des Bienheureux de l'Ordre de Saint-Dominique, où nous renvoyons le lecteur qui sera curieux de l'apprendre. On peut voir particulièrement la vie que le P. Jean-Baptiste Feuillet a donnée au public; il remarque que Dieu a rendu la terre en laquelle notre Saint fut inhumé une source de miracles qui se font tous les jours partout où elle est transportée, sans qu'elle diminue par la quantité prodigieuse que l'on en tire.

On lui met une clef à la main pour rappeler la charge de Pénitencier que lui confia Grégoire IX, charge qui lui conférait le droit d'ouvrir et de fermer le ciel; on le représente encore tenant un livre sur lequel on lit le titre de ses deux plus célèbres ouvrages; naviguant sur son manteau qui sert de voile et appuyé sur son bâton qui sert de mât.

Saint Raymond de Pennafort est particulièrement honoré à Barcelone et à Tolède; — dans l'ordre des Dominicains et dans celui de la Merci. Il est le patron des Docteurs en droit canon.

[ANNEXE: NOTICE SUR LE CORPS DE DROIT-CANON.]

On sait que le Corps de Droit-Canon consiste en trois volumes, où sont renfermées six différentes compilations ou collections de canons, de décrets et de décrétales.

Le premier volume est du Gratien, et s'appelle décret de Gratien ou simplement Décret. C'est un ample recueil de toutes sortes de constitutions ecclésiastiques, disposées non suivant l'ordre des Conciles et des Papes, mais suivant l'ordre des matières.

Le second volume est celui des Décrétales ou réponses des Papes sur des questions qui leur ont été proposées à décider. La multiplicité, la contrariété, l'obscurité des collections des décrétales faites jusque-là, portèrent le pape Grégoire IX à les réunir toutes en une nouvelle et seule compilation. Il chargea de ce soin saint Raymond de Pennafort qui, dans la composition de cet ouvrage, fit comme avait fait Tribonien dans la composition du Code et du Digeste, c'est-à-dire, se permit de retrancher tout ce qui lui parut inutile ou superflu. Outre les Épîtres des Papes, il fit aussi entrer dans son ouvrage les décrets des conciles, peu des anciens, parce qu'ils étaient dans le décret de Gratien, mais ceux des troisième et quatrième conciles généraux de Latran, et quelques décisions des Pères échappées aux soins de Gratien.

Il divisa son recueil en cinq livres. Chaque livre est composé de plusieurs titres; les titres comprennent ordinairement plusieurs chapitres ou décrétales. Ces chapitres, que plusieurs appellent capitules ou petits chapitres, parce qu'ils ne contiennent que des extraits des décrétales, sont divisés en paragraphes quand ils sont un peu longs, et les paragraphes en versets.

Le premier livre des Décrétales commence par un titre sur la Trinité, à l'exemple du Code de Justinien. Les trois suivants expliquent les diverses espèces du droit canonique écrit et non écrit. Depuis le cinquième titre jusqu'à celui des pactes, il est parlé des élections, dignités, ordinations et qualités requises dans les clercs. Cette partie peut être regardée comme un traité des personnes.

Depuis le titre des pactes jusqu'à la fin du second livre, on expose la manière d'intenter, d'instruire et de terminer les procès en matière civile et ecclésiastique; et c'est de là, dit-on, que nous avons emprunté toute notre procédure.

Le troisième livre traite des choses ecclésiastiques, tels que les bénéfices, les dîmes, le droit de patronage.

Le quatrième, des Sançailles, du mariage et de ses divers empêchements.

Le cinquième, des crimes ecclésiastiques, de la forme des jugements en matière criminelle, des peines canoniques et des censures.

SAINT CLÉMENT D'ANCYRE.

Le troisième volume du Corps du Droit-Canon comprend les collections ou compilations qui suivent : la Secte de Boniface VIII, les Clémentines, les Extravagantes de Jean XXII, et les Extravagantes communes de l'an 1434. Depuis cette époque, il n'a plus paru de compilations, mais seulement des bulles, qui reproduisent simplement les canons des conciles des temps modernes et les bulles des Papes, sans le réunir en corps de compilations. (Voir Somme théorique et pratique de tout le droit canonique par J.-J. André, 2 vol., chez les Célestins, à Bar-le-Duc.)

Nous avons suivi la Bulle de sa canonisation, qui fut faite l'an 1601, par le pape Clément VIII, le 29 d'avril, jour consacré à la mémoire de saint Pierre le martyr, du même Ordre des Frères Prêcheurs ; et Bullandus la rapporte en 7 janvier avec de très-doutes remarques. Quoique le décès de saint Raymond soit arrivé le 6 de ce mois, ainsi qu'il a été fait, nous en avons toutefois remis la vie en ce jour avec le Bréviaire romain, où sa fête est marquée avec office semi-double, par un décret de Clément X.

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SAINT PARMÉNAS,

L'UN DES SEPT PREMIERS DIACRES; L'UN DES TÉMOINS IMMÉDIATS DE JÉSUS; L'UN DE SES SOIXANTE-DOUZE DISCIPLES; APÔTRE DE PHILIPPES, EN MACÉDOINE; MARTYR DU CHRIST.

Parménas a été choisi par les Apôtres entre tous les disciples de Jésus, pour remplir l'éminente fonction de diacre dans l'église primitive de Jérusalem, comme il est rapporté dans les Actes des Apôtres, ch. vi.

Le martyrologe rédigé par Galenisius porte qu'à Philippes on célèbre pour saint Parménas l'office d'un apôtre martyr. On y lit encore que ce diacre, élu par les Apôtres eux-mêmes, remplit l'emploi qu'ils lui avaient confié avec une grande sagesse et avec beaucoup de piété et de zèle ; que sous l'empire de Trajan, il supporta courageusement pour le nom du Christ divers genres d'affronts et de tourments, et qu'il gagna enfin la couronne du martyre, à Philippes de Macédoine où il prêchait l'Évangile.

Saint Épiphane, saint Dorothée et saint Hippolyte, les ménologes grecs et orientaux, rangent le bienheureux Parménas parmi les soixante-douze disciples qui formèrent la compagnie de Jésus pendant son ministère public, et qui aidèrent les douze Apôtres à porter la parole évangélique jusqu'aux extrémités de la terre.

Rabon Maur dit que, au temps de la persécution des chrétiens à Jérusalem (vers l'an 42), le diacre Parménas s'embarqua sur la Méditerranée avec sainte Madeleine et sainte Marthe, sa sœur, avec saint Lazare et Marcella, leur servante, avec saint Maximin, l'un des soixante-douze disciples de Jésus, se dirigea vers les plages occidentales, et vint dans la province de Vienne, à Avignon, avec les disciples Sosthènes et Épaphras. — Avant d'évangéliser la Macédoine, Parménas aurait travaillé dans les contrées méridionales des Gaules avec d'autres docteurs évangéliques à la propagation du règne du Christ.

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SAINT CLÉMENT D'ANCYRE (309).

Ce Saint, que les Grecs comptent parmi les grands martyrs, souffrit sous l'empereur Dioclétien. Nous lisons dans ses actes qu'on prolongea son martyre en lui faisant endurer divers supplices durant l'espace de vingt-huit ans ; mais ces faits ne sont pas appuyés sur des preuves bien solides : ils n'ont été recueillis que bien tard d'après les traditions orales. Dès son jeune âge, Clément se fit remarquer par son zèle et sa charité. Pris aux ordres sacrés, il fut bientôt élu évêque d'Ancyre. Emprisonné pour la foi, il eut à supporter tout ce que la cruauté des persécuteurs savait inventer

de tortures contre les chrétiens : la flagellation, les torches, la roue, le chevalet, les lames ardentes et le lit de fer. Il eut enfin la tête tranchée le 23 janvier, vers l'an 309.

On a gardé longtemps les reliques de saint Clément à Constantinople, où il y avait deux églises de ce nom, l'une dans le palais et l'autre dans le faubourg appelé aujourd'hui Péra. Les Latins, s'étant rendus maîtres de Constantinople au XIIIe siècle, apportèrent à Paris le crâne de saint Clément. La reine Anne d'Autriche le donna à l'abbaye du Val-de-Grâce, qu'elle faisait rebâtir.

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## SAINT GAUDENCE, ÉVÊQUE ET PATRON DE NOVARE (417).

Né avant le milieu du IVe siècle de parents idolâtres, il eut le bonheur de connaître la vraie foi, qu'il embrassa avec ardeur. Ayant essayé de convertir sa famille, cette tentative lui attira des persécutions qui l'obligèrent à s'expatrier. Il se rendit à Verceil, près de saint Eusèbe, évêque de cette ville, qui l'ordonna lecteur. De là, il se rendit à Novare, et s'associa aux missions du saint prêtre Laurent, qui travaillait à la conversion des infidèles, car il en restait encore dans cette ville. Étant allé ensuite à Milan, il vécut quelque temps sous la conduite de saint Martin, depuis évêque de Tours, qui habitait alors une solitude. Lorsque saint Eusèbe, son ancien maître, eut été exilé à Scythopolis en Palestine, à la suite d'un conciliabule de Milan, Gaudence alla l'y visiter, et ne craignit pas les fatigues d'un long voyage, ni les dangers qu'il avait à redouter des Ariens. Eusèbe le renvoya à Verceil pour y prendre soin de son troupeau, et au retour du saint confesseur, il se rendit à Novare pour remplacer saint Laurent que les païens avaient massacré.

Son zèle, son mérite et ses vertus inspirèrent à saint Ambroise, qui passait par Novare, l'idée de le sacrer évêque de cette ville ; mais Gaudence répondit que cette consécration se ferait par un autre. En effet, le saint archevêque de Milan étant mort peu après (397), saint Simplicien, son successeur, donna à Gaudence l'onction épiscopale. Celui-ci s'appliqua surtout à extirper les restes du paganisme du milieu de son troupeau, et ses efforts eurent un tel succès qu'il convertit jusqu'aux meurtriers de saint Laurent, et qu'il ne resta plus un seul idolâtre dans Novare. Il réforma son clergé et établit la vie commune parmi les prêtres de sa cathédrale. Il fonda un grand nombre d'églises et établit de nouvelles paroisses qu'il pourvut de dignes pasteurs. Après un épiscopat de vingt ans, il mourut vers l'an 417, et il fut enterré dans une église qu'il avait fait construire près de la ville.

On représente saint Gaudence avec une église sur la main, pour signifier probablement qu'il est le fondateur du siège épiscopal de Novare.

On célèbre la naissance au ciel de saint Gaudence ce même jour à Novare. Quant à la fête de la translation de ses reliques, elle se fait aux mois d'août et d'octobre. Ses actes, écrits sous l'évêque Léon, son successeur, se trouvent dans Montbrice.

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## SAINT MAINBOEUF (480).

Saint Mainboeuf était originaire d'Irlande. Le désir de contribuer pour sa part à étendre le règne de Dieu le fit venir dans la Gaule, comme beaucoup de ses compatriotes. Il s'avança jusque dans le comté de Bourgogne, répandant partout la semence de la parole évangélique, et édifiant par sa sainte vie les hôtes de bonne volonté qui l'abritaient un moment sous leurs toits. C'était un saint voyageur, comme au siècle dernier le B. Benoît-Joseph Labre. Un noble Bourguignon, chez qui il était resté quelques jours, lui fit accepter des gants lorsqu'il quitta sa maison pour continuer sa route. Chemin faisant, Mainboeuf arriva à Dampierre-les-Bois, village situé entre Montbéliard et Delie. Il s'y arrêta pour prier dans une chapelle dédiée à saint Pierre. De là, il se dirigea du côté de Freide-Fontaine (Kaltenbrunn, en Alsace). Les gens de ce pays, hérétiques et voleurs, voyant que Mainboeuf portait des gants et qu'il était vêtu autrement que les gens du pays, crurent que c'était un riche étranger, et résolurent de le dépouiller. Ils l'attaquèrent donc ; mais lui se mit à les prêcher, plus pour les empêcher de se soucier d'un crime que pour sauver sa propre vie. Ses paroles ne firent que les irriter, et ils le tuèrent à coups de bâton et de couteau. 480. Des prodiges se firent au lieu de son martyre ; c'est pourquoi le comte de Montbéliard, nommé Alton, fit

transporter ses reliques dans son château. Elles y restèrent jusqu'au XVIe siècle, jusqu'à ce que l'hérésie vînt les jeter au vent. La fête de la translation de ses reliques se célèbre encore à Besançon le 23 janvier, sous le rite semi-double. Une belle église vient d'être bâtie à Montbéliard, en l'honneur de saint Mainboeuf, par les soins de Mgr Mathieu, cardinal-archevêque de Besançon. Le même prélat, voulant aussi ranimer la foi antique aux Deux-Sèvres où saint Mainboeuf a été martyrisé, a fait bâtir une chapelle et des écoles à Dampierre-les-Bois.

Événements marquants

  • Naissance au château de Pennafort en 1175
  • Professeur de philosophie à Barcelone à 20 ans
  • Études de droit à Bologne et obtention d'une chaire de docteur
  • Entrée dans l'ordre de Saint-Dominique le vendredi saint 1222
  • Rédaction de la Somme des cas de conscience
  • Compilation des Décrétales pour le pape Grégoire IX
  • Élection comme Maître général de l'Ordre des Dominicains en 1238
  • Miracle de la traversée de la mer sur son manteau depuis Majorque
  • Mort à l'âge de 99 ans en 1275

Miracles

  • Traversée de la mer sur son manteau en six heures
  • Ouverture miraculeuse des portes du couvent
  • Guérison et confession de Barcelon du Fare

Citations

Si un roi mortel a fait cette défense, on va voir que le Roi éternel en a disposé autrement

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