Saint Théodose le Cénobiarque (le Jeune)

Supérieur général de tous les monastères de Palestine

Fête : 11 janvier 5ᵉ siècle • saint

Résumé

Né en Cappadoce au Ve siècle, saint Théodose devint le supérieur de tous les cénobites de Palestine. Grand défenseur de l'orthodoxie contre l'hérésie eutychienne, il fonda un immense monastère réputé pour sa charité envers les pauvres et les malades. Il mourut centenaire après une vie marquée par de nombreux miracles de multiplication de nourriture et de guérisons.

Biographie

SAINT THÉODOSE LE CÉNOBIARQUE

SUPÉRIEUR GÉNÉRAL DE TOUS LES MONASTÈRES DE PALESTINE

Que celui qui ne reçoit pas les conciles œcuméniques comme les Évangiles soit maudit et excommunié. Maxime de saint Théodose le Cénobiarque.

Quatre excellents personnages, du nom de Théodose, ont illustré l'Église presqu'en un même siècle, savoir : deux empereurs et deux religieux. Ceux-là par leur prudence, leur piété et leur zèle pour la religion catholique, et même le premier par la gloire de plusieurs victoires signalées ; et ceux-ci par la sainteté de leur vie et par la grandeur de leurs miracles. Or, quoique chacun de ces saints religieux ait fondé un monastère, néanmoins le titre de Cénobiarque, qui veut dire prince et chef de l'état cénobitique, est demeuré au plus jeune, à la différence de l'ancien, que l'on appelle l'Antiochien, parce qu'il tirait sa naissance d'Antioche ; et c'est de ce Théodose le Jeune, qui est le plus célèbre parmi les Latins, que nous allons traiter ici. Il naquit dans un village de Cappadoce, nommé Magariasse, appelé depuis Marisse, vers l'an 423 ; son père s'appelait Prodiresse, et sa mère Eulogie, personnes d'honneur et de vertu. Il donna de bonne heure des indices que Dieu l'avait élu pour être un grand instrument de sa gloire, s'appliquant à l'étude et à l'intelligence des lettres saintes avec tant de soin, qu'il fut fait interprète public de la sainte Écriture. Après avoir passé quelque temps en cet exercice, il quitta sa maison pour aller à Jérusalem vénérer les saints lieux. En passant par Antioche, il alla voir le célèbre Siméon Stylite ; et, comme il approchait de la colonne où le Saint était, il entendit la voix de ce grand homme, qui l'appelait : « Théodose, homme de Dieu, soyez le bienvenu ». Théodose s'étonna extrêmement d'entendre son nom et une qualité qu'il ne reconnaissait pas en lui ; de sorte que saint Siméon l'ayant fait monter sur sa colonne, Théodose se jeta à ses pieds, prit conseil de lui sur toute la conduite de sa vie, et après avoir reçu sa bénédiction, il le remercia et poursuivit son chemin vers Jérusalem, où il visita les saints lieux.

Comme il voulait s'appliquer entièrement au service de Dieu, il douta, au commencement, s'il embrasserait la vie solitaire des ermites, ou bien celle des cénobites qui vivaient sous l'obéissance des Anciens. Après y avoir bien pensé et recommandé l'affaire à Dieu, il trouva meilleur et plus assuré à cause de sa jeunesse et de son peu d'expérience de suivre la volonté d'autrui, que de vivre seul et de se gouverner à sa fantaisie, éloigné de la communication des hommes. Pour exécuter cette résolution, ayant appris qu'un saint vieillard, nommé Longin, qui demeurait dans un petit lieu appelé communément la Tour-de-David, était un excellent maître de perfection, il l'alla trouver, et ce bon religieux le reçut et le retint quelque temps auprès de lui, afin de le mettre dans le chemin de la vertu. De là, il passa en une église qu'une femme affectionnée au service de Dieu avait fait bâtir et consacrer en l'honneur de Notre-Seigneur et de sa très-sainte Mère, sur le chemin de Bethléem ; mais, depuis, il se retira sur une montagne, parce que certains religieux, ayant ouï le bruit de sa sainteté, commençaient à le fréquenter pour recevoir des instructions de lui ; et alors, il s'adonna plus particulièrement aux jeûnes, aux veilles, à l'oraison, aux larmes et à la parfaite mortification de ses appétits. Il mangeait fort peu et toute sa nourriture n'était que des dattes, des légumes ou des herbes sauvages ; quand il n'avait plus de provision, il faisait détremper et amollir les noyaux des dattes et les mangeait ; il demeura trente ans sans user de pain, rigueur et austérité de vie en laquelle il persévéra jusqu'à sa vieillesse.

Ayant enfin admis quelques personnes en sa compagnie, pour les conduire au ciel et les détacher de toutes les choses terrestres, il leur proposa le souvenir de la mort pour fondement de la perfection religieuse ; et, afin de la leur imprimer bien avant dans la mémoire, il fit bâtir un tombeau qui devait servir de sépulture commune aux religieux, afin que, mourant tous les jours par la méditation de cet objet de mort, ils en eussent moins d'appréhension lorsqu'elle arriverait.

Un jour donc qu'il alla voir cette demeure funèbre avec ses confrères, les voyant tous autour de lui, il leur dit de bonne grâce : « La fosse est faite, mais qui de nous y entrera le premier ? » Alors, un de ses disciples, qui était prêtre et s'appelait Basile, se mit à genoux et répondit : « Mon père, donnez-moi votre bénédiction, car je serai le premier qui y descendrai ». Théodose la lui donna et commanda que, bien que Basile fût encore en vie, ses confrères récitassent pour lui les prières que la sainte Église ordonnait pour les morts ; au bout de quarante jours que finissaient ces prières, n'ayant ni fièvre, ni aucune autre incommodité, le religieux s'endormit d'un doux et profond sommeil, durant lequel il rendit son âme à Dieu. On tient cela pour une chose miraculeuse ; mais celle qui arriva dans l'espace des quarante jours suivants ne le fut pas moins ; car, durant tout ce temps, le saint abbé Théodose entendait et voyait ce même Basile, qui chantait au chœur, sans néanmoins être aperçu ni entendu d'aucun de ses confrères, excepté d'un nommé Aetius qui entendait sa voix, jusqu'à ce que Théodose pria Notre-Seigneur de lui ouvrir aussi les yeux. Et aussitôt Aetius courut vers Basile pour l'embrasser ; mais il ne le put, parce qu'il disparut, disant : « Demeurez avec Dieu, mes pères et mes frères, vous ne me verrez plus ».

Une autre fois, sur le soir de la veille de Pâques, il n'y avait point de provisions dans le monastère, pas même un pain pour consacrer le lendemain à la messe. Les religieux qui s'en aperçurent n'en étaient pas contents, et comme ils commençaient à se plaindre de leur supérieur, ils reçurent de lui cette sage et chrétienne correction : « Ayons soin, mes frères, de ce qui concerne l'autel et la messe pour la communion de demain, car la Providence divine pourvoira au reste ». C'est tout ce qu'il leur dit, et avant qu'il fût nuit, deux mulets arrivèrent à la porte, chargés de tant de provisions,

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qu'il y en eut assez pour tout le couvent jusqu'à la fête de la Pentecôte.

Un homme fort pieux et très-riche, qui faisait de grandes aumônes aux pauvres, spécialement aux religieux, envoya une fois des sommes notables en deniers et d'autres biens, pour être partagés aux maisons religieuses, sans marquer en particulier les personnes ni les lieux où il prétendait qu'elles fussent distribuées; soit par oubli, soit pour quelque autre sujet, et ce qui est plus certain, par la disposition de la volonté de Dieu, Théodose ni les siens n'y eurent point de part. Les frères le priaient de faire savoir leurs incommodités à celui qui faisait ainsi la charité, afin qu'ils y pussent participer, puisqu'ils en avaient si grand besoin. Mais Théodose ne le voulut pas faire, parce que cette diligence semblait être un manquement de confiance en Dieu. Ainsi, la Providence fit voir qu'elle n'abandonne jamais ceux qui espèrent en elle, car à la même heure, il passa un homme qui avait un cheval chargé de diverses provisions pour donner aux pauvres; bien qu'il n'eût pas intention de venir au monastère de Théodose, voyant néanmoins que sa bête s'y arrêtait et demeurait comme immobile, il crut que cela n'était pas sans sujet, et que Dieu voulait qu'il entrât en ce monastère, où, apprenant la pauvreté du lieu, il donna beaucoup plus à Théodose que n'eût fait l'autre qui les avait oubliés.

Par ces miracles, Théodose s'acquit une grande réputation, et plusieurs religieux, qui savaient par expérience combien il était favorisé de Dieu, vinrent à l'école d'un si saint maître pour être instruits et dressés par lui en la voie du ciel; mais Théodose, voyant que le nombre de ses religieux croissait, fut en peine de ce qu'il devait faire; d'un côté, il aimait le repos et la solitude, et d'autre part, il se sentait retenu par le profit et l'utilité spirituelle de ses frères. Sur quoi, ayant prié la bonté divine de lui déclarer sa volonté, il fut miraculeusement averti de faire plus de cas du salut des âmes rachetées du sang de Jésus-Christ que de son propre repos. Par un nouveau feu qui s'alluma dans un encensoir qu'il portait, Dieu lui fit voir le lieu où il voulait que l'on bâtit un monastère vaste et capable de contenir les religieux, les pauvres, les pèlerins et les malades. Ce monastère étant fait, toutes sortes de personnes y étaient reçues et principalement les malades que le saint religieux assistait et traitait charitablement, les consolant par ses paroles, les secourant par des aumônes et les servant lui-même avec une piété merveilleuse, jusque-là qu'il les passait de ses propres mains, et baisait affectueusement leurs plaies. Il n'était personne si misérable ni si infecté qui ne fût le bienvenu en sa maison; au contraire, les plus horribles y étaient les mieux reçus; chacun y avait abondamment toutes ses commodités, encore qu'il n'y eût rien au monastère pour leur donner, parce que le grand Père de famille pourvoyait libéralement à toutes sortes de nécessités, et même on remarqua qu'en un jour les tables y avaient été dressées cent fois pour traiter les survenants. En ce même temps, il plut à Dieu de châtier le monde par une si grande famine et nécessité de vivres, qu'il y avait peu de personnes, quelque riches et bien aisées qu'elles fussent, qui se pussent exempter de cette misère; il se présenta alors un si grand nombre de pauvres au monastère, que ceux qui avaient la charge de les recevoir fermèrent la porte, n'ayant pas de quoi satisfaire à leurs nécessités.

Théodose, sachant cela, voulut que les portes fussent ouvertes pour tous, et ordonna que l'on distribuât à chacun ce qui lui était nécessaire; Dieu y pourvut si abondamment, que tous furent rassasiés sans que les vivres se trouvassent diminués. La main de Dieu s'ouvrit en d'autres circonstances pour la consolation du saint abbé; une autre fois, il traita avec tant de magnificence une grande multitude de personnes qui étaient venues à son monastère pour y célébrer la fête de Notre-Dame, qu'après avoir mangé suffisamment, ils emportèrent encore des restes du service chez eux ; Notre-Seigneur renouvelant en sa faveur les miracles qu'il avait faits au désert, lorsqu'avec cinq petits pains il rassasia cinq mille personnes. Ainsi le grand Théodose se rendait illustre par les merveilles qu'il opérait et par l'éclat de sa vie angélique et de ses hautes vertus ; aussi le nombre de ses disciples s'accrut tellement, qu'il y en eut jusqu'à cent quatre-vingt-treize qu'il envoya devant lui au ciel, et l'abbé qui lui succéda en vit mourir quatre cents autres.

Ce grand concours était animé par le spectacle édifiant qu'offrait cette communauté. On eût pris tous les frères pour autant d'anges revêtus d'un corps mortel. Unis par les liens de la charité et de la paix, ils n'avaient tous qu'un cœur et qu'une âme. Rigides observateurs de la loi du silence, ils ne se dissipaient point en communications extérieures. On voyait régner parmi eux une sainte émulation pour l'accomplissement de leur devoir et pour toutes les observations de la règle. Il y avait quatre églises dans l'enclos du monastère : la première était pour les frères qui parlaient grec ; la seconde, pour les Arméniens, auxquels on avait réuni les Arabes et les Perses ; la troisième, pour les Bessiens, c'est-à-dire pour tous ceux qui étaient venus des pays septentrionaux et qui parlaient la langue slavonne ou rhunique. Chacune de ces nations chantait dans son église particulière ce que l'on appelait la messe des catéchumènes ; c'est-à-dire cette partie de la messe qui précède l'offertoire. Après la lecture de l'Évangile, elles s'assemblaient toutes dans l'église des Grecs, qui était la plus nombreuse. C'était là qu'on offrait le saint sacrifice et que tous les moines participaient au corps et au sang de Jésus-Christ. La quatrième église était à l'usage de ceux qui expiaient leurs fautes par les travaux et les humiliations de la pénitence.

Ce n'était pas assez pour Théodose que d'avoir destiné à la prière publique une partie considérable du jour et de la nuit ; il voulut encore préserver ses disciples des maux que cause ordinairement l'oisiveté. Il leur ordonna de s'appliquer à quelque métier utile qui, sans être incompatible avec l'esprit de recueillement, pût fournir les choses nécessaires à la communauté.

Théodose était lié d'une amitié étroite avec saint Sabas, qui vivait aussi en Palestine et qui soutenait un grand nombre de solitaires dans les voies de la perfection. Salluste, évêque de Jérusalem, qui connaissait le mérite de ces deux grands hommes, voulut donner plus d'exercice à leur zèle et à leur charité. Il nomma Sabas supérieur de tous les ermites, et Théodose supérieur de tous les cénobites de la Palestine. C'est pour ce motif que ce dernier a été surnommé le Cénobiarque. Les deux serviteurs de Dieu se faisaient de fréquentes visites ; mais leur conversation ne roulait jamais que sur des sujets de piété et d'édification. Animés d'un même zèle, ils concertaient ensemble les moyens les plus efficaces de procurer la gloire de Dieu. Unis aussi par un sincère attachement à la doctrine de l'Église, ils eurent tous deux l'honneur d'être persécutés pour sa défense.

Plusieurs, qui avaient été soldats des princes de la terre, le venaient trouver pour combattre, par son moyen, sous l'étendard du Roi du ciel. D'autres, très-puissants en richesses et en tout ce qui peut rendre considérable dans ce siècle, connaissant la vanité et la tromperie du monde, venaient chercher auprès de lui la gloire dans l'ignominie de Jésus-Christ,

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l'opulence dans la pauvreté et la vraie félicité dans le mépris d'eux-mêmes. Il y eut aussi quelques personnes savantes et de grande réputation qui embrassèrent, sous sa conduite, la sagesse évangélique qui passe dans l'esprit du monde aveugle pour une folie. Car, quoiqu'il ne fût pas versé dans les sciences humaines, il était néanmoins très-éclairé dans les choses surnaturelles, de sorte qu'il gouvernait divinement bien les âmes par le talent admirable que Notre-Seigneur lui avait communiqué. Ses discours étaient remplis de tant de bonnes et fortes raisons, et il les expliquait en si beaux termes, qu'il se faisait admirer de tout le monde; en ses instructions, il se conformait tellement à la capacité et à la condition de chacun, que, mesurant les fardeaux qu'il imposait aux forces de ceux qui s'y soumettaient, il chargeait les robustes et déchargeait les faibles, de peur que les uns ne se laissassent aller à l'oisiveté, et que les autres ne fussent accablés de travail.

Ses châtiments n'étaient point rigoureux, mais il se contentait de les infliger avec une parole ferme et puissante, laquelle, néanmoins, était pleine d'amour et pénétrait jusqu'au fond du cœur de ses religieux. Cette modération était un effet de l'égalité de son esprit; aussi était-il toujours le même, soit seul, soit en compagnie, parce qu'il se tenait sans cesse en la présence de Dieu.

De son temps, l'Église fut tourmentée par les hérétiques qu'on appelait Acéphales, c'est-à-dire sans chef, parce qu'ils ne suivaient aucun auteur de leur erreur, et aussi par les Eutychiens. Ils condamnaient le concile de Chalcédoine en ce qu'il reconnaissait deux natures en Jésus-Christ.

En 513, l'empereur Anastase, protecteur des Eutychiens, avait chassé Elie, patriarche de Jérusalem, qui détestait les impietés de ces hérétiques, et avait mis sur son siège un moine eutychien nommé Sévère. Puis il avait publié un édit, ordonnant aux Syriens d'obéir à ces intrus. Théodose et Sabas, sans s'inquiéter de l'indignation du prince, soutinrent de toutes leurs forces Elie et Jean, son légitime successeur, dont ils prirent hautement la défense.

Anastase corrompait les évêques et les personnes notables, pour les attirer à son opinion et les engager à faire la guerre à la religion catholique; et comme la vertu de Théodose le rendait célèbre dans tout l'Orient, il tâcha de le gagner à force de présents. C'est pourquoi, sachant bien que le saint abbé, comme ami de la pauvreté évangélique, ne voulait et ne cherchait rien pour lui-même, mais seulement pour les malheureux, il lui envoya trente livres d'or, qui pouvaient revenir à trois mille écus ou environ, afin, disait-il, qu'il les distribuât aux pauvres.

Théodose découvrit aussitôt le piège caché sous cet appât et la prétention de l'empereur; il dissimula néanmoins prudemment, soit pour ne pas frauder les pauvres d'une si riche aumône, qui pourrait apaiser Notre-Seigneur et obtenir à l'empereur son pardon et la grâce d'une parfaite conversion; ou bien, afin que ce prince (qui était avare) fût mieux puni, se trouvant frustré dans son attente. Il accepta donc cette aumône avec de grands remerciements, et la distribua aux pauvres. L'empereur l'ayant su, lui envoya ses députés pour le supplier de faire sa déclaration touchant les points de foi qui étaient en controverse. Alors saint Théodose fit assembler tous les religieux de son monastère et leur dit que le temps approchait auquel les serviteurs de Jésus-Christ devaient combattre vaillamment et exposer leur vie pour la foi catholique, les exhortant, avec des paroles ardentes et pathétiques, à faire bien leur devoir. Ensuite, il fit répondre à l'empereur, que lui et ses religieux aimaient mieux mourir, en suivant la doctrine que les saints Pères leur avaient laissée, que de vivre dans la communion des hérétiques ; qu'il rejetait tous ceux qui les suivaient et ne voulaient pas embrasser les quatre Conciles reçus par l'Église et reconnus pour œcuméniques. Cette lettre du saint abbé piqua extrêmement Anastase ; néanmoins, dissimulant la fureur du lion, pour attaquer Théodose en renard, il lui fit entendre que le trouble de l'Église ne procédait pas de lui, mais du clergé et des religieux qui l'avaient renversée par leur ambition. Mais Théodose demeura ferme et constant, sans se soucier des paroles et de l'indignation de l'empereur, ni même des armes de ses soldats et des espions qui observaient ceux qui s'opposaient à sa volonté ; quoiqu'il fût vieux et cassé par les jeûnes, les pénitences et les austérités, il reprit de nouvelles forces et s'en alla, comme un jeune homme robuste et vigoureux, prêcher par toutes les villes la vérité catholique : il confondit les hérétiques, rassura les fidèles, releva ceux qui étaient tombés et retint ceux qui étaient sur le bord de l'abîme. Entrant un jour dans l'église de Jérusalem, il monta en chaire, et imposant silence au peuple, il lui dit : « Que celui qui ne reçoit pas les quatre Conciles généraux comme les quatre Évangiles, soit maudit et excommunié ! » Après quoi, il descendit, et laissa toute l'assistance fort étonnée. Dieu justifia la conduite de son serviteur par un miracle fait au sortir de l'église. En effet, une femme atteinte d'un horrible cancer fut guérie en touchant l'habit de saint Théodose. Ce fut alors que l'empereur, levant le masque, envoya le saint homme en exil ; mais son bannissement dura fort peu, Dieu fit mourir Anastase d'un coup de tonnerre (518), et Théodose retourna glorieux et triomphant dans son monastère, sous l'empire de Justin, qui favorisait les catholiques ; il vécut encore onze ans dans une heureuse et sainte vieillesse. À la peinture que nous avons déjà faite de ses vertus, il faut ajouter ces deux traits d'humilité : ayant vu un jour deux de ses moines qui disputaient ensemble, il se jeta à leurs pieds avec des larmes et des prières, et ne voulut point se relever qu'ils ne se fussent entièrement réconciliés. Une autre fois qu'il avait été contraint de séparer de sa communion un frère coupable d'une faute très-grave, celui-ci, au lieu de se soumettre à la pénitence qu'il méritait, osa à son tour excommunier son supérieur. Théodose se conduisit comme si l'excommunication eût été valide, donnant ainsi à son disciple, dont il ne désirait que le salut, un exemple de soumission qui fut suivi.

Plusieurs actions miraculeuses montrèrent le puissant crédit dont notre Saint jouissait auprès de Dieu ; nous en rapporterons quelques-unes.

Étant chez un religieux appelé Marcien, celui-ci, qui n'avait pas un morceau de pain dans sa main, commanda à ses disciples de donner à Théodose et à ses compagnons un plat de lentilles, s'excusant de ce qu'il ne pouvait leur donner du pain. Alors Théodose, regardant Marcien, aperçut sur lui un grain de froment ; il le prit dans sa main et lui dit : « Voilà du blé, comment dites-vous qu'il n'y en a pas en votre maison ? » Marcien reçut dévotement ce grain et le porta au grenier : le lendemain, le grenier se trouva si rempli de blé qu'il regorgeait par la porte.

Une femme mettait toujours au monde des enfants morts ; elle alla se jeter aux pieds de Théodose pour le supplier d'avoir pitié d'elle, de lui donner place dans ses prières, comme aussi de lui permettre de nommer Théodose le premier enfant qu'elle aurait, espérant que cette résolution lui ferait avoir la vie. Théodose le lui accorda, et elle eut bientôt l'accomplissement de ses désirs, mettant au monde un fils qu'elle appela Théodose.

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Un capitaine de l'armée romaine, nommé Céricus, avant de partir pour la guerre contre les Perses, visita Théodose pour recevoir sa bénédiction. Le Saint lui dit de n'attendre pas la victoire de la force de ses armes, ni de la multitude de ses soldats, mais de Dieu seul, qui est le Seigneur des armées et qui donne la victoire à qui il lui plaît. Le capitaine lui demanda le cilice qu'il portait, comme un riche trésor et une défense invincible : il le lui donna de bon cœur et le capitaine l'ayant porté le jour du combat, aperçut durant la bataille, le Saint qui marchait devant lui, lui montrant de la main ceux qu'il devait attaquer, et par où il le devait faire, jusqu'à ce qu'enfin les ennemis tournèrent le dos et prirent la fuite. Le saint Abbé favorisa plusieurs fois d'autres personnes qui étaient en péril, tant sur mer que sur terre, leur apparaissant, ou en songe, ou en plein jour, et les délivrant toujours des accidents dont ils étaient menacés.

Théodose ayant ainsi éclairé le monde par sa vie admirable, par l'institution de tant de religieux et par un si grand nombre de miracles, fut visité d'une longue et douloureuse maladie qui lui causa une maigreur effrayante; néanmoins, il résistait aux douleurs avec une patience incroyable, comme si c'eût été un jeune homme à la fleur de son âge. Quelqu'un lui ayant conseillé de s'adresser au ciel afin d'obtenir quelque adoucissement à ses maux : « Non, non », répondit le Saint, « une telle prière marquerait de l'impatience et me ravirait ma couronne ». Il s'entretenait en oraison avec Dieu, et il était tellement habitué à ce saint exercice, que lors même qu'il sommeillait, on lui voyait remuer les lèvres comme quand il priait. Quand il vit arriver ses derniers moments, il assembla ses religieux, ses enfants bien-aimés, qui fondaient tous en larmes pour la perte d'un si bon père. Il les exhorta à la persévérance, à une résistance généreuse aux tentations de l'ennemi, à la pratique de l'obéissance et à la soumission envers leurs supérieurs, et leur laissa plusieurs autres instructions dignes de sa vertu. Dieu lui ayant fait connaître qu'à trois jours de là il ne serait plus au monde, il voulut se préparer à la mort; il envoya donc prier trois évêques de venir en son monastère, comme s'il eût eu quelque grande affaire à leur communiquer; et en leur présence, levant les mains vers le ciel, il fit sa prière à Dieu, lui recommanda son âme et la rendit entre les mains des anges qui l'emportèrent au ciel. Il mourut âgé de cent cinq ans, environ l'an 529, selon le père Bollandus, au premier tome des *Actes des Saints*. Un homme possédé du démon, qui avait souvent prié Théodose de son vivant de le délivrer, sans avoir pu obtenir cette faveur, se jeta sur le saint corps pour l'embrasser, et recouvra tout à coup une guérison parfaite.

Aussitôt que le décès de Théodose fut publié, le patriarche de Jérusalem, appelé Pierre, troisième de ce nom, vint au monastère, accompagné de plusieurs évêques, pour faire ses obsèques; il s'y trouva un si grand nombre de religieux, de prêtres et de séculiers pour voir et toucher le corps du saint abbé, que la multitude fit différer pour quelques jours la cérémonie de ses funérailles pendant laquelle eurent lieu plusieurs miracles. Le corps du Saint fut enterré dans sa première cellule, appelée la *Caverne des Mages* (parce que c'était la tradition du pays que les Mages y avaient logé lorsqu'ils vinrent adorer Jésus-Christ). La fête de saint Théodose est marquée au 11 janvier dans tous les calendriers grecs et latins.

Les peintres placent devant saint Théodose le Cénobiarque un *cercueil* et un *sablier* : celui-ci pour rappeler la fuite du temps, celui-là pour rappeler la pensée de la mort dont il avait fait le fondement de la perfection religieuse. À ses pieds, est la *bourse* dans laquelle Anastase lui envoya trente livres d'or;

on le représente aussi en conversation avec le général, comte d'Orient, auquel il donne son cilice, ou bien multipliant un grain de blé.

Sa vie a été écrite par un auteur contemporain qui n'a point voulu être connu : Baronius croit que c'est le moine Cyrille. Elle se trouve dans Métaphraste, et Bollandus l'a collationnée sur un manuscrit grec de la bibliothèque du Vatican.

Événements marquants

  • Naissance en Cappadoce vers 423
  • Visite à saint Siméon Stylite à Antioche
  • Pèlerinage à Jérusalem
  • Retraite de trente ans sans manger de pain
  • Fondation d'un vaste monastère avec quatre églises
  • Nomination comme Supérieur de tous les cénobites de Palestine
  • Opposition à l'empereur Anastase et défense du concile de Chalcédoine
  • Exil par l'empereur Anastase puis retour sous Justin
  • Mort à l'âge de 105 ans

Miracles

  • Apparition post-mortem du moine Basile chantant au chœur
  • Multiplication de provisions apportées par deux mulets
  • Immobilité miraculeuse d'un cheval apportant des vivres
  • Allumage miraculeux d'un feu dans un encensoir pour désigner le lieu du monastère
  • Multiplication de nourriture pour les pauvres en temps de famine
  • Guérison d'un cancer par le toucher de son habit
  • Multiplication d'un grain de blé remplissant un grenier
  • Enfant né vivant après avoir été dédié au Saint
  • Apparition sur le champ de bataille pour guider le capitaine Céricus
  • Guérison d'un possédé au contact de son corps mort

Citations

Que celui qui ne reçoit pas les conciles œcuméniques comme les Évangiles soit maudit et excommunié.

— Maxime de saint Théodose citée dans le texte

La fosse est faite, mais qui de nous y entrera le premier ?

— Parole adressée à ses disciples devant le tombeau

Date de fête

11 janvier

Époque

5ᵉ siècle

Décès

vers l'an 529 (naturelle)

Invoqué(e) pour

succès des accouchements (enfants nés morts), guérison du cancer, délivrance des possédés

Autres formes du nom

  • Théodose le Jeune (fr)
  • Theodosius Coenobiarcha (la)

Prénoms dérivés

Théodose

Famille

  • Prodiresse (père)
  • Eulogie (mère)