Saint Serge-Paul (Paul de Narbonne)

Évêque de Narbonne et Apôtre

Fête : 22 mars 1ᵉʳ siècle • sainte

Résumé

Ancien proconsul de Chypre converti par l'apôtre Paul, Serge-Paul devint le premier évêque de Narbonne au Ier siècle. Après avoir survécu à de cruels supplices à Rome sous Néron, il évangélisa le midi de la Gaule et l'Espagne. Il mourut paisiblement à Narbonne après avoir organisé les églises de la région.

Biographie

SAINT SERGE-PAUL, ÉVÊQUE DE NARBONNE

1er siècle.

Serge-Paul, homme prudent... Actes des Ap., XIII, 7. L'homme prudent est celui qui voit de loin... Isid. de Sév., liv. X des Etym.

D'après les anciennes traditions des églises de France, d'Italie, d'Espagne et du monde catholique, saint Paul, premier évêque de Narbonne, est le même que Serge-Paul, proconsul, converti par l'apôtre saint Paul, dans l'île de Chypre. De savants hommes, il est vrai, l'ont contesté dans le dernier siècle : néanmoins, comme c'est le témoignage de plusieurs siècles, que beaucoup de martyrologes, et surtout le Romain, n'ont pas fait difficulté d'y souscrire, et que, d'ailleurs, si l'opinion contraire a quelques preuves pour s'appuyer, l'on n'a pas manqué d'y répondre fort solidement, nous avons cru que, sans entrer plus avant dans la discussion, nous pouvions sûrement nous arrêter à l'ancienne tradition.

Le Paul dont nous parlons était des plus illustres familles de Rome, et avait passé par les charges les plus considérables de la République : envoyé proconsul en Chypre, pour la gouverner au nom de l'empereur et du sénat, il souhaitait d'entendre saint Paul qui prêchait l'Évangile de Jésus-Christ dans cette île, avec une grande réputation; car sa prédication était soutenue par une admirable sainteté de vie, et par des miracles si fréquents et si inouïs, qu'il faisait bien voir que Dieu autorisait lui-même sa doctrine. Notre

22 MARS.

Saint résidait alors à Paphos; et comme l'Apôtre y vint aussi, il lui fit témoigner le désir qu'il avait de le voir. Ce n'était pas, néanmoins, sans difficultés: car il avait auprès de lui un juif, magicien, nommé Élymas, ou Barjésu, qui, faisant le prophète, le détournait de tout son possible d'écouter ce nouveau Docteur et d'embrasser la religion qu'il annonçait; mais la grâce naissante fut plus forte en lui que la suggestion de cet instrument du démon. L'Apôtre le vint donc trouver, accompagné de saint Barnabé, qui était son collègue dans la prédication de l'Évangile; il lui remonta la fausseté de la religion païenne, qui, en reconnaissant plusieurs dieux, n'en reconnaissait aucun véritable; et la solidité de la religion chrétienne, qui n'adorait point d'autre Dieu que le Créateur du ciel et de la terre, avec son Fils Jésus-Christ, venu au monde pour tirer les hommes des ténèbres de leur ignorance. Élymas, présent à cette instruction, prit plaisir à contredire ce que disait le saint Apôtre, de peur que, le proconsul se convertissant, il ne perdît tout le crédit qu'il avait auprès de lui. Mais saint Paul, le regardant d'un œil indigné et d'un visage sévère, lui dit, par un mouvement subit du Saint-Esprit: « Ô méchant séducteur ! enfant du démon, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu donc jamais de traverser les voies droites du Seigneur ? Sache que la main de Dieu va s'appesantir sur toi, et que tu demeureras aveugle sans voir le soleil, jusqu'à un certain temps que sa justice a marqué ». Cette terrible sentence fut incontinent exécutée: le magicien perdit la vue, et fut contraint de demander quelqu'un qui le menât par la main ! Pour le proconsul, il en tira un fruit merveilleux; et, admirant tout ensemble le bras de Dieu et la sainteté de sa doctrine, il crut en Jésus-Christ, et se fit gloire d'être le disciple de saint Paul. On dit que ce fut de lui que l'Apôtre emprunta ce nom de Paul, car, auparavant, il n'est appelé, dans les Actes des Apôtres, que Saul, et c'est seulement après cette conversion qu'on commence à l'appeler Paul.

C'est tout ce que le texte sacré nous apprend de Serge-Paul; de sorte qu'il faut tirer, de la tradition de l'Église et des auteurs ecclésiastiques, le reste que nous avons à dire de sa vie.

Le nouveau néophyte, amené à la foi d'une manière si miraculeuse, n'hésita pas un instant à faire à ses convictions les sacrifices les plus pénibles. Fidèle à la voix de Dieu qui l'appelait à l'apostolat, il mit ordre aux affaires de son gouvernement, et suivit à Rome ceux dont il avait reçu le bienfait de la religion, voulant partager leurs travaux et leurs destinées. C'était courir au-devant des plus grands dangers. En effet, à Claude avait succédé l'empereur Néron, trop connu par sa cruauté, pour que nos saints apôtres ignorassent qu'en se rendant à la ville des Césars, ils s'exposaient aux tourments et au martyre. Cette considération ne les arrêta pas; peut-être même fut-elle pour eux un motif d'entreprendre ce voyage, tant était grand leur désir de souffrir pour le nom de Jésus-Christ.

Ils ne furent pas plus tôt arrivés à Rome que le tyran donna l'ordre d'arrêter saint Paul et de le jeter en prison. Paul-Serge fut également saisi de son côté, et menacé des plus horribles supplices, s'il refusait de renier sa foi et de retourner au culte des idoles. Mais il refusa généreusement d'obéir à des ordres impies et confessa Jésus-Christ avec un courage admirable au milieu des plus cruelles tortures. « Dans le temps, dit l'auteur des Actes du Saint », qu'un prince sacrilège poursuivait avec fureur les chrétiens et mettait leurs corps en pièces, on remarqua entre les généreux confesseurs notre évêque Paul, vaillant soldat de Jésus-Christ, courant au combat, ceint de l'épée de la religion, couvert du bouclier du dévouement, de la cuirasse de la foi et du casque de la confession. Il rendit gloire à Jésus-Christ, notre chef, devant la multitude, sans en craindre les menaces. Rien ne put ébranler le courageux athlète, ni la faim, ni les mépris, ni les tourments les plus affreux. Le démon irrité, en quelque sorte, par son héroïsme, inventa de nouveaux genres de supplices jusque-là inouïs. On déchira son corps, on lui arracha les ongles des doigts et on le meurtrit de coups. Mais ce raffinement de cruauté ne servit qu'à lui faire remporter une victoire plus éclatante sur les ennemis de la religion. Une foule de confesseurs cueillirent la palme du martyre, sans avoir souffert autant que saint Paul. Dieu voulait, sans doute, lui conserver miraculeusement la vie pour qu'il devînt la lumière de nos contrées et procurât à nous et à nos descendants les bienfaits de la vocation à la foi ».

En effet, l'Apôtre des nations, rendu à la liberté, après une captivité de deux ans, songea sérieusement à exécuter le dessein qu'il avait formé d'aller évangéliser l'Espagne ? Il partit avec plusieurs disciples parmi lesquels se trouvaient saint Crescent et saint Paul-Serge, traversa les Gaules en prêchant l'Évangile, et pour achever de gagner à Jésus-Christ ces belles contrées, vaincues par les armes romaines, il laissa au milieu d'elles quelques-uns des zélés missionnaires qui l'accompagnaient ?

Saint Paul-Serge s'arrêta d'abord à Béziers, qui se trouve sur la route de Narbonne et de l'Espagne. Il y prêcha avec un grand succès et construisit plusieurs oratoires pour y célébrer les saints mystères. Le bruit des merveilles qu'il y opérait s'étant répandu jusqu'à Narbonne, où le culte des divinités païennes était en grand honneur, les habitants le firent prier de venir au milieu d'eux pour les instruire de la nouvelle religion qu'il annonçait. Le Saint se rendit à leurs prières, ne croyant pas devoir laisser échapper une occasion si favorable d'étendre le royaume de Dieu ; et après avoir ordonné évêque saint Aphrodisius, dont il connaissait le mérite, il lui confia le gouvernement de l'Église de Béziers, et alla à Narbonne, où il fut reçu comme un père au milieu de ses enfants. Bientôt la ville changea de face ; les temples des faux dieux furent abandonnés, et sur leurs ruines s'élevèrent plusieurs églises ; les superstitions anciennes disparurent, et la vérité, annoncée avec le zèle dont notre Apôtre était animé, fit chaque jour de nouvelles conquêtes, malgré les obstacles qu'elle rencontrait dans les passions et les préjugés de ce peuple idolâtre, fortement attaché à ses erreurs. Ce séjour et ces prédications de Paul-Serge à Béziers paraissent d'autant plus vraisemblables que cette ville se trouve sur la route qu'il devait suivre pour aller à Narbonne.

22 MARS.

Les Espagnols veulent aussi qu'il ait été leur Apôtre, et qu'en ayant reçu la mission de saint Paul, il ait parcouru leurs plus belles provinces pour y propager l'Évangile. Le peu de distance qu'il y a de Narbonne en Espagne rend cette opinion assez probable; d'ailleurs, comme nous le voyons par cent exemples, les premiers prédicateurs du Christianisme ne s'attachaient point tant à une église qu'ils ne portassent la foi en d'autres provinces, et même dans les lieux les plus éloignés, pour vérifier ces paroles du prophète Isaïe : « Qui sont ceux-ci qui volent comme les nues ? » et ces autres du Roi-Prophète : « Le son de leur prédication s'est répandu par toute la terre ».

Il est naturel de penser qu'étant parti de Rome avec l'apôtre saint Paul, et l'ayant accompagné dans le midi de la Gaule, il eut le désir de le suivre dans cette contrée, où, selon les témoignages les plus graves, il annonça la parole sainte avec de si grands fruits de salut, que les autorités païennes s'en émurent et prirent la résolution de chasser du pays tous les ouvriers évangéliques. Cette mission, attestée par une foule d'écrivains respectables, trouve une preuve d'une grande force dans une inscription qui semble faite pour en conserver le souvenir, et que les historiens nous rapportent en ces termes : « A Néron, César Auguste, pour avoir purgé la province de brigands et de ceux qui enseignaient aux hommes une nouvelle superstition ». Ainsi, du temps de l'empereur Néron, le christianisme avait été prêché en Espagne, puisqu'on le félicite d'en avoir expulsé les missionnaires apostoliques, si visiblement désignés par ceux qui enseignaient une nouvelle superstition.

Mais quels sont les missionnaires qui, à cette époque, ont répandu la bonne nouvelle dans cette contrée ? Les traditions les plus anciennes et les plus universellement accréditées ne nous parlent-elles pas de l'apôtre saint Paul et de saint Paul-Serge, évêque de Narbonne ? De là la popularité dont le nom de ce saint Prélat était entouré en Espagne, dès les temps apostoliques, et la vénération profonde qu'on y a conservée pour lui, au point de lui attribuer les premiers succès de la prédication évangélique dans ces diverses provinces et de l'en regarder comme l'Apôtre.

Cette tradition s'est perpétuée de siècle en siècle, et au témoignage des auteurs du Gallia christiana, elle était encore tellement vivace au XVIIe qu'on voyait à certains temps de l'année une foule prodigieuse de fidèles accourir de toutes les parties de ce royaume aux lieux où reposent ses restes mortels.

Tamaius Salazar, dans son martyrologe des saints d'Espagne, confirme cette croyance générale en ces termes : « Saint Paul-Serge, disciple des Apôtres, vint en Espagne avec l'apôtre saint Paul et annonça l'évangile à Cordoue, à Barcelone et dans la plupart des villes de la province ». La prédication de saint Paul-Serge dans plusieurs parties de cette contrée paraît donc un fait acquis à l'histoire.

Plusieurs auteurs même prétendent qu'il y vint à deux époques différentes, et ils disent qu'après avoir quitté l'Espagne au moment où les missionnaires en furent expulsés, comme on l'a vu plus haut, il y retourna par suite d'un avertissement qu'il reçut du ciel. Voici ce que rapporte à ce sujet Pierre Mulard, prêtre de l'église de Saint-Paul de Narbonne, qui composa en 1364 la vie de ce saint Évêque sur des manuscrits anciens : « L'apôtre saint Paul, après son glorieux martyre sous l'empereur Néron, apparut miraculeusement à saint Paul-Serge et lui ordonna d'aller à Narbonne et en Espagne pour y prêcher de nouveau le royaume de Dieu ».

SAINT SERGE-PAUL, ÉVÊQUE DE NARBONNE.

« Au retour de cette mission, où il fit des conversions nombreuses, il revint à Narbonne qu'il eut le bonheur d'amener tout entière à la foi. Ayant appris par trois apparitions successives de l'apôtre saint Paul que sa fin approchait, il consacra évêques le diacre Étienne et le prêtre Rufus, désignant le premier pour son successeur à Narbonne, et le second pour occuper le siège d'Avignon. Ce fut le dernier acte de sa vie; car bientôt après il rendit doucement son âme à son créateur dans son église même, où il était en prière, et où il fut inhumé au milieu des larmes de ses diocésains ».

Quelques auteurs ont écrit que Paul-Serge avait versé son sang pour la foi et cueilli la palme du martyre. Mais cette opinion ne paraît pas avoir d'autre fondement que les horribles supplices qu'il eut à souffrir à Rome, et qui devaient le conduire à la mort, s'il n'avait été conservé miraculeusement.

Saint Paul a légué à la ville de Narbonne une gloire impérissable. Cette pensée est comme l'écho des siècles; car déjà de son temps, Prudence l'avait exprimée dans ses poésies diverses où l'on trouve ces vers :

Surget et Paule pretiosa Narbo,

que l'on a traduit par ces deux vers français plus fidèles qu'élégants :

Narbonne par son Paul illustre et précieuse,

Des plus grandes cités n'est pas la moins fameuse.

La métropole de Narbonne a toujours tenu un rang très-distingué parmi celles des Gaules et même parmi les Églises d'Espagne, au temps où Narbonne était placée sous la domination des Goths.

22 MARS.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES DE SAINT SERGE-PAUL.]

Le corps de ce saint Évêque, disait le P. Giry en 1685, repose au faubourg de Narbonne, dans une église collégiale dédiée sous son nom, excepté néanmoins quelque partie que l'on dit être à Rochechouart, dans le diocèse de Limoges.

À l'époque de la Révolution française, le corps de saint Paul fut profané, livré aux flammes. Des parcelles de ce précieux trésor furent cependant dérobées à la fureur de l'impiété, mises dans une châsse faite sur le modèle de l'ancienne, et placées, comme autrefois, sur le tabernacle du maître-autel de son église, où elles sont toujours l'objet du culte non-seulement des habitants de la ville, mais de ceux des alentours et des pays voisins. Chaque jour une grande quantité de cierges brûlent en l'honneur du glorieux Apôtre, et il est rare qu'il s'en passe aucun sans que l'on voie de pieux fidèles circuler neuf fois autour de son tombeau, par forme de neuvaine de prières.

Mais, c'est surtout le 22 mars et le 11 décembre que l'on est témoin d'un spectacle qui rappelle les anciens jours de foi. À ces deux époques de l'année, toute la ville et les contrées environnantes s'empressent à l'envi de payer à leur saint patron le tribut de leur respect et de leur amour : au point que sa vaste église ne peut contenir la foule qui s'y rend de toutes parts, depuis quatre heures du matin jusqu'à six heures du soir. Et ce n'est pas là une vaine démonstration, ni un reste d'habitude, sans véritable signification religieuse. Les Narbonnais ont tant de confiance dans son intercession qu'ils l'invoquent dans toutes leurs afflictions, et que son souvenir suffit souvent pour leur inspirer à la mort les sentiments les plus chrétiens. Il n'est pas rare non plus d'entendre dans les maisons, et quelquefois au milieu des rues, cette invocation : Mon Dieu ! saint Paul ! qui marque combien le nom de l'apôtre de la contrée est encore populaire, malgré l'affaiblissement de la foi et l'empire des intérêts matériels.

Ces sentiments, il faut le dire, ne sont pas particuliers aux habitants de la ville ; le fait suivant en fournit une preuve bien frappante. Depuis plus de trente ans les fêtes du 22 mars et du 11 décembre n'ont pas été annoncées dans les paroisses qui avoisinent Narbonne, et néanmoins elles continuent de fournir à ces solennités un grand nombre de pèlerins qui offrent dans cette religieuse pérégrination les plus beaux exemples de piété. On a fait une autre remarque assez importante, parce qu'elle confirme les anciennes traditions sur les prédications de saint Paul-Serge, c'est que le 22 mars la plus grande affluence des étrangers vient des lieux qu'il a dû traverser pour venir à Narbonne. Si on en croit une ancienne tradition, l'église actuelle de Saint-Paul, construite à l'époque de transition, entre la période romane et la période égypale, renferme dans sa vaste et magnifique enceinte l'emplacement sur lequel notre Apôtre fit élever un oratoire en l'honneur de la sainte Vierge, qui avait disparu du sol on ne sait à quelle époque.

Non loin de cette église il y a une petite place qui porte le nom de Place des Infrâbles, et une rue appelée Rue-Sainte. La chronique du pays explique ces singulières dénominations, en disant que les habitants de la Petite-Place résistèrent d'abord aux prédications de saint Paul, tandis que ceux de la Rue-Sainte s'y montrèrent dociles, en embrassant immédiatement le christianisme.

Nous croyons utile de donner la légende de la fête de saint Paul-Serge, du 11 décembre, jour de sa mort, insérée dans le propre des Saints du diocèse de Carcassonne, auquel appartient maintenant Narbonne, approuvé par la Congrégation des rites, parce qu'elle contient l'abrégé des faits que nous venons de rapporter et leur donne une haute autorité, en les revêtant de l'approbation de l'évêque et de celle du tribunal romain.

« Paul, premier évêque de Narbonne, si célèbre dans l'Église au IVe et au VIIe siècle, fut disciple des Apôtres, d'après l'ancienne tradition de Narbonne et de Vienne, attestée par Usuard et Adon, et désigné par l'apôtre saint Paul, dans son voyage de Rome en Espagne, pour prêcher l'Évangile aux Narbonnais, comme saint Trophime aux habitants d'Arles et saint Crescent à ceux de Vienne. Si on en croit l'auteur de ses actes, il aurait beaucoup souffert à Rome pour la foi, avant d'être envoyé dans les Gaules. Il en parcourut les provinces méridionales en annonçant la parole de Dieu avec un zèle brûlant, qui amena au christianisme un grand nombre de païens.

« En arrivant à Béziers, il consacra un autel au vrai Dieu ; on pense même communément qu'il y fit construire une église cathédrale. Sa réputation de sainteté s'étant ensuite répandue dans les contrées voisines, la ville de Narbonne lui envoya une députation pour le prier de venir y prêcher la vraie religion et d'en être l'évêque. Il se rendit à ses vœux, persuadé que par le nombre de ses habitants et ses relations avec les étrangers, elle lui fournirait les moyens faciles d'étendre le règne de Jésus-Christ.

« Ayant donc ordonné Aphrodisias évêque de Béziers, il alla immédiatement à Narbonne, où l'on célèbre encore son heureuse arrivée le onzième jour des calendes d'avril (22 mars). Il y éleva d'abord un petit oratoire, et bientôt le nombre des fidèles devenant considérable, il construisit une autre église, qu'il dédia à la très-sainte Vierge. Enfin, après s'être attiré l'admiration générale tant par la pratique des plus sublimes vertus, que par l'éclat de ses miracles et l'étendue de ses conquêtes au sein des populations païennes, il s'endormit paisiblement dans le Seigneur.

« Il fut inhumé dans l'église qu'il avait fait bâtir au-delà du pont, et ce lieu devint célèbre par les guérisons miraculeuses obtenues par son intercession, et le culte qu'on y rendait à ses pieux restes, soigneusement conservés à travers les siècles. Mais vers la fin du XVIIIe siècle, et pendant les troubles dont la France était alors agitée, son corps, enlevé violemment de l'église qui le renfermait, fut jeté dans un feu préparé exprès par des hommes impies. Heureusement quelques parties soustraites aux flammes par des personnes animées d'un zèle courageux, furent replacées dans l'église dédiée en son nom, et y sont l'objet d'un respect et d'un culte universels. »

Nous avons complété la vie de saint Serge-Paul, du Père Giry, au moyen de celle qu'a composée, en 1857, M. l'abbé Robitaille, chanoine titulaire d'Arras, et qui est suivie d'une dissertation où l'on prouve que le *processus converti* est le fondateur de l'église de Narbonne. Nous signalons cet excellent petit ouvrage avec d'autant plus de plaisir, qu'il se vend au profit d'une bonne œuvre. Nous regrettons que le manque d'espace nous empêche de reproduire la partie du travail de M. l'abbé Robitaille intitulée : *Témoignages sur lesquels est appuyée la tradition de l'apostolat de saint Paul-Serge*. Nous y renvoyons, ainsi qu'à la dissertation générale sur l'évangélisation des Gaules au IVe siècle, qui trouvera sa place dans un de nos derniers volumes.

Événements marquants

  • Proconsul de Chypre converti par l'apôtre Paul à Paphos
  • Triomphe sur le magicien Élymas (Barjésu)
  • Voyage à Rome sous Néron et emprisonnement
  • Tortures subies à Rome (ongles arrachés, coups)
  • Mission en Gaule et en Espagne avec saint Paul
  • Fondation de l'église de Béziers
  • Premier évêque de Narbonne
  • Mort paisible en prière dans son église

Miracles

  • Aveuglement instantané du magicien Élymas par la parole de saint Paul
  • Survie miraculeuse aux tortures extrêmes à Rome
  • Apparitions posthumes de saint Paul pour le guider
  • Guérisons miraculeuses sur son tombeau

Citations

Surget et Paule pretiosa Narbo

— Prudence

Sache que la main de Dieu va s'appesantir sur toi, et que tu demeureras aveugle sans voir le soleil

— Saint Paul s'adressant à Élymas