Sœur Marie de Saint-Pierre
Carmélite à Tours, Promotrice de l'œuvre de l'Archiconfrérie réparatrice
Résumé
Carmélite à Tours au XIXe siècle, Sœur Marie de Saint-Pierre est la promotrice de l'œuvre de la Réparation. Favorisée de communications divines, elle a propagé la dévotion à la Sainte Face pour apaiser la justice divine. Elle est morte en odeur de sainteté en 1848 après s'être offerte comme victime pour la France.
Biographie
LA SŒUR MARIE DE SAINT-PIERRE,
CARMÉLITE A TOURS, — PROMOTRICE DE L'ŒUVRE DE L'ARCHICONFRÉRIE RÉPARATRICE DE SAINT-DIZIER
était déjà privilégiée de Dieu et prévenue des bénédictions de sa douceur; dès l'âge de six ans, elle combattait avec générosité ses défauts, elle aimait la retraite, le recueillement, l'oraison, et bien que ses vertueux parents prissent soin de la former de bonne heure aux vertus chrétiennes, on peut dire que l'Esprit-Saint fut son plus grand maître dans la vie intérieure. Elle avait dès lors en horreur les fautes les plus légères et se reprochait avec amertume les moindres imperfections de l'enfance; car sa sœur aînée l'ayant plusieurs fois trouvée versant des larmes et lui en demandant la cause, elle répondit naïvement: « Je pleure mes péchés ».
Elle redoutait tellement l'apparence même du mal, qu'ayant eu, à l'âge de huit ans, quelque inquiétude au sujet d'un petit livre d'histoire qu'on lui avait prêté, elle le porta, avant de l'ouvrir, au curé de la paroisse pour lui demander son avis. Lorsqu'elle sut de lui que cet ouvrage, sans être mauvais, était frivole, elle le rendit de suite sans en avoir lu même la première page. C'est ainsi que, sage avant l'âge, elle croissait plus encore devant Dieu que devant les hommes, et se préparait, sans le savoir, aux desseins que Dieu avait sur elle.
La lecture des souffrances de Notre-Seigneur touchait vivement son cœur, et elle faisait souvent le chemin de la croix avec beaucoup de piété. Mais son attrait dominant était pour l'oraison. N'en sachant point la méthode, elle récitait mentalement ses prières avec attention, en attendant qu'une solide instruction sur cette matière la lui fit connaître. La parole de Dieu fut pour elle un trait pénétrant qui ouvrit son esprit et son cœur à la lumière divine et la rendit bientôt habile dans cette science des Saints.
Depuis longtemps elle aspirait avec ardeur à voir arriver l'heureuse époque de sa première communion et s'y disposait par tous les actes que lui suggérait sa piété: elle avait dix ans et demi quand cette faveur lui fut accordée; mais elle y apporta des sentiments bien différents de ceux qui sont ordinaires aux enfants de cet âge. Déjà la grâce avait parlé à son cœur et lui avait fait goûter, dans le secret de la prière, combien le Seigneur est doux; aussi elle reçut alors un accroissement de dons célestes. Ce fut alors qu'elle commença à pénétrer les secrets de l'amour divin et que son âme, comblée d'ineffables consolations, comprit qu'elle devait appartenir sans réserve à Celui qui se donnait à elle avec tant de libéralité. Fidèle à la voix céleste, elle entra avec courage dans la route qui lui était tracée et s'efforça de servir le Seigneur en esprit et en vérité.
À l'âge de douze ans elle perdit sa mère, et, à l'exemple de sainte Thérèse, elle courut aussitôt se jeter aux pieds de la sainte Vierge pour la prier de lui tenir lieu de mère à la place de celle que Dieu venait de lui enlever. Marie effectivement adopta cette âme innocente et lui en donna des preuves sensibles dans tout le cours de sa vie. Son vertueux père, qui était chargé d'une nombreuse famille, la confia à deux de ses tantes, demoiselles d'une haute piété, qui dirigeaient un atelier de jeunes personnes. Dans cette pieuse maison, elle fit de nouveaux progrès dans la vertu, devint le modèle de ses compagnes et leur servait de maîtresse dans les voies intérieures, tâchant de leur apprendre et de leur faire aimer la pratique de l'oraison, de l'union avec Dieu. Elle ne se bornait pas au soin des âmes qui l'entouraient; elle saisissait encore toutes les occasions de pratiquer, selon ses moyens, les œuvres de miséricorde: secourir les pauvres, visiter les malades, assister les mourants, telles étaient ses occupations favorites lorsqu'elles ne pouvaient nuire aux devoirs de son état.
Une vie déjà si parfaite ne suffisait cependant pas pour contenter l'at-
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trait de cette âme d'élite : de bonne heure elle avait compris le secret du royaume des cieux et entendu au fond de son cœur l'oracle du divin Maître : « Celui qui ne renonce pas à tout, ne peut être mon disciple ». Peu après sa première communion, le goût de la vie religieuse se développa tellement dans son cœur qu'elle en faisait l'unique objet de ses pensées et de ses vœux. Pour en venir à ses fins, elle faisait des jeûnes et de petits pèlerinages en l'honneur de la sainte Vierge et de saint Joseph ; elle s'adressa aussi à saint Martin, évêque de Tours, auquel elle avait une grande dévotion et se rendit dans une chapelle qui lui était dédiée. Là, en présence d'une relique de ce grand Saint, elle fit une prière des plus ferventes, le suppliant de le recevoir dans son diocèse comme religieuse, bien qu'elle ne sût pas qu'il s'y trouvait des Carmélites. Néanmoins, comme ses perplexités revenaient sans cesse à cause des obstacles qui s'opposaient à sa vocation, elle eut l'inspiration d'aller faire un pèlerinage à une célèbre chapelle de la Vierge, située près de Rennes (Notre-Dame de la Peinière). Là, plus que jamais, elle éprouva une assistance spéciale de Marie, et, par les grâces qu'elle y reçut, connut à n'en pouvoir douter que Dieu l'appelait à le servir par la pratique des conseils évangéliques. Tous ses vœux étaient pour le Carmel. Mais son confesseur, voulant sans doute l'éprouver, parut décider à ce qu'elle entrât dans un autre institut religieux. Notre-Seigneur, toujours plein de miséricorde et de bonté, la tira d'inquiétude en lui faisant entendre après la sainte Communion et lui répétant plusieurs fois ces paroles : « Vous serez carmélite » ; elle crut que Notre-Seigneur avait ajouté : « carmélite à Tours ». Elle en rendit compte à son directeur, mais grand fut son étonnement quand il lui dit : « Ma fille, vous êtes reçue chez les Carmélites de Tours ».
Ce jour fut pour elle un des plus beaux de sa vie, mais il lui restait à faire de douloureux sacrifices, quitter une famille qu'elle chérissait et dont elle était vraiment aimée, un père surtout qui avait tant de droits à sa tendresse : c'était un coup terrible pour son cœur. Elle franchit néanmoins avec courage ce pas difficile, après avoir obtenu le consentement de son père. Partie de Rennes le jour de la fête de saint Martin, elle fit son entrée, à l'âge de vingt-trois ans, chez les Carmélites de Tours. Elle embrassa aussitôt avec ferveur et générosité toutes les pratiques de la vie religieuse, dans lesquelles elle persévéra jusqu'à sa mort. Peu après son entrée, elle reçut une grâce très-particulière qui produisit en son âme de grands effets. Une lumière intérieure lui donna une si haute idée de sa sainte vocation que tout ce qu'elle entendait dire n'était rien en comparaison, et elle en comprit si parfaitement l'esprit et le devoir qu'elle tremblait sans cesse par la crainte de manquer à ses moindres obligations. Par suite de cette inspiration, elle s'abandonna entièrement à Notre-Seigneur pour l'accomplissement de ses desseins et s'efforça d'y répondre avec autant de courage que de fidélité.
C'est ainsi qu'elle se préparait à être vêtue du saint habit qu'elle reçut avec bonheur et reconnaissance. En retour de cette grâce dont elle se regardait très-indigne, elle donna un nouvel essor à sa ferveur, et pendant tout son noviciat, elle fut si exacte, si humble et si mortifiée que l'on ne pouvait voir sans admiration, sans étonnement même, les progrès qu'elle faisait dans la vertu. Pendant ce temps elle se consacra d'une manière toute spéciale à la sainte Enfance de Notre-Seigneur, qui fut toujours l'objet de sa prédilection ; la science de la crèche devint l'unique occupation de son esprit. Jésus enfant, son modèle, la rendit aussi ingénieuse à l'honorer que fidèle à l'imiter. Enfin le jour tant désiré de sa profession arriva. Unie par des liens indissolubles au divin Époux de son âme, elle fit toute son étude de chercher à lui plaire et de remplir, avec toute la perfection possible, les devoirs de sa vocation. Elle a possédé la charité dans un degré éminent ; sa piété tendre et solide lui inspirait pour Dieu l'amour le plus ardent, le plus effectif : la gloire de Dieu et le salut des âmes, voilà l'unique objet de ses pensées, le seul but de ses prières, le grand mobile de ses actions. Ce zèle l'anima toute sa vie, à cause des crimes sans nombre commis contre la Majesté divine. Pressée fortement par le mouvement de la grâce, elle s'offrait à Dieu pour satisfaire à sa justice et pour en détourner les coups. La perte des âmes faisait sur elle une impression si vive qu'elle ne pouvait quelquefois contenir sa douleur et éclatait en sanglots.
Cependant son cœur se dilatait dans l'amour de Notre-Seigneur, elle honorait son humanité sainte dans tous les mystères de sa vie ; mais ceux de sa naissance et de sa vie cachée avaient pour elle des charmes incompréhensibles. Elle assistait avec une attention particulière au saint Sacrifice de la Messe, et paraissait alors être tout absorbée en Dieu : on la vit souvent pendant l'oblation sainte verser un torrent de larmes. C'est surtout à la sainte Communion que sa dévotion envers la divine Eucharistie prenait une extension merveilleuse ; elle s'y préparait avec un soin tout extraordinaire dès la veille et la nuit même, se servant pour cela de pieuses pratiques, comme d'adorer par de ferventes oraisons jaculatoires l'hostie qu'elle devait recevoir, de convier la sainte Vierge et les saints anges de préparer la demeure de l'Hôte céleste qu'elle attendait. Sa retraite ordinaire était dans le Sacré-Cœur de Jésus ; c'est dans cette fournaise ardente qu'elle a puisé tant de faveurs et de lumières pour elle et pour les autres ; c'est là qu'elle a découvert des trésors de grâce et de miséricorde ; c'est là encore qu'elle se réfugiait dans toutes ses peines, et c'est à lui qu'elle recourait dans tous ses besoins. Son amour pour la sainte Vierge s'accrut sensiblement lorsqu'elle se vit pour toujours consacrée à elle dans son Ordre du Carmel ; sa ferveur lui suggérait pour l'honorer de pieuses industries ; elle en parlait fréquemment et aurait voulu étendre son culte dans tous les cœurs. Elle reçut en retour des faveurs presque innombrables par l'entremise de la sainte Vierge, et des lumières abondantes sur les prérogatives de cette sainte Mère de Dieu. Saint Joseph et sainte Thérèse étaient aussi l'objet de sa tendre et affectueuse dévotion.
Sœur Marie de Saint-Pierre était parvenue à un rare degré d'humilité. Dans le monde elle avait été fortement exercée dans cette mère des vertus, et son âme nourrie du pain de l'humiliation y trouvait plus de délices que les mondains n'en goûtent en s'entendant louer de la manière la plus flatteuse. Aidée de la grâce, elle est arrivée à être entièrement exempte de ces retours d'amour-propre, de ces recherches intérieures qui se glissent dans nos œuvres et qui sont l'objet d'une si cruelle guerre pour les âmes qui s'adonnent à la pratique de l'humilité. Elle se croyait sincèrement la dernière, la plus imparfaite, la plus incapable de toutes, et même, si elle recevait quelque louange, son cœur ne s'en élevait jamais.
Son obéissance fut entière et parfaite ; elle se soumettait avec la simplicité d'un enfant à tout ce qu'on pouvait désirer d'elle ; ses pensées, sa volonté, les lumières intérieures qu'elle recevait, tout disparaissait dès qu'elle avait la moindre connaissance des intentions de ses supérieurs. Elle agissait envers eux avec un si grand esprit de foi qu'elle leur parlait comme à Dieu même, et recevait comme émanés de sa bouche leurs ordres et leurs
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avis. Au profond respect, elle joignait une confiance sans borne, un amour plein de tendresse, une vraie reconnaissance, une soumission aveugle; cette obéissance a été si universelle, qu'elle a pu se rendre ce témoignage, en disant pendant sa dernière maladie: « Ce qui fait ma consolation à ma mort, c'est d'avoir toujours obéi ».
Son recueillement était tel qu'elle semblait étrangère à tout ce qui était autour d'elle; de là venait son union intime et continuelle avec Dieu. Elle ne le perdait jamais de vue, et, pour nous servir de ses expressions, « son âme, étroitement unie à Notre-Seigneur, était heureusement liée à ses pieds ». Mais cette vie toute céleste n'était pas exempte d'épreuves et de souffrances.
Elle a pratiqué la mortification d'une manière bien parfaite et bien étendue, car elle la faisait consister principalement dans le retranchement des satisfactions qui n'étaient point nécessaires et dans la recherche des privations qu'elle pouvait s'imposer sans singularité. Ainsi elle étudiait sans cesse toutes les occasions du sacrifice, était habile à les découvrir, et plus prompte encore à en profiter pour s'immoler tout entière et parvenir à cette mort intérieure qui a fait son principal caractère. Sa fidélité n'était pas moins admirable; fidèle aux mouvements de la grâce, fidèle jusque dans les plus petites choses, on pourrait dire qu'elle se faisait esclave de cette vertu; mais elle savait par expérience que c'est là tout le secret du bonheur pour une âme religieuse. Il eût été presque impossible de la trouver en défaut, tant elle était exacte; on pouvait la regarder comme une règle vivante, et il eût suffi de la suivre attentivement pour connaître et pour aimer ses devoirs. Comme elle possédait éminemment la sainte liberté d'esprit qui distingue une véritable carmélite, elle savait parfaitement allier la charité et la gaieté aux vertus intérieures. En récréation, elle était douce et aimable, et ses compagnes aimaient à s'y trouver près d'elle, parce que toujours elles en retiraient quelque fruit. Elle savait également bien se dérober aux créatures et s'entretenir avec elles selon les circonstances, quoiqu'il fallût souvent qu'elle se fit une violence extrême pour interrompre son occupation intérieure avec Dieu. Son attrait dominant était pour la vie cachée, et sa conduite était si simple, si ennemie de la singularité, même dans le bien, qu'en elle la vertu paraissait facile à tout le monde.
En 1843, Dieu la favorisa de communications intimes au sujet de la France: il lui fit connaître que sa colère était irritée à cause des péchés des hommes, et qu'il frapperait avec d'autant plus de rigueur qu'il aurait plus attendu. Mais il lui inspira en même temps, comme un puissant moyen de désarmer son courroux, l'institution d'une œuvre réparatrice. Elle vit aussi dans le Sacré-Cœur de Jésus, le désir, le besoin même qu'il a de faire miséricorde, n'y mettant pour condition que la réparation des outrages faits à son divin Père. Elle reçut de vives lumières sur la Face adorable de Notre-Seigneur, objet sensible de la réparation, comme le Sacré-Cœur de Jésus est l'objet sensible de son amour pour nous. De plus, dans une de ses
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communications, Notre-Seigneur lui fit cette consolante promesse : « Parce que vous avez honoré ma face couverte de plaies par les pêcheurs, je renouvellerai en vous, à l'heure de votre mort, l'image de Dieu, et tous ceux qui contempleront sur la terre les plaies de ma face, la verront un jour rayonnante de gloire dans le ciel ».
Notre-Seigneur lui fit clairement connaître que dès que l'œuvre réparatrice serait établie, il ne la laisserait pas longtemps sur la terre. A plusieurs reprises différentes elle eut des connaissances à cet égard, et, le 30 mars, Notre-Seigneur lui dit de nouveau : « Votre pèlerinage s'avance ! le terme du combat approche. Vous verrez bientôt ma face dans le ciel. Je vais vous purifier pour vous en rendre digne ». A ces paroles, elle se prosterna en disant : « Seigneur, je ne mérite que l'enfer ». Le vendredi saint, à trois heures, comme elle adorait Jésus-Christ mourant, elle sentit le poids énorme de la justice divine qui s'appesantissait sur les hommes ; alors elle renouvela l'acte de son dévouement comme victime pour y satisfaire. Son offrande fut agréée : immédiatement elle fut frappée
est entouré d'hommages, de vénération et de témoignages de confiance. Plusieurs fois l'an, on l'expose à la dévotion des fidèles. Les souverains Pontifes ont accordé de nombreuses indulgences aux personnes qui visitent pleinement cette relique insigne.
Plusieurs Saints se sont distingués par leur piété envers la divine Face, et en ont retiré des fruits merveilleux de salut. Nous citons en particulier sainte Gertrude, sainte Mechtilde et la sœur Marie de Saint-Pierre, carmélite, morte en sœur de sainteté à Tours. Notre Seigneur a daigné faire en faveur des âmes dévotion à sa face adorable, les plus magnifiques et les plus consolantes promesses.
Depuis quelques années, cette dévotion prend un développement considérable. C'est un souffle de l'Esprit-Saint qui passe sur tout l'univers catholique, un remède providentiel destiné à combattre les ravages de l'impiété et à sauver le monde.
Une heureuse expérience a montré combien la piété envers la sainte Face est agréable à Dieu et utile aux chrétiens. Beaucoup de justes lui sont redevables de leur persévérance ; beaucoup de pécheurs de leur conversion ; beaucoup de malades de leur retour à la santé. Personne n'ignore les guérisons et autres effets merveilleux obtenus au moyen de l'huile qui brûle constamment à Tours devant une image de la sainte Face, dite Véronique. Nous avons vu les attestations authentiques d'un grand nombre de personnes (au moins six mille certificats) guéries de quelque maladie par la vertu de l'huile miraculeuse. De là vient l'usage très-salutaire d'entretenir une lampe allumée devant une image de la sainte Face, que l'on place soit à l'église, soit dans un oratoire privé. Nous savons que dans le diocèse de Carcassonne en particulier, cet usage s'est étendu dans presque toutes les paroisses, et qu'il est la source des plus grandes bénédictions.
Si l'Église célèbre les gloires de la divine Face de Sauveur dans la fête de la Transfiguration, aucun office, aucune solennité spéciale n'a pour but d'en honorer les outrages et les douleurs. Néanmoins la fête de la sainte Face a un intérêt complété la série des fêtes en l'honneur de la Passion. Mais d'autre part Notre-Seigneur n'a supporté autant de souffrances, enduré autant d'ignominies qu'on son aimable visage. Aucune circonstance de la Passion n'a été si clairement annoncée par les Prophètes, et minutieusement rapportée par les Évangélistes. Et ce n'est pas sans un dessein particulier de Dieu, que tous ces détails, que toutes ces circonstances des outrages subis par Notre Rédempteur ont été consignés dans l'Écriture.
Au reste, nous sommes en mesure de l'affirmer, un des plus anciens évêques de France a l'intention de présenter prochainement au Saint-Siège une supplique à l'effet d'obtenir pour son diocèse l'institution d'une fête en l'honneur de la sainte Face. Daigne le Seigneur bénir ce pieux dessein et le faire réussir pour sa plus grande gloire et pour le bonheur de l'Église et de la France !
Promesses faites par Notre-Seigneur Jésus-Christ, en faveur des personnes dévouées à sa sainte Face :
1° Je leur accorderai une contrition si parfaite, que leurs péchés mêmes seront changés devant moi en joyaux d'un or précieux ;
2° Aucune de ces personnes ne sera jamais séparée de moi ;
3° En offrant ma Face à mon Père, elles déchireront sa colère, et achèteront, comme par une monnaie céleste, le pardon des pauvres pécheurs ;
4° J'ouvrirai moi-même la bouche pour plaider auprès de mon Père toutes les causes qu'elles ne présentèrent ;
5° Je les éclairerai de ma lumière ; je les embraserai de mon amour ; je les rendrai fécondes en bonnes œuvres ;
6° Elles essuieront, comme la pieuse Véronique, ma Face adorable que le péché outrage et défigure ; et, en retour, je graverai mes traits divins dans leur âme ;
7° À leur mort, je renouvellerai en elles l'image de Dieu effacée par le péché ;
8° Par la ressemblance de mon visage, elles brilleront plus que beaucoup d'autres dans la vie éternelle, et la clarté de ma Face les comblera de bonheur.
Ces promesses inestimables sont extraites des œuvres de sainte Gertrude, de sainte Mechtilde et des écrits de la sœur Marie de Saint-Pierre.
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d'une grave et cruelle maladie qui l'eut bientôt réduite à l'extrémité. Sa patience et sa résignation furent toujours égales, son union à Dieu continuelle, sa générosité, son esprit de sacrifice, sans altération. Dès le commencement de sa maladie, on lui dit : « Priez donc Notre-Seigneur qu'il vous soulage un peu, s'il ne veut pas vous guérir ». — « Non », répondit-elle, « en fait de souffrances et de sacrifices, je n'ai jamais rien demandé à Dieu de particulier, mais aussi je ne lui ai jamais rien refusé ». Elle était toute pénétrée de la pensée du jugement de Dieu et se voyait comme accablée sous le poids de sa justice. Oubliant pour ainsi dire les faveurs dont elle avait été comblée, elle ne s'occupait que de ses fautes pour les pleurer et en demander pardon.
La pensée de sa mort prochaine la faisait tressaillir d'allégresse : « Mon heure est venue », disait-elle, « bientôt tous mes liens seront brisés. Quand vous contemplerai-je, ô céleste séjour? Quand, ô mon Dieu, vous verrai-je face à face et sans voile? » Si on lui parlait du ciel, sa figure prenait une expression animée : « C'est là où j'aspire », disait-elle avec transport. Quand on lui rappelait Jésus enfant et les grâces qu'elle avait reçues par ce mystère, elle répondait : « Ce divin Maître m'enseignait alors la science de la crèche, et maintenant c'est la science de la croix ». Dans les premiers jours de juin, elle se trouva si mal qu'elle demanda elle-même les derniers sacrements qu'elle reçut avec de grands sentiments de piété. Pendant le reste de sa maladie, elle reçut encore le saint Viatique aussi souvent que son état le permit. Le vendredi, 26 juin, elle eut une crise si forte qu'on crut devoir faire les prières pour la recommandation de l'âme. Pendant qu'on les récitait, il se passa en elle quelque chose d'extraordinaire dont les effets furent sensibles ; d'abord, elle s'unissait seulement aux prières par de ferventes élévations, étant abattue par les souffrances ; mais à ces mots : Maria, mater gratiæ, mater misericordiæ, elle étendit spontanément ses bras vers le ciel, comme un enfant qui s'élance vers sa mère dès qu'il l'aperçoit, et elle resta assez longtemps dans cette position, bien que quelques minutes auparavant son bras fût si faible et si raide qu'elle n'avait pu faire le signe de la croix. Ensuite, à deux reprises différentes, elle se mit les bras en croix pour expirer comme une victime, et lorsqu'on voulut l'en empêcher, elle dit : « Laissez-moi ainsi, c'est pour moi un devoir ».
Elle prenait dans ses mains son crucifix et une petite statue de l'enfant Jésus qui ne la quittait jamais, les baisait tour à tour, les serrait sur son cœur, puis, tenant l'enfant Jésus élevé le plus haut qu'il lui fût possible, elle prononça solennellement, mais assez bas, ces paroles : « Père éternel, je vous offre encore une fois cet adorable enfant, votre divin Fils, pour l'expiation de mes péchés et ceux de tous les hommes, pour les besoins de la sainte Église, pour la France, pour la Réparation (elle parlait ainsi de l'œuvre réparatrice des blasphèmes et de la profanation du dimanche). Divin Jésus, je remets, j'abandonne cette œuvre entre vos mains ; c'est pour elle que j'ai vécu, c'est pour elle que je meurs ». Après une longue et terrible agonie, elle rendit son âme à Dieu le 8 juillet 1848.
L'autorité métropolitaine de Tours s'est tellement émue des faits merveilleux arrivés à la Sœur Marie de Saint-Pierre, qu'elle a mis tous ses écrits sous le scellé.
Événements marquants
- Première communion à l'âge de dix ans et demi
- Perte de sa mère à l'âge de douze ans
- Pèlerinage à Notre-Dame de la Peinière près de Rennes
- Entrée au Carmel de Tours à l'âge de vingt-trois ans le jour de la Saint-Martin
- Communications intimes en 1843 sur l'œuvre réparatrice et la Sainte Face
- Décès après une longue agonie le 8 juillet 1848
Miracles
- Guérisons obtenues par l'huile de la lampe brûlant devant l'image de la Sainte Face à Tours
- Lumières intérieures et promesses prophétiques de Notre-Seigneur
Citations
Je pleure mes péchés
Ce qui fait ma consolation à ma mort, c'est d'avoir toujours obéi
Divin Jésus, je remets, j'abandonne cette œuvre entre vos mains ; c'est pour elle que j'ai vécu, c'est pour elle que je meurs