Saint Symmaque (Pape)
Pape
Résumé
Élu pape en 498, Symmaque dut faire face à un schisme violent mené par l'antipape Laurent et soutenu par l'empereur Anastase. Malgré les calomnies et les troubles à Rome, il fut reconnu légitime par le roi Théodoric et innocenté par plusieurs conciles. Son pontificat fut marqué par une grande charité envers les exilés et une défense vigoureuse de la primauté romaine.
Biographie
SAINT SYMMAQUE, PAPE
Tene cœli firmiter fidei, ut te grandis hujus sæculi turbare non passis procellis.
Tenez bien le gouvernail de la foi pour vous mettre à l'abri des tempêtes de ce monde.
S. Ambros., Ep. xxiv ad Constantinum.
Saint Symmaque naquit dans le village de Simagia, diocèse d'Oristagno, en Sardaigne, et fut créé diacre-cardinal par saint Félix III. Son père se nommait Fortunat. Après la mort du pape Anastase, il fut élu pour lui succéder, le 22 novembre 498. Pendant que son élection se faisait dans la basilique constantinienne, Festus, sénateur romain, corrompu à force d'argent par Anastase, empereur de Constantinople et grand protecteur des Eutychiens, trouva le moyen, par ses créatures, de faire assurer un certain nombre de suffrages à Laurent, archiprêtre, du titre de Sainte-Praxède : l'intrus promettait à Festus de signer l'Hénotique de l'empereur Zénon et de rendre un édit favorable à l'eutychianisme.
Le clergé et le sénat se divisèrent en deux factions, l'une tenant le parti de Symmaque, l'autre celui de Laurent ; mais de cette double élection il naquit des querelles violentes. On eut à déplorer des scènes d'attaque et de meurtre ; le sang coula. Pour mettre un terme à tant d'excès, les partis convinrent que les deux Pontifes iraient à Ravenne porter leur cause au jugement du roi Théodoric. Celui-ci, quoique arien, ayant posé ce principe équitable : « Le Siège apostolique doit appartenir à celui qui a été ordonné le premier, ou qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages », décida en faveur de Symmaque, parce qu'il avait été nommé le premier et par le plus grand nombre. En conséquence de cet ordre, Symmaque fut reconnu pour Pape légitime.
On pouvait espérer que la sentence royale mettrait fin au schisme naissant.
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Symmaque revint à Rome, où il fut accueilli comme souverain Pontife. Laurent reprit son titre d'archiprêtre de Sainte-Praxède. Le nouveau Pape convoqua tous les évêques d'Italie à un Concile qui eut lieu sous sa présidence, dans la basilique de Saint-Pierre, le 1er mars 499 ; il s'y trouva soixante-treize évêques et soixante-sept prêtres. Il y fut décidé, pour empêcher à l'avenir les effets de la cabale, que tous ceux qui, du vivant du Pape, promettraient leur voix à quelqu'un, ou délibéreraient même sur ce sujet dans une assemblée quelconque, seraient déposés et excommuniés, et qu'après la mort du Pape, on regarderait comme son légitime successeur celui qui aurait eu la majeure partie des suffrages du clergé. Laurent souscrivit ce double décret à la tête des prêtres qui étaient au Concile.
Après cet acte solennel d'adhésion, l'archiprêtre, réconcilié avec l'Église, fut nommé évêque de Nocera. Symmaque ne pouvait donner une meilleure preuve de sa clémence pontificale. Il ne tarda guère à s'en repentir. Soit que Festus, qui poursuivait toujours la réalisation impossible des engagements contractés par lui avec l'empereur Anastase, eût éprouvé de la part du souverain Pontife un refus formel, soit qu'il cherchât, avec l'obstination du dépit et de l'amour-propre froissé, une vengeance sacrilège, il reprit de nouveau le projet de faire monter sa créature sur le siège de saint Pierre. Laurent eut la faiblesse de se prêter à cette manœuvre, et rentra secrètement dans Rome. Il ne pouvait plus être question de révoquer en doute la légitimité de l'élection de Symmaque. Ce ne fut donc pas sur ce point que les rebelles portèrent leur controverse. D'après le *Liber Pontificalis*, « quelques clercs, soutenus par le crédit des sénateurs Festus et Probinus, incriminèrent la conduite du bienheureux Symmaque ; ils subornèrent de faux témoins et les envoyèrent à Ravenne, munis d'un libelle diffamatoire rédigé à Rome, afin d'accuser officiellement le Pape au tribunal du roi Théodoric ». Ainsi les factieux n'attaquaient plus la validité de l'ordination, mais la dignité personnelle du Pontife.
Pour rendre la paix à l'Église de Rome, Théodoric, à la prière du pape Symmaque, invita tous les évêques d'Italie, ainsi que les métropolitains des Gaules et d'Espagne, à se rendre à Rome pour y tenir un Concile, à l'effet d'éclaircir les accusations horribles portées contre le Pape. Les évêques représentèrent fortement au roi que c'était au Pape à convoquer le Synode, parce que ce droit appartenait à la primauté de son siège, et qu'il était inouï qu'un supérieur eût été ainsi soumis au jugement de ses inférieurs. Théodoric leur montra les lettres pontificales, datées de Rome, qu'il avait entre les mains, et qui attestaient que tout s'était fait de concert avec le Pape.
L'ouverture du synode se fit, en présence du Pape, au mois de septembre de l'année 501. Symmaque y fut déchargé des accusations intentées contre lui ; on y ordonna de plus de punir comme schismatiques ceux qui célébreraient sans son consentement, mais de pardonner aux auteurs mêmes du schisme, pourvu qu'ils donnassent satisfaction au Pape. Le décret ayant été porté dans les Gaules, tous les évêques de ce pays en furent alarmés, et ils chargèrent saint Avite, évêque de Vienne, d'écrire à Rome au nom de tous. Celui-ci adressa sa lettre à Faustus et au sénateur Symmaque. Il s'y plaignait de ce que le Pape ayant été accusé devant le prince, les évêques, au lieu de s'opposer à une telle injustice, avaient pris sur eux de le juger. « Il n'est pas aisé », dit-il, « de comprendre comment un supérieur, à plus forte raison le Chef de l'Église, peut être jugé par ses inférieurs ». Il loue cependant le Concile d'avoir rendu témoignage à l'innocence du souverain Pontife ; il prie aussi le sénat de maintenir l'honneur de l'Église, et de ne pas permettre que les brebis s'élèvent contre leurs pasteurs.
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L'année suivante, un quatrième concile, tenu le 6 novembre 502 dans la basilique de Saint-Pierre, composé de quatre-vingt-un évêques, trente-cinq prêtres et quatre diacres, confirma ce jugement. Théodoric, convaincu enfin de la mauvaise foi de l'antipape Laurent, donna des ordres pour l'éloigner de Rome. C'était écarter le principal élément de trouble. Cependant, les esprits égarés ne se rendirent pas encore. Le Concile chargea le diacre de Pavie, Ennodius, de publier une réfutation complète des calomnies débitées contre Symmaque. Cette production du disciple de saint Épiphane nous a été conservée ; elle est écrite avec une verve et parfois une ironie indignée qui nous font comprendre ce que la lutte conservait d'emportement et d'ardeur. Cette vigoureuse apologie reçut l'approbation la plus complète du Synode romain tenu l'année suivante dans la basilique de Saint-Pierre. Dans ce synode, on adopta le décret suivant : « Appuyés sur la tradition et l'autorité de tous les saints Pères, dont nous confirmons les règlements, nous flétrissons et condamnons les persécutions contre l'évêque, les tentatives de schisme ou de dévastation contre l'Église, les violences contre les serviteurs de Dieu, de quelque part qu'elles viennent, à quelque époque qu'elles se produisent... Quiconque aurait l'audace de les renouveler, s'il est clerc, sera déposé ; s'il est religieux ou laïque, excommunié, et s'il persévérait dans sa rébellion, frappé d'anathème. On récompensera par des honneurs ceux qui porteraient à la connaissance de l'Église les complots isolés ou publics qui pourront se tramer contre les Pontifes. Les auteurs de ces conspirations seront passibles de l'exil et de la confiscation de leurs biens ».
L'admirable mansuétude du Pontife porta ses fruits. La grande majorité des schismatiques, abjurant de trop longues erreurs, profita du pardon qui lui était si généreusement offert.
Le roi Thrasamond, ayant exilé en Sardaigne plusieurs évêques orthodoxes d'Afrique, le saint Pape, touché des souffrances de ces confesseurs, leur fournit les vivres et les vêtements nécessaires. Le roi Théodoric lui-même voulut s'associer à cette œuvre de charité. Symmaque, dont l'âme se dilatait à proportion des infortunes, consacrait annuellement des sommes considérables au rachat des captifs. Il écrivait aux exilés des lettres de consolation, où il prodiguait toutes les expressions de sa tendresse et de sa sollicitude paternelles. Le zèle du saint Pape pour le maintien des droits de l'Église était égal à sa charité. En 504, il avait tenu à Rome un sixième Concile, dont les décrets portent l'empreinte d'une vigueur vraiment apostolique. Ils sont spécialement dirigés contre l'usurpation des domaines ecclésiastiques par les princes ariens.
Pendant que l'Église poursuivait en Occident le cours de ses pacifiques conquêtes, il n'en était pas de même en Orient, où les catholiques étaient sans cesse persécutés par les hérétiques que soutenait et encourageait l'empereur Anastase. En même temps qu'il divisait l'Église d'Orient, Anastase lançait en Occident un manifeste, ou plutôt un libelle diffamatoire, contre le pape Symmaque. Il l'accusait d'avoir abandonné la vraie foi pour embrasser l'erreur des Manichéens, et d'avoir été ordonné contre les règles canoniques. Le souverain Pontife, attaqué dans son honneur et sa foi, répondit avec véhémence et dignité : « Je ne puis dissimuler vos injures : elles sont trop honorables pour moi, et elles vous rendent trop coupable devant Dieu. Vous dites que je me suis fait manichéen. Rome tout entière
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est témoin de la pureté de ma foi : ses archives pourraient au besoin en répondre. Si je me suis écarté en quelque chose de la doctrine catholique que j'ai reçue de la chaire du bienheureux Pierre, qu'on se lève contre moi et que je sois confondu ! Mais des injures ne sont pas des preuves ; des calomnies ne sont pas des raisons. J'ignore sur quel fondement vous pouvez avancer que je n'aie pas été ordonné canoniquement. Dieu a jugé. Qui êtes-vous pour résister à sa décision souveraine ? On dit que vous contraignez par l'épée de vos soldats les catholiques de Constantinople à embrasser l'hérésie d'Eutychès. Songez, prince, au sort de tous les empereurs qui ont persécuté la foi catholique. Ils ont presque tous péri misérablement. Or, c'est être persécuteur que d'accorder la liberté à toutes les hérésies, et de la refuser à la seule communion orthodoxe. Si vous regardez comme une erreur la foi catholique, il faut la tolérer avec les autres erreurs ; si vous la regardez comme la vérité, il faut non la persécuter, mais la suivre ».
Les évêques orientaux, continuant à être l'objet des persécutions d'Anastase, eurent recours au Pape : « Ne nous rejetez pas », disent-ils, « parce que nous communiquons avec vos adversaires : car ceux qui le font ne le font pas par attachement à la vie, mais de peur de laisser leurs troupeaux en proie aux hérétiques ; et tous, soit ceux qui communiquent avec eux en apparence, soit ceux qui s'en séparent, attendent, après Dieu, votre secours, et que vous rendrez à l'Orient la lumière que vous en avez originairement reçue. Le mal est si grand que nous ne pouvons même aller chercher le remède : il faut que vous veniez à nous ». Enfin, pour montrer qu'ils sont catholiques, ils terminent par l'exposition de leur doctrine, où ils condamnent nettement Nestorius et Eutychès, et reconnaissent en Jésus-Christ deux natures, la nature divine et la nature humaine en une seule personne.
Le Pape, dans sa réponse, les exhorte à demeurer fermes dans ce qui a été une fois décidé contre Eutychès, et à souffrir, s'il est besoin, pour la foi, l'exil et toutes les persécutions. Mais le saint Pontife n'eut pas la consolation suprême de voir la réunion des deux Églises qu'il appelait de tous ses vœux. Il mourut le 19 juillet 514, après une administration de quinze années, laborieuse carrière, dont chaque pas avait été marqué par une lutte nouvelle. Il s'était montré digne de son nom et avait vaillamment combattu les combats du Seigneur. Son courage, son zèle, sa vigilance, sa charité se trouvèrent toujours à la hauteur des circonstances difficiles qu'il eut à traverser.
En quatre ordinations, aux mois de décembre et de février, il créa cent dix-sept évêques, quatre-vingt-douze prêtres et seize diacres. Il pourvut d'ornements plusieurs églises de Rome. Il donna à la chapelle de la Croix une croix d'or qui pesait dix livres, et dans laquelle il enchâssa un morceau du bois sacré qui avait servi d'instrument à notre salut. Il fit présent à l'église de Saint-Paul d'un ciboire ou tabernacle, sur lequel furent gravées la figure du Sauveur et celle des douze Apôtres. Ce fut lui qui, au rapport du Pontifical, ordonna de chanter à la messe, les dimanches et les fêtes des Martyrs, l'hymne Gloria in excelsis.
Propre de Rome ; Histoire de l'Église, par l'abbé Durres ; Histoire des souverains Pontifes romains, par Artend de Monter ; Godescard. Voir aussi nos Conciles généraux et particuliers, t. 1er, p. 971-976.
19 JUILLET.
Événements marquants
- Élection au pontificat le 22 novembre 498
- Schisme de l'antipape Laurent
- Jugement du roi Théodoric à Ravenne en sa faveur
- Concile de Rome en 499 sur l'élection papale
- Synode de 501 (Synodus Palmaris) le déchargeant des accusations
- Soutien aux évêques exilés en Sardaigne par Thrasamond
- Défense de la foi contre l'empereur Anastase et les Eutychiens
Citations
Tenez bien le gouvernail de la foi pour vous mettre à l'abri des tempêtes de ce monde.
Des injures ne sont pas des preuves ; des calomnies ne sont pas des raisons.