Saint Ubald (Thiébaut)
Évêque de Gubbio
Résumé
Noble de Gubbio devenu évêque au XIIe siècle, Saint Ubald réforma le clergé et se distingua par sa patience héroïque et son courage face aux envahisseurs. Il protégea sa ville contre une ligue de cités voisines et apaisa l'empereur Frédéric Barberousse. Réputé pour ses miracles et son pouvoir d'exorcisme, il mourut en 1160 après une vie de prière et de pénitence.
Biographie
SAINT UBALD OU THIÉBAUT, ÉVÊQUE DE GUBBIO
Il lui a confié le sacerdoce pour en exercer les fonctions, pour chanter les louanges du Seigneur, pour annoncer, en son nom, sa gloire à son peuple et offrir sans cesse à Dieu un encens digne de lui et dont l'odeur lui fût agréable.
Éccl. xiv, 19, 20.
Saint Ubald, issu d'une famille noble, naquit à Gubbio, ville de l'état ecclésiastique. Ayant perdu son père dès le berceau, il eut pour tuteur un oncle qui le fit étudier parmi les jeunes clercs de l'église cathédrale de Saint-Marien et Saint-Jacques. Lorsqu'il eut l'âge de se marier, on lui proposa des partis avantageux; mais il refusa, disant qu'il avait consacré sa virginité à son Sauveur Jésus.
Jean, surnommé le Grammairien, évêque de Gubbio, voyant la capacité et la vertu d'Ubald, le fit, malgré sa jeunesse, prieur du Chapitre de sa cathédrale, où, comme nous l'avons dit, notre Saint avait fait ses premières études. Ces chanoines vivaient dans les plus grands désordres. Le nouveau prieur en entreprit la réforme avec courage et prudence; il en gagna d'abord trois, mieux disposés que les autres, et leur persuada de vivre avec lui en communauté; ensuite il alla visiter les chanoines réguliers, institués par Pierre de Honestie, sur le territoire de Ravenne. Il passa trois mois avec ces serviteurs de Dieu pour bien connaître leur Règle; elle lui plut: il la prit pour la porter à Gubbio. Nous ne devons pas omettre ici une faveur du ciel qu'il reçut en revenant. S'étant endormi sous un arbre, avec son compagnon, il y laissa, à son réveil, le livre de sa Règle, qui demeura ainsi exposé à une grosse pluie dont tout cet endroit fut abreuvé. S'en étant aperçu en chemin, il en fut fort affligé; il craignait que le livre ne fût gâté, ou qu'il n'eût été pris par quelque passant; mais, étant retourné sur ses pas, il le trouva au même endroit où il l'avait perdu, sans qu'il y eût apparence qu'une seule goutte d'eau fût tombée dessus. Cela ne servit pas peu à gagner le cœur de ses chanoines; reconnaissant si sensiblement l'esprit de Dieu en la personne de leur père et supérieur, ils se soumirent absolument à tout ce qu'il voulut leur prescrire pour l'entière observance de leur Règle.
L'évêque de Pérouse étant mort, en 1126, le clergé élut Ubald pour son successeur; il n'eut pas plus tôt appris cette nouvelle, qu'il alla se cacher
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dans un désert. Il échappa ainsi aux députés de Pérouse. Après leur départ, il se rendit à Rome, et, à force de larmes et de prières, il obtint du pape Honorius II d'être exempt de l'épiscopat. Mais, en 1128, ce Pape le fit élire évêque de Gubbio, et le sacra l'année suivante.
Le genre de vie d'Ubald ne changea point avec sa dignité : sa nourriture et ses habits furent aussi simples qu'auparavant. Il continua de prendre son repos sur une paillasse, avec une pauvre couverture : un lit était un meuble inutile pour un homme qui passait la plus grande partie de ses nuits dans la prière et la contemplation.
Mais, parmi ses vertus, nous n'en voyons pas de plus admirable que la patience avec laquelle il supportait les injures et les affronts. Pendant qu'on réparait les murailles de Gubbio, il arriva que les ouvriers empiétèrent sur la vigne du Saint. Il leur représenta doucement le tort qu'ils lui faisaient, et les pria de cesser. L'inspecteur des travaux ne lui répondit que par des insultes; puis, le poussant avec brutalité, il le fit tomber sur un monceau de mortier. Le bon évêque se releva en silence, et se retira sans faire la moindre plainte; mais le peuple demanda qu'on lui fît justice en bannissant le coupable et en confisquant ses biens. Il était si animé qu'Ubald, pour tirer l'inspecteur des mains des magistrats, fut obligé de dire que la connaissance de cette affaire lui appartenait et que lui seul devait en être le juge. Les esprits se calmèrent alors un peu. Le coupable, touché de repentir, déclara lui-même qu'il se soumettrait à toutes les peines qu'on lui infligerait, dût-il lui en coûter la vie. Toute la vengeance du Saint se borna à lui donner un baiser de paix, et à prier Dieu de lui pardonner la faute dont il s'agissait, ainsi que toutes celles qu'il pouvait avoir commises.
Une autre fois, il arriva une sédition dans la ville; les habitants ayant pris les armes, il y en avait déjà quelques-uns sur le carreau : le Saint y courut aussitôt pour y faire l'office du bon pasteur offrant sa vie pour le salut de ses ouailles qui s'entr'égorgeaient; mais, voyant que ni sa voix ni ses prières ne faisaient rien, il se jeta au travers des épées nues et d'une grêle de cailloux qui tombaient de toutes parts; puis, feignant adroitement qu'il était blessé, il se laissa tomber comme s'il eût été mort. Le peuple en fut si surpris, que chacun mit les armes bas pour lever les mains au ciel et crier miséricorde. Alors, le saint évêque, se relevant doucement, fit savoir qu'il n'avait aucun mal; il rendit ainsi la joie à toute la ville, après lui avoir rendu la paix.
Il ne montra pas moins de courage contre les guerres extérieures que contre la guerre civile. Sept villes voisines s'étaient liguées ensemble contre Gubbio, et leur armée s'était tellement grossie, qu'à peine les Gubbiens pouvaient opposer un homme à quarante ennemis. Notre Saint ordonna un jeûne de trois jours et fit faire des processions et des pénitences publiques, pour implorer l'assistance du ciel. Cependant, il allait de rue en rue, comme un généreux capitaine, exhorter ses diocésains à ne point perdre courage, mais à se confier en Dieu; et, le jour du combat, il se tint à la porte de la ville, afin de donner sa bénédiction à tous les soldats, leur promettant la victoire; ensuite il monta sur le rempart où, comme un autre Moïse, il pria pour le succès des armes de son peuple. L'ennemi fut repoussé et mis dans une complète déroute.
En 1155, l'empereur Frédéric Barberousse, qui venait de prendre et de saccager Spolète, menaça la ville de Gubbio d'un traitement semblable. Ubald alla au-devant du prince irrité et désarma sa colère. Frédéric lui donna de grands témoignages de vénération, comme à un Saint; il se prosterna à
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ses pieds, lui demanda sa bénédiction, lui fit des présents et offrit de lui rendre les étages qu'il avait reçus des Gubbiens.
Il ne faut pas s'étonner si tant de grâces et de vertus furent accompagnées du don des miracles. Nous lisons que saint Ubald, étant encore vivant, apparut une nuit à un ecclésiastique, qui, ayant un pouce extraordinairement enflé, souffrait une extrême douleur; lorsqu'il eut fait le signe de la croix sur la partie blessée, le malade se trouva à l'heure même entièrement guéri. Il alla le matin remercier le saint évêque, qui lui défendit, avec menaces, d'en parler.
Un religieux, qui était chargé de donner les ornements au saint prélat, pour le très-auguste sacrifice de l'autel, étant à l'extrémité, se fit recommander à ses prières. Le Saint pria pour lui durant la messe, et il ne l'eut pas plus tôt achevée que le religieux se trouva en parfaite santé.
Une personne, qui avait perdu la vue depuis quatre ans, la recouvra en baisant avec respect les mains d'Ubald. Une autre, aveugle depuis dix ans, fut guérie par la seule invocation de son nom. Il défendit à l'un et à l'autre d'en jamais rien déclarer: ils firent comme ces malades de l'Évangile, qui ne cessaient de publier les merveilles du Fils de Dieu, quoiqu'il leur fît défense d'en rien dire. Un troisième aveugle s'étant présenté à lui pour obtenir la même grâce, le saint évêque, connaissant, par une lumière surnaturelle, que cela n'était pas expédient pour le salut de son âme, le lui expliqua: l'aveugle, persuadé, préféra ne point recouvrer la vue, qui l'exposait à perdre la lumière éternelle.
La leçon du Bréviaire romain, pour la fête de notre Saint, remarque qu'il avait un grand pouvoir pour chasser les démons hors du corps des énergumènes; mais ce que nous admirons encore en lui, c'est une excessive patience dans ses souffrances et ses maladies, qui ne furent pas petites: car il se rompit deux fois la cuisse et une fois le bras; il avait de tous côtés des ulcères, ce qui ne l'empêchait pas de faire ses fonctions épiscopales. Deux ans avant sa mort, il fut presque toujours très-malade et en danger; néanmoins, le jour de Pâques, son peuple désirant recevoir encore une fois les Sacrements de sa main, il obtint de Dieu des forces pour se lever du lit, célébrer la sainte messe, et faire une exhortation en public; puis, ayant donné sa bénédiction à ses ouailles, il se remit au lit d'où il ne se leva plus.
Le samedi et le dimanche de la Pentecôte, ce bon prélat, qui ne savait rien refuser à son peuple, permit l'entrée de sa chambre à tous ceux qui y voudraient venir: il n'y eut personne en toute la ville qui ne se procurât le bonheur de lui baiser les mains ou les pieds. Pour éviter la confusion, on y allait par ordre. En entrant dans sa chambre, on se mettait à genoux pour recevoir sa bénédiction et se recommander à ses prières; ceux qui l'avaient autrefois offensé lui en demandèrent humblement pardon, et il le leur accorda de très-bon cœur. Ensuite, chacun se retirait en l'église, où les hommes et les enfants mêmes, tenant des flambeaux allumés, attendaient en prières l'issue de la maladie de leur pasteur. Sur le soir, le mal étant augmenté, il se fit apporter les derniers Sacrements de l'Église, qu'il reçut fort dévotement; après quoi, récitant des psaumes, il rendit enfin paisiblement son âme à Celui qui l'avait créé pour sa gloire, le 16 mai 1160.
On représente saint Ubald tenant à la main une bannière marquée d'une croix et l'opposant aux ennemis qui assiègent sa ville épiscopale; — embrassant le maçon qui l'avait jeté dans une fosse. Nous avons raconté le fait avec détails; — guérissant un possédé. On l'invoque encore aujourd'hui pour la guérison des énergumènes.
SAINT SIMON DE STOCK, GÉNÉRAL DES CARMES. 381
Événements marquants
- Éducation à la cathédrale de Saint-Marien et Saint-Jacques
- Nomination comme prieur du Chapitre de Gubbio et réforme des chanoines
- Voyage à Ravenne pour étudier la Règle de Pierre de Honestie
- Refus de l'évêché de Pérouse en 1126
- Élection et sacre comme évêque de Gubbio en 1128-1129
- Défense de Gubbio contre une ligue de sept villes
- Rencontre avec l'empereur Frédéric Barberousse en 1155
- Mort paisible après une longue maladie le 16 mai 1160
Miracles
- Livre de la Règle préservé miraculeusement de la pluie
- Guérison instantanée du pouce enflé d'un ecclésiastique
- Guérison d'un religieux mourant pendant la messe
- Restitution de la vue à plusieurs aveugles
- Expulsion de démons (énergumènes)
Citations
Il avait consacré sa virginité à son Sauveur Jésus.