Sainte Thérèse d'Avila
Vierge, Fondatrice des Carmes et des Carmélites déchaussées
Résumé
Née à Avila en 1515, Thérèse entre au Carmel où elle vit des expériences mystiques intenses, dont la transverbération de son cœur. Elle entreprend une réforme profonde de son ordre, fondant de nombreux monastères de Carmélites et Carmes déchaussés malgré de fortes oppositions. Grande écrivaine mystique, elle meurt en 1582 en se déclarant 'fille de l'Église'.
Biographie
SAINTE THÉRÈSE D'AVILA, VIERGE,
FONDATRICE DES CARMES ET DES CARMÉLITES DÉCHAUSSÉES.
Nous n'obtenons pas un pur et parfait amour de Dieu, parce que nous ne donnons pas tout à Dieu, mais seulement l'usufruit, et que nous nous réservons le fonds et l'héritage de nos affections.
Maxime de sainte Thérèse.
Quand toutes les langues se tairaient, et qu'il n'y aurait point de plume au monde pour représenter les mérites et les grandes actions de cette vierge incomparable, les seuls Ordres des Carmes et des Carmélites déchaussés, qui la reconnaissent pour leur fondatrice et pour leur mère, et qui répandent dans toute l'Église une si agréable odeur de sainteté, feraient suffisamment son éloge. Aussi, pour écrire dignement sa vie, il ne faudrait pas y employer la plume d'un homme mortel, mais plutôt la pointe de cette flèche céleste, dont un ange lui perça le cœur et l'enflamma des plus saintes ardeurs de l'amour divin. Il faudrait être rempli du même esprit dont elle-même était remplie, soit dans ses entretiens sacrés avec Dieu, soit dans l'établissement de ses différents monastères, soit en composant ses excellents livres, qui font l'admiration de toutes les personnes spirituelles. On pourrait dire que l'histoire qu'elle a faite d'elle-même, par l'ordre de son confesseur, suffit pour la faire connaître et pour découvrir les dons inestimables qu'elle a reçus du ciel ; mais son humilité lui a fait supprimer beaucoup de choses qui sont à sa louange, et rabaisser en tout le mérite et la gloire de ses plus belles actions, tandis qu'elle est merveilleusement ingénieuse à exagérer ses plus petites fautes ; il est donc nécessaire d'ajouter beaucoup à ce qu'elle y a écrit.
Sainte Thérèse naquit à Avila, au royaume de Castille, en Espagne, le 28 mars 1515. Son père, qui s'appelait Alphonse Sanchez de Cepeda, était un gentilhomme de grand mérite, et dont la noblesse était relevée par beaucoup de vertus. Sa mère, qui n'était que la seconde femme de ce seigneur, avait aussi d'excellentes qualités, et on la nommait Béatrix de Ahumada. Ils eurent plusieurs garçons et deux filles avant la naissance de notre Sainte ; mais, quoiqu'elle fût la cadette selon l'ordre de la nature, elle était néanmoins l'aînée dans l'ordre de la divine prédestination. Aussitôt après sa naissance, elle fut portée à l'église de la paroisse Saint-Jean où elle reçut, avec le baptême, ce beau nom de Thérèse qu'elle devait immortaliser par la sainteté de sa vie. Elle donna, dès son enfance, de beaux présages d'une éminente sainteté. À l'âge de sept ans, elle s'occupait avec une ardeur et une satisfaction merveilleuses, avec le plus jeune de ses frères, à la lecture de la vie des Saints et de l'histoire de leurs souffrances, et ils étaient aussi tellement pénétrés de la pensée de l'éternité, tant des peines de l'enfer que du bonheur des Saints dans le ciel, qu'ils répétaient continuellement ces paroles : « Éternellement, éternellement, éternellement ». Ces considérations leur firent faire un complot de sortir en cachette de la maison paternelle et d'aller chez les Maures pour y trouver l'occasion du martyre. Leur sortie fut assez secrète ; mais, comme ils s'avançaient du côté de l'Afrique, un de leurs oncles paternels les rencontra, et, ayant appris de leur bouche le sujet de leur voyage, il leur persuada de différer ce bon dessein à un autre temps, et les ramena chez leurs parents.
Lorsqu'ils furent de retour, voyant bien qu'ils ne pouvaient pas être martyrs, ils pensèrent à se faire ermites, et se dressèrent, pour cela, dans le jardin de la maison, de petites cellules pour se retirer du monde et faire plus tranquillement leurs prières. Notre-Seigneur communiqua dès lors à Thérèse quelques étincelles de cet esprit d'oraison, qu'elle a eu depuis dans un degré si éminent, et, comme nous, en la traduisant, écrire saint Tomas, Jésus-Crist, saint Mattieu, Filippe, la trilogie, la philosophie ? Au surplus, la belle de communication porte formellement Theresia ; l'Ordre romain, imprimé chaque année à Rome, le porte de même. Saint Alphonse de Liguori, écrivant en italien, a toujours signé Alfonso, et, dans la même langue, les religieux thérites sont des toulini. Qu'en conclure ? Qu'il faut, en traduisant, renverser toutes les règles du français ? Personne n'a paru le prétendre. Le Père Ionia s'est donc trompé sur ce point, et il est triste de constater qu'il soit si facile de former école en France.
45 OCTOBRE.
elle n'avait point de maître pour l'y conduire, elle se servait pour cela de quelques images fort dévotes, qui étaient dans le logis, et surtout d'une qui représentait Notre-Seigneur instruisant la Samaritaine au bord d'un puits ; elle apprenait à désirer ardemment l'eau vive et salutaire qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle. D'ailleurs, elle récitait avec ferveur son chapelet, que sa bonne mère lui recommandait extrêmement, et elle faisait aussi plusieurs aumônes, se dérobant volontiers à elle-même ses petites commodités pour assister les pauvres.
Sa mère, quoique très-pieuse, lui fit courir involontairement de grands dangers : elle aimait, elle lisait des romans, des livres de chevalerie, et, ne prévoyant pas le mal qu'ils pouvaient faire à ses filles, elle leur permettait de les lire à l'insu de leur père, qui ne l'aurait jamais souffert. Thérèse y prit de nouveaux goûts : elle se plaisait à avoir les mains blanches, le teint frais et agréable, les cheveux frisés et ornés, les habits propres et à la mode, et à n'être jamais sans quelque parfum ; mais en tout cela elle n'avait aucune mauvaise intention. Elle perdit sa mère à l'âge de douze ans : entrevoyant la grandeur de la perte qu'elle venait de faire, elle s'en alla à un sanctuaire de Notre-Dame, et, se jetant aux pieds de son image, elle la conjura avec larmes de lui servir de mère : depuis, la sainte Vierge l'assista toujours extraordinairement. Au danger des livres vint se joindre pour Thérèse celui des compagnies. Quelques jeunes gens, ses cousins-germains, et à peu près de son âge, se mirent à la venir voir et à avoir de longues conversations avec elle ; il y eut aussi une jeune fille de ses parentes, fort enjouée, d'un naturel léger et volage, qui se mit si bien dans son esprit, qu'il était impossible de l'en séparer. Ces conversations ralentirent, dans le cœur de la Sainte, les précieux sentiments de la piété que le Saint-Esprit y avait fait naître. Ces fautes, qu'elle a depuis déplorées avec une sainte exagération, n'allèrent jamais, comme elle l'écrit elle-même, jusqu'au péché mortel, parce que Dieu, dans sa bonté, lui avait donné deux gardes fidèles pour la préserver de ce malheur. La première était une horreur naturelle de tout ce qui était contraire à la pureté ; dans tous ces entretiens inutiles, elle n'avait aucune vue ni aucune intention criminelle. La seconde était une crainte extrême de perdre son honneur, qu'elle chérissait au-dessus de toutes les choses du monde.
Cependant son père, qui était un homme de bon sens, s'apercevant du danger où elle était en demeurant plus longtemps chez lui, résolut de se priver de sa compagnie, nonobstant l'amitié qu'il avait pour elle, et de la mettre en pension dans un couvent. Il prit pour prétexte le mariage de sa sœur aînée ; il dit qu'il n'était nullement à propos qu'à son âge elle demeurât seule sans mère et sans sœur dans sa maison. Le couvent où il la mit fut celui des dames Augustines d'Avila, appelé Notre-Dame de Grâce, où l'on élevait beaucoup d'autres filles de qualité. Thérèse y entra par pure obéissance et sans aucune inclination à être religieuse, ni à mener une vie plus retirée ; mais, la grâce de Jésus-Christ se joignant aux bons exemples et aux sages remontrances des religieuses de ce monastère, qui étaient très-vertueuses et très-prudentes, elle reprit peu à peu l'esprit de dévotion et de ferveur qu'elle avait eu dans son enfance. Elle recommença à réciter plusieurs prières vocales, et à porter une sainte envie à celles qui étaient attirées à l'oraison mentale et qui avaient le don des larmes. Il lui vint aussi un désir d'être religieuse, non pas dans ce monastère, qu'elle croyait trop austère pour elle, mais dans un autre où elle avait une amie, avec laquelle elle eût été ravie de demeurer ; en quoi elle avoue qu'elle suivait plutôt le penchant de son cœur que le bien de son âme. Mais, au bout de dix-huit mois, une grande maladie, qui lui survint, obligea son père de la retirer de cette pension et de la faire revenir chez lui pour l'y faire mieux traiter. Il l'envoya ensuite à la campagne, chez sa sœur aînée, qui l'aimait tendrement, et qui eût souhaité de l'avoir toujours avec elle, parce qu'en effet elle avait tant de condescendance et d'affabilité, qu'elle se faisait aimer de tout le monde. En ce voyage, elle rendit visite à un de ses oncles, frère de son père, appelé Pierre Sanchez de Cepeda, qui s'était retiré, après la mort de sa femme, dans une de ses terres, située dans la petite ville d'Hortigosa, à quatre lieues d'Avila, pour y passer le reste de ses jours dans les exercices de la vie solitaire. Elle eut quelques saints entretiens avec lui, et fut tellement touchée, qu'elle résolut dès lors de commencer une vie plus spirituelle. Ce qui lui profita aussi beaucoup, ce fut que cet homme de Dieu, qui se plaisait extrêmement à la lecture, lui fit lire des livres de dévotion en langue vulgaire, entre autres les Épîtres de saint Jérôme, qui lui donnèrent un grand dégoût des choses de la terre et réveillèrent en elle tous les désirs qu'elle avait eus autrefois des biens de l'éternité.
Elle reçut ensuite le grand don de la vocation religieuse, et, pour ne pas laisser ce talent inutile, elle fit tant d'instances auprès de son père, qu'il lui permit enfin d'entrer dans le monastère de l'Incarnation d'Avila, de l'Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel, pour y prendre l'habit. Elle confessa elle-même que, lorsqu'elle sortit de sa maison pour y aller, elle ressentit tant de répugnance et de contradiction dans sa nature, qu'il lui semblait que tous ses os se déboîtaient et qu'on lui arrachait le cœur des entrailles ; mais elle surmonta généreusement cette difficulté, et elle eut enfin le bonheur d'être couverte du saint habit de Notre-Dame, le 2 novembre 1533, à l'âge de dix-huit ans. Son âme fut en même temps revêtue d'une grâce si abondante, que toutes ses sécheresses passées se changèrent en des pluies de douceur et de consolation. Dès lors Dieu lui fit présent de cet admirable don des larmes, qui lui a duré toute sa vie, et elle s'en servit fort à propos dans le cours de son noviciat, pour pleurer amèrement les péchés qu'elle avait commis dans le monde et pour en obtenir le pardon de la bonté infinie de son Époux. Elle les accompagna aussi de plusieurs austérités et mortifications au-dessus de celles qui étaient prescrites par la Règle. Nous ne voulons pas nous arrêter ici pour rapporter en détail les actions héroïques d'humilité, de patience, de soumission d'esprit, d'obéissance et des autres vertus qu'elle fit paraître en ce premier état de ferveur ; nous dirons seulement que toutes les religieuses furent tellement édifiées de sa conduite, que, nonobstant ses infirmités, qui étaient grandes, et la faiblesse de sa complexion, elles la jugèrent très-digne de faire profession. Ainsi, elle prononça ses vœux un an après sa vêture, avec une joie et une satisfaction indicibles de se voir pour jamais l'épouse de Jésus-Christ et l'humble servante de sa très-sainte Mère.
Dès qu'elle eut fait profession, elle fut travaillée de grands maux de cœur, de vomissements continuels et de plusieurs autres maladies qui lui ôtaient souvent toute sorte de sentiment. Son père, qui ne l'aimait pas moins dans l'état de la vie religieuse que lorsqu'elle était auprès de lui, obtint de ses supérieurs de la faire transporter en un lieu appelé Becedas. Comme c'était au commencement de l'hiver, elle dut, en attendant le printemps, séjourner chez sa sœur, qui désirait extrêmement de l'avoir. Son oncle, dont nous avons déjà parlé, ne manqua pas de l'y aller voir et de l'entretenir, comme auparavant, des choses de Dieu. Il lui mit aussi entre les mains un excellent livre, intitulé : *Le troisième Abécédaire*, par le Père François de Osuna, de l'Ordre des Frères Mineurs, qui enseignait à faire l'oraison mentale. Thérèse le lut avec avidité, le trouvant conforme à son attrait et y rencontrant ce qu'elle cherchait depuis longtemps, et que nul de ses directeurs ne lui avait pu expliquer. Comme en même temps elle se sentit intérieurement attirée à la vie de l'esprit, elle commença à aimer davantage la solitude, à se confesser plus souvent et à travailler plus soigneusement à la mortification des sens et à la pureté du cœur. Elle tâchait aussi de ne jamais perdre de vue Notre-Seigneur, et de se remplir de la considération de ses mystères : ce qui fit qu'il la fit entrer peu à peu, premièrement dans l'oraison, que nous appelons la *quiétude*, qui est un doux repos en Dieu présent, et ensuite dans l'oraison d'union, qui est une jouissance simple, tranquille et amoureuse de ce principe infini de tous les biens.
Le printemps étant venu, on la mena au lieu choisi pour sa cure ; mais, bien loin d'y trouver la guérison, elle y devint encore plus malade ; elle ne laissa pas, néanmoins, d'y guérir spirituellement un prêtre adultère, sacrilège et scandaleux, à qui elle se confessa, et qui fut obligé de lui avouer son désordre ; elle l'assista si puissamment par ses saints avis et par les larmes qu'elle répandit pour lui au pied de la croix du Sauveur, qu'elle lui procura l'esprit de compunction et de pénitence, et une mort très-chrétienne. Son père, voyant que sa santé ne s'améliorait point, la fit venir chez lui pour la faire voir par les médecins ; ils jugèrent tous qu'elle était étique et qu'elle ne pouvait pas revenir de ce mal. En effet, son estomac ne faisait plus ses fonctions, son corps était sec et décharné, et ses membres se raidissaient si fort par la contraction des nerfs, qu'elle était quelquefois toute contrefaite. Un jour de l'Assomption, elle tomba dans une si étrange syncope, qu'on la tint pour morte pendant quatre jours ; de sorte qu'on prépara sa fosse dans son monastère, et que les religieuses, ses sœurs, qui ne gardaient pas la clôture, vinrent prier Dieu autour de son corps. Elles voulaient la faire emporter, mais son père, qui lui sentait encore un peu de pouls, l'empêcha, assurant qu'elle n'était pas morte. Au bout de quatre jours, elle se réveilla comme d'un profond sommeil, et, se plaignant de ce qu'on l'avait inquiétée, elle dit que, dans cette extase, elle avait vu le ciel et l'enfer, les grâces qu'elle recevrait de la main libérale de Dieu, et quelques insignes faveurs qu'il conférerait à d'autres en sa considération. Elle voulut ensuite retourner dans son couvent, où, par les mérites de saint Joseph, dont elle célébrait tous les ans la fête avec beaucoup de ferveur, elle commença à se lever et à marcher.
Le monastère où vivait sainte Thérèse n'avait pas de clôture : les religieuses y recevaient souvent des visites, se liaient avec des personnes du dehors qui venaient les entretenir durant de longues heures : source de si grands périls, dit sainte Thérèse, que les religieux ou les religieuses qui se trouvent dans ce cas seraient mieux pour le salut de leur âme dans la maison paternelle ou établis dans le monde. Notre jeune Sainte, qui était si aimable et très-portée elle-même aux amitiés honnêtes, fit aussi la connaissance d'une personne qui venait la voir souvent. Elle ne tomba point dans le désordre ; elle n'y pensait pas même, et ne soupçonnait pas le danger ; elle resta obéissante, exempte d'hypocrisie, de médisance, aimant Dieu. Mais elle abandonna l'oraison pendant plus d'un an (de vingt-six à vingt-sept ans) ; elle la reprit d'après les conseils du Père Vincent Baron, qui la fit aussi communier tous les quinze jours. Notre-Seigneur lui avait lui-même donné deux avertissements : il lui apparut un jour au parloir avec un visage sévère et indigné ; un autre jour, elle et la personne avec laquelle elle causait, virent tout près, un monstre horrible et mystérieux qui les effraya. De plus, une vieille religieuse, sa parente, l'avertit souvent du danger qu'elle courait. Elle resta néanmoins depuis l'âge de vingt ans à peu près, jusqu'à celui de quarante, aimant Dieu, mais sans que son cœur fût entièrement fermé au monde. Mais un jour qu'elle vit l'image de Jésus couvert de plaies, elle fut si touchée qu'elle sentit son cœur comme se briser.
Sainte Madeleine, qu'elle invoqua, l'assista aussi d'une manière sensible ainsi que saint Augustin, dont elle lut les confessions avec le plus grand fruit ; elle s'inspira, pour ses petites fautes, des sentiments de repentir que saint Augustin témoigna pour ses désordres. Depuis ce temps, son âme ne cessa point de rester saintement unie à Dieu, qui lui accorda des faveurs extraordinaires dans son oraison. Ne s'en croyant pas digne, elle prit d'abord pour des illusions cette suspension des sens, ce calme intérieur, cette vue intellectuelle des plus hauts mystères de notre foi, ces sentiments subits de la présence de Dieu qui occupait toute son âme, ces élans d'amour et ce repos en la Divinité qu'elle ressentait assez souvent. Saint François de Borgia, qui était de la Compagnie de Jésus, la releva de ce doute, et lui fit connaître que, marchant dans l'humilité et commençant toujours son oraison par quelque point de la passion du Sauveur, elle n'avait nul sujet de craindre l'illusion dans ces grâces qui lui étaient données sans qu'elle les eût recherchées. Elle eut aussi de très-sages confesseurs dans la même Compagnie, qui la soutinrent merveilleusement bien dans cette conduite extraordinaire, et qui l'obligèrent de joindre l'exercice de la mortification et de la pénitence à ces degrés si sublimes d'oraison. Elle eut d'abord beaucoup de peine à se défaire de quelques amitiés particulières, qui, bien qu'elles lui parussent innocentes, parce qu'étant d'un naturel extrêmement généreux, elle croyait devoir aimer singulièrement les personnes qui lui témoignaient de l'affection, mettaient néanmoins un grand empêchement à sa perfection. Elle dit pour cela, par l'ordre de son confesseur, pendant quelque temps, l'hymne *Veni Creator Spiritus* ; et un jour qu'elle la disait, elle entra dans un ravissement subit, et elle entendit au fond de son cœur ces paroles de son Époux : « Je ne veux plus, ma fille, que tu aies aucune amitié avec les hommes, mais que tout ton entretien soit avec les anges » ; et à l'instant même, cette passion d'amitié particulière, qu'elle n'avait pu surmonter par mille efforts, fut tellement éteinte en elle, qu'il ne lui fut plus possible d'aimer personne qu'en Dieu et pour Dieu.
Depuis ce jour, Notre-Seigneur la favorisa souvent de ses communications secrètes et intimes, l'instruisant par lui-même de ce qu'elle devait faire pour son service, et lui découvrant de quelle manière elle devait se comporter pour lui être plus agréable. Comme il n'y avait rien qu'elle appréhendât plus que d'être trompée par le démon, il lui vint encore une crainte que ces paroles ne fussent pas dites par son divin Maître, mais par quelque mauvais esprit qui eût entrepris de la séduire. Son confesseur consulta cinq ou six maîtres, qui furent tous d'avis avec lui, que ce qui lui arrivait dans l'oraison n'était pas de Dieu, mais du démon ; qu'ainsi, il fallait la retirer de cet exercice, lui défendre la solitude et lui retrancher ses communions. Cet arrêt fut pour elle un sujet de grande peine, d'autant plus que ceux qui en furent informés la prenaient pour une visionnaire, et quelques-uns même parlaient de la faire exorciser, comme si elle eût été possédée et obsédée du démon. De plus, on observait curieusement toutes ses actions, et s'il lui échappait quelque imperfection, on en faisait un grand mystère, et on en inférait que toutes les grâces qu'elle croyait recevoir du ciel n'étaient que de pures illusions.
Pendant cette épreuve, qui dura deux ou trois ans, elle ne perdit jamais patience, mais demeura toujours dans une parfaite soumission à la volonté de Dieu. D'ailleurs, Notre-Seigneur ne laissait pas de la visiter et de l'instruire de diverses manières. Il lui dit un jour : « Ne craignez rien, ma fille, c'est moi qui parle, et jamais je ne vous abandonnerai ». Ce mot fut si pénétrant et si efficace, qu'il dissipa tous ses doutes et la convainquit clairement et assurément que c'était lui. De plus, ce même mot lui ôta tellement l'appréhension du démon et de tous ses artifices, que, bien loin de le craindre, elle le défiait quelquefois, lui disant : « Venez maintenant avec toute votre escorte diabolique ; car, étant servante de Jésus-Christ, je veux savoir quelle est votre force et ce que vous pouvez faire contre moi ». D'autres fois, son aimable Époux lui apparaissait, tantôt sous des formes sensibles, tantôt sous des représentations purement intellectuelles, et opérait en même temps dans son âme des effets merveilleux de détachement et de sanctification. On lui commandait de faire le signe de la croix, de tourner le dos, de quitter son oratoire et de changer de lieu lorsqu'elle avait ces visions ; elle le faisait par obéissance, quoiqu'elle sût assurément que c'était son Bien-Aimé qui lui rendait visite ; mais, bien loin de le chasser par cette incivilité apparente, elle le charmait encore davantage et l'obligeait de revenir plus fréquemment. « Vous faites bien, ma fille », lui dit-il une fois, « d'obéir à vos directeurs, et vous devez en agir de la sorte ; mais je leur ferai enfin connaître que c'est moi-même qui vous honore de ma présence ».
Thérèse lui présenta un jour une croix, comme on ferait au démon pour le chasser. Il la prit entre ses mains (car il ne s'épouvantait pas de la croix) et la lui rendit. Mais cette croix d'ébène parut alors à notre Sainte composée de quatre pierres précieuses d'une beauté et d'une valeur inestimable ; et depuis, elle lui paraissait toujours de la sorte, quoiqu'en effet elle n'eût pas changé de nature et qu'elle ne parût aux autres que d'ébène. C'est cette croix qui rendit la vue à Madeleine de Tolède, et qui fit depuis plusieurs autres miracles. Enfin, Notre-Seigneur, pour manifester davantage la vérité de ces visions, alluma en un instant dans le cœur de sa bien-aimée un si grand feu de l'amour de Dieu et un désir si ardent de le voir, que la vie présente ne lui était plus qu'un long martyre. Elle était blessée d'une plaie divine, qui, en la faisant languir et mourir, lui causait un plaisir ineffable, auquel tous les plaisirs du monde ne peuvent être comparés. Ce fut en ce temps qu'elle vit plusieurs fois à ses côtés un séraphin d'une beauté merveilleuse, qui, ayant un dard à la main, lui en transperçait le cœur. Ce dard était de fin or et assez long, et il y avait au bout une pointe de fer qui était en feu. Quand il le portait dans son cœur, il y produisait une flamme d'amour si excessive, qu'elle ne pouvait presque en supporter la véhémence ; et quand il le retirait, il semblait qu'il lui arrachât les entrailles : il la laissait si embrasée, qu'elle était comme hors d'elle-même. La douleur de ses blessures sacrées lui faisait échapper des gémissements ; mais leur suavité, qui n'était pas moindre, l'enivrait tellement, qu'elle ne voulait plus ni voir, ni parler, mais seulement jouir de la douceur de sa peine et des délices de son amour. Tant d'effets merveilleux convainquirent enfin les serviteurs de Dieu qu'elle consultait sur sa conduite, que ces opérations venaient du ciel, et qu'il n'y fallait plus craindre aucune tromperie. Quatre grandes lumières de l'Église, qui éclairaient alors l'Espagne par leur sainteté et par leur doctrine, la confirmèrent dans ce sentiment ; savoir : saint Louis Bertrand, saint Pierre d'Alcantara, le Père Jean d'Avila et le Révérend Père Louis de Grenade ; mais ces voies extraordinaires servirent toujours d'occasion à ses directeurs de la rebuter, de la maltraiter en paroles et de lui être extrêmement rudes ; ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ permit pour sa grande perfection.
Plus son amour croissait, plus les grâces de son Bien-Aimé se multipliaient. Elle avait souvent des extases et des ravissements : son corps, secondant les ardeurs de son âme, s'élevait au-dessus de la terre et demeurait suspendu en l'air. Ce qui lui est arrivé un jour, entre autres, en présence de Dom Alvarès de Mondosa, évêque d'Avila, lequel voulant la communier, la trouva élevée au-dessus de la fenêtre par laquelle les religieuses recevaient ordinairement la sainte hostie. Pendant deux ans, Notre-Seigneur était presque toujours à son côté pour l'instruire, la consoler, la fortifier et la porter à des actions dignes de la grandeur de son amour. Ensuite, cette présence sensible fut changée en une admirable et continue assistance des trois personnes divines, qui se faisaient voir à elle de la manière qu'une créature encore mortelle est capable de voir un Dieu immortel ; ce qui dura quatorze ans, et presque jusqu'à sa mort. Elle fut aussi honorée des visites de la sainte Vierge, de saint Joseph, des apôtres saint Pierre et saint Paul, des dix mille Martyrs, de saint Dominique, de saint François, de sainte Catherine, de sainte Claire et de quantité d'autres Saints et Saintes qui se plaisaient à converser avec cette véritable amante de leur souverain Seigneur.
Thérèse, de son côté, achetait ces faveurs par une vigilance sur elle-même, par une fidélité merveilleuse et par des pénitences extraordinaires dont elle châtiait continuellement son corps. Il est vrai que dans les commencements de sa conversion ses grandes maladies l'empêchèrent de se tourmenter ; mais comme elles continuaient toujours, et qu'elle n'espérait pas d'en voir la fin, elle résolut de n'y avoir plus d'égard et de ne laisser pas, quelque faible et infirme qu'elle fût, de s'affliger tous les jours par de nouveaux supplices. Elle se revêtit sur sa chair nue d'un cilice de fer-blanc, percé de tous côtés à la façon d'une râpe, qui lui raclait et écorchait toute la peau. Elle se mettait souvent tout en sang, tantôt avec des ronces et des orties, tantôt avec des cordes garnies par le bout de pointes de fer, tantôt avec un trousseau de clefs. Ses veilles et ses jeûnes étaient excessifs ; elle versait des larmes en si grande abondance, qu'elles seules étaient capables de lui épuiser tout le corps. Enfin, elle avait mille autres moyens pour se faire souffrir. Si le démon ou la chair et même ses amis lui représentaient le peu qui lui restait de santé, elle répondait en un mot : « Il n'importe ; aussi bien dois-je mourir ». Et lorsqu'on voulait lui persuader de prendre du repos, elle disait : « Je n'en ai pas besoin maintenant, mais de souffrances et de croix ».
Le zèle pour la gloire de son Époux ne pouvait jamais être rassasié. Elle s'efforça de rétablir l'Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel, dont elle était religieuse, en sa première vigueur, par l'entière et la parfaite observance de la Règle qu'il a reçue des mains de saint Albert, patriarche de Jérusalem. Elle connaissait les désordres que les Luthériens et les Calvinistes causaient dans l'Allemagne et dans la France, ruinant les églises, profanant les autels, dispersant les reliques des Saints, et faisant tous les sacrilèges que la rage du démon peut inspirer à des hérétiques furieux et désespérés : « Il est bien raisonnable », disait-elle, « que, pendant que les ennemis de Jésus-Christ ruinent les temples sacrés que nos pères lui ont dédiés, nous en bâtissions de nouveaux pour réparer son honneur, et que nous ne témoignions pas moins d'ardeur à son service que ces instruments de l'enfer ne font paraître de fureur et de rage contre lui ».
D'abord, elle conféra de ce dessein avec quelques vertueuses filles de son monastère de l'Incarnation ; elles entrèrent tellement dans ses sentiments, qu'une d'entre elles, qui était sa nièce et encore pensionnaire, offrit mille ducats pour acheter une maison à cette fin. Madame Marie Guyaumar, son intime amie et l'une des plus considérables de la ville d'Avila, goûta aussi cette entreprise et promit de fournir à la subsistance des religieuses qui la commenceraient. L'affaire fut recommandée à Notre-Seigneur par beaucoup de prières et de larmes, afin qu'il lui donnât sa bénédiction et qu'il lui ouvrît les moyens de l'exécuter. Le jour suivant, Thérèse, faisant son action de grâces après la communion, ce divin Amant lui apparut, et après avoir témoigné qu'il approuvait son dessein, qui était pour sa plus grande gloire, il lui donna assurance que ce couvent de l'étroite observance se ferait, et que sa divine Majesté y serait servie dans une grande ferveur. Puis il lui commanda de l'appeler de Saint-Joseph, et lui dit que ce glorieux patriarche serait à une des portes pour le garder, que Marie, sa très-sainte Mère, le garderait à l'autre porte, et que lui-même se tiendrait au milieu, afin de le soutenir contre toutes les puissances du monde et de l'enfer. On ne peut croire les obstacles que le démon fit mettre de tous côtés à cette nouvelle fondation : les uns s'en moquèrent comme d'une entreprise impossible ; les autres prévinrent les supérieurs pour empêcher qu'ils y donnassent les mains ; d'autres enfin décrièrent la sainte mère comme une fille inquiète, ambitieuse et pleine d'imaginations folles et ridicules. Cependant, avec la permission de l'évêque et du provincial des Carmes, et l'approbation de plusieurs saints personnages de divers Ordres, on acheta secrètement une maison, on travailla à la disposer en forme de monastère, et on écrivit diligemment à Rome, afin d'obtenir du Pape les pouvoirs nécessaires pour cet établissement.
L'affaire tira extrêmement en longueur, parce que Thérèse n'avait guère d'argent pour continuer l'édifice ; de plus, le bref fut longtemps à être expédié dans les formes qu'il devait l'être, pour prévenir toutes sortes de contestations et de procès. Pendant cet intervalle, le provincial des Carmes, que l'on avait beaucoup refroidi sur cette affaire et qui avait même rétracté sa permission, envoya un commandement à Thérèse de se transporter, au plus tôt, à Tolède pour y consoler Marie de la Cerda, qui venait de perdre son mari. Elle obéit incontinent à son ordre, sans que ni la nécessité de sa présence pour la perfection de son édifice, ni le conseil de plusieurs personnes qui étaient d'avis qu'elle s'excusât par lettre de cette obéissance, la fissent balancer là-dessus d'un seul moment. Dieu fit son affaire en son absence. Elle demeura six mois chez cette dame ; et, la nuit même qu'elle revint à Avila, le bref du Pape qu'elle attendait arriva ; et l'évêque, à qui il s'adressait et qui devait être le supérieur de ce nouveau monastère, se trouva dans la ville pour en faire l'établissement. Il était à craindre qu'il refusât d'y consentir, parce que la sainte Mère voulait qu'il fût sans aucune rente et fondé seulement sur la pauvreté. Mais saint Pierre d'Alcantara, qui était aussi en même temps dans Avila, et à qui ses vertus incomparables et ses grands miracles donnaient un crédit extraordinaire, lui écrivit dans des termes si forts et si touchants (une maladie violente l'empêchait de l'aller trouver lui-même), qu'il donna son consentement à tout ce qu'on voulut. Ainsi, l'an 1362, le jour de Saint-Barthélemy, le Saint-Sacrement fut mis, par son autorité, dans la maison que l'on avait disposée, et à laquelle on donna le nom de Saint-Joseph ; et la sainte Mère, qui était sortie de son couvent de l'Incarnation pour une maladie de son beau-frère, donna l'habit de Carmélite déchaussée de l'étroite Observance à quatre novices, qui, véritablement, n'apportaient point de dot, mais étaient des filles très-vertueuses et pleines de force et de générosité pour porter toute l'austérité de la Règle.
L'année de ce commencement de la réforme de Notre-Dame du Mont-Carmel est très-considérable, puisque c'est la même où les Calvinistes, s'étant rendus maîtres, par la force des armes, de plusieurs grandes villes de France, y commirent les sacrilèges les plus exécrables qui aient jamais été commis par les hérétiques. Car sans parler des prêtres et des religieux qu'ils massacrèrent avec des cruautés inouïes, des corps des Saints qu'ils tirèrent de leurs châsses ou de leurs tombeaux pour les brûler et en jeter les cendres au vent, des églises qu'ils abattirent, des autels qu'ils profanèrent et des images sacrées qu'ils mirent en pièces, ils foulèrent aux pieds en une infinité d'endroits le corps et le sang précieux de Jésus-Christ ; puis, ayant pillé les calices, les corporaux et les autres meubles dédiés au saint ministère, ils les convertirent en des usages profanes. Par un effet admirable de la Providence, dans le même temps que ces impies s'efforçaient d'abolir en France toutes les marques de la véritable religion, une simple fille, destituée de tout secours humain, commençait en Espagne une sainte Congrégation, qui ne devait pas bâtir moins d'églises et ériger moins d'autels, dans toute l'étendue du monde chrétien, que la fureur de ces monstres n'en avait abattus, et qui devait compenser leurs actions abominables par la pratique fidèle et constante des plus saints exercices de la vie chrétienne et religieuse.
Si le démon s'était déchaîné contre les premiers projets du monastère de Saint-Joseph, il ne fit pas de moindres efforts pour le ruiner après son établissement. D'abord il excita dans le cœur de la sainte Mère un scrupule de n'avoir pas gardé assez exactement les Règles de l'obéissance dans la conduite de son entreprise, et une répugnance extrême de laisser son couvent de l'Incarnation, où elle s'était toujours trouvée fort bien, pour venir loger dans une si pauvre maison. Mais cette tentation se dissipa bientôt : car il plut à la bonté de Dieu d'éclairer notre Sainte par une lumière céleste ; et elle prit aux pieds du Saint-Sacrement la résolution de poursuivre incessamment la permission de demeurer dans ce nouveau monastère. L'ennemi eut recours à d'autres armes : il mit dans la tête du gouverneur, des échevins et des principaux bourgeois d'Avila, que le couvent de Saint-Joseph serait trop à charge à la ville, et que, le nombre des pauvres maisons y étant déjà assez grand, il ne serait pas prudent de souffrir l'établissement de celle-ci. Ainsi, Thérèse eut ordre de s'en retourner, sans aucun délai, dans sa maison de profession, et de ne se mêler jamais de celle de Saint-Joseph ; puis l'on mit en délibération d'en abattre les bâtiments, de renvoyer les novices chez leurs parents, et de ruiner entièrement ces commencements de réforme. Thérèse obéit sans contradiction, abandonnant son œuvre à la sage Providence de Dieu qui en était l'auteur ; mais, pour le reste, on n'en vint pas à l'exécution ; car le Révérend Père Dominique Bannez, ce savant et pieux docteur de l'Ordre de Saint-Dominique, et le Révérend Père Pierre Yvagnez, du même Ordre, homme très-versé dans les choses spirituelles, négocièrent si adroitement cette affaire, que toute la tempête se dissipa. On permit même, enfin, à la sainte Mère de quitter pour toujours son couvent de l'Incarnation, et de venir dans celui de Saint-Joseph, avec autant de religieuses du premier qu'elle en trouverait de disposées pour embrasser sa réforme. Quatre seulement l'accompagnèrent ; et avec cette petite troupe, elle entra joyeuse et triomphante dans sa chère Bethléem, où elle fut reçue avec une joie incroyable par les quatre novices qu'elle y avait laissées toutes seules. Notre-Seigneur combla la joie de cette solennité par des grâces extraordinaires dont il eut la bonté de la favoriser : car, lui étant apparu, non-seulement il la remercia de ce qu'elle avait fait et enduré pour le rétablissement de l'Ordre de sa bienheureuse Mère ; mais il lui mit aussi une couronne d'or sur la tête, marque de la victoire qu'elle avait remportée sur toutes les puissances de l'enfer ; et, d'ailleurs, la sainte Vierge se fit voir à elle avec un grand manteau, dont elle la couvrait avec toutes ses filles qui s'étaient rangées, et qui devaient dans la suite se ranger sous sa conduite.
Le dessein de notre admirable Réformatrice, dans ce nouvel établissement, n'était pas d'y commander, mais d'y observer exactement tous les points de la Règle de son Ordre dans l'état de soumission et d'obéissance. Ainsi, dès qu'elle eut fondé son monastère, elle nomma une des huit religieuses prieure, une autre sous-prieure, et ne se réserva pour elle que le bonheur de leur obéir. Mais les supérieurs en ordonnèrent autrement ; car, connaissant combien il était nécessaire que celle qui avait produit cette heureuse plante eût aussi le soin de la cultiver, ils lui commandèrent de gouverner la maison de Saint-Joseph en qualité de première prieure. Elle refusa autant qu'elle put d'accepter cette charge, qui lui avait toujours paru très-pesante ; mais il ne lui fut pas possible de s'en exempter : elle commença par une inspiration divine de prescrire à ses filles la manière de vivre qu'elles devaient observer, conformément au premier esprit de leur Règle.
Voici l'ordre des exercices qui était suivi à Saint-Joseph d'Avila, et qui, sauf de légères différences, s'observe encore de nos jours dans les monastères des filles de sainte Thérèse. À neuf heures du soir les religieuses se réunissaient au chœur pour chanter Matines et Laudes. L'office terminé, elles faisaient l'examen de conscience. On lisait ensuite les points de la méditation du lendemain. Ces exercices duraient jusqu'à onze heures environ. On donnait alors le signal du repos. Elles se levaient à cinq heures depuis le jour de Pâques jusqu'au 14 septembre, et à six dans les autres temps. Après le lever, elles employaient une heure entière à l'oraison mentale. L'oraison terminée, elles disaient les petites heures, et entendaient la sainte messe. Chacune se retirait ensuite dans sa cellule, ou dans le lieu de son office, pour s'y occuper au travail. La Sainte voulut qu'elles travaillassent à part et non dans une salle commune, afin qu'elles pussent plus facilement se maintenir en la présence de Notre-Seigneur et continuer de s'entretenir avec lui. Quelque temps avant le repas, on donnait le signal pour faire l'examen de conscience. Les jours de jeûne de l'Ordre, le dîner était à onze heures ; les jours de jeûne de l'Église, à onze heures et demie ; dans les autres temps, à dix heures. Le jeûne commençait le 14 septembre, fête de l'Exaltation de la sainte Croix, et se prolongeait jusqu'à Pâques. Après le repas, qui était toujours accompagné d'une pieuse lecture, les religieuses se réunissaient pour prendre ensemble leur récréation ; mais durant ce temps elles devaient s'occuper à quelque travail. À deux heures, elles se rendaient au chœur pour chanter Vêpres. Chaque religieuse se retirait ensuite dans sa cellule pour faire une lecture spirituelle. Après cette lecture, elles s'occupaient de leurs travaux ou de leurs offices jusqu'à Complies. Les Complies étant récitées, les religieuses consacraient de nouveau, comme le matin, une heure entière à l'oraison. Venait ensuite le repas qui était suivi de la récréation. À la fin de la récréation on donnait le signal du grand silence qui devait s'observer jusqu'au lendemain après la récitation de Prime.
Sainte Thérèse était la Règle vivante de toute sa communauté, par son exactitude à la psalmodie, à l'oraison mentale, à l'assistance des malades dans l'infirmerie, et même aux offices les plus bas de la maison. Elle demeura cinq ans dans ce couvent de Saint-Joseph avec beaucoup de consolation et de repos. Toutes les religieuses se portaient d'elles-mêmes à ce qui était le plus parfait, et ceux de la ville qui avaient été le plus contraires à sa fondation, étaient les premiers à bénir Dieu de l'avoir soutenue contre leurs vaines entreprises. Mais ce n'était pas là le terme des services que Notre-Seigneur attendait de sa chère Épouse : un jour qu'elle le priait les larmes aux yeux et avec de grandes instances de lui découvrir les moyens de lui gagner de nouvelles âmes qui fussent toutes embrasées de son amour, il lui apparut et lui dit : « Attendez, ma fille, et vous verrez de grandes choses ». En effet, peu de temps après, le Révérendissime Père général des Carmes vint faire sa visite en Espagne, et, ayant entretenu sainte Thérèse et toute sa communauté, il fut tellement édifié de voir refleurir parmi elles la première ferveur de son Ordre, qu'il permit à la Sainte de fonder autant de maisons qu'elle en trouverait l'occasion, non-seulement pour les filles, mais aussi pour les hommes. Ce fut là sans doute pour Thérèse un grand champ où elle pouvait exercer son zèle et faire paraître l'ardeur qu'elle avait pour la gloire de son divin Amant. Elle fit la seconde fondation pour des religieuses à Médina del Campo ; la troisième à Malaga ; la quatrième à Valladolid ; la cinquième à Tolède ; la sixième à Pastrana ; la septième à Salamanque ; la huitième à Albe ; la neuvième à Ségovie ; la dixième à Vèlas. Elle en fit encore à Séville, à Caravaca, à Villeneuve-de-Xérès, à Palence, à Numance, à Grenade et à Burgos. Et pour des religieux, elle eut la consolation d'en voir quinze couvents établis pendant sa vie, et même un à Gênes, et un autre dans le Mexique, où l'étroite Observance était gardée avec une sainte ferveur.
Nous n'entreprenons pas de décrire ici les peines qu'elle eut à essuyer, les persécutions qu'elle surmonta, ni les actes héroïques de prudence, de force et de confiance en Dieu qu'elle fit paraître dans toutes ces fondations. Jamais œuvre ne fut plus traversée, et jamais œuvre ne fut conduite avec plus de sagesse, de modération et de fermeté que celle-ci. Elle en a elle-même composé l'histoire fort au long, dans un livre intitulé *De ses fondations*, auquel les lecteurs pourront avoir recours. Dans ses voyages, elle était aussi recueillie et unie à Dieu, et elle y gardait aussi exactement sa Règle que dans la solitude de ses monastères. Son Époux céleste la visitait dans la campagne comme dans le secret de son oratoire, et il lui faisait paraître partout des tendresses inestimables. Il lui découvrait de grands secrets, lui révélait les choses à venir, lui prescrivait ce qu'elle avait à faire ; et, un jour, il lui dit avec des témoignages d'une amitié tout extraordinaire : *Deinceps, ut vera Sponsa, meum zelabis honorem. Jam ipse sum totus tuus et tu tota mea* ; « désormais, comme une véritable Épouse, vous serez remplie du zèle de ma gloire. Je suis maintenant tout à vous, et vous, par un bienheureux retour, vous êtes aussi toute à moi ». Cependant, quelque commandement qu'elle reçût dans ses révélations, elle ne s'éloignait jamais de l'obéissance de ses supérieurs ; parce que, disait-elle, je puis me tromper en prenant une fausse révélation pour une véritable, mais je ne puis me tromper en obéissant à ceux que Dieu m'a donnés pour me conduire.
Pendant l'intervalle de ces fondations, la sainte Mère fut deux fois élue prieure du monastère de l'Incarnation d'Avila, où elle avait fait profession ; une fois par le Révérend Père Pierre Fernandez, de l'Ordre de Saint-Dominique, que Sa Sainteté avait nommé visiteur apostolique des Carmes d'Espagne, et une autre fois par les suffrages de toutes les religieuses. Pour la première fois, elle y alla et y fit des merveilles, tant pour le spirituel que pour le temporel de la maison, qui étaient également en désordre. Pour la seconde fois, Notre-Seigneur ne permit pas qu'elle y fût confirmée, afin qu'elle pût s'appliquer, avec plus de repos, au gouvernement de ses nouveaux monastères. Mais, enfin, en l'année 1580, le pape Grégoire XIII sépara entièrement la réforme des Carmes et des Carmélites déchaussés qu'elle avait faite, des Carmes mitigés, sans que les provinciaux de celui-ci pussent prendre dans la suite aucune autorité sur les couvents des Déchaussés. Cette séparation fut comme le sceau de son institut. Elle lui survécut deux ans. Comme son couvent de Saint-Joseph était soumis à l'évêque, tandis que tous les autres qu'elle avait établis depuis étaient dans la dépendance des supérieurs de l'Ordre, elle fit en sorte que le premier suivit la forme des autres : de façon qu'elle les laissa tous sous la conduite et le gouvernement des Pères qu'elle-même avait établis. Ainsi, Dieu lui accorda deux ans de calme avant son décès ; mais, avant d'en venir à cette heure bienheureuse qui l'unit à Jésus-Christ, son cher époux, pour toute l'éternité, il est nécessaire que nous fassions quelques réflexions sur les vertus dont elle a donné de si rares exemples dans toute sa vie.
Sa foi était si grande, qu'il semblait qu'elle vît ce qu'elle croyait. Elle a laissé par écrit qu'elle n'a jamais eu de tentation contre cette vertu. Moins elle entendait un mystère, plus elle avait d'affection et de dévotion à le croire. Elle voulait que ses filles fussent simples et nullement curieuses, principalement dans les points de la doctrine de la foi. Ses lumières ont toujours été si pures et sa doctrine si sainte, qu'elle n'eut jamais sujet d'appréhender l'examen des inquisiteurs ; aussi ses écrits sont-ils sortis de leurs mains sans qu'ils y aient changé une lettre. Ce qui lui donnait plus de joie, c'était qu'elle avait le bonheur d'être fille de l'Église. Il n'y a point de pratiques et de cérémonies de cette même Église qu'elle n'estimât extrêmement et pour lesquelles elle n'eût un profond respect. Elle honorait les images, et faisait grand cas des indulgences, de l'eau bénite, du pain bénit, des Agnus Dei et autres choses semblables, qui sont des instruments dont Dieu se sert pour notre protection et pour notre sanctification. Elle disait qu'elle donnerait volontiers sa vie pour en défendre la sainteté. Les maux que les hérétiques faisaient de tous côtés dans le christianisme lui causaient une douleur inexplicable. Elle les pleurait continuellement aux pieds de son Époux, et faisait une infinité de pénitences pour en arrêter le cours, et l'un de ses plus grands regrets était que son sexe l'empêchât d'aller par tout le monde combattre publiquement l'hérésie.
Les fondations de ses couvents sont autant de preuves de sa confiance inébranlable dans le secours de Dieu. Lorsque toutes choses lui manquaient, que ses affaires lui paraissaient le plus désespérées, qu'il ne lui restait plus d'argent, qu'elle n'avait qu'un peu de pain et un peu d'eau pour elle et pour ses filles, avec de la paille pour se coucher, et que toutes les puissances ecclésiastiques et laïques s'étaient unies ensemble pour traverser et ruiner les bonnes œuvres que le Saint-Esprit lui avait inspirées, c'était alors qu'elle était plus tranquille et plus ferme dans l'attente de la protection divine. Jamais aucune persécution ne l'a troublée et ne lui a fait abandonner ce que Notre-Seigneur demandait d'elle, ce qu'elle avait entrepris avec le conseil de ses directeurs et la permission de ses supérieurs. Aussi a-t-elle éprouvé une infinité de fois combien Dieu est libéral et magnifique envers les personnes qui espèrent en lui. En un moment, ceux qui étaient le plus animés contre elle changeaient de sentiment et se faisaient ses protecteurs ; ce qui semblait devoir ruiner ses desseins, servait au contraire à les faire mieux réussir : on lui apportait des meubles, des vivres et de l'argent de divers endroits, dont elle en pouvait le moins espérer. Ceux qui l'avaient calomniée et qui voulaient la faire passer pour une hypocrite, étaient obligés d'avouer sa sainteté, sans qu'elle eût ouvert la bouche ni rien écrit pour sa défense. Enfin, Dieu veillait et travaillait pour elle, parce qu'elle ne cherchait que sa gloire et qu'elle se reposait entièrement sur lui.
Toutes ses paroles et ses actions sortaient du grand brasier de l'amour divin dont son cœur était embrasé. Par cet amour, elle se réjouissait infiniment de ce que Dieu est ce qu'il est, et possède les trésors inestimables de gloire et de bonheur renfermés dans son essence. Par cet amour, elle prenait part à tout l'honneur qu'il reçoit dans le ciel par les adorations des Anges et des Saints, et sur la terre par les actes de religion de tous ses fidèles serviteurs. Par cet amour, elle concevait une allégresse inexplicable lorsqu'on chantait, au symbole de la messe, que son règne n'aura jamais de fin : *Cujus regni non erit finis*. Par cet amour, elle eût donné mille vies pour bannir le péché du monde et pour gagner tous les cœurs à son service. Par cet amour, elle pleurait inconsolablement les crimes et les abominations dont elle savait que la terre était remplie, et elle faisait des austérités étranges pour y satisfaire. Par cet amour, elle se retirait des compagnies et de la conversation avec les créatures, autant qu'il lui était possible, afin d'être seule à seul avec son Bien-Aimé. Par cet amour, elle désirait avec une sainte impatience d'être délivrée de la prison de son corps, afin d'aller jouir au plus tôt des aimables embrassements de la Divinité. Par cet amour, elle était insatiable de croix et répétait souvent ces belles paroles : *Aut pati aut mori* : « Je ne puis vivre sans souffrir : il faut que je souffre ou que je meure ». Par cet amour, toutes ses peines, quelque grandes qu'elles fussent, lui semblaient petites, et il n'y avait point de travaux qu'elle n'entreprenait avec joie pour l'avancement de sa gloire. Par cet amour, elle ne vivait que de lui, ne parlait que de lui, ne pouvait goûter que lui, et tous les plaisirs du monde, hors de lui, lui semblaient insupportables. Par cet amour, elle fit ce vœu, si éminent et si difficile à accomplir, et dont avant elle il n'y avait point d'exemple dans les Actes des Saints, de faire toujours ce qu'elle croirait le plus parfait et le plus agréable aux yeux de sa divine Majesté. Enfin, cet amour était tellement le maître de toutes ses facultés, qu'elle lui obéissait en tout et qu'elle ne faisait rien que par son mouvement. Notre-Seigneur a répondu à cet amour par des grâces et par des tendresses presque incroyables. Nous avons déjà remarqué qu'il l'honorait souvent de sa présence, qu'il s'entretenait souvent avec elle et qu'il lui découvrait de grands secrets que nul homme ne pouvait savoir. Un jour le Père éternel se fit sentir à elle et lui dit : « Ma fille, je t'ai donné mon Fils, l'Esprit-Saint et cette Vierge », et il lui montrait Notre-Dame ; « que peux-tu me donner en échange ? » Une autre fois, Jésus-Christ se mit devant elle, et, lui présentant sa main droite, percée d'un clou, il lui dit : « Regarde bien ce clou, c'est le signe du mariage sacré que je contracte avec toi ; désormais tu seras mon épouse, et personne ne sera capable de te séparer de mon amour ». Alors il se fit dans son âme une opération de grâce si haute et si parfaite, qu'elle n'en pouvait supporter l'étendue, et elle fut obligée de dire à son époux, ou qu'il augmentât sa capacité ou qu'il mît plus de bornes à ses grâces. En un autre temps, qu'elle faisait son action de grâces après la communion, il se plaça sensiblement auprès d'elle, et, lui prenant les mains, il les porta de son côté, lui disant qu'il l'avait toujours dans son cœur et qu'il ne l'oublierait jamais. Lorsqu'elle fonda le monastère de Séville, il lui rendit une visite toute singulière et lui dit : « Tu sais bien, ma fille, le mariage qui est entre toi et moi ; ainsi tu es toute à moi et ce que j'ai est à toi. Mes travaux et mes douleurs t'appartiennent et tu peux en demander le fruit à mon Père comme d'une chose qui t'est propre ». Elle savait déjà bien que toutes les peines du Fils de Dieu sont à nous ; mais elle assure qu'il lui en fut fait alors une appropriation si spéciale, qu'il lui semblait qu'on l'avait rendue maîtresse d'une grande seigneurie. En d'autres occasions son Époux l'a assurée qu'il lui accorderait tout ce qu'elle lui demanderait, et qu'il avait tant d'amour et de bienveillance pour elle, qu'il ne lui pouvait rien refuser. De là vient qu'elle lui parlait quelquefois avec une familiarité merveilleuse, comme une fille bien-aimée parlerait à son père et une épouse à son époux.
Il y aurait des choses admirables à dire sur sa dévotion envers le saint Sacrement de l'autel, suite de l'amour de Jésus-Christ. Une des raisons qui la portaient plus puissamment à fonder des monastères, c'était qu'il y eût de nouvelles églises où on dit des messes et où le saint Sacrement fût adoré. Elle communiait le plus souvent qu'il lui était possible, et elle obtint enfin de communier tous les jours : ce qu'elle fit pendant vingt-trois ans, et dès lors, le vomissement qui lui prenait tous les matins cessa et elle n'eut plus que celui du soir. On ne peut exprimer la pureté de cœur et la ferveur avec laquelle elle s'approchait de ce grand Mystère. Elle ne le faisait jamais sans se confesser, si elle se sentait coupable du moindre péché véniel ; les flammes de son amour s'augmentaient alors avec tant d'excès, qu'elle était comme une fournaise ardente et un grand brasier capable de tout consumer. Sa révérence en communiant n'était pas moindre que si elle eût vu, des yeux du corps, Notre-Seigneur dans tout l'éclat de sa majesté. Comme elle recommandait extrêmement à toutes ses filles de bien ménager le temps qu'il était dans leur estomac, c'est-à-dire autant que les espèces sacramentelles y demeuraient sans être consumées par la chaleur naturelle, elle n'avait garde de perdre un temps si cher et si précieux. Tantôt elle y demeurait aux pieds de son bon Maître comme une Madeleine écoutant ses divines leçons ; tantôt elle le serrait sur son cœur et l'embrassait comme son tout, son unique et son bien-aimé. Le plus souvent, elle y était si abîmée et si hors d'elle-même, qu'elle n'avait aucun usage des sens. On l'a vue sortir de la communion toute rayonnante et toute couverte de lumières. On l'a vue pendant son action de grâces élevée de terre et suspendue en l'air. Quelquefois la sainte Eucharistie la guérissait de ses maux et lui ôtait toutes sortes de douleurs, ce qu'elle assure elle-même lui être arrivé tous les jours pendant trois mois. Elle en sentait ordinairement une si grande faim, qu'elle eût fait et souffert toutes choses pour la posséder ; et, néanmoins, lorsque son confesseur lui défendait de communier ou que ses maladies la mettaient dans l'impossibilité de le faire, elle ne s'en troublait point ; mais elle s'abandonnait pour cela entièrement à la volonté de Dieu. Notre-Seigneur s'est souvent fait voir sensiblement à elle dans cet auguste Sacrement, tantôt comme un enfant d'une beauté incomparable, tantôt dans l'état de ses souffrances, tantôt dans la gloire de sa Résurrection. Un jour des Rameaux, qu'elle s'efforçait de bien traiter son cher Époux, récompense de ce que les Juifs l'avaient laissé sortir de Jérusalem et retourner à Béthanie sans lui présenter à dîner, ayant reçu la sainte hostie, elle fut quelque temps sans la pouvoir avaler, et, durant ce temps, il lui sembla qu'elle avait la bouche pleine de sang et que son visage et son corps en étaient aussi tout couverts ; elle sentait ce sang comme encore tout chaud et tout nouvellement sorti des veines. Ses douleurs furent alors inexplicables ; son divin Amant lui parla et lui dit qu'elle n'eût point de crainte ; que sa miséricorde ne lui manquerait jamais et qu'il voulait que son sang fût pour elle une source de grâces ; qu'il l'avait répandu avec beaucoup de douleurs, mais qu'elle en jouirait avec des délices souveraines. De cette dévotion envers la sainte Eucharistie venait la grande, la profonde et l'intime révérence qu'elle portait aux prêtres par qui ce mystère est opéré. Elle leur faisait humblement la main, se prosternait en terre, au milieu du chemin, pour recevoir leur bénédiction, et ne pouvait souffrir qu'on en parlât mal et qu'on manquât au respect qui leur est dû. Elle en vit un jour un, portant la sainte hostie, que deux démons tenaient à la gorge pour l'étrangler. Elle connut qu'il était en péché mortel, et elle pria pour lui avec tant de larmes et de soupirs, qu'elle lui obtint la contrition de ses péchés et une volonté efficace de s'amender. Enfin cette même dévotion faisait qu'elle avait un soin extraordinaire de tout ce qui sert à la célébration de la messe : comme des calices, des corporaux, des nappes d'autel et des habits sacerdotaux, et qu'elle voulait qu'ils fussent fort propres et qu'on les maniât avec révérence.
Il faut joindre à ces sentiments de piété la vénération qu'elle avait pour la sainte Vierge, pour saint Joseph et pour quantité d'autres Saints. Elle avait choisi dès son enfance la Mère de Dieu pour sa propre mère, et elle eut toute sa vie pour elle les tendresses d'une fille reconnaissante et pleine d'un affection toute cordiale. Elle faisait beaucoup de dévotions en son honneur ; elle voulait qu'il y eût dans tous ses couvents plusieurs chapelles et plusieurs oratoires de son nom ; elle recommandait à ses religieuses de la regarder comme leur singulière protectrice ; elle avait recours à elle dans tous ses besoins ; enfin, elle n'épargnait rien pour lui faire paraître combien elle avait d'estime et d'amour pour elle. Aussi elle jouit souvent du bonheur de ses apparitions, et Dieu lui accorda de grandes grâces par son intercession.
Une des gloires de la mission providentielle de sainte Thérèse dans ces derniers siècles, a été de propager le culte de saint Joseph dans toute l'Église catholique. « Sainte Thérèse », dit le célèbre Patrignani, « a été une étoile des plus resplendissantes, un des plus beaux diamants de la couronne de saint Joseph. Elle a été choisie de Dieu pour étendre son culte dans le monde entier, et pour mettre en quelque sorte la dernière main à ce grand ouvrage ». C'est elle qui a fait bâtir le premier temple chrétien en son honneur, celui de Saint-Joseph d'Avila, berceau de la réforme du Carmel. Sur dix-sept monastères qu'elle fonda après celui d'Avila, il n'y en a que cinq qui ne soient pas dédiés à saint Joseph ; mais elle implantait dans tous son culte, les mettait tous sous sa garde, et faisait toujours placer au-dessus d'une des portes la statue de ce glorieux protecteur. De plus, comme on le lit dans les informations juridiques pour sa canonisation, elle mit de ses mains, à la porte d'entrée de tous ses monastères, l'image de la sainte Vierge et de saint Joseph fuyant en Égypte, avec cette inscription : *Pauperem vitam gerimus, sed multa bona habebimus, si timuerimus Deum* : « Nous menons une vie pauvre, mais nous posséderons de grands biens si nous craignons Dieu ».
Dans tous ses écrits paraît cette tendre et filiale dévotion qu'elle avait pour saint Joseph, et par la ravissante naïveté de ses paroles enflammées, elle la communique à l'âme du lecteur. Dans ses admirables *Avis* elle dit : « Quoique vous honoriez plusieurs Saints comme vos protecteurs, ayez cependant une dévotion toute particulière envers saint Joseph, dont le crédit est si grand auprès de Dieu ». Sainte Thérèse a légué à son Ordre tout entier les saintes ardeurs de son zèle pour la gloire de saint Joseph. À son exemple, le Carmel n'a cessé de travailler pour étendre son culte, et l'on peut dire qu'il a rivalisé de zèle avec l'ancien Carmel, auquel Benoît XIV rend ce témoignage : « C'est lui », dit ce grand Pape, « qui, d'après le sentiment commun des érudits, a fait passer d'Orient en Occident la louable coutume d'honorer saint Joseph du culte le plus solennel ». À la fin du XVIIIᵉ siècle, on comptait déjà, dans l'Ordre seul du Carmel, plus de cent cinquante églises sous l'invocation de saint Joseph. Dès que sainte Thérèse eut commencé, tous les Ordres religieux travaillèrent à l'envi à propager ce culte. Bientôt, de tous les points du monde catholique, on invoqua le glorieux saint Joseph, et l'on se pressa autour de ses autels. C'est donc à sainte Thérèse qu'appartient la gloire d'avoir porté un culte si cher à la piété catholique à ce degré de splendeur et d'universalité où nous le voyons aujourd'hui.
Nous avons dans *Ribera* une liste des Saints que notre bienheureuse fondatrice révèrerait plus particulièrement ; un des principaux était saint Dominique, dont les enfants l'avaient tant aidée pour l'établissement de sa réforme. Un jour il lui apparut dans sa chambre du monastère de Sainte-Croix, et il fut deux heures avec elle pendant lesquelles il lui découvrit de grands mystères et l'embrasa de nouvelles flammes de l'amour divin.
Ce serait entrer dans un abîme sans fond que de vouloir parler de son oraison. Non-seulement elle a été élevée aux degrés de cet entretien avec Dieu, mais on peut dire que le Saint-Esprit l'a donnée à l'Église pour en découvrir tous les sentiers, les secrets et généralement toute la conduite. L'histoire qu'elle a composée de sa vie n'est qu'une description des voies par lesquelles Dieu l'a menée peu à peu à l'intime union avec lui ; elle y prend occasion de marquer les écueils que l'on peut rencontrer dans ce chemin, et qu'elle a évités par un grand soin de consulter de savants hommes, précaution indispensable dans les conduites surnaturelles, et par une grâce spéciale dont elle a toujours été prévenue. Ses autres livres sont aussi sur le même sujet ; elle n'y parle pas tant par spéculation que par une longue expérience des diverses demeures par lesquelles l'âme doit passer pour arriver à la jouissance paisible et constante de ce qu'elle aime.
Sa charité envers le prochain répondait à l'amour qu'elle avait pour Dieu. Elle aurait donné mille vies, elle aurait enduré mille morts, elle aurait souffert les plus horribles supplices pour sauver une âme. Elle aimait singulièrement les directeurs et les prédicateurs employés au ministère de leur salut. Elle les recevait avec joie, les traitait et faisait traiter le mieux qu'il lui était possible, et priait Dieu pour eux avec une ferveur particulière. Elle pleura amèrement la mort du Père Jean d'Avila, à cause des grands biens que les âmes en recevaient. Elle-même a retiré par ses prières, par ses lettres et par ses discours pleins de force et d'onction, plusieurs personnes des désordres où elles étaient plongées, et elle en a porté beaucoup à la mortification, à l'oraison et aux pratiques de dévotion. Il y a même des docteurs fort célèbres qui lui sont redevables de s'être appliqués à la méditation et aux exercices de la vie intérieure, et elle a soutenu pour cela d'horribles persécutions de la part du démon, jusqu'à être menacée, battue, outragée et couverte de plaies. Que si elle a tant fait par elle-même pour le salut et la sanctification des âmes, que n'a-t-elle point fait pour ce sujet par ses enfants et par le saint Ordre qu'elle a établi ? N'est-ce pas à son zèle et à sa charité qu'il faut rapporter le nombre infini de conversions qu'ils ont faites, non-seulement en Europe, mais aussi au-delà des mers et parmi les nations les plus barbares ? La charité de notre Sainte s'étendait aussi sur les âmes du purgatoire, et elle en a délivré plusieurs par ses larmes et par ses pénitences. Enfin, elle avait encore soin du soulagement des corps, et elle le procurait tantôt par des aumônes, pour lesquelles elle s'était le pain de la bouche et se privait des choses les plus nécessaires, tantôt par des services qu'elle rendait aux malades, tantôt par des miracles qu'elle faisait en faveur des affligés et de ceux qu'elle voyait accablés de douleurs. Ajoutons, pour preuve de l'excellence de sa charité, qu'elle pardonnait de tout son cœur à tous ceux qui lui faisaient du mal, qu'elle les aimait tendrement, qu'elle excusait leurs emportements, qu'elle priait pour eux avec ferveur, et qu'elle leur procurait tout le bien qu'il lui était possible : ce qui lui a souvent gagné les cœurs les plus aigris et les plus envenimés contre elle.
Elle possédait l'humilité et la patience dans un degré très-éminent. Son néant lui était si parfaitement connu, et elle pénétrait si profondément dans la corruption originelle de sa nature, qu'elle n'avait que des sentiments de mépris pour elle-même ; elle ne pouvait souffrir qu'on l'estimât ; et elle ruinait dans les esprits, autant qu'elle pouvait, la bonne opinion que l'on avait de sa vertu. Elle eût voulu qu'on publiât ses fautes, et elle-même les publiait et les mettait devant les yeux de ceux qui lui donnaient des louanges. On voit dans l'histoire qu'elle a composée de sa vie, le soin qu'elle prend de diminuer le prix de ses actions, d'exagérer ses moindres péchés et de se faire passer pour une criminelle. Elle voulait y faire sa confession générale, mais elle n'en put obtenir la permission. Jamais elle n'était plus contente que quand on lui disait des injures ou qu'on la calomniait et l'accusait de quelque crime. Elle répondait alors qu'on commençait à la connaître, que l'on ne la traitait que selon ses mérites. Elle se persuadait que toutes ses sœurs faisaient de grands progrès dans la vertu, et qu'elle seule demeurait en arrière : « Chacun s'avance à la perfection », dit-elle en un endroit de sa vie, « il n'y a que moi qui n'avance point. Je ne suis bonne à rien, et ceci n'est point une humilité en moi, mais une pure vérité ». Quelqu'un lui dit un jour, en considérant les grâces dont le ciel la favorisait : « Ma mère, gardez-vous de vaine gloire ». — « De vaine gloire », répliqua-t-elle, « je ne sais de quoi j'en aurais ; je ferai beaucoup, en voyant ce que je suis, de ne me point désespérer ». Une de ses plus grandes peines était lorsque les faveurs qu'elle recevait de son Époux paraissaient au dehors par les extases et par les ravissements. Elle les cachait avec plus de soin que les orgueilleux ne cachent leurs défauts, et lorsqu'on les avait découverts, elle ne voulait pas qu'on l'en estimât davantage. Elle s'abaissait aux offices les plus vils et aux emplois les plus dégoûtants de ses couvents ; et toute supérieure et fondatrice qu'elle était, elle reconnaissait ses fautes devant la communauté et en faisait des pénitences publiques. Sa vie n'a été qu'une suite continuelle de maladies très-violentes, de contradictions et de persécutions ; mais plus ses douleurs étaient aiguës et les persécutions atroces, plus on la voyait gaie, contente et satisfaite. Elle riait au milieu des reproches, des injures et des faux témoignages, sans en être nullement altérée, et elle avouait même qu'il n'y avait point de musique qui lui fût plus agréable que celle-là. Quand on la chargea de coups, qu'on lui défendit de continuer ses fondations, qu'on la menaça de la mener à l'inquisition, que le démon lui fit rompre le bras gauche par une chute, son esprit demeura dans le même calme que dans la plus douce jouissance des consolations célestes. En un mot, Thérèse ne désirait de la gloire qu'à Dieu seul ; et pour elle-même, elle ne cherchait que des mépris et des souffrances.
Sur ce grand fondement de l'humilité, elle a élevé dans son cœur toutes les vertus qui sont l'âme et l'esprit de la vie religieuse. La considération de Jésus-Christ naissant et mourant dans une extrême pauvreté, lui faisait aimer tendrement l'état de pauvre évangélique. Son premier dessein était que ses couvents fussent sans rentes et ne vécussent que d'aumônes ; mais cette disposition ayant été changée par le règlement des supérieurs, elle voulait, néanmoins, que ses bâtiments fussent petits, simples et grossiers, jusqu'à demander à Dieu, autant que la conscience le pouvait permettre, que, si jamais ses filles faisaient les édifices superbes et somptueux, ils tombassent sur elles et les écrasassent toutes : ce sont ses propres termes rapportés par Ribera. Elle leur recommandait extrêmement d'être pauvres dans leurs meubles et dans leurs habits, de n'avoir rien de particulier, de ne rien demander pour elles à leurs parents, de se réjouir lorsque les choses nécessaires leur manquaient, et de travailler elles-mêmes pour fournir à leurs besoins. Nulle n'était plus pauvre qu'elle, et, bien qu'elle fût fort propre et n'aimât point la malpropreté, elle se plaisait, néanmoins, à avoir la chambre, les habits et les meubles les plus vils de la maison. La bulle de sa canonisation porte expressément qu'elle a gardé sa virginité jusqu'à la mort. Un de ses confesseurs, par respect pour sa pureté angélique, l'appelait un trésor virginal. Un autre disait qu'il ne la regardait pas comme une créature composée de chair et de sang, mais comme un ange exempt des désordres de la concupiscence. Elle avoua un jour qu'elle n'entendait rien à des choses sur lesquelles on la consultait touchant l'impureté, et qu'en toute sa vie elle n'avait rien eu à confesser sur cette matière.
Nous avons rapporté plusieurs actes héroïques de son obéissance ; mais il n'en faut pas omettre un de très-grande perfection : un confesseur ignorant lui ayant commandé de brûler un riche commentaire qu'elle avait fait sur le Cantique des cantiques, où elle expliquait le commerce sacré de l'Époux avec l'Épouse, elle le brûla incontinent, préférant en cela l'obéissance à toutes les lumières qu'elle avait reçues du ciel. Elle disait que, quand on viendrait lui commander une chose, si ses supérieurs la lui défendaient, elle ferait plutôt leur volonté que ce qui lui aurait été ordonné par cet esprit céleste : et, en effet, elle vivait dans une dépendance si parfaite de ses supérieurs, qu'elle n'obéissait aux inspirations et aux révélations de Jésus-Christ même, qu'autant qu'elles étaient conformes à leurs ordres.
Elle possédait éminemment les quatre vertus cardinales : la prudence, la justice, la force et la tempérance. Sa gratitude envers Dieu et envers ses bienfaiteurs était merveilleuse. Son austérité ne pouvait être modérée que par les défenses que lui faisaient ses directeurs. Enfin, c'était un vase précieux où le Saint-Esprit avait pris plaisir de répandre toute la plénitude de ses grâces. Si elle possédait celles que nous appelons gratifiantes, elle avait aussi la plupart de celles qui sont appelées gratuites. Son esprit était tellement éclairé du don de prophétie, que dom Alvarez de Mendoza, évêque d'Avila, disait ordinairement : « Si la mère l'assure, quand la chose serait impossible, elle se fera ».
On rapporte plusieurs miracles qu'elle a faits avant sa mort. Elle rendit la vie à un de ses neveux, âgé de cinq ans, en le serrant mort sur son sein. Elle guérit deux religieuses par son attouchement : l'une, malade d'une grosse fièvre et d'un érysipèle au visage ; l'autre, tourmentée d'une pleurésie. Elle multiplia tellement à son couvent de Villeneuve, un monceau de farine qui ne pouvait durer qu'un mois, qu'il fut suffisant pour nourrir toute sa communauté pendant six mois, et qu'on le trouva encore tout entier après ce temps. Dieu lui donna aussi une haute sagesse et un parfait discernement des esprits pour la conduite de ses religieux et de ses religieuses. Elle lisait dans leur intérieur, pénétrait leurs inclinations, connaissait leur faible et savait les moyens les plus propres pour les engager à l'étude de la perfection.
Thérèse, après avoir vécu dans une si grande sainteté, arriva enfin à un tel excès du pur amour, qu'elle ne pouvait plus vivre sans jouir des heureux embrassements de son bien-aimé. Il l'assura que, s'il n'avait pas créé le ciel, il le créerait pour elle seule, et qu'il voulait la mettre dans la jouissance du bien qu'elle désirait avec tant d'ardeur. Elle avait terminé sa dernière fondation à Burgos, et elle voulait retourner dans son couvent d'Avila, dont elle était prieure ; mais lorsqu'elle fut à Médina del Campo, le B. P. Antoine de Jésus, vicaire provincial de sa réforme, l'obligea d'aller à Albe. En chemin, elle tomba dans une si grande faiblesse, qu'elle s'évanouit. Étant arrivés à Albe, la veille de saint Matthieu, elle fut obligée de se coucher, parce qu'elle ne pouvait plus se soutenir ; mais, dès le lendemain et les jours suivants, elle se leva, alla à la messe, communia et fit les fonctions de sa visite. Le jour de saint Michel, elle fit encore ses dévotions ; mais ensuite on la mit au lit et il ne lui fut plus possible de se lever ; cependant, elle demeura toute la nuit et le jour suivant dans une oraison très-éminente. Ce fut alors qu'elle apprit du ciel le jour de sa mort ; huit ans auparavant, elle en avait appris l'année, qu'elle avait fait marquer en chiffres dans son bréviaire. Elle dit ensuite des choses admirables à ses filles pour les confirmer dans l'amour de leur état et dans l'affection à l'étroite observance qu'elles avaient embrassée, et pour les élever à Dieu par un parfait détachement de toutes les choses de ce monde. Le P. Vicaire provincial la priant de demander à Notre-Seigneur la prolongation de sa vie, elle répondit qu'elle n'était pas nécessaire sur la terre.
Le 3 octobre, veille de sa mort, sur les cinq heures du soir, elle demanda à recevoir le saint viatique. Elle pouvait à peine se remuer ; et, lorsqu'elle était obligée de le faire, ce n'était qu'à l'aide de deux religieuses. Comme on s'apprêtait à lui apporter le Saint-Sacrement, elle dit à celles qui étaient autour de son lit : « Mes filles, je vous demande, pour l'amour de Dieu, de garder fidèlement les règles et les constitutions de notre Ordre » ; puis elle ajouta en parlant d'elle-même : « Oubliez les mauvais exemples que cette infidèle religieuse vous a donnés, et pardonnez-les-moi ». On ne lui répondit que par des sanglots et des larmes. Lorsqu'elle vit entrer le Saint-Sacrement dans sa cellule, elle recueillit le peu de forces qui lui restaient, se leva avec vivacité sur son séant, et serait même descendue de son lit pour le recevoir si on ne l'en eût empêchée. Son visage parut enflammé et d'une beauté admirable. Elle dit beaucoup de choses de dévotion au Dieu de bonté qui venait se donner à elle ; on remarqua entre autres celles-ci : « Ô mon Seigneur et mon Époux, le moment après lequel je soupirais avec tant d'ardeur est enfin arrivé ; il est juste que je jouisse de votre présence ; il est temps, ô mon Dieu, que je sorte de cette vie ; que votre bon plaisir, je vous prie, s'accomplisse ». Elle remercia aussi Dieu de l'avoir fait naître catholique. « Enfin, Seigneur », répétait-elle souvent, « je suis fille de l'Église ». Elle demanda ensuite à Dieu de lui pardonner ses péchés, et elle engagea ses compagnes à lui demander pour elle la même chose, ajoutant qu'« elle espérait être sauvée par les mérites de Jésus-Christ ».
Après que la cérémonie fut achevée, les religieuses lui demandèrent de leur dire quelques mots d'édification ; mais elle s'y refusa ; de temps en temps seulement elle leur recommandait de bien observer leur règle et leurs constitutions, et d'obéir fidèlement à leurs supérieurs. Souvent on lui entendait répéter ces versets du psaume 17 : « Le sacrifice que Dieu désire, c'est une âme pénétrée de douleur ; vous ne rejetterez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié. Ne me rejetez pas de votre présence, et ne retirez pas de moi votre esprit. Créez en moi un cœur pur, ô mon Dieu ! » et particulièrement ce verset : « Vous ne rejetterez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié ». Elle l'eut presque toujours à la bouche, jusqu'au moment où elle perdit la parole. À neuf heures du soir, elle désira recevoir le sacrement de l'Extrême-Onction, et elle le reçut avec beaucoup de piété, aidant elle-même à réciter les psaumes, et répondant aux litanies et aux oraisons. Lorsque la cérémonie fut achevée, elle remercia encore Dieu de l'avoir faite enfant de l'Église. Le P. Antoine lui demanda ensuite si elle désirait qu'on portât son corps à Avila. Cette question parut lui déplaire : « Dois-je avoir une volonté propre ? » lui répondit-elle avec humilité ; « et ne me donnera-t-on pas bien ici un coin de terre ? »
Elle passa la nuit dans de grandes douleurs et dans des actes héroïques de patience. Le lendemain matin elle se mit sur le côté avec un crucifix entre ses bras, dans la même posture que l'on a coutume de représenter sainte Madeleine ; elle demeura en cet état jusqu'à neuf heures du soir, sans remuer les pieds ni les mains. Pendant ce temps, qui fut de quatorze heures, elle s'embrasa tellement du feu sacré de l'amour divin, par la considération de ce qu'elle espérait, que, n'y pouvant plus résister, elle finit sa vie au milieu de ces chastes flammes, dans lesquelles elle avait toujours vécu. Et même dès le lendemain de son décès, elle révéla, à une religieuse de son Ordre d'une sainteté éminente, qu'elle n'était pas morte *vi marbi*, par la violence de sa maladie, mais par une ardeur et par une impétuosité d'amour dont elle n'avait pu supporter la véhémence : *intolerabili divini amoris incendio*, comme il est rapporté dans la bulle de sa canonisation. Notre-Seigneur l'honora, à cette dernière heure, de sa chère visite, accompagné d'une infinité d'anges et d'âmes glorieuses, et surtout des dix mille martyrs, qui lui avaient auparavant promis de s'y rendre présents, ainsi qu'elle l'avait déclaré à la comtesse d'Ossone, son intime amie.
Elle mourut le 4 octobre au soir, l'an de grâce 1582. Mais comme en cette année on réforma le calendrier romain par le retranchement de dix jours, de sorte que le 5 octobre devint le 15, on compte comme si elle était morte le 14 au soir ou le 15. Il y eut à l'heure même des témoignages éclatants de son bonheur. Une religieuse vit son âme sortir de sa bouche sous la forme d'une colombe d'une blancheur admirable. Une autre la vit sous la forme d'un cristal lumineux qui s'élevait vers le ciel. Un arbre auprès de sa cellule, qui était sec depuis longtemps et que l'on avait même presque tout couvert de chaux et de décombres, reverdit et commença de porter des fleurs, quoique la saison s'y opposât. Son visage parut extrêmement beau et sans aucune ride, quoiqu'il en eût auparavant. Il sortit de son corps une odeur très-suave qui embauma toute la chambre et qui se communiqua généralement à tout ce qui l'avait touchée, jusqu'aux mains de celles qui la lavèrent ; ce qui fit qu'on conserva précieusement tous ses habits : on les distribua à ses monastères, où ils ont été depuis l'instrument de plusieurs miracles. Elle-même apparut après sa mort à plusieurs personnes pour leur faire connaître l'éminent degré de gloire auquel elle avait été élevée : comme à la Mère Catherine de Jésus, qu'elle guérit d'un abcès au côté, et à un de ses religieux, grand serviteur de Dieu, à qui elle dit : « Nous qui sommes dans le ciel, et vous qui êtes sur la terre, devons être unis par un même esprit d'amour et de pureté : nous, en voyant l'essence divine ; vous, en adorant le Saint-Sacrement et en lui rendant les mêmes devoirs que nous rendons à la Divinité : nous, en jouissant ; vous, en souffrant. Et sachez, et dites-le à mes filles, que plus vous souffrirez, plus vous jouirez ». Elle était aussi apparue avant sa mort à une de ses religieuses à Salamanque pour lui dire que le même jour elle entrerait dans la béatitude.
Dans l'église de Notre-Dame de Mont-Carmel, à Avila, on voit une magnifique statue de sainte Thérèse. On l'a représentée au moment où elle vit, avec un si profond sentiment de douleur, Notre-Seigneur couvert de plaies. Sa figure respire quelque chose de cette indéfinissable tristesse qu'on voit peinte sur les traits d'une *Mater dolorosa*. — Au même lieu, on voit dans le cloître du monastère, des peintures à fresque retraçant sa vie. Une des scènes qui frappent le plus les regards, c'est celle où la Sainte, à l'âge de sept ans, est rencontrée sur la route de Salamanque par un de ses oncles, lorsque, avec son jeune frère, elle s'en allait à pas pressés au pays des Maures, chercher la palme du martyre. Il y a une expression céleste sur cette figure radieuse de beauté, d'innocence, que l'amour divin colore de ses feux. Faut-il donc, semble dire l'angélique Thérèse, que j'immole au devoir d'obéir tant de bonheur et de gloire que me promettait le martyre ! — On voit au maître-autel de la chapelle dédiée à sainte Thérèse dans l'église du monastère de l'Incarnation d'Avila, deux tableaux : l'un représente la Sainte blessée par l'ange ; l'autre, qui est immédiatement en dessous, la représente écrivant ses ouvrages. — On la représente aussi : 1° voyant Jésus-Christ qui apparaît ; 2° ravie en extase ; 3° un ange lui perce le cœur d'une flèche enflammée, symbole de l'amour divin ; 4° priant pour les âmes du purgatoire ; 5° à genoux. Deux branches d'arbre sortent de sa poitrine et se terminent par deux fleurs dont les calices portent des figures de religieux et de religieuses de son Ordre ; 6° voyant, pendant une extase, la place qu'elle devait occuper dans l'enfer si elle ne se fût pas convertie.
[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES. — ÉCRITS.]
Son corps fut inhumé dans le chœur de son monastère d'Albe, fort avant dans la terre et converti d'une grande quantité de pierres et de chaux, afin qu'il ne prît envie à personne de le faire enlever. Mais, comme il continuait d'en sortir une très-bonne odeur, il fut déterré neuf mois après, trouvé tout entier, même flexible et maniable comme il avait été après sa mort. On lui coupa la main gauche qui fut portée chez les Carmélites déchaussées de Lisbonne, où elle a opéré plusieurs miracles et où on la conserve encore aujourd'hui. Le bras gauche fut laissé à Albe, et le reste du corps porté au monastère de Saint-Joseph d'Avila, le 24 novembre 1535. Mais, peu de temps après, par le commandement de Sixte V, il fut restitué au couvent d'Albe de Tormes. Ce couvent possède encore le corps de sainte Thérèse, son cœur et son bras gauche. La dernière translation qui en fut faite eut lieu le 15 octobre 1760.
Ce saint corps, resté flexible, exhale un parfum délicieux ; paré de riches habits, mis dans une châsse d'argent, enfermée elle-même dans un tombeau de jaspe qui est construit dans le mur même du maître-autel, à trente pieds au-dessus du niveau de la nef, ce saint corps est aperçu de tous les points de l'église et semble adorer le Saint-Sacrement. Derrière le grand mur du maître-autel sont deux oratoires au-dessus l'un de l'autre : le supérieur est pour le tombeau de la Sainte : c'est là que les Carmélites s'agenouillent devant son saint corps ; l'intérieur contient le cœur et le bras gauche de sainte Thérèse. Le cœur est dans un globe de cristal transparent supporté par un magnifique reliquaire. On y remarque la blessure faite par l'ange. Le Père Bovix, qui a eu, en 1849, le bonheur de tenir ce sacré cœur dans ses mains et de le vénérer, atteste lui aussi qu'il s'en exhale une odeur céleste.
Une lettre que Monsieur le Secrétaire de Mgr d'Avila nous a fait l'honneur de nous écrire en 1859 confirme les détails qui précèdent et ajoute : « Pour ma part, et suivant qu'en font foi des relations conservées dans les archives de cet évêché, je puis vous affirmer qu'autrefois il a suinté ou coulé du corps de sainte Thérèse un liquide huileux doué sans doute de vertus merveilleuses ».
Le bras de la Sainte est renfermé dans un tube de cristal épais mais transparent et recourbé, par une légère inflexion, vers le coude. De l'épaule jusqu'au coude les chairs ont été enlevées et distribuées en reliques dans diverses parties du monde. L'avant-bras est intact ; il est grand et beau ; les chairs en paraissent vives et flexibles ; et, quoique le cristal n'ait aucune ouverture, cette sainte relique comme celle du cœur exhale une odeur toute céleste.
En 1615, un de ses pieds fut transféré à Rome et mis dans le couvent de Sainte-Marie de La Scala, où les papes Paul V et Grégoire XV lui rendirent beaucoup d'assurances. Dans la suite, Élisabeth de France, femme de Philippe IV, roi d'Espagne, en obtint un doigt de la main ; et, l'ayant fait enchâsser dans un reliquaire d'or, elle en fit présent à sa mère, la reine Marie de Médicis, qui le donna au monastère de l'Incarnation des Carmélites de Paris.
Les Carmélites de Paris ont encore, outre le doigt du milieu de la main droite de leur sainte mère, des reliques assez notables de sa chair ; enfin elles possèdent son manteau, apporté en 1404 par les six Carmélites espagnoles qui vinrent fonder le premier monastère de Carmélites déchaussées en France.
Le carmel de Bruxelles est en possession du cinquième doigt. Les Carmélites de Bruxelles possèdent encore une autre belle relique de sainte Thérèse : une clavicule.
L'index de cette même main se trouve au couvent de Regina Coeli, à Rome. Un de ses doigts est vénéré dans le monastère des Carmélites de Séville. La main gauche est au carmel de Lisbonne.
Dieu voulut glorifier le berceau de sainte Thérèse ; c'est aujourd'hui un des plus beaux sanctuaires du Carmel. Une église et un monastère de Carmes déchaussés s'élèvent là où était l'antique habitation des Cépèdes. Dans le plan de l'église, on a respecté l'appartement où naquit la Sainte, et celui qu'elle habita près de quinze ans. Ils forment un petit sanctuaire enclavé dans le grand, et qui se trouve à côté de la chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel. C'est dans cet asile sanctifié par sa naissance et son séjour, que les Carmes conservent les reliques qu'ils possèdent de leur glorieuse fondatrice. Ces reliques sont : 1° un doigt de la main droite ; 2° son rosire ; 3° une alpargate ou sandale ; 4° le bitou dont elle se servait dans ses voyages. On voit, en outre, à côté de la porte, une croix de quatre à cinq pieds, faite avec le bois de l'appartement où naquit la Sainte. Jour et nuit, des lampes brûlent dans ce sanctuaire ; chaque matin, l'adorable sacrifice y est offert, et la prière y monte sans cesse vers le ciel.
Le berceau de sainte Thérèse a échappé à la destruction pendant la tourmente révolutionnaire ; mais il n'y a aujourd'hui que trois carmes sécularisés qui veillent à sa garde. On leur a laissé l'église, quelques cellules et le cloître ; le reste du monastère leur est enlevé.
Au commencement du XVIIIe siècle, les Carmes réformés d'Espagne et d'Italie ayant demandé au Saint-Siège l'institution d'une fête particulière pour honorer la blessure faite par l'ange au cœur de leur sainte fondatrice, le pape Benoît XIII accéda à leur demande, et accorda, le 25 mai 1726,
SAINT CANNAT, ÉVÊQUE DE MARSEILLE ET CONFESSEUR. 379
aux religieux et aux religieuses du Carmel réformé un office propre pour la fête de la Transverbération du cœur de sainte Thérèse. Cet office ne contenait d'abord que l'oraison et les leçons ; mais ensuite le même souverain Pontife permit de faire une messe et un office complets pour cette fête.
Cet office est récité même par les Carmes de la Commune Observance, et l'Espagne tout entière l'a adopté.
Benoît XIV, dans son bref *Dominici gregis*, du 8 août 1744, a accordé à perpétuité une indulgence plénière à tous les fidèles qui visiteraient les églises du Carmel depuis les premières Vêpres de la Transverbération jusqu'au coucher du soleil du jour de la fête, qui se célèbre le 27 du mois d'août. Il est vrai que ce bref ne parle que de la congrégation espagnole des Carmes ; mais Clément VIII, dans sa bulle *In apostolicae dignitatis culmine*, du 13 novembre 1600, ayant accordé à la congrégation italienne la participation de tous les privilèges, indulgences, etc., accordés ou à accorder à la congrégation espagnole, il est clair que tout le Carmel jouit de cette faveur de Benoît XIV.
Le pape Paul V l'a béatifiée en 1614, et le pape Grégoire XV l'a canonisée en 1622. L'Église en fait office double par le commandement du pape Clément IX. L'Espagne l'a adoptée pour sa patronne et pour sa protectrice, après l'apôtre saint Jacques le Majeur ; et la France, qui lui avait fait verser tant de larmes afin d'y maintenir la foi catholique lorsqu'elle était exposée à la fureur des Calvinistes, s'est montrée parfaitement reconnaissante de cette grâce en recevant de ses religieuses à Paris en 1604 et de ses religieux en l'année 1610 par la recommandation du pape Paul V. Son Ordre s'est depuis extrêmement étendu dans tout ce pays, où, entre les grands fruits qu'il y produit, il maintient et augmente la dévotion envers le Saint-Sacrement, la sainte Vierge et le glorieux patriarche saint Joseph.
Les ouvrages de sainte Thérèse sont : 1° sa Vie, écrite par elle-même ; 2° ses Lettres, au nombre de plus de deux cents ; 3° la Manière de visiter les monastères ; 4° l'Histoire de ses fondations ; 5° les Avis à ses Religieuses ; 6° le Chemin de la perfection ; 7° le Château de l'âme ; 8° ses Pensées sur l'amour de Dieu ; 9° ses Méditations sur le Pater ; 10° un Cantique ou ode après la communion ; 11° des Méditations après la communion.
Ses lettres offrent tous les genres de style épistolaire embelli par les agréments de la gaîté. C'est partout une beauté de cœur, une âme tendre, généreuse et forte qui ne connaît ni l'ingratitude, ni la perfidie des hommes. Le Livre de ses fondations décèle un esprit consommé dans l'art de gouverner. Son Chemin de la perfection et son Château de l'âme mettent à jour tout ce qu'on peut imaginer d'élévation de pensée, de grandeur de sentiments, de chaleur de style, de haute et divine contemplation.
La meilleure traduction des œuvres de sainte Thérèse est celle du P. Bouix, de la Compagnie de Jésus. 6 vol. in-8°.
La vie et l'éloge de sainte Thérèse ont été écrits par l'évêque de Terracine ; par François de Ribera ; par le P. Jean de Jésus-Marie et par le P. Hilarion de Coute. Nous avons complété le P. Giry avec la Vie de sainte Thérèse, traduite par le P. Bouix, de la Compagnie de Jésus.
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SAINT CANNAT,
ÉVÊQUE DE MARSEILLE ET CONFESSEUR (vers 487).
Saint Cannat était fils d'un prince de Provence. La grâce de Dieu lui inspira de bonne heure le dégoût des choses de ce monde. C'est pourquoi, abandonnant la société des hommes, il se retira dans la solitude, pour ne s'occuper que de Dieu. Mais il eut beau se cacher, sa vertu était trop éclatante pour ne pas attirer les regards de tous les habitants de la Provence, et en particulier ceux de la ville de Marseille. Dans le même temps cette cité perdit son premier pasteur. Pour en obtenir un autre elle adressa des supplications à Dieu qui lui inspira la pensée d'élire Cannat, et d'envoyer à sa solitude le prier d'accepter l'élection faite par le peuple. L'humble moine, qui fuyait jusqu'à la présence des hommes, refusa de monter à une si haute dignité. Comme les envoyés insistaient pour qu'il acceptât, il lui arriva de répondre qu'il n'y avait pas plus d'apparence qu'il se rendît jamais à leurs instances, qu'il n'y en avait qu'un roseau desséché dît jamais reverdir. Ces paroles étaient à peine prononcées que le roseau que le solitaire tenait à la main se couvrit de verdure. À la vue d'une si claire et si admirable manifestation de la divine volonté, Cannat changea de résolution et obéit à l'ordre d'en haut. Il gouverna son Église avec toute la sollicitude et le succès qu'on avait espéré. Il répara, dit poétiquement l'auteur de sa vie, les murs de la tour
15 OCTOBRE.
de David ; défendit son peuple contre le poison et les intrigues de l'hérésie ; fortifia les âmes, et restaura les ruines du sanctuaire. Lorsqu'il eut régi très-saintement l'église de Marseille pendant un petit nombre d'années, il s'envola dans le sein de Dieu, tout brillant de l'éclat des miracles, vers l'année 487.
Son corps fut inhumé dans son désert de Sauzet, qui dès lors prit le nom de Saint-Cannat : mais bientôt il fut rendu à son Église et déposé sous le maître-autel de la cathédrale de Sainte-Marie.
Quand vinrent les jours de la Terreur, il se trouva à Marseille des chrétiens fervents qui prirent soin des reliques de saint Cannat. En 1804, après constatation de leur authenticité, elles furent confiées à M. Nicolas, premier curé de la paroisse de Saint-Vincent de Paul de Marseille. — En 1858, Mgr de Mazenod, voulant faire revivre l'antique solennité de la translation des reliques de saint Cannat, fixa au deuxième dimanche après Pâques l'anniversaire de cette translation, pour qu'il fût célébré chaque année avec octave.
Les précieux restes de saint Cannat furent placés dans un reliquaire gothique d'une grande beauté, haut de plus de deux mètres, don de la généreuse piété des fidèles de la paroisse de Saint-Vincent de Paul.
Propre de Marseille et Notes locales.
Événements marquants
- Naissance à Avila le 28 mars 1515
- Entrée au monastère de l'Incarnation en 1533
- Transverbération du cœur par un séraphin
- Fondation du premier monastère réformé Saint-Joseph d'Avila en 1562
- Réforme de l'Ordre du Carmel (Déchaussés)
- Mort à Albe de Tormes en 1582
Miracles
- Transverbération du cœur par un ange
- Lévitations pendant l'oraison et la communion
- Résurrection d'un neveu de cinq ans
- Multiplication de la farine à Villeneuve
- Incorruptibilité du corps et odeur suave après la mort
Citations
Aut pati aut mori (Souffrir ou mourir)
Enfin, Seigneur, je suis fille de l'Église