Sainte Gertrude d'Eisleben

Religieuse Bénédictine, Abbesse de Rodersdorf et de Heldefs

Fête : 15 novembre 14ᵉ siècle • sainte

Résumé

Religieuse bénédictine et abbesse en Saxe au XIVe siècle, sainte Gertrude est l'une des plus grandes mystiques de l'Église. Connue pour ses 'Insinuations pieuses', elle vécut une union intime avec le Christ, centrée sur la dévotion au Sacré-Cœur. Elle mourut en 1334 après quarante ans de supériorité marquée par une charité et une humilité héroïques.

Biographie

SAINTE GERTRUDE D'EISLEBEN,

RELIGIEUSE BÉNÉDICTINE, ABBESSE DE RODERSDORF ET DE HELDEFS

15 NOVEMBRE.

qu'elle n'aurait pu découvrir dans les livres. En effet, la veille de la Purification de Notre-Dame, il la remplit de lumières si pures et si abondantes que, quoique sa vie passée eût été un modèle de sainteté pour les âmes les plus innocentes, elle ne la regardait que comme un temps de ténèbres et de vanité. Cette faveur fut suivie d'une union si intime avec ce divin Époux que, jusqu'à l'âge de trente-cinq ans qu'elle composa le Traité où elle parle de cette union, elle ne perdit jamais de vue sa très-douce et très-aimable présence, excepté pendant onze jours que, pour éprouver sa fidélité, il ne se fit pas sentir au fond de son cœur d'une manière si sensible qu'il le faisait ordinairement.

Des grâces si précieuses n'échappèrent point à ses supérieurs : persuadés de son mérite, ils l'établirent abbesse du monastère de Rodersdorf, où elle avait fait profession, afin qu'étant élevée au-dessus des autres, elle répandît plus abondamment sur toute la communauté les rayons de ses vertus. Elle ne demeura pas cependant longtemps dans ce monastère ; elle fut chargée peu de temps après, pour des raisons que nous ne savons pas, de la conduite de celui de Heidefs. On ne peut assez dignement représenter les fruits de grâce et de sainteté que cette admirable abbesse produisit dans ces deux maisons, pendant quarante ans qu'elle en fut successivement supérieure, ni combien de jeunes vierges elle forma à la perfection. Elle n'épargnait rien pour avancer leur sanctification, et elle y travaillait avec tant d'adresse et d'onction, que les moins ferventes étaient obligées d'entrer dans les voies qu'elle leur montrait. Ces heureux succès n'empêchaient pas qu'elle n'eût de très-bas sentiments d'elle-même. Elle ne s'estimait qu'une très-grande pécheresse ; elle disait qu'elle ne méritait pas qu'on la souffrît sur la terre, parce que tout autre aurait fait un meilleur usage qu'elle des grâces qu'elle recevait de la bonté de Dieu. Elle était néanmoins très-fidèle à y correspondre, et il ne faut que lire les ouvrages qu'elle a composés pour voir quelles étaient sa délicatesse de conscience et son exactitude à suivre toutes les aspirations de son divin Époux. Elle se défiait si fort d'elle-même, que, quelque éclairée qu'elle fût, elle ne laissait pas de consulter les autres dans les moindres difficultés ; elle s'adressait surtout à sainte Mechtilde, qui était religieuse dans son monastère. Elle était quelquefois combattue de pensées vaines et inutiles, qui se présentaient à son esprit ; mais, comme elle connaissait la corruption de notre nature, et qu'elle savait que toutes ces idées involontaires ne provenaient que de son mauvais fonds, elle ne s'en étonnait pas, elle tâchait seulement de les réprimer.

La diversité de ses occupations ne diminuait rien de sa ferveur, parce que tout lui servait de sujet et de motif pour s'élever à Jésus-Christ. Toutes les actions qu'elle faisait le matin, avant la communion, elle les offrait à Dieu comme des préparations pour s'approcher plus dignement de la sainte Table ; et pour celles qui suivaient la communion, elle les lui offrait comme autant d'actions de grâces du bienfait inestimable qu'elle avait reçu en communiant. Plusieurs personnes, connaissant son expérience dans les choses spirituelles, la consultèrent sur les temps qu'elles devaient prendre pour s'approcher de la sainte Communion ; elle eut elle-même recours à la prière, pour apprendre de son divin Maître de quelle manière elle devait se comporter dans ces occasions, et par une faveur peu commune, ce divin Sauveur l'assura qu'il lui communiquerait les lumières nécessaires pour ne pas manquer dans les avis qu'elle donnerait là-dessus, et qu'il accorderait de plus aux personnes à qui elle conseillerait de com-

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munier, les grâces dont elles auraient besoin pour ne pas communier indignement. Ces faveurs extraordinaires montrent l'affection singulière que cet aimable Sauveur avait pour cette chère Épouse ; elle était aussi, de son côté, tellement embrasée de son amour, qu'elle ne pouvait être un instant sans faire quelque chose qu'elle croyait lui être agréable. Elle ne désirait et ne cherchait en toutes choses que sa gloire, et elle l'avait tellement imprimé dans son esprit, qu'elle ne pouvait penser qu'à lui ; comme ce divin Sauveur le fit connaître un jour à sa sainte Mechtilde, dans une vision où il lui apparut assis dans un trône, et Gertrude à ses côtés, laquelle avait les yeux tellement arrêtés sur lui, qu'elle ne les détournait pas d'un moment : ce que cette sainte fille prit pour une marque évidente des bontés que Notre-Seigneur avait pour sa très-digne supérieure, et de l'application continuelle et infatigable que sainte Gertrude avait à Dieu présent. Notre-Seigneur révéla aussi à une de ses religieuses l'éminente perfection à laquelle cette sainte abbesse était parvenue. Il lui déclara que, comme il n'y avait personne sur la terre qui eût une volonté aussi désintéressée et une intention aussi pure que Gertrude, aussi n'y avait-il point de cœur en ce monde où il demeurât avec plus de plaisir que dans celui de cette fidèle amante. En effet, on ne peut expliquer les flammes de l'amour divin qu'il alluma dans ce cœur qui lui était entièrement dévoué, ni les mystérieuses opérations de la grâce qu'il produisit dans le fond de son âme ; tantôt il y fit les mêmes impressions que s'il avait pris une nouvelle naissance, en s'y faisant sentir dans l'état où il était à Bethléem et dans son enfance ; tantôt il y grava spirituellement les plaies qu'il avait reçues sur son corps, dans la Passion, afin de lui faire comprendre quelque chose de l'excès de ses douleurs ; tantôt il lui mit des anneaux aux doigts, comme à son épouse, pour marquer l'alliance étroite qu'il contractait avec elle ; tantôt il se présenta à elle accompagné de sa très-sainte Mère, l'assurant que cette bienheureuse Vierge aurait aussi pour elle une tendresse de mère ; tantôt enfin, il agit en elle comme s'il avait changé de cœur avec elle, afin qu'elle n'eût point d'autres affections, d'autres inclinations que les siennes, et qu'elle l'aimât d'un amour parfaitement épuré de toutes les choses d'ici-bas.

Toutes ces grâces extraordinaires ne firent qu'exercer en elle un désir ardent des souffrances et un zèle admirable pour le salut du prochain. Elle ne pouvait vivre sans sentir quelque douleur. Le temps qu'elle passait sans souffrir lui était extrêmement ennuyeux ; elle disait que l'homme spirituel, qui se plaisait dans l'état de quiétude, n'avait pas encore fait beaucoup de chemin dans la vertu, et elle ajoutait que celui qui cherche ce repos n'a pas encore commencé à travailler pour l'acquérir. De là vient qu'elle pratiquait sans cesse des mortifications rigoureuses, et qu'on ne pouvait la résoudre à prendre aucun adoucissement dans ses maladies, même les plus violentes, si son divin Époux ne l'assurait qu'il ne les désapprouvait pas.

On ne peut croire avec combien de ferveur elle tâchait de procurer le salut des âmes que le Sauveur s'est acquises par les mérites de son sang. Elle versait pour elles des torrents de larmes au pied de la croix et devant le Saint-Sacrement ; elle faisait, avec ardeur et avec un zèle de séraphin, des exhortations capables de toucher les cœurs les plus endurcis ; elle écrivait des lettres pressantes et des Traités spirituels remplis de l'onction de l'amour divin qu'elle envoyait de tous côtés, afin que la lecture des maximes salutaires que ces écrits contenaient convertît les uns, instruisit

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les autres et fît entrer tout le monde dans les voies de la perfection et de la sainteté. C'est par ce moyen qu'elle a gagné un grand nombre de personnes à Jésus-Christ, dont quelques-unes ont quitté le monde pour se retirer dans le cloître, et dont les autres, étant déjà religieuses, se sont élevées à un très-haut degré d'oraison et d'union avec Dieu.

Nous ne parlerons point ici de ses prophéties ni de ses miracles, qui nous arrêteraient trop longtemps; le lecteur en pourra voir le détail dans ses propres ouvrages et dans sa vie que divers auteurs très-éclairés dans les choses spirituelles ont mise au commencement de ses livres. Après qu'elle eut amassé sur la terre des trésors inestimables de mérites pendant environ soixante-dix ans, il plut à Notre-Seigneur de lui en donner la récompense dans le ciel. Elle tomba dans une maladie fort aiguë qui ne dura pas moins de cinq mois. Pendant ce temps, elle ne donna pas le moindre signe d'impatience ni de tristesse; au contraire, elle était d'autant plus contente que ses douleurs étaient plus violentes. Comme elle perdit la parole et que les religieuses ne pouvaient pas savoir ses besoins, elles lui donnèrent souvent tout le contraire de ce qu'il lui fallait pour la soulager; mais elle ne s'en plaignait jamais, et elle était aussi gaie et aussi tranquille que si on lui eût donné tous les soulagements que la nature pouvait désirer. Elle fit paraître par signe qu'au milieu de ses souffrances son cœur était tout inondé de consolations célestes. En effet, elle entra dans une si parfaite union avec son Époux, qu'il semblait que son esprit fût transformé dans celui de Jésus-Christ et qu'elle n'eût plus d'autre esprit que le sien; et c'est ce qui faisait que, dans les vingt-deux semaines qu'elle demeura sans parler, on l'entendait néanmoins dire ces mots: *Spiritus meus*; — « mon Esprit ». Et Notre-Seigneur fit connaître par révélation, à une religieuse de son monastère, que la maladie douloureuse qu'il lui avait envoyée n'était que pour exercer sa patience dans laquelle il trouvait de merveilleux agréments; et que, s'il lui avait ôté l'usage de la parole, c'était afin que, n'ayant plus d'entretien avec les hommes, elle n'eût plus d'autre conversation qu'avec lui. Ses filles, auxquelles la perte d'une telle mère ne pouvait qu'être infiniment sensible, eurent recours à saint Lébuin pour obtenir sa guérison par les mérites de son intercession; mais cet illustre martyr, apparaissant à une religieuse, lui dit que le Roi voulant couronner la Reine, il n'appartenait pas à un soldat de vouloir l'en empêcher.

Enfin, le jour de sa mort étant venu (1334), elle vit descendre du plus haut des cieux son céleste Époux, accompagné de la sainte Vierge, de saint Jean l'Évangéliste, à qui elle avait toujours été fort dévote, et d'un grand nombre d'autres esprits bienheureux qui venaient pour la conduire dans la gloire qui lui était préparée. Elle vit aussi près de son lit plusieurs démons sous des formes hideuses et horribles, mais honteusement enchaînés, pour contribuer par les victoires et les trophées qu'elle avait remportés sur eux à la pompe de son triomphe. Au moment où elle mourut, la religieuse, qui avait été la fidèle dépositaire de tous ses secrets, aperçut son âme aller droit au cœur de Jésus-Christ, son bien-aimé, comme au centre de toutes ses affections, et ce cœur s'ouvrit pour la recevoir. Ce fut dans ce char de gloire qu'elle fut heureusement transportée dans le ciel, pour y être éternellement abîmée et perdue dans la joie de son Dieu. Quelques personnes pieuses eurent aussi révélation qu'à la même heure plusieurs âmes du purgatoire avaient été délivrées par ses mérites, afin de lui tenir compagnie dans son entrée triomphante au séjour des Bienheureux.

On représente sainte Gertrude d'Eisleben, soit le cœur entr'ouvert et

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servant de trône à l'enfant Jésus, soit le cœur sur la main. C'est une allusion aux paroles de Notre-Seigneur : « Vous me trouverez dans le cœur de Gertrude » ; et l'Église en a conservé le souvenir dans l'oraison de sa fête.

## CULTE ET RELIQUES.

## ÉCRITS ET ESPRIT DE SAINTE GERTRUDE.

La fête de sainte Gertrude d'Eisleben est célébrée en différents jours dans l'Ordre de Saint-Benoît : quelques monastères la font le 12 avril, d'autres le 12 novembre, d'autres enfin le 15 du même mois ; le Bréviaire romain la prescrit à ce dernier jour.

Mabilton parle des reliques de sainte Gertrude qui auraient été transportées au Mont-Sainte-Marie. On garderait aussi son manteau en Neustrie ; mais on ne sait rien de très-positif sur tout cela comme sur son tombeau. Le Lipsanographia ou Catalogue des reliques qui se gardent dans le palais électoral de Brunswick-Lünebourg fait mention d'une belle chasse qui renferme les restes sacrés de sainte Gertrude.

Sainte Gertrude a tracé le portrait de son âme dans le livre de ses Révélations ou Insinuations pieuses. Ce n'est autre chose que le récit de ses communications avec Dieu. Nous allons en extraire quelques passages pour l'édification de nos lecteurs :

Dans une révélation de Jésus-Christ à notre Sainte, il lui fut dit que, comme l'anneau est le signe de l'alliance des époux entre eux, de même l'adversité, tant corporelle que spirituelle, est le signe le plus authentique de l'élection divine et comme l'alliance de l'âme avec Dieu.

Un jour, lorsque, s'unissant au prêtre au moment de l'élévation de la sainte hostie, elle offrait elle-même cette hostie sans tâche à Dieu le Père pour digne réparation de tous ses péchés, elle sentit que Jésus-Christ avait daigné présenter son âme à son Père, et elle s'efforçait aussitôt, à la vue de tant de bonté, de payer à Dieu un juste tribut d'actions de grâces. Alors elle reçut de Jésus-Christ même l'intelligence de cette vérité : que chaque fois que quelqu'un assiste avec dévotion au saint sacrifice de la Messe, et qu'il porte avec soin son attention sur le Dieu qui s'offre dans ce sacrement pour le saint commun de tous les hommes, celui-là est véritablement regardé avec faveur de la part de Dieu le Père, à cause de sa complaisance pour l'hostie trois fois sainte qui lui est offerte. Tel serait, par exemple, celui qui, en sortant des ténèbres, marcherait au milieu des rayons du soleil et se trouverait tout à coup irradié de splendeurs. Et alors elle adressa au Seigneur cette question dans les termes que voici : « Est-ce vrai, Seigneur, qu'aussitôt que quelqu'un tombe dans le péché, il perd aussi en même temps ce bonheur, comme celui qui du milieu des rayons du soleil revient dans les ténèbres, perd l'agréable clarté de la lumière ? — Non, répondit le Seigneur ; quoique celui qui pèche obscurcisse en quelque sorte pour son âme la lumière des faveurs divines, cependant ma bonté lui conserve toujours quelque reste de cette félicité pour l'éternelle vie, laquelle félicité l'homme augmente et accumule autant de fois qu'il assiste avec dévotion à la Messe et aux autres sacrements ».

Un autre jour, après avoir reçu la sainte communion et tandis qu'elle roulait dans son esprit avec quelle attention on doit observer sa langue, qui est entre les autres membres du corps celui qui est destiné à recevoir le précieux mystère du Christ, elle en fut instruite d'en haut par cette comparaison : « Si quelqu'un, qui ne veille pas sur sa bouche touchant les paroles vaines, fausses, honteuses, médisantes ou autres semblables, approche sans repentir et sans pénitence de la communion sainte, celui-là reçoit Jésus-Christ (autant qu'il est en lui) de la même manière que celui qui accablerait d'une grêle de pierres l'hôte qui vient chez lui, au moment de franchir le seuil de sa maison, ou bien qui lui briserait la tête avec un marteau de fer. Que celui qui lit cette comparaison, ajoute-t-elle, considère avec un profond sentiment de compassion le rapport qu'il y a entre une si grande cruauté de notre part, et une si grande bonté de la part du Seigneur ; qu'il regarde si celui qui vient pour le salut de l'homme avec tant de douceur, mérite d'être poursuivi par ceux qu'il vient sauver, avec une si dure barbarie : et on peut en dire de même de tous les autres genres de péchés ».

Un autre jour où elle devait communier, tandis qu'elle se regardait comme moins bien préparée qu'à l'ordinaire et que le moment de la communion approchait, elle parlait à son âme en ces termes : « Voilà que l'Époux déjà l'appelle, et comment osera-tu aller au-devant de lui, n'étant nullement parée des ornements des mérites, qui feraient que tu en serais digne ? » Mais alors, repassant encore davantage son indignité, se défiant entièrement d'elle-même, et plaçant toute son espérance en l'infinie charité de Dieu, elle se dit : « À quoi bon retarder, puisque quand même tu aurais mille ans à t'appliquer, tu ne pourrais néanmoins te préparer dignement, n'ayant absolument rien de toi-même qui puisse suffire à une préparation si magnifique et si difficile ; mais j'avancerai au contraire au-devant de lui avec humilité et confiance, et lorsqu'il m'aura vue de loin, mon doux Sauveur, touché de son propre amour, sera assez puissant pour envoyer vers

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moi ce dont j'ai besoin pour me présenter dignement et en parfaite préparation » ; et s'avançant, en effet, avec cette disposition, elle tint les yeux de son cœur fixés sur sa difformité et sa laideur.

Et lorsqu'elle eut un peu approché, le Seigneur lui apparut, la regardant avec un air de miséricorde, que dis-je, d'affection, et il lui envoya au-devant, pour la préparer dignement à paraître devant lui, cette innocence qu'elle demandait, et dont il la couvrit comme d'une tunique moelleuse et éclatante de toute blancheur, et ensuite il lui donna son humilité, cette humilité par laquelle il daigne s'associer à nous si indignes, pour qu'elle s'en couvrit comme d'une robe violette ; et son espérance ensuite, cette espérance par laquelle lui-même désire et brûle de recevoir les embrassements de l'âme, pour s'en revêtir comme d'un ornement vert. Puis son amour, cet amour dont il est pénétré envers l'âme, et qu'il lui donna comme un manteau de couleur d'or pour l'embellir. De plus, sa joie, celle qu'il goûte lui-même dans le sein de l'âme fidèle et qu'il lui fit imposer comme une couronne garnie de pierreries et de perles précieuses. Enfin sa confiance, laquelle il daigne lui-même inspirer, se faisant l'appui du vil limon de la fragilité humaine et plaçant ses délices à vivre parmi les enfants des hommes, afin qu'elle en fît sa chaussure et qu'ainsi ornée de toute part, elle se présentât dignement devant lui.

Après avoir reçu la communion, et tandis qu'elle était recueillie au plus profond d'elle-même, le Seigneur se présenta devant elle sous la forme d'un pélican qui se perçait le cœur avec son bec, comme on a coutume de représenter cet oiseau, ce qui lui donnant de l'admiration, elle disait à Dieu : « Seigneur, que voulez-vous donc tâcher de me persuader par cette vision ? » Le Seigneur lui répondit : « J'ai dessein de te faire considérer qu'en t'offrant un don si auguste, je suis pressé par de si grands sentiments d'amour, que s'il n'était pas inconvenant de parler de la sorte, j'oserais avancer qu'après avoir fait ce présent aux hommes, je préférerais demeurer mort dans le tombeau que de voir l'âme aimante s'abstenir de ce fruit de ma libéralité ; c'est, enfin, pour te faire envisager combien est excellente la manière dont ton âme est vivifiée pour la vie éternelle en prenant cet aliment divin, puisqu'elle l'est à la manière du petit du pélican qui reçoit la vie du sang qui découle du cœur de son père ».

Pendant qu'étant en oraison elle s'informait auprès du Seigneur de l'utilité de ses prières pour ses amis, puisque, priant si souvent pour eux, elle voyait qu'ils n'en ressentaient aucun profit, le Seigneur daigna l'instruire par cette similitude : « Lorsqu'un enfant est adopté par un empereur, et qu'il est enrichi de l'immense héritage de ses domaines, qui est-ce parmi ceux qui voient cet enfant, qui s'aperçoive, à sa taille et à sa forme, de l'effet de cette donation, lorsque les témoins cependant savent fort bien quel il est, et combien il sera grand un jour par de si abondantes richesses ? » Ne soyez donc pas étonnée de ne point remarquer des yeux du corps le fruit de vos prières, dont je dispose dans ma sagesse éternelle, pour un plus grand profit : et plus on en prie pour quelqu'un, plus on le rend heureux, puisque aucune prière de l'âme fidèle ne demeurera sans effet, quelque les hommes n'en voient pas la manière ».

Une autre fois, devant communier, elle dit au Seigneur : « Ô Seigneur ! qu'allez-vous me donner ? » Le Seigneur lui répondit : « Moi-même tout entier, avec toute mon essence divine, comme la Vierge, ma mère, me reçut dans son sein ! » Et alors elle ajouta : « Qu'aurais-je de plus que ceux qui vous reçurent bien avec moi et qui s'abstiennent aujourd'hui, puisque vous vous donnez toujours tout entier ! » À quoi le Seigneur répondit : « Si, parmi les hommes de ce siècle, celui qui aurait reçu deux fois la dignité du consulat, doit l'emporter en honneur sur celui qui n'en aurait été revêtu qu'une fois, comment celui-là ne l'emporterait-il pas en gloire dans la vie éternelle, qui m'aura reçu plusieurs fois sur la terre ? » Alors, gémissant en elle-même, elle disait : « Oh ! par quelle grande gloire les prêtres du Seigneur l'emporteront donc sur moi, eux qui par état communient chaque jour ? » Et le Seigneur lui dit : « Il est vrai, ceux-là brilleront d'une grande gloire, qui en approchent dignement ; mais néanmoins il faut juger bien différemment de l'affection et de l'amour de celui qui en approche, que de la gloire extérieure qui apparaît dans ce mystère. Ainsi donc, autre est la récompense accordée à ceux qui en approchent par désir et avec amour ; autre celle qui est réservée à ceux qui le prennent avec crainte et révérence, et autre aussi est celle que reçoivent ceux qui se préparent à la recevoir par l'application de toutes leurs pratiques et exercices, tandis qu'aucune de ces récompenses n'est destinée à celui qui ne célèbre que par habitude ».

Un jour qu'elle examinait sa conscience et qu'elle trouvait quelque chose dont elle se serait confessée avec plaisir, si elle n'eût manqué de confesseur, elle eut recours, selon sa coutume, à son unique consolateur, le Seigneur Jésus-Christ, et lui exposa avec quelque inquiétude l'empêchement qu'elle éprouvait ; et le Seigneur lui répondit en disant : « Pourquoi te troubles-tu, ma bien-aimée, puisque toutes les fois que tu désires cela de moi, moi-même, souverain prêtre et vrai pontife, je serai à ta disposition, et chaque fois je renouellerai en ton âme les sept sacrements à la fois ? Moi-même, en effet, je te baptiserai dans mon précieux sang ; je te confirmerai par la vertu même de ma victoire ; je t'épouserai par la fidélité même de mon amour ; je te consacrerai par la perfection de ma très-sainte vie ; dans l'excès de ma miséricorde je te délierai et l'absoudrai de tes péchés ; dans la surabondance de mon amour je te nourrirai de moi-même, et en jouissant de toi, je serai rassasié, et enfin dans la suavité de mon esprit, je pénétrerai tout

ton intérieur d'une coction si efficace, que par tous les sens et les pores découlera sans interruption une abondance de piété, par laquelle tu deviendras de jour en jour plus parfaite et plus sainte pour la vie éternelle ».

Nous avons complété le récit du Père Gtry avec Godescard, les Caractéristiques des Saints, par le Père Cablot, et l'Esprit des Saints, par M. l'abbé Grimes. — Cf. Résolutions de sainte Gertrude, imprimées en latin en 1664, et traduites en français en 1676.

Événements marquants

  • Profession religieuse au monastère de Rodersdorf
  • Élection comme abbesse de Rodersdorf
  • Direction du monastère de Heidefs (Heldefs) pendant quarante ans
  • Expériences mystiques et visions du Christ dès l'âge de vingt-cinq ans
  • Rédaction de traités spirituels et du livre des Révélations
  • Maladie finale de cinq mois et perte de la parole

Miracles

  • Visions mystiques du Christ et de la Vierge
  • Stigmates spirituels (plaies de la Passion gravées dans son âme)
  • Don de prophétie
  • Délivrance d'âmes du purgatoire au moment de sa mort

Citations

Spiritus meus

— Paroles prononcées durant son agonie

Vous me trouverez dans le cœur de Gertrude

— Paroles attribuées à Notre-Seigneur