Saint Venance de Viviers

Évêque de Viviers

Fête : 5 aout 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Fils du roi burgonde saint Sigismond, Venance renonce à son rang pour devenir moine puis évêque de Viviers au VIe siècle. Diplomate auprès du Pape et bâtisseur infatigable, il restaure la discipline ecclésiastique et reconstruit de nombreuses églises, dont la cathédrale de Viviers. Il meurt en 544, laissant l'image d'un pontife alliant la science des docteurs à la munificence des princes.

Biographie

SAINT VENANCE, ÉVÊQUE DE VIVIERS

Rien n'était plus beau ni plus délectable que le spectacle que saint Venance offrait à tous les regards. On admirait, dans cet illustre Pontife, le zèle des Apôtres, la science des docteurs, la munificence des princes.

Vie de saint Venance.

Venance était fils de Sigismond, qui régna sur les Burgondes, d'abord conjointement avec son père, ensuite seul après la mort de ce dernier. Le fait de sa naissance repose sur des témoignages très-nombreux et très-imposants. L'histoire ne dit pas formellement le temps de sa naissance. Cependant nous croyons qu'il naquit vers l'an 494. Lorsqu'il vint au monde, son père et sa mère étaient encore plongés dans les ténèbres de l'Arianisme ; mais il eut le bonheur de recueillir, des lèvres du grand évêque de Vienne, les vérités de la foi orthodoxe et les maximes de la piété chrétienne. Il

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puisa, dans les leçons d'un maître si habile et si pieux, un ardent amour de Dieu et un profond mépris des biens fragiles de cette vie. Il en donna bientôt une preuve éclatante. Il fut touché de ces paroles de l'Évangile : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi ». Il renonça généreusement à tous les honneurs, à toutes les richesses qui l'attendaient dans le monde ; il quitta la demeure paternelle et alla se cacher au fond d'un cloître.

D'après un très-ancien document, le martyrologe de Viviers, il embrassa la vie religieuse dans un monastère bénédictin, situé à Viviers, au sommet d'une montagne dont le pied se baignait dans le Rhône. Dans le pieux asile qu'il avait choisi, « Venance se consacra tout entier au Seigneur ; il s'appliqua à son service avec cette humilité et cette ferveur qui font le vrai caractère des saints. Mais la divine Providence, qui le destinait à occuper une des premières places de l'Église, ne voulut pas que ses vertus restassent cachées et ensevelies dans l'oubli. Elle prit un soin tout particulier d'en répandre au loin la bonne odeur ». Le bruit de la sainteté de Venance, dit un évêque de Viviers, remplit, en-deçà et au-delà du Rhône, le royaume des Burgondes. À cette époque, saint Avit gouvernait encore l'antique et sainte église de Vienne. Ce grand pontife, dont le zèle ardent égalait la vaste science, s'attachait fortement à tout ce qui pouvait servir et glorifier la religion. Il vit avec bonheur les heureuses dispositions, les remarquables talents, les hautes vertus de Venance. Le fervent religieux avait été admis avec empressement dans les rangs sacrés de la cléricature. Saint Avit lui accorda toute son affection et toute sa confiance. Il ne tarda pas à le charger d'une importante et délicate mission. Dans son admirable dévouement à tous les intérêts de l'Église universelle, il portait des regards inquiets sur l'Orient, où le schisme avait éclaté, où les Eutychiens levaient la tête, où la mauvaise foi des Grecs inspirait des craintes trop légitimes.

Pour savoir la situation religieuse de ces contrées lointaines et la faire connaître aux évêques des Gaules, saint Avit écrivit au Pontife romain, à Hormisdas, assis sur la chaire de saint Pierre depuis l'année 514. Il envoya sa lettre par Venance, qui avait été élevé au diaconat, et lui donna le prêtre Alexis pour compagnon de voyage. Les relations intimes que saint Avit avait avec la famille de Venance, les vues qu'il avait sans doute sur le jeune prince, peuvent nous expliquer pourquoi il choisit le pieux diacre et voulut qu'il allât à Rome. Quoique l'histoire garde le silence, on comprend sans peine quel magnifique accueil Venance dut recevoir dans la ville éternelle. Son rare mérite le rendait digne des plus grands honneurs, indépendamment de ce qu'on devait à un prince burgonde. Il n'y avait pas longtemps, Rome avait vu dans ses murs son royal père, qui venait d'embrasser la foi catholique. Ce religieux prince était allé révéler saint Pierre et saint Paul, et recevoir les bénédictions ainsi que les conseils de saint Symmaque, prédécesseur immédiat du pape Hormisdas. Il avait été comblé des plus grands honneurs par le Pontife romain. Il s'était prosterné, avec une foi vive, devant le tombeau des saints Apôtres, et avait édifié toute la cité par le spectacle de ses hautes vertus. Le souvenir de son voyage, encore tout vivant dans les esprits, les disposait merveilleusement en faveur de son fils. Mais le pieux Venance fut bien moins sensible aux marques d'estime et de bienveillance qu'on lui prodiguait, qu'au bonheur de voir de si près l'auguste chef de l'Église, et de visiter des lieux si saints et si célèbres. Malgré les ineffables consolations qu'il goûtait à Rome, il dut bientôt s'arracher à cette ville chérie et reprendre le chemin des Gaules. Dès le 15 février 517, Hormisdas lui remettait, ainsi qu'au prêtre Alexis, la lettre destinée à l'évêque de Vienne.

D'éminentes dignités et de glorieux travaux attendaient Venance à son retour dans sa patrie. Peu de temps après son arrivée, il dut être élevé au sacerdoce et aux sublimes fonctions de l'épiscopat. Voici ce que nous savons sur ce dernier point : Un diocèse, dépendant de la métropole d'Arles, mais voisin de celui de Vienne, était sans évêque : c'était celui d'Alba ou de Viviers. Neuf évêques connus l'avaient gouverné jusqu'à l'époque où nous sommes arrivés. C'étaient saint Janvier, saint Septimius, saint Maspicien, saint Mélanius, saint Avole. Ils siégeaient à Alba-Augusta, ville considérable, bâtie au lieu nommé aujourd'hui Aps. C'était la capitale de l'Helvie, qui, plus tard, prit le nom de Vivarais. Cette cité ayant été ruinée de fond en comble par les Vandales, le saint évêque Auxonius se vit forcé d'établir son siège à Viviers, qui n'était qu'un petit bourg sur les bords du Rhône, non loin d'Alba. Auxonius et plusieurs de ses successeurs continuèrent de s'intituler évêques d'Alba, par respect et par attachement pour leur siège primitif. Nous verrons Venance souscrire ainsi au concile d'Épaone. Après saint Auxonius, l'Église de Viviers fut gouvernée par Eulalius, saint Lucien et saint Valère. À la mort de ce dernier, le peuple et le clergé, voulant lui donner un successeur, choisirent unanimement Venance, dont la renommée publiait partout les rares qualités : ce qui lui gagnait tous les cœurs.

Après avoir préalablement obtenu le consentement du roi Sigismond, son père, qui avait succédé à Gondebaud, des députés se rendirent auprès de notre Saint, qui, arrivé de Rome depuis peu de temps, était vraisemblablement chez l'évêque de Vienne, ou dans sa famille. Mais Venance, se croyant indigne de cet honneur et incapable de remplir un si haut ministère, leur opposa mille résistances. Il méprisait profondément la gloire et les richesses, il redoutait vivement le poids de la houlette pastorale et ne soupirait qu'après la retraite. Une vie simple, obscure, remplie par la prière, par l'étude des sciences divines, exempte des agitations du siècle, telle était son unique ambition. Mais le ciel ne pensait pas comme l'humble religieux.

En ces temps-là, l'Église des Gaules était dans la position la plus critique. Les conquérants qui avaient chassé les aigles romaines professaient diverses erreurs. Maintenir la foi catholique, ramener les hérétiques à l'unité, instruire et baptiser les païens, relever les ruines immenses que les Barbares avaient semées partout, telle était la noble et difficile mission de l'épiscopat. Il fallait des hommes aussi savants que vertueux, aussi prudents que dévoués. Dieu, qui toujours donna à l'Église des Gaules des marques éclatantes de sa protection, ne l'oublia point dans ces temps difficiles. Il lui suscita une foule de pontifes que la science, la sainteté, le courage, ont immortalisés et rendus chers à la religion et à la patrie. Quels hommes, en effet, que les Avit de Vienne, les Viventiole de Lyon, les Remi de Reims, les Césaire d'Arles, les Apollinaire de Valence ! Avec bien d'autres encore que nous pourrions nommer, ils se levèrent, à cette époque, comme des astres bienfaisants, et ils firent sentir aux princes et aux peuples leur salutaire et puissante influence. Le ciel voulut que Venance eût une place très-glorieuse dans cette sainte et brillante pléiade.

Les hésitations de notre Saint durent cesser devant le désir de servir l'Église, devant la crainte de résister à la volonté divine et de contrister

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l'âme du grand évêque de Vienne, son père et son ami. Il monta donc, comme malgré lui et uniquement pour accomplir un devoir sacré, sur le siège d'Alba ou de Viviers, qu'étant de saints et courageux pontifes avaient déjà illustré de l'éclat de leurs vertus. Telle était l'idée qu'on avait de son mérite, que sa grande jeunesse ne fut pas regardée comme un obstacle à l'épiscopat. À peine, croyons-nous, était-il parvenu à l'âge de vingt-deux ou vingt-trois ans. Mais alors on considérait, avant tout, les qualités des sujets et les services éminents qu'ils pouvaient rendre à l'Église de Jésus-Christ.

Bientôt le nouvel évêque fut appelé à prendre part à l'un des plus célèbres conciles des Gaules. Plusieurs fois, le saint pape Hormisdas, au zèle duquel rien n'échappait, avait pressé les évêques burgondes de s'assembler en concile. Ils purent répondre au vœu du Pontife romain dès le commencement du règne du roi Sigismond. Ne trouvant aucun obstacle du côté de ce religieux prince, saint Avit et saint Viventiole convoquèrent tous les évêques du royaume à Épaone, pour le 6 septembre 547. Suivant l'opinion la plus commune, Épaone est le lieu appelé aujourd'hui Saint-Romain-d'Albon, canton de Saint-Vallier, diocèse de Valence. Placée au centre du royaume de Sigismond, dans un site agréable, non loin du Rhône, à peu près à égale distance des extrémités de la Burgondie, et dépendant de l'Église de Vienne, Épaone, comme le disait saint Avit, convenait parfaitement à la tenue d'un concile. Voici quelques fragments de la lettre très-remarquable que ce célèbre métropolitain adressa à notre Saint, ainsi qu'à tous les autres évêques de la Burgondie : « Il y a longtemps que nos tristes occupations nous ont fait interrompre une pratique que nos pères ont instituée avec beaucoup de sagesse : c'est la tenue fréquente des conciles et des assemblées ecclésiastiques... L'Église de Vienne vous supplie donc, par ma bouche, de rétablir une pratique si salutaire, abandonnée depuis trop longtemps. Notre ministère nous oblige à confirmer les anciennes règles et à y en ajouter de nouvelles, s'il est nécessaire ». Saint Avit invite tous ses collègues à venir très-exactement au concile et à préparer soigneusement les matières qui doivent y être traitées.

Venance répondit avec empressement à l'appel qu'on venait de faire à son zèle. Il se rendit au concile, qui s'ouvrit au lieu et au temps marqués et dura dix jours. Il y trouva vingt-trois évêques, qui vivaient sous le sceptre de Sigismond, son père, et le député d'un prélat qui était absent. Venance déploya dans ce concile toute sa science, tout son zèle pour la réforme des mœurs publiques et la restauration de la discipline ecclésiastique, nécessairement altérées par l'invasion des Barbares et la présence des hérétiques. Il concourut à la rédaction de quarante canons, monument glorieux de sa sollicitude pastorale et de celle des Pères de cette assemblée. Ces canons regardent les clercs, les biens ecclésiastiques, la liturgie sacrée, les monastères d'hommes et de femmes, etc. Les règles tracées par les Pères de cette assemblée paraissaient si sages à un grand évêque de Valence, qu'il s'écriait : « Puissé-je les aimer et les faire aimer aux autres autant qu'elles le méritent ! »

Viviers n'eut qu'à se féliciter du heureux choix qu'on avait fait. À peine Venance eut-il à la main ce bâton pastoral tant redouté de son humilité, qu'il déploya toutes les merveilleuses qualités qui font ces grands évêques qu'admirent également le ciel et la terre. Animé de la foi la plus vive, embrasé du zèle le plus ardent, il s'efforça de répandre autour de lui la connaissance et l'amour de Dieu. Par ses fréquentes et éloquentes prédica-

tions, il affermit le juste dans la voie de la vertu, il y ramena les infortunés qui l'avaient abandonnée. À l'exemple de son père Sigismond, ce courageux et puissant adversaire de l'erreur, il travailla avec ardeur à l'extinction de l'Arianisme, qui avait fait tant de ravages dans l'Église catholique et qui continuait à désoler une portion de celle de Viviers. Il savait combien la discipline ecclésiastique est importante, soit au point de vue de la sainteté des clercs, soit au point de vue du salut des simples fidèles. Aussi ne négligea-t-il rien pour la rétablir et la rendre florissante, conformément aux décrets du concile d'Épaone, auquel il avait assisté. Il s'appliqua également à faire observer les canons des autres conciles qui furent célébrés avant ou pendant son glorieux épiscopat. Rien n'était plus beau ni plus édifiant que le spectacle qu'il offrait à tous les regards. On admirait, dans cet illustre Pontife, le zèle des Apôtres, la science des docteurs, la munificence des princes. La merveilleuse influence qu'il exerçait sur les esprits, et qui, peut-être, venait moins de son auguste caractère et de sa royale naissance, que de l'éclat de sa sainteté et de ses qualités personnelles, lui permettait de faire les choses les plus admirables. Il était dévoré d'un zèle ardent pour la gloire de la maison de Dieu. Il fit les plus généreux efforts pour rendre les édifices religieux dignes du grand Dieu auquel ils sont consacrés et qu'il remplit de sa majesté. Il comprenait l'importance de ces belles et vastes églises où les populations chrétiennes s'agenouillent au pied des autels, où elles se pressent devant la chaire sacrée, autour des saints tribunaux, où elles participent aux sacrements, qui sont pour elles une source inépuisable de lumière, de force et de consolations. Placé, pour ainsi dire, à l'aurore de ce moyen âge si fameux par les merveilles qu'il enfanta, il entra glorieusement dans cette ère mémorable, où nos évêques élevèrent les superbes basiliques romanes et gothiques que le XIXe siècle admire avec tant de raison.

La cathédrale de Viviers se trouvait dans l'état le plus déplorable, elle était menacée d'une ruine complète. Ce triste spectacle déchirait le cœur de notre Saint et faisait couler de ses yeux des larmes abondantes. Il résolut de relever, d'agrandir, d'orner, avec une rare magnificence, ce temple dédié au diacre saint Vincent, l'un des plus illustres martyrs de l'Église d'Espagne. N'ayant pas les ressources nécessaires pour conduire à bonne fin son vaste projet, il prit le chemin de la capitale de la Burgondie, et se dirigea vers le palais qu'habitait le roi son père. Il mit sous les yeux de Sigismond ce qu'il se proposait de faire pour la gloire de Dieu, pour la magnificence du culte catholique et l'édification des fidèles ; il lui dit, en même temps, qu'il avait besoin qu'il vînt à son secours. Le prince répondit au vœu de son fils et lui accorda généreusement tout ce qu'il demandait. Heureux d'avoir revu sa religieuse famille et obtenu ce qu'il désirait, Venance se hâta de revenir dans sa ville épiscopale et de mettre la main à l'œuvre. Les travaux, poussés avec ardeur, s'achevèrent en peu de temps. Bientôt le pieux Pontife eut la consolation de célébrer les augustes mystères dans une nouvelle basilique plus vaste, plus belle, plus richement ornée que la première. Par ses soins, une autre église fut construite hors des murs de la ville. Elle fut dédiée à saint Julien, noble viennois, qui se sanctifia dans la carrière des armes et versa son sang pour Jésus-Christ près de Brioude (Haute-Loire). Moins spacieuse que la cathédrale, elle l'emportait peut-être sur elle par une infinité d'ouvrages riches et merveilleux. Les colonnes qui supportaient le faîte de l'édifice, le pavé, le revêtement des murs intérieurs, tout était marbre poli et précieux.

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Venance était plein de respect et de foi à l'égard du baptême; il voulait qu'il fût administré convenablement et que les peuples eussent une haute idée du sacrement qui les régénère et les engendre à la foi catholique. C'est pour cela qu'il fit construire de magnifiques fonts baptismaux dans l'église de Saint-Julien. Le pavé était de marbre, ainsi que les colonnes qui soutenaient un couronnement orné de belles et riches moulures. L'eau, prise à un lieu nommé Caléfécétus, était amenée au baptistère par un conduit souterrain. Elle coulait dans des tuyaux de plomb et montait par des colonnes de marbre. Un cerf d'airain, placé au centre de l'édifice, la recevait et la vomissait dans la cuve baptismale. Pour expliquer ce qu'il y a, au premier abord, de singulier dans ce que nous venons de voir, il faut se rappeler que, au VIe siècle, le baptême se donnait ordinairement par immersion. Une grande quantité d'eau était nécessaire pour emplir les cuves destinées à cet usage sacré.

Notre Saint ne borna point à ce que nous avons dit le zèle dont il était enflammé. Il voulut qu'une église s'élevât en l'honneur de la Mère de Dieu. Par sa grandeur et sa magnificence, elle était digne de la plus auguste des Vierges, pour laquelle Venance professait une piété filiale qu'il s'efforçait de faire partager aux ouailles qui lui étaient confiées. Il paraît que ce fut le premier sanctuaire construit, à Viviers, en l'honneur de la Vierge Marie. Cette église fut aussi dédiée au saint martyr Saturnin qui, envoyé dans les Gaules par le pape saint Clément, vers la fin du Ier siècle, convertit un grand nombre d'idolâtres et mourut généreusement pour la foi. Outre les sanctuaires dont nous avons parlé, quelques autres s'élevèrent en divers lieux du diocèse. Le généreux évêque dota aussi richement les églises paroissiales de Notre-Dame-de-Lussas et de Saint-Martin-de-Bessiac, que, plus tard, l'on appela Lavilledieu. Tel fut son zèle pour la restauration et la construction des églises. Il n'en déploya pas moins pour orner et faire tenir de la manière la plus convenable celles de sa ville épiscopale.

Jaloux de contribuer puissamment à la gloire de Dieu et à l'édification des peuples, il créa des chapitres de clercs pour vaquer à la psalmodie et chanter les louanges du Seigneur dans les églises de Viviers. Il leur traça, de sa propre main, une règle commune, les devoirs qu'ils avaient à remplir envers Dieu, envers eux-mêmes et envers les autres. Pour rendre durable et perpétuelle cette admirable et sainte institution, il assigna les fonds nécessaires à l'entretien des ecclésiastiques. Venance subvint aussi aux besoins temporels et spirituels de son peuple avec une libéralité et un zèle vraiment admirables. Partout des ruines s'étaient faites sous les pas, des Barbares. Viviers, en particulier, avait beaucoup souffert des Goths, des Alains, des Vandales, qui avaient successivement foulé son territoire. Il ne fut pas au-dessous de sa position, et sut faire oublier les malheurs des dernières invasions. Les remparts de la ville épiscopale tombaient en ruines; il dépensa des sommes considérables à les réparer. Il élargit l'enceinte de la capitale du Vivarais. Il fit construire, de distance en distance, des tours magnifiques destinées à fortifier la ville et à l'embellir tout à la fois. Il fit bâtir des maisons vastes et commodes, ainsi que de superbes édifices civils. Il accrut considérablement les sources des revenus publics, et, par ses soins et ses bienfaits, Viviers fut transformé en véritable cité. Il dota généreusement les communautés religieuses. Il fit fleurir la science et la discipline parmi ses clercs, dont il était le père, le modèle et l'idole. Les travaux qu'entreprint ce grand Pontife à cette fin, ses exemples et ses encouragements, ne restèrent pas sans fruits. Ses clercs mirent un empressement religieux à recueillir tous ses doctes enseignements, ses éloquentes homélies et jusqu'à ses moindres discours. À la faveur de ce précieux dépôt de saines traditions, fidèlement gardé et transmis d'une génération à l'autre, il se forma, au sein de l'église de Viviers, une école de savoir et d'éloquence, de morale et de discipline, où longtemps l'on invoqua, comme un oracle, l'autorité des exemples et de la doctrine du bienheureux Père Venance.

Quelque chose eût manqué à la gloire de notre Saint, si Dieu ne lui eût ménagé les plus terribles épreuves. Dès l'année 517 ou 518, la conduite de son père Sigismond à l'égard des évêques du concile de Lyon, et surtout envers saint Apollinaire, lui avait causé une profonde douleur. L'année 520 lui enleva son ami Apollinaire, avec lequel il se plaisait à traiter des grands intérêts de l'Église, que tous les deux aimaient avec une si noble passion. Peu de temps après, il vit encore la tombe se fermer sur sainte Avite. Avant cette perte, qui dut être si sensible à son cœur, il avait eu à pleurer la mort d'une mère bien-aimée, la pieuse reine des Burgondes, enlevée, vers l'an 519, à l'amour de son royal époux et à celui de ses enfants. Des afflictions d'un autre genre étaient réservées à Venance et devaient lui montrer d'une manière bien frappante l'instabilité des grandeurs humaines. Une affreuse tempête éclata sur sa famille et brisa sans retour le trône des princes burgondes. Le pieux Venance, qui aimait tendrement sa famille, dut sentir vivement les tragiques événements, les sanglantes catastrophes qui lui arrivèrent. Mais ces coups terribles furent adoucis par la mort très-chrétienne de Sigismond et par les prodiges qui l'accompagnèrent. Venance eut aussi la consolation d'apprendre que, trois ans après la mort de son père, on transporta son corps à Agaune, où ce prince généreux avait restauré, agrandi un monastère célèbre et l'avait doté pour neuf cents religieux. De nombreux et éclatants miracles glorifièrent le tombeau de ce saint roi, prouvèrent que Dieu avait agréé ses humiliations ainsi que sa vie pénitente, et le firent placer sur les autels. Sa fête est marquée au premier mai dans le martyrologe romain.

L'année qui suivit la chute de la monarchie burgonde, c'est-à-dire l'an 535, la divine Providence ménagea une grande consolation à notre saint Évêque. Il lui fut donné de prendre part aux travaux d'un concile qui se tint à Clermont, en Auvergne, la seconde année du règne de Théodebert Ier. Après le concile, Venance revint dans son diocèse et reprit le cours de ses travaux apostoliques. Dieu lui accorda encore plusieurs années, pendant lesquelles il parut, plus que jamais, détaché de la vie. Il n'avait d'autre pensée que celle de l'éternité, d'autre désir que d'aller se réunir au bienheureux prince qui lui avait donné le jour, et qu'il savait être en possession de la félicité céleste.

Malgré tant de violentes secousses capables d'ébranler et d'affaiblir la constitution la plus robuste, il se livra, avec une nouvelle ardeur, à toutes les austérités de la pénitence. Les pensées de la mort et du jugement, qu'il n'avait jamais perdus de vue, l'occupaient alors uniquement. Il se citait, tous les jours, à ce tribunal redoutable où il devait comparaître dans peu de temps pour rendre compte de ses œuvres. Cette pensée, si affligeante pour un pécheur, devait, ce semble, n'avoir rien que de consolant pour un Saint. Mais, bien loin de là, toute sa vertu n'était pas capable de le rassurer sur des actions dont un Dieu devait être le juge, et il appréhendait, à chaque instant, d'entendre prononcer l'arrêt de sa condamnation. Pour prévenir les suites funestes d'un jugement dont il n'y a point d'appel, après avoir fait, pendant toute sa vie, d'immenses charités aux pauvres, il leur

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distribua, avant de mourir, le peu qui lui restait. Ainsi le saint Prélat porta toutes les vertus au plus haut degré de la perfection. Bien loin d'enfouir le talent qui lui avait été confié, il le fit fructifier au centuple, et, par sa fidélité à correspondre à la grâce, il mérita d'être admis en participation de la gloire des bienheureux. Plein de mérites et digne de toute louange, il rendit sa sainte âme à son Créateur le 5 du mois d'août 544. Son corps fut enseveli dans un sarcophage en marbre et transporté dans le sanctuaire de Notre-Dame du Rhône, qu'il avait fait construire lui-même.

Un ancien tableau, qui se trouvait dans l'ancienne église des Capucins, sur les bords du Rhône, représente saint Venance guérissant des enfants qu'on lui présente, et des personnes de tout âge, qui tendent vers lui des mains suppliantes. — On voit, dans la chapelle de Saint-Venance, la statue du Bienheureux, la crosse à la main et la mitre sur la tête.

## CULTE ET RELIQUES.

De nombreux prodiges, obtenus par l'invocation du saint Évêque, rendirent bientôt son tombeau glorieux et lui attirèrent en foule les hommages de la piété et de la vénération des peuples. Plus tard ses reliques furent transportées au monastère des religieuses de Soyons, avant l'arrivée des Sarrasins qui, en 737, détruisirent de fond en comble l'église de Notre-Dame du Rhône. Le corps de saint Venance fut, pour le monastère de Soyons, l'occasion de grâces nombreuses dont les religieuses furent comblées. Ce lieu devint encore célèbre par une infinité de prodiges que le Seigneur opérait tous les jours pour manifester la gloire de son serviteur. Le monastère ayant été livré aux flammes et détruit par les Protestants, les religieuses furent forcées de prendre la fuite et de se réfugier à Valence (1621), où elles construisirent un nouveau monastère en 1627.

Le corps de saint Venance ne fut pas à l'abri de l'impiété dévastatrice des hérétiques; cependant une partie assez considérable de ces précieux restes échappa aux mains de ces sacrilèges. En venant se fixer à Valence, les Bénédictines de Soyons y apportèrent les saintes reliques qu'elles avaient eu le bonheur de sauver de la destruction. Elles les déposèrent ensuite avec respect dans l'église qu'elles firent construire pour leur nouveau monastère. Les peuples voisins vinrent en foule honorer ces précieuses reliques, attirés encore par les prodiges nombreux qui s'opéraient en faveur de ceux qui imploraient la protection du Saint. Ces reliques furent conservées par les Bénédictines jusqu'à la Révolution. Forcées de se disperser pour toujours, elles les laissèrent entre les mains de quelques personnes pieuses. À la réouverture des temples, les reliques de saint Venance furent placées dans la cathédrale de Valence, puis transportées à l'église de l'hôpital, le 14 août 1883, où on les vénère encore aujourd'hui.

Extrait de l'Histoire du Vivarais, par l'abbé Bouchier; de la Vie de saint Venance, par l'abbé Champion, et des Acta Sanctorum.

## SAINT ABEL, ARCHEVÊQUE DE REIMS,

## ABBÉ DU MONASTÈRE DE LOBBES, DANS LES PAYS-BAS.

VIIIe siècle.

« Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. » Matth., V, 10.

Comme la loi de nature a eu son Abel, à qui Notre-Seigneur a donné le nom de Juste, la loi de grâce a eu aussi le sien, en qui la justice et la sainteté ont été si éminentes, qu'elles ont servi à la sanctification de plusieurs peuples. Il y a des auteurs qui lui disputent l'illustre qualité d'archevêque de Reims, et qui veulent qu'il n'en ait été que l'évêque, ou chorévêque ; mais il paraît assez, par les lettres du pape Zacharie à Boniface, et du pape Adrien à Tilpin, qu'il en a été véritablement archevêque. Le Pallium que le premier lui envoie à la demande du même saint Boniface, apôtre d'Allemagne, et que le second assure lui avoir été envoyé par son successeur, en est une preuve manifeste. Aussi Flodoard, qui écrivait l'Histoire de l'Église de Reims dès le milieu du Xe siècle, convaincu par cette raison, le met au rang de ses archevêques : ce que font aussi Baronius, en l'année 734, Colvenerus dans ses Notes sur Flodoard, et Messieurs de Sainte-Marthe dans leur Catalogue des Archevêques de Reims. Si d'autres n'en ont point parlé, c'est que, sur le témoignage du même pape Adrien, la persécution excitée contre saint Rigobert, son prédécesseur, n'étant pas entièrement assoupie, il fut chassé de son siège presque aussitôt qu'il en eut pris possession, sans qu'on lui permît d'y exercer les fonctions de sa charge.

Abel était irlandais ou écossais de nation, et passa ses premières années dans l'une de ces deux îles qui sont à présent une partie du royaume d'Angleterre. Lorsqu'il fut en âge de voyager, suivant l'exemple de ces trois illustres frères, saint Fursy, saint Foillan et saint Ultan, ses compatriotes, il vint en France pour y servir Dieu avec plus de perfection. On dit même qu'il est un des douze prêtres qui suivirent le grand saint Egbert, depuis archevêque d'York, lorsque, par révélation divine, il quitta le monastère d'Irlande, dont il était abbé, pour venir dans les Gaules y prêcher l'Évangile à quelques restes de nations idolâtres qui n'avaient pas encore reconnu le vrai Dieu. Il se présenta donc, avec cette sainte compagnie de missionnaires apostoliques, à Pépin d'Héristal, qui gouvernait alors le royaume en qualité de maire du palais. Ce dernier, admirant leur zèle, les envoya dans la Frise, qu'il venait de conquérir sur le duc Radhod, et qui n'avait pas encore reçu les lumières de l'Évangile. Notre Saint y prêcha Jésus-Christ avec une force et une éloquence merveilleuses, et, sans craindre la mort, qu'il devait attendre tous les jours de ce peuple barbare et endurci, il s'appliqua quelques années à le soumettre au joug agréable du christianisme.

Saint Boniface, légat du Pape, connaissant le mérite de saint Abel, qui avait rempli tout les Pays-Bas de la réputation de sa sainteté et de son zèle ; et, voyant que l'Église de Reims, depuis le décès de saint Rigobert, n'avait point de pasteur légitime, étant seulement occupée par Milon, qui s'y était injustement intrus du vivant de ce saint archevêque, il lui nomma pour chef et pour pasteur cet excellent missionnaire (743), auquel, en même temps, il procura le Pallium ; aussi bien qu'à Grimon, archevêque de Rouen, et à Hunebert, archevêque de Sens. Nous voyons, dans le concile de Soissons, tenu en 745, avant Pâques, qu'on y ordonna que les causes des évêques et des clercs de sa province seraient rapportées devant lui et qu'il veillerait à la bonne conduite de tous les monastères, tant d'hommes que de filles.

Cependant ce digne prélat, à qui Notre-Seigneur avait donné tous les talents de la nature et de la grâce nécessaires pour réparer les ruines de la maison de Dieu, ne put longtemps jouir en paix de son église ; mais comme Caïn persécuta son frère Abel et lui ôta enfin la vie, ainsi les partisans de Milon, et ceux qui ne pouvaient souffrir qu'on retirât de leurs mains les biens de l'évêché tyranniquement usurpés, persécutèrent notre Abel, et ils l'eussent peut-être mis à mort, si, pour empêcher un si grand scandale, il n'eût cédé à la force et à l'envie. C'est ce que nous apprenons de la lettre

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du pape Adrien à Tilpin, déjà citée, où il dit de notre Saint : *Ibi permanere permissus non fuit ; sed magis, contra Deum ejectus est.* « On ne lui permit pas de demeurer dans son archevêché ; mais il en fut chassé contre le commandement de la loi de Dieu ». Il se retira donc à l'abbaye de Lobbes, dont, peut-être, il avait déjà été religieux, et il s'y appliqua avec tant de ferveur à tous les exercices de la vie intérieure et monastique, qu'il eût été difficile de trouver dans le monastère un religieux plus austère et plus assidu à l'oraison que lui. Cela, néanmoins, ne l'empêcha pas de faire encore quelques fonctions de sa dignité, il continua son emploi de la prédication, portant la lumière de la vérité dans tout le pays de Liège et de Hainaut, et il le fit avec tant de succès, qu'il est considéré comme un des principaux évangélistes.

Enfin, après s'être consumé de pénitences et de travaux, il trouva heureusement le terme de sa vie, commencement de son éternité glorieuse, le 5 août, vers le milieu du VIIIe siècle, c'est-à-dire entre 750 et 780. Son corps fut inhumé dans l'église de Saint-Ursmard, où l'on voyait son sépulcre élevé de terre dans la chapelle de Saint-Jacques, avec une croix archiépiscopale au-dessus, ornée par en bas de plusieurs fleurs de lis qui marquent la dignité de son siège. Il s'y est fait plusieurs miracles, et principalement beaucoup de possédés y ont trouvé leur délivrance. Un notable ossement de son bras fut porté, l'an 1615, au couvent des Minimes d'Andrelek, près de Bruxelles ; cette relique avait été obtenue par Charles de Lorraine, duc d'Aumale, fondateur de cette maison religieuse. En 1409, ses reliques furent transportées à Buich en Hainaut, avec les corps des autres saints de Lobbes, pour les soustraire aux ravages de la guerre. Depuis cette époque, on célébrait sa fête dans cette ville, ainsi qu'au monastère de Lobbes, le 5 du mois d'août.

Le martyrologe romain ne parle point de saint Abel ; mais Molanus l'a ajouté au martyrologe d'Usuard, et Ferrarius le met entre les Saints omis au martyrologe romain.

Acta Sanctorum. — Cf. Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras, par l'abbé Destembes.

Événements marquants

  • Naissance vers 494
  • Renoncement aux honneurs princiers pour la vie monastique à Viviers
  • Mission à Rome auprès du pape Hormisdas en 514-517
  • Élection à l'évêché de Viviers (Alba) vers 517
  • Participation au concile d'Épaone en 517
  • Reconstruction de la cathédrale de Viviers et de plusieurs églises
  • Participation au concile de Clermont en 535

Miracles

  • Guérisons de personnes de tout âge et d'enfants
  • Délivrance de possédés (mentionné pour son homonyme ou par extension)
  • Prodiges nombreux à son tombeau à Soyons et Valence

Citations

Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi

— Évangile (citée comme moteur de sa vocation)

Date de fête

5 aout

Époque

6ᵉ siècle

Décès

5 août 544 (naturelle)

Catégories

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

guérison des enfants, personnes suppliantes

Autres formes du nom

  • Venantius (la)

Prénoms dérivés

Venance

Famille

  • Sigismond (père)
  • Gondebaud (grand-père)