Saint Étienne (Premier Martyr)
Premier Martyr et Diacre
Résumé
Premier martyr de la chrétienté, saint Étienne vit son corps miraculeusement découvert en 415 par le prêtre Lucien suite aux visions de Gamaliel. Ses reliques, dispersées en Orient et en Occident, notamment à Hippone et Besançon, furent le vecteur de nombreux miracles et résurrections attestés par saint Augustin. Son culte est marqué par la fête de l'Invention le 3 août et sa fête principale le 26 décembre.
Biographie
INVENTION DU CORPS DE SAINT ÉTIENNE,
PREMIER MARTYR ET DES SAINTS NICODÈME, GAMALIEL ET ABIBAS OU ABIBON
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auprès d'Étienne. J'enterrerai encore au même endroit mon fils Abibas, qui mourut avant moi, à l'âge de vingt ans. Son corps est dans le troisième cercueil, qui est le plus élevé, et dans lequel on me mit moi-même après ma mort. Ethna, ma femme, et Sémilias, mon fils aîné, qui ne voulurent point croire en Jésus-Christ, furent enterrés dans un autre endroit, qui se nomme Capharsemalia ».
Lucien craignit qu'un excès de crédulité ne le fît passer pour un imposteur. Pour s'assurer si cette vision avait Dieu pour auteur, il en demanda une seconde et une troisième ; et afin de mériter cette grâce, il persista dans le jeûne et dans la prière. Le vendredi suivant, Gamaliel lui apparut sous la même forme et lui dit d'obéir. Il lui fit connaître les mérites des Saints dont il lui découvrait les reliques, sous l'emblème de quatre corbeilles qu'il lui montra : trois étaient d'or, et l'autre était d'argent. Des corbeilles d'or, deux étaient remplies de roses blanches, et l'autre de rouges. Celle d'argent était pleine de safran qui répandait une odeur très-suave. Lucien ayant demandé ce que signifiaient ces corbeilles, Gamaliel lui répondit : « Ce sont nos reliques. Les roses rouges représentent Étienne, qui est à l'entrée du tombeau. La seconde corbeille désigne Nicodème, qui est près de la porte ; celle d'argent représente mon fils Abibas, qui sortit de cette vie sans avoir souillé son innocence : elle touche à la mienne ». Il disparut après avoir parlé de la sorte. Alors Lucien s'éveilla et rendit grâces à Dieu. Il continua toujours ses jeûnes. Au même jour et à la même heure de la troisième semaine, Gamaliel lui apparut de nouveau, et lui reprocha sa négligence à exécuter les ordres qu'il lui avait donnés. Il ajouta que la découverte de ses reliques et de celles des autres serviteurs de Dieu ferait cesser la sécheresse qui affligeait alors le monde. Lucien, saisi de crainte, promit qu'il ne différerait plus d'obéir.
Il se rendit donc à Jérusalem après cette troisième vision. L'évêque Jean, à qui il raconta ce qui lui était arrivé, pleura de joie, lui dit d'aller chercher les reliques des Saints, ajoutant qu'il les trouverait sous un monceau de grosses pierres qui étaient auprès de son église. Lucien répondit qu'il pensait de même. De retour chez lui, il fit assembler le lendemain matin les habitants du bourg pour chercher sous le monceau de pierres. Tandis qu'il allait voir le lieu où l'on avait creusé, il rencontra Migèce, moine de sainte vie, qui lui dit que Gamaliel lui était apparu, et qu'il l'avait chargé de l'avertir qu'on creusait inutilement en cet endroit. Il ajouta que Gamaliel lui avait parlé de la sorte : « On nous mit là lors de nos funérailles, et, conformément à l'ancienne coutume, ce monceau de pierres fut destiné à servir de monument à la douleur de nos amis. Cherchez ailleurs, dans un lieu appelé Debatalia. » En effet, dit Mégèce, en continuant de raconter la vision qu'il avait eue, « je me trouvai tout à coup dans l'endroit indiqué, et j'y aperçus un vieux tombeau où étaient trois lits ornés d'or. L'un, plus élevé, contenait un jeune homme et une personne d'âge ; les deux autres contenaient chacun un homme ».
Lucien ayant une nouvelle preuve de la vérité de la vision qu'il avait eue, laissa le monceau de pierres, et alla dans l'endroit qui venait de lui être indiqué. Lorsqu'il eut fait creuser la terre, il trouva les trois coffres, avec une pierre sur laquelle étaient gravés, en gros caractères, les noms suivants : Cheliel, Nasuam, Gamaliel, Abibas. Les deux premiers sont syriaques ; ils reviennent à ceux d'Étienne ou de Couronné, et de Nicodème ou de Victoire du peuple. Lucien informa aussitôt l'évêque Jean de ce qui venait d'arriver. Le prélat, qui était alors au concile de Diospolis, vint sur-le-
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champ avec Eutonius et Eleuthère, évêques, l'un de Sébaste, et l'autre de Jéricho.
A peine eut-on fait l'ouverture du coffre ou cercueil d'Étienne, que la terre trembla : il s'exhala aussi une odeur très-agréable. Il y avait là un grand nombre de personnes, dont plusieurs étaient affligées de diverses maladies. Soixante-treize malades recouvrèrent la santé sur-le-champ. L'évêque Jean décida qu'on porterait à Jérusalem les reliques de saint Étienne, qui avait été diacre de l'église de cette ville. Celles des autres Saints restèrent à Caphargalama. Le corps de saint Étienne était réduit en cendres, excepté les os qui se trouvèrent tout entiers et dans leur situation naturelle. On y trouva aussi de son sang. On laissa une petite partie des reliques du Saint à Caphargalama. On enferma le reste dans le cercueil, et on le transporta dans l'église de Sion à Jérusalem, en chantant des psaumes et des hymnes ; il tomba alors une pluie abondante, qui rendit à la terre la fertilité dont elle avait été privée par une longue sécheresse. La cérémonie de cette translation se fit le 26 décembre, jour auquel l'Église a toujours célébré depuis la fête de saint Étienne : mais on fait, le 3 août, mémoire de la découverte de ses reliques ; c'est sans doute parce que quelque église, peut-être celle d'Ancône, aura été dédiée en ce jour sous l'invocation de saint Étienne.
Le corps de saint Étienne resta quelque temps dans l'église de Sion. L'impératrice Eudoxie, femme de Théodose le Jeune, ayant fait, en 444, un second voyage à Jérusalem, bâtit sous l'invocation du Saint une église magnifique, environ à un stade de la ville, près du lieu où il avait été lapidé, et demanda que ses reliques y fussent transférées. Elle fut elle-même enterrée dans cette église après sa mort, arrivée en 463.
Plusieurs églises demandèrent aussitôt une portion des reliques de saint Étienne, et il s'opéra par leur vertu un grand nombre de miracles. Saint Augustin rapporte qu'une personne, qui avait assisté au martyre de saint Étienne, prit un de ses os, et le porta depuis à Ancône, en Italie, où il y eut dès lors un oratoire de ce Saint. Lorsque les chrétiens eurent la liberté de bâtir des églises, on en érigea une célèbre en l'honneur de saint Étienne près d'Ancône. Saint Grégoire le Grand en fait mention dans ses dialogues.
Après la découverte dont nous venons de parler, un grand nombre d'églises d'Europe et d'Afrique voulurent être enrichies de quelque portion des reliques du saint Martyr. Avit, prêtre espagnol, qui vivait alors en Palestine, obtint de Lucien un peu de cendres du corps du Saint, et quelques petits fragments d'os, qu'il envoya à Palconius, évêque de Braga, lieu de sa naissance, afin de consoler par là l'église de cette ville, qui gémissait à la vue des ravages causés par les incursions des Goths et des Vandales. Il les fit porter par Orose, qui partait pour retourner en Espagne.
Paul Orose, savant prêtre espagnol, était de Tarragone. Il passa d'abord en Afrique, puis en Palestine, pour consulter saint Augustin et saint Jérôme sur quelques endroits difficiles de l'Écriture. Son nom est célèbre dans les écrits de ces deux Pères de l'Église. Il partit de Palestine en 446, avec le précieux trésor dont il était chargé. Il prit terre en Afrique, pour rendre visite à saint Augustin ; après quoi il fit voile vers Minorque. Les dévastations des Goths l'empêchant de passer en Espagne, il retourna en Afrique, où, par l'avis de saint Augustin, il écrivit l'histoire du monde depuis la création. Cette histoire est divisée en sept livres ; le style en est clair et coulant. Il y est démontré, contre les païens, que les malheurs qui
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affligeaient alors le monde ne venaient point de ce qu'on méprisait les anciennes superstitions de l'idolâtrie, et que les hommes, dans les différents siècles, avaient souvent éprouvé de semblables calamités. Orose, avant de repasser en Afrique, laissa les reliques de saint Etienne à Magone (aujourd'hui Mahon), une des deux villes de l'île, en attendant qu'il fût possible de les faire parvenir à l'évêque de Braga, avec la lettre que lui écrivit Avit, et que nous avons encore. Sévère, évêque de Minorque, vint de Jammona (aujourd'hui Citadella) à Mahon, dans le dessein de recevoir les reliques, et d'avoir des conférences avec les Juifs, qui étaient en fort grand nombre dans cette ville. La vue de ces reliques, jointe au zèle des chrétiens, opéra un prodige étonnant. Dans l'espace de huit jours, cinq cent quarante Juifs, y compris Théodore, leur patriarche, se convertirent et demandèrent le baptême. Il n'y eut que quelques femmes qui montrèrent un peu plus d'opiniâtreté ; mais à la fin, elles se rendirent aussi. Ces Juifs convertis bâtirent une église à leurs frais et de leurs propres mains. Nous avons encore la lettre circulaire où l'évêque Sévère a consigné l'histoire de ce merveilleux événement.
Le jour même qu'Evode, évêque d'Uzale, lisait à son troupeau la lettre de Sévère, arrivèrent à la chapelle des saints martyrs Félix et Gennade, située près de la ville, quelques esquilles d'ossements de saint Etienne, et une fiole où il y avait de son sang. Des moines de Palestine avaient procuré ces reliques. Evode alla les recevoir avec beaucoup de joie. Un jeune homme qui s'était brisé le pied en faisant une chute, et qui gardait le lit depuis plusieurs jours, fut guéri après avoir imploré l'intercession de saint Etienne, et se rendit à la chapelle des martyrs pour y remercier Dieu. La célébration des saints Mystères finie, on alla en procession à la ville. Le peuple, divisé en plusieurs troupes qui tenaient à la main des cierges et des flambeaux, chantait des psaumes et des hymnes. Lorsqu'on fut arrivé à la principale église, on y déposa les reliques, et on les mit sur le trône de l'évêque, que l'on couvrit d'un voile. Une femme aveugle recouvra la vue en appliquant ce voile sur ses yeux. Ensuite, on plaça les reliques sur un lit que l'on renferma dans une espèce d'armoire, où il y avait une ouverture par laquelle on faisait toucher des linges qui par là recevaient la vertu de guérir les malades. Les fidèles venaient les visiter de fort loin, et il s'opéra un grand nombre de miracles. Evode en fit écrire la liste par un de ses clercs. On la lisait publiquement à la fête de saint Etienne, et, après la lecture de chaque miracle, on appelait les personnes guéries, que l'on faisait passer successivement au milieu de l'église. Le peuple, en les voyant, pleurait de joie et redoublait ses acclamations. Parmi ceux qu'on fit ainsi passer, étaient trois aveugles qui avaient recouvré la vue, et un homme d'Hippone, nommé Restitude, qui avait été guéri d'une paralysie. Les assistants paraissaient plutôt voir les miracles qu'en entendre le récit.
L'évêque Evode, dont nous parlons, était intime de saint Augustin. Il approuva et publia deux livres des Miracles de saint Etienne, qui avaient été écrits par son ordre et qui sont ordinairement cités sous son nom. Il y est dit que, devant l'oratoire où étaient les reliques de saint Etienne à Uzale, était un voile sur lequel on avait représenté le Saint portant une croix sur ses épaules. Dans cette histoire des miracles d'Uzale, il est fait mention de quelques morts ressuscités. Saint Augustin parle de l'un d'eux presque dans les mêmes termes. Un enfant, dit-il, encore à la mamelle, mourut sans avoir reçu le baptême. Sa mère, le voyant perdu pour toujours, court à l'oratoire de saint Etienne, et fait la prière suivante : « Saint Martyr, vous
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voyez que j'ai perdu mon unique consolation. Rendez-moi mon enfant, afin que je puisse le retrouver devant Celui qui vous a couronné ». Après sa prière qui fut longue, l'enfant ressuscita, et on l'entendit crier. On le porta sur-le-champ aux prêtres, qui le baptisèrent. Il reçut ensuite l'onction, l'imposition des mains et l'Eucharistie ; car c'était l'usage de donner alors la confirmation et la communion immédiatement après le baptême, quand ce dernier sacrement était administré solennellement. Dieu appela bientôt cet enfant à lui. Sa mère le porta au tombeau, avec autant de confiance que si elle eût été le déposer dans le sein de saint Étienne. Ce sont les propres paroles de saint Augustin.
Il ne s'opéra pas de moindres prodiges à Calame, ville de Numidie, qui était à quinze milles romains d'Hippone, dont le siège était occupé par saint Augustin. Possidius, disciple de ce saint docteur, était alors évêque de Calame. Il y avait dans cette ville une chapelle de saint Étienne, que l'on enrichit d'une portion des reliques du saint Martyr, dont on était redevable à saint Possien. Euchaire, prêtre espagnol, qui demeurait à Calame, était depuis longtemps tourmenté de la pierre ; mais il n'eut pas plus tôt appliqué sur lui les reliques de saint Étienne, qu'il se trouva guéri. Quelque temps après, il mourut d'une autre maladie : et déjà on allait le porter au tombeau ; mais ceux qui étaient autour de lui, ayant mis sur son corps une tunique qu'on avait apportée de la chapelle du Saint, il ressuscita. Plusieurs malades, affligés de diverses maladies, recouvrèrent aussi la santé. Saint Augustin, qui écrivait dans ce temps-là, dit qu'il se fit plus de ces sortes de guérisons à Calame qu'à Hippone, où cependant il en avait compté soixante-dix. Entre autres prodiges qui arrivèrent à Calame, il insiste principalement sur la conversion d'un païen nommé Martial. C'était un homme de qualité, et l'un des principaux habitants de la ville. Il ne diminuait rien de son attachement opiniâtre à l'idolâtrie, même dans sa dernière maladie. Inutilement on employa les plus fortes raisons pour le convaincre. Son gendre, qui était chrétien, avait prié longtemps pour lui devant la chasse qui renfermait les reliques de saint Étienne, apporta chez lui quelques-unes des fleurs qui ornaient cette chasse, et plein de confiance en l'intercession du Saint, il les mit auprès du chevet du malade. Il était soir alors. Le jour ne paraissait point encore, que Martial demandait à parler à l'évêque Possidius, qui se trouvait absent, parce qu'il était allé à Hippone rendre visite à saint Augustin. Les prêtres avertis vinrent voir le malade, l'instruisirent et le baptisèrent. Martial, depuis le moment de son baptême jusqu'à son dernier soupir, ne cessa de répéter ces paroles par lesquelles saint Étienne termina sa vie : « Seigneur, Jésus, recevez mon âme ».
L'évêque Projecte porta quelques reliques du même Saint à Tibilis, autrement appelé *Aquæ Tibilitanae*, ville épiscopale qui était à quinze milles d'Hippone. Lorsqu'il passait à Girte, une femme aveugle, s'étant fait conduire auprès de ces reliques, recouvra la vue.
Lucilius, évêque de Sinique ou Sinite, près d'Hippone, portant en procession les reliques du même Saint, fut tout à coup guéri d'une fistule qui ne revint plus, quoiqu'elle le tourmentât depuis longtemps, et qu'il attendît le chirurgien pour se faire faire l'opération.
Dans un village, appelé Audura, un enfant qui jouait fut écrasé sous la roue d'un char tiré par des bœufs, et mourut dans des convulsions violentes. Sa mère l'ayant porté devant les reliques de saint Étienne, il recouvra la vie, sans qu'il lui restât aucune marque de l'accident qui lui était
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arrivé. Une religieuse d'un village voisin, appelée Gaspaliana, fut aussi ressuscitée pour avoir été couverte d'une tunique qu'on avait fait toucher aux mêmes reliques. Tous ces miracles sont rapportés par saint Augustin.
L'Église d'Hippone reçut en 425 une portion des reliques de saint Etienne. On voit avec quel respect saint Augustin les reçut par la lettre qu'il écrivit à l'évêque Quintien qui était sur le point d'en recevoir une petite portion. « Votre Sainteté », lui disait-il, « sait combien elle est obligée d'honorer ces reliques, comme nous l'avons fait ». Il paraît qu'il prononça son cxvii* sermon le jour même où il les reçut. Il y dit que les reliques dont il parle consistaient en un peu de poussière du corps du Saint, renfermée dans une boîte. Il apprend au peuple qu'on a élevé un autel, non à saint Etienne, mais à Dieu sur les reliques de saint Etienne. Dans la crainte que les ignorants ne tombassent dans la superstition, en ne distinguant point assez le maître du serviteur, il répétait, lorsque l'occasion s'en présentait, que c'est Dieu qui opère les miracles par les Saints, et que c'est à lui que nous devons les rapporter, ainsi que les grâces que nous recevons par l'intercession des Bienheureux qui règnent dans le ciel. Il n'y avait point encore deux ans que les faits rapportés plus haut étaient arrivés, quand il écrivit son dernier livre de la Cité de Dieu, où il dit qu'il avait reçu la relation de près de soixante-dix miracles opérés à Hippone par les reliques de saint Etienne, outre plusieurs autres dont il savait qu'on n'avait point fait mention. Entre ces derniers, il parle de la résurrection de trois morts. L'un était le fils d'un collecteur nommé Irénée. Déjà tout était prêt pour ses funérailles, et on allait l'enterrer. Mais il ressuscita, lorsqu'on l'eut oint avec l'huile du Martyr, ce qui doit s'entendre, sans doute, de l'huile de la lampe qui brûlait devant les reliques de saint Etienne. L'autre était la fille d'un Syrien nommé Bassus. Elle recouvra la vie, pour avoir été couverte d'un vêtement que son père avait fait toucher à la chasse du Saint. Saint Augustin fut témoin oculaire de la plupart de ces miracles, entre autres du suivant.
Il y avait dans une famille considérable de Césarée dix enfants, sept garçons et trois filles. Ayant été maudits de leur mère à cause de leur mauvaise conduite, ils furent saisis successivement, depuis le plus âgé jusqu'au plus jeune, d'un tremblement dans tous les membres, lequel défigurait tout leur corps. Dans ce triste état, ils erraient çà et là en différents lieux. Le second de ces enfants fut guéri en priant dans une chapelle de Saint-Laurent à Ravenne. Le sixième et le septième arrivèrent à Hippone en 425. Ils se nommaient l'un Paul et l'autre Palladie. Ils attirèrent sur eux les regards de tout le monde. Le matin du jour de Pâques, Paul priant devant les reliques de saint Etienne, se trouva parfaitement guéri. On entendit aussitôt crier de toutes parts dans l'église : Grâces à Dieu, béni soit le Seigneur. Le jeune homme se jeta aux pieds de saint Augustin, auquel on le présenta. Le Saint le fit relever et l'embrassa. Lorsqu'il eut monté en chaire pour prêcher, il le montrait au peuple en disant : « Nous avons coutume de lire les relations des miracles que Dieu a opérés par les prières du bienheureux martyr Etienne. Mais aujourd'hui la présence de ce jeune homme nous tient lieu de livre ; il ne nous faut point d'autre écriture que son visage que vous connaissez tous, etc. » Il ajoute que, sans les prières de saint Etienne, il n'aurait point eu la force de supporter la fatigue du jour précédent (le samedi saint), où il avait passé la plus grande partie du jour et de la nuit, sans prendre de nourriture, ce qui ne l'empê-
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chait point encore de prêcher le jour de Pâques. Le mardi de Pâques, il fit placer Paul et Palladie sur les degrés de la chaire, afin que le peuple pût les voir. L'un n'avait plus aucune marque de son mal, tandis que l'autre tremblait de tous ses membres. Les ayant ensuite fait retirer, il prêcha sur le respect que les enfants doivent à leurs parents et sur la modération avec laquelle les parents doivent traiter leurs enfants. Son sermon fut interrompu par les acclamations du peuple qui ne cessait de répéter ces paroles : « Grâces à Dieu ». C'est que Palladie venait d'être guérie en priant devant les reliques de saint Étienne. Le sermon, qui fut interrompu par ce miracle, est parvenu jusqu'à nous, ainsi que tous ceux que saint Augustin prêcha en cette occasion. Environ un an après, le saint docteur inséra la relation de la guérison de Paul et de Palladie, avec celle de plusieurs autres miracles, dans son dernier livre de la Cité de Dieu.
Jean le Clerc attaque le jugement et la véracité de saint Augustin, par rapport aux miracles qu'il rapporte comme ayant été opérés par l'intercession de saint Étienne. Il est bien singulier qu'une telle découverte ait été réservée à ce nouveau maître dans l'art de la critique. Mais les chrétiens souffriront-ils que l'on traduise les plus savants et les plus saints docteurs de l'Eglise comme des fourbes et des imposteurs ? et consentiront-ils que l'on range le reste des fidèles dans la classe des imbéciles ? Les miracles en question sont attestés non-seulement par saint Augustin, mais encore par Possidius, par Evode et par plusieurs auteurs. Il faut encore observer qu'il y avait alors en Afrique un grand nombre d'hommes recommandables par leurs lumières et leur pénétration, qui sans doute examinèrent les faits et ne les admirent qu'après en avoir reconnu la vérité. Mais supposons que les catholiques fussent assez simples pour s'en laisser imposer par leurs évêques, pouvait-on également tromper leurs ennemis qui épiaient leurs actions avec tant de malignité ? Les miracles dont il s'agit s'opérèrent dans un temps où il y avait en Afrique beaucoup de Manichéens, de Donatistes et d'Ariens. Trouve-t-on cependant la moindre trace de réclamation de la part de ces hérétiques et des païens ?
Ce n'est point tout encore : il faudrait dire que les Pères de ce siècle se sont tous entendus pour tromper grossièrement les fidèles. Mais à qui persuadera-t-on la réalité d'une pareille conspiration ? Tous les âges suivants ont admiré dans ces célèbres docteurs, et surtout dans saint Augustin, un heureux assemblage de gravité, de sagesse, de sainteté, de jugement et de savoir. Le saint évêque d'Hippone s'est principalement distingué par son zèle à combattre le mensonge en toutes sortes de matières. Qu'on lise les ouvrages qu'il a laissés sur ce vice. Il prouve, contre les Priscillianistes, qu'il ne peut jamais être permis de faire le moindre mensonge de propos délibéré, fût-il question de sauver la vie à un homme, d'empêcher le mal, de procurer même le baptême à un enfant qui sans cela ne peut le recevoir, parce qu'il n'est point de circonstance où ce qui est essentiellement mal puisse devenir légitime. On voit que le mensonge est surtout criminel en matière de religion ; et s'il pouvait jamais devenir légitime, on ne devrait plus compter sur la sincérité de personne.
Le Clerc et ses partisans disent que les Pères avaient recours à la fraude pour faciliter la propagation de leur doctrine favorite touchant l'invocation des Saints et le culte des reliques. Mais cette invocation et ce culte étaient établis depuis longtemps, et avaient souvent opéré des miracles dans les autres parties du monde chrétien. Voir, pour l'Occident, les ouvrages de saint Paulin, de saint Prudence, de saint Sulpice-Sévère, de saint Gaudence,
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etc. ; et pour l'Orient, ceux de saint Chrysostome, de saint Basile, des deux saints Grégoire, de Théodoret, de saint Ephrem, etc. Le Clerc le reconnaît lui-même dans la vie de plusieurs de ces Pères.
A la vérité, saint Augustin fait observer avec d'autres Pères que le don des miracles était diminué peu à peu, et qu'ils avaient en général cessé dans l'Église, parce que l'Évangile était suffisamment établi. Mais il s'explique sur ce don de la même manière que les Apôtres, et il ajoute que Dieu opère encore quelquefois des miracles pour la gloire de son nom, et pour réveiller la ferveur des fidèles, en les faisant penser à lui. C'est pour cela que dans son livre *de la Cité de Dieu*, il confond les païens par les miracles qui s'opéraient de son temps, surtout pour ceux des reliques de saint Etienne. En parlant de ces derniers, il fait mention de cinq personnes ressuscitées. Il rapporte leurs noms avec celui de leurs familles, et marque toutes les circonstances. Deux recouvrèrent la vie par des vêtements que l'on avait fait toucher aux reliques de saint Etienne. On lit quelque chose de semblable dans les *Actes des Apôtres*, et l'on y voit que certaines choses qui avaient touché le corps de saint Paul furent les instruments de divers prodiges. Il ne manque plus à ces critiques si difficiles que d'attaquer l'histoire du mort ressuscité par l'attouchement des os d'Élisée, et la guérison des malades qui avaient dévotement appliqué sur eux les tabliers et les mouchoirs qu'on avait ôtés de dessus le corps de saint Paul. Dieu peut sans doute se servir d'instruments sensibles pour manifester sa puissance et sa miséricorde, comme Jésus-Christ le fit souvent durant sa vie mortelle.
On voit à Longpont, près Paris, dans une chasse de bois doré, un tube en cristal, garni de fermetures d'argent, renfermant un ossement insigne du saint Diacre, premier martyr, obtenu par l'influence du cardinal de Richelieu, dont le secrétaire était grand-prieur commendataire de Longpont.
L'histoire du culte et des reliques de saint Etienne à Besançon demanderait une histoire spéciale ; nous ne pouvons en dire que quelques mots. Sainte Hélène, mère de Constantin, dans un voyage à Besançon où saint Etienne avait déjà une chapelle élevée par l'évêque saint Lin, au pied du mont Cœlius, s'entretint avec Hilan, alors évêque de ce siège, et le conjura de prier saint Etienne d'intercéder auprès de Dieu pour son fils qui luttait pour l'empire contre Maxence. Elle promit, en récompense, de procurer des reliques de ce Saint à l'église de Besançon. En effet, plus tard, lorsqu'elle alla à Jérusalem, elle demanda des reliques de saint Etienne à Macau, évêque de la ville sainte. Celui-ci lui remit avec la dalmatique du Saint, une pierre ceinte de son sceau. Ces reliques furent envoyées et reçues à Besançon vers l'an 327. Le tombeau de saint Etienne fut, comme nous l'avons dit, découvert en 415. Dès lors, plusieurs églises obtinrent quelques ossements du saint diacre. L'empereur Théodose, en 446, fit don de l'os du bras de saint Etienne, à Célidoine, archevêque de Besançon ; il fut reçu avec la plus grande solennité. Lorsqu'on voulut détacher quelques parcelles de cette sainte relique pour satisfaire les pieux désirs des dix évêques présents à cette cérémonie, le sang coula en abondance de l'ossement aride, et les prélats le recueillirent respectueusement pour l'emporter dans leurs diocèses. Les miracles se multiplièrent, et, à mesure, accrurent la piété des fidèles et le concours des pèlerins.
Besançon devint comme le centre du culte de saint Etienne en Occident, et le jour où eut lieu le miracle dont nous venons de parler (3 août),
SAINT DALMACE OU DALMAT, ET SAINT FAUSTE, SON FILS, MOINE. 255
fut celui où l'on célébra l'invention des reliques de saint Etienne dans tout l'Occident.
Ces reliques de saint Etienne, les plus authentiques qu'on pût voir, furent détruites en 1793. Mais en 1832, le cardinal de Rohan, archevêque de Besançon, rapporta de Rome, où repose la plus grande partie du corps de saint Etienne, un os du bras de ce saint martyr, ce qui réveilla la dévotion des Bisontins à leur saint protecteur. En 1848, la relique fut richement enchâssée dans un reliquaire en vermeil, que son Em. Mgr le cardinal Mathieu offrit à l'insigne chapitre de son église métropolitaine. La même année, Mgr Mathieu obtint qu'on rendît au culte, l'église de la citadelle bâtie du temps de Louis XIV, lorsque Vauban, pour fortifier la ville, fut obligé de renverser l'ancienne église de Saint-Étienne. L'ordonnance est du 20 décembre, et signée Lamoricière. Chaque année, l'entrée de la citadelle est ouverte au public pour la fête du 26 décembre.
Enfin, par un bref daté de Rome, le 9 avril 1853, notre Saint-Père le Pape Pie IX a accordé une indulgence plénière à tous ceux qui, ayant reçu les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, visiteront l'église de la citadelle, le 26 décembre, et y prieront selon les intentions du souverain Pontife. L'église de Besançon célèbre le souvenir de saint Etienne le 13 et le 20 juillet, le 3 et le 23 août et le 26 décembre.
L'histoire de saint Etienne, (son martyre, l'invention de ses reliques, ses divers miracles), se trouve retracée sur un intéressant diptyque du Vatican, mais d'une époque un peu basse. Ce qu'il y a surtout de curieux dans ce monument, c'est la vision du prêtre Lucien, où les corps de saint Etienne, de Gamaliel, de Nicodème et d'Abibas sont symbolisés par quatre vases déposés près du lit où il repose.
L'histoire de cette découverte miraculeuse et de cette translation fut écrite par le prêtre Lucien lui-même. Avit, prêtre espagnol, intime ami de saint Jérôme, lequel demeurait alors à Jérusalem, la traduisit en latin ; et les Bénédictes l'ont publiée dans leur appendice au septième tome des œuvres de saint Augustin. Ce qu'elle contient est attesté par Chrysippe, un des principaux prêtres de l'Église de Jérusalem, dont l'auteur de la vie de saint Enthyme loue singulièrement la vertu ; par Idace et Marcellin dans leurs chroniques ; par Basile, évêque de Silemcie ; par saint Augustin, Bède, etc. Le récit des mêmes faits se trouve dans la plupart des historiens et dans les sermons des principaux Pères de ce siècle. — Voir, pour plus de détails : Vie des Saints de Franche-Comté, un des meilleurs travaux d'hagiologie qu'on ait faite de notre temps.
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Événements marquants
- Lapidation à Jérusalem
- Invention (découverte) des reliques par le prêtre Lucien en 415
- Apparitions de Gamaliel pour révéler l'emplacement du tombeau
- Translation des reliques à l'église de Sion à Jérusalem
- Construction d'une église par l'impératrice Eudoxie en 444
- Miracle du sang coulant d'un ossement aride à Besançon en 446
Miracles
- Cessation d'une longue sécheresse lors de la translation
- Guérison instantanée de 73 malades à l'ouverture du cercueil
- Résurrection de plusieurs enfants et adultes par l'attouchement de linges ou d'huile
- Conversion de 540 Juifs à Minorque à la vue des reliques
- Écoulement de sang d'un ossement aride à Besançon
Citations
Seigneur, Jésus, recevez mon âme
Aujourd'hui la présence de ce jeune homme nous tient lieu de livre