Le Vénérable Jean Taulère

Religieux contemplatif de l'Ordre de Saint-Dominique

Fête : 17 mai 14ᵉ siècle • vénérable

Résumé

Religieux dominicain du XIVe siècle né en Allemagne, Jean Taulère fut l'un des plus grands maîtres de la vie spirituelle et mystique. Célèbre pour son éloquence à Strasbourg et Cologne, il laissa des écrits profonds comme les Institutions. Il mourut saintement en 1361 après une vie d'austérité et de contemplation.

Biographie

LE VÉNÉRABLE JEAN TAULÈRE,

RELIGIEUX CONTEMPLATIF DE L'ORDRE DE SAINT-DOMINIQUE

vêtir, je me rappelle mon Sauveur nu dans la crèche et sur la croix, et je me trouve beaucoup plus riche que lui ; si je souffre sur la terre, je comprends que je serai beaucoup plus heureux dans le ciel. — Que vous dirai-je de plus ? Je suis toujours content : et si je pleure d'un œil, je ris de l'autre, parce que je veux tout ce que Dieu veut, je ne désire que l'accomplissement de sa sainte volonté. Vous voyez donc, Monsieur, que je suis très-heureux, que je n'ai jamais eu de mauvais jours et que j'ai tout ce que je puis désirer.

Taulère pleurait en silence... Il n'avait jamais entendu un sermon aussi édifiant. Il donna au pauvre son manteau, l'unique pièce de monnaie qui restait dans sa bourse, et, malgré la plaie de la tête, il embrassa l'homme avec effusion. Il rentra dans l'église pour remercier Dieu de lui avoir enseigné le moyen le plus parfait de le servir. Il imita dans la suite, autant qu'il le put, ce saint pauvre, et il avait coutume de dire, en rappelant cette touchante aventure : « Le bonheur est possible dans toutes les conditions, aussi bien pour le pauvre que pour le riche, pour le malade que pour l'homme bien portant. Le bonheur est dans le cœur, et non ailleurs ; il est dans la disposition, et non dans la situation. Faisons la volonté de Dieu, aimons Dieu, et nous serons heureux dans quelque situation que nous nous trouvions ».

Si les vertus et les prédications de Jean Taulère le rendirent célèbre dans le XIVe siècle, dit Touron, les écrits pleins de lumière et d'onction qu'il a laissés, ont fait passer son nom avec gloire à la postérité. Bossuet, sainte Thérèse, Louis de Blois, le comptent avec raison au nombre des plus grands maîtres de la vie spirituelle. Il naquit en Allemagne, l'an 1294, et embrassa l'institut des Frères Prêcheurs dans le couvent de Strasbourg, vers le commencement du pontificat de Jean XXII.

Taulère brilla dans la chaire, à Cologne surtout, et à Strasbourg. Il combattit les Quiétistes et les Béghards ou faux spirituels, qui commençaient à se glisser dans les rangs de l'Église. Ses prédications étaient suivies partout des effets les plus prodigieux. Son éminente piété, sa profonde érudition, l'austérité de sa vie, l'éloquence la plus incisive et la plus entraînante forçaient les pécheurs les plus endurcis à se rendre à la voix qui les appelait. Mais autant était mâle et pressante son éloquence, autant était douce, onctueuse et persuasive sa direction spirituelle. Aussi portait-il les âmes qu'il conduisait dans les difficiles sentiers de la vie, à la plus grande perfection.

Quant à sa doctrine, voici comment en parle Bossuet. Il dit, « qu'à son avis, Taulère n'était pas seulement un zélé prédicateur, mais un des plus solides et des plus corrects des mystiques ». Il dit aussi, « que son livre des Institutions est parmi les livres mystiques un des plus estimés ». Si l'on remarque », ajoute-t-il, « dans certains de ses écrits quelques exagérations, elles sont plutôt dues à la manière de parler de son temps qu'à l'imperfection de sa doctrine ». D'ailleurs, comme le fait observer Suarez, cet auteur ne parlait pas, dans ces circonstances, avec la précision et la subtilité scolastiques, mais avec des phrases mystiques. Et Bossuet a dit encore, que, « sans vouloir diminuer de la réputation de Taulère, on ne doit pas prendre au pied de la lettre tout ce qui est échappé à ce saint homme ». Il est impossible, du reste, comme le remarque Feller à son tour, « de rappeler aux

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règles communes tout ce qui a été écrit sur cette matière ; la morale », dit-il, « a ses mystères comme le dogme, ses profondeurs comme tout ce qui tient à la divinité, ses exceptions et ses contradictions apparentes comme toutes les sciences, même la géométrie. Vouloir la réduire à une exactitude parfaitement générale, l'affranchir des modifications dont toutes les notions divines et humaines sont essentiellement susceptibles, c'est en faire un être de raison ». Gerson lui-même a dit, « qu'il ne faut pas toujours exiger dans ces sortes d'ouvrages la précision rigoureuse du langage, ni même des notions communes de la morale. Car », ajoute-t-il, « ceux qui n'ont pas l'expérience de la vie mystique n'en peuvent non plus juger qu'un aveugle des couleurs ».

Taulère n'a écrit qu'en allemand. Surius a rassemblé ses ouvrages et donné une traduction latine imprimée à Cologne en 1552. Ceux qu'on tient pour plus authentiques, sont : 1° Quelques sermons du Temps et des Saints ; 2° Une Vie de Jésus-Christ ; 3° Les Institutions, de tous le plus célèbre ; 4° Des Épîtres ; 5° L'Alphabet doré ; 6° Un Dialogue entre un théologien et un mendiant. Touron lui en attribue quelques autres, mais sur lesquels on conserve des doutes. Nous avons une traduction récente de ses sermons, par M. Charles de Sainte-Foi.

Terminons enfin cette notice par la mort édifiante de ce saint religieux. Après une vie entière écoulée dans l'exercice de la contemplation, dans l'accomplissement de l'apostolat le plus fructueux, dans la pratique des plus belles vertus évangéliques, accablé de fatigues, d'années, de croix et d'une paralysie, son corps succomba, et son âme bénie s'envola radieuse vers les montagnes éternelles, le 16 des calendes de juin de l'an 1361. C'est dans le couvent de Strasbourg qu'il rendit son âme à Dieu, c'est là que repose encore aujourd'hui sa dépouille mortelle.

SAINT PASCAL BAYLON, RELIGIEUX DE L'ORDRE DE SAINT-FRANÇOIS.

SAINT PASCAL BAYLON,

RELIGIEUX DE L'ORDRE DE SAINT-FRANÇOIS

1540-1592. — Papes : Paul III; Clément VIII. — Rois de France : François Ier; Henri IV.

On doit avoir pour Dieu le cœur d'un enfant, pour le prochain, le cœur d'une mère, pour soi-même le cœur d'un juge.

Maxime de saint Pascal.

Pascal Baylon naquit en 1540, à Torre-Hermosa (Belle-Tour), petit bourg du royaume d'Aragon, en Espagne ; son père se nommait Martin Baylon, et sa mère Isabelle Joubert, ou Jubera. Notre Saint vint au monde le jour de Pâques, et c'est ce qui lui fit donner le nom de Pascal ; ses parents, qui gagnaient leur vie à cultiver la terre, l'occupèrent dès son enfance à garder des troupeaux et ne purent lui apprendre autre chose que la vertu et les éléments de la religion. Mais le désir de savoir lire lui fit porter un livre aux champs, et il priait tous ceux qu'il rencontrait de lui enseigner à lire et à écrire ; on dit que les anges furent de ce nombre. Il ne se servit de cet avantage que pour le salut de son âme ; fuyant les livres futiles, il ne lisait que ceux qui lui rappelaient les maximes du christianisme, les exemples de Jésus-Christ et de ses Saints.

Une de ses prières les plus ordinaires était l'Oraison dominicale. Il se faisait un plaisir singulier de se prosterner fréquemment devant la majesté de Dieu. Il faisait ce qu'il pouvait pour aller souvent dans les églises, et il y demeurait si longtemps, que ses parents étaient obligés de l'aller chercher pour lui faire prendre de la nourriture.

Tout jeune encore, il fut obligé de se louer en qualité de berger. Il ne perdit aucun des moyens que cette profession lui offrait pour se sanctifier. Il avait, à l'égard de son maître Martin Garcia, une docilité, une soumission parfaite, exécutant avec joie et à la lettre tout ce qui lui était ordonné. Lorsqu'il était dans les champs, il méditait sur les merveilles de la création, ou faisait de pieuses lectures. On le voyait souvent prier à genoux, sous quelque arbre à l'écart, sans négliger son troupeau. Il eut plus d'une fois des ravissements, et il ne put pas toujours cacher aux yeux des hommes l'amour de Dieu qui embrasait son cœur. Quoique pauvre, il trouvait le moyen de faire l'aumône, partageant sa nourriture avec ceux qui en manquaient. Plusieurs bergers, appelés comme témoins après sa mort, lorsqu'on s'occupa de sa canonisation, déposèrent qu'il leur parlait souvent de Dieu, des moyens de le servir et de l'aimer, avec une éloquence surhumaine ; qu'il était insensible aux plaisirs, ennemi du jeu et des divertissements, discret en ses paroles et en ses démarches, charitable envers son prochain, toujours prêt à rendre service à tout le monde pour gagner tout le monde à Jésus-Christ.

Son maître, ravi de cette conduite si sage et si sainte, lui exprima souvent son contentement ; comme il n'avait pas d'enfant, il lui proposa de l'adopter pour son fils et son héritier. Mais Pascal craignit que les biens de la terre ne fussent un obstacle à l'acquisition de ceux du ciel ; il refusa les

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offres de son maître, se rendant par là plus conforme au Sauveur qui est venu sur la terre non pour être servi, mais pour servir.

A l'âge de vingt ans, Dieu lui inspira la résolution de quitter son maître, son pays, sa profession, pour embrasser l'état religieux. Un des bergers, ses compagnons, qui l'aimait tendrement, essaya de lui faire abandonner ce projet ; le jeune Pascal lui fit connaître, par un assez long discours, que ce n'était que pour obéir aux ordres de Dieu qu'il voulait se retirer ; mais son ami persistant à combattre sa résolution, Pascal, animé d'un saint zèle, et inspiré de Dieu, lui dit : « Puisque vous doutez de la vérité de mes paroles, vous en serez persuadé par l'effet surprenant que vous allez voir » ; il frappa en même temps par trois fois, avec sa houlette, la terre sèche et aride où ils étaient, et il en sortit aussitôt trois belles fontaines qui coulent encore à présent.

Pascal se rendit dans le royaume de Valence, où il y avait un couvent de Franciscains déchaussés, que l'on appelait Soccolans. Ce couvent était situé dans un désert, à quelque distance de la ville de Montfort. Notre Saint y vint consulter ces saints religieux. Sans doute d'après leur conseil, ou par défiance de lui-même, avant de se renfermer dans ce cloître, il entra au service des fermiers du voisinage, et garda leurs troupeaux. Il venait les dimanches et les jours de fête entendre la messe, recevoir les sacrements et prendre peu à peu l'esprit de Saint-François, chez les Soccolans. Ses vertus l'eurent bientôt fait connaître dans toute la contrée : on l'appelait le saint berger.

Dans cet humble emploi, il poussa le scrupule jusqu'à tenir note des moindres dégâts que les bêtes confiées à sa garde faisaient aux champs, ou le long des chemins, pour ensuite indemniser les intéressés de ses propres deniers. Quand on se moquait de lui à ce sujet, il répondait : « Beaucoup de petits péchés vénériels mènent en enfer aussi sûrement qu'un seul péché mortel ». Une fois qu'on ne voulut pas de son argent, il aida à couper les blés de l'intéressé, jusqu'à concurrence du dommage causé par ses bêtes.

Enfin il entra au couvent des Franciscains, l'an 1564. On lui offrit inutilement de faire partie des religieux engagés dans les Ordres sacrés : il ne voulut être que frère lai, afin de remplir les offices les plus bas et les plus pénibles, et de se sanctifier dans les humiliations.

Il pratiqua la règle de Saint-François dans toute la rigueur de la lettre et de l'esprit, et il s'avança dans la perfection religieuse de manière à étonner les plus anciens et les plus saints de la communauté. Il ne souffrait aucun vide entre la prière et le travail, dans lequel même on peut dire qu'il continuait la prière. Jamais on ne l'entendait parler de personne ou pour s'en plaindre, ou pour blâmer sa conduite ou pour donner atteinte à sa réputation. Tous ses mouvements, tous ses discours et toutes ses actions respiraient, dès le commencement, cet air de sainteté à laquelle on le vit arriver dans la suite. Quant à ses austérités, à ses pénitences, il ne se renfermait pas toujours dans les bornes de la règle, ni même dans celles de la prudence humaine. Mais s'il tombait dans l'excès de ce côté-là, c'était sans affectation : et ce qu'on aurait pu y trouver à redire se trouvait suffisamment rectifié par son humilité et le peu d'attache qu'il avait à son sens. Il s'était réduit pour toute sa vie au pain et à l'eau, ou à quelques herbes ; il portait toujours un cilice fait de soies de porc, avec une triple chaîne de

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fer très-pesante dont il se serrait la peau nue, outre deux fers à cheval qu'il avait sous le cilice, l'un sur l'estomac, et l'autre sur le dos. Il n'avait pour tout lit que la terre, ou quelquefois des ais, et pour chevet une bûche. Souvent même, pour se priver du plaisir qu'il pouvait trouver à se coucher, il dormait assis ou courbé dans une posture très-gênante; souvent il passait les nuits dans une cellule sans toit et sans porte. Il n'usait jamais de la liberté, nécessaire sous le ciel d'Espagne, de faire la méridienne durant l'été; il travaillait tête nue au jardin dans les plus grandes chaleurs. Il ne prenait que deux ou trois heures de repos la nuit, le reste était pour la prière dans sa cellule; il se trouvait toujours le premier à Matines. Ceux qui le voyaient composé d'un corps comme le leur, et qui étaient les témoins de ses austérités, ne trouvaient plus rien d'incroyable dans tout ce qu'on rapporte de plus inouï, touchant les anciens solitaires de l'Égypte et de l'Orient. Mais comme ils se sentaient en même temps incapables d'atteindre au même point, ils reconnaissaient dans Pascal, comme dans ces anciens, une grâce extraordinaire de Dieu, qui l'élevait au-dessus des faiblesses attachées à la condition humaine.

Après le temps ordinaire du noviciat, il fit ses vœux solennels le jour de la Purification de la sainte Vierge de l'an 1565, n'ayant pas encore vingt-cinq ans accomplis. Depuis ce temps on le fit passer de couvent en couvent, et on lui fit faire divers voyages : il y trouva une excellente occasion de se regarder comme un étranger sur la terre, et sa vie comme un continuel pèlerinage. Partout où il alla, il porta ses vertus et sa régularité.

On le chargeait ordinairement, dans les différents couvents où on le fit séjourner, de la porte et du réfectoire, parce qu'on le connaissait affable, discret, vigilant, actif, fidèle.

Une fois il vint quelques femmes qui demandèrent à se confesser au supérieur de la maison. Celui-ci ordonna à Pascal de leur dire qu'il n'était pas chez lui. — « Je leur dirai », répliqua le portier, « que vous ne pouvez pas venir, étant occupé ». — « Non », reprit le supérieur, « vous direz que je ne suis pas à la maison ». — « Pardon », repartit alors Pascal, qui d'ailleurs était extrêmement timide et soumis; « je ne puis pas dire cela, car ce serait un mensonge, et par conséquent un péché ».

En sa qualité de portier, il avait coutume de distribuer aux pauvres les restes de la table des religieux; et pour que cette aumône fût profitable à leur âme, en même temps qu'à leur corps, il adopta l'usage de prier avec eux à genoux, avant et après chaque repas. Durant plusieurs années, il mit journellement en réserve sa portion de nourriture pour la donner à un pauvre vieillard. Quand il arrivait qu'il n'eût rien à donner aux malheureux, pour ne pas les renvoyer les mains vides, il allait au jardin, y cueillait des fleurs, et puis il les leur distribuait en les priant doucement de lui pardonner de n'avoir que cela à leur offrir. On peut croire que cette sorte d'aumône, donnée d'un si bon cœur, avait à leurs yeux plus de prix, que si un riche arrogant leur avait jeté à chacun une pièce de monnaie. Un jour le supérieur du couvent lui dit de mieux gérer les intérêts de la communauté, et de ne pas faire l'aumône à tous ceux qui se présentaient. — « Mais », répondit naïvement Pascal, « s'il se présente douze pauvres, et que je ne donne qu'à dix, il est à craindre que précisément parmi les deux que je renvoie se trouve Jésus-Christ ».

Pour l'amour des pauvres, il poussait l'économie à l'excès: il disait à ses confrères de ne pas répandre inutilement même une goutte d'huile, pour ne pas diminuer d'autant la sainte aumône.

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La simplicité est fille de l'humilité et mère de la patience. Le supérieur du couvent était un vieillard morose, qui avait toujours quelque chose à reprendre dans les actes de son portier, et qui un jour, à la *coulpe*, reprocha même publiquement à Pascal d'être orgueilleux de ses vertus. Pascal, sans répondre un seul mot, et sans changer de physionomie, s'en retourna à son poste. Alors, un des religieux alla le trouver pour le consoler, lui disant, entre autres, de porter cette humiliation avec patience. Mais Pascal lui répondit : « Sachez », mon frère, « que c'est le Saint-Esprit qui a parlé par la bouche de notre Père supérieur ». C'est la réponse qu'il donnait habituellement, quand on voulait le consoler de l'espèce de persécution que le rigide supérieur exerçait à son égard.

L'âme de saint Pascal était un paradis, ou, si l'on veut, un temple du Saint-Esprit, où jour et nuit retentissaient des hymnes et des actions de grâces. La joie qui sans cesse remplissait son cœur était telle qu'elle débordait par ses yeux, par ses traits, et même par ses lèvres : toute la journée il fredonnait des cantiques et des psaumes. Comme un enfant qui vient de recevoir un joujou, et qui ne peut cacher sa joie, Pascal ne pouvait s'empêcher de parler de Dieu à tous ceux qu'il rencontrait. Maintes fois on l'a vu courir à l'un ou à l'autre, et lui dire à l'oreille : Tout ce qui vient de Dieu est bon ; ou encore : Loué soit Jésus-Christ ; ou encore : Mon amour est crucifié, etc. Au-dessus de la porte d'entrée du réfectoire se trouvait une image de la sainte Vierge. Or, un jour le bon Pascal, se croyant seul dans la salle, se mit à danser devant cette image, en chantant un cantique en l'honneur de la Vierge, mu par cette sainte joie qui fit danser David devant l'Arche du Seigneur.

La naïveté de Pascal était une *sainte simplicité*, fruit de l'innocence de son âme et de sa profonde piété, et non du manque d'intelligence. Deux faits le prouvent : le premier, c'est qu'il avait une connaissance extraordinaire des choses divines ; le second, c'est que souvent il obtenait ce qu'il voulait plus sûrement que d'autres, qui eussent été plus usés. Un jour le supérieur chargea l'orateur de la maison d'aller trouver un bourgeois de l'endroit, qui avait été offensé par un autre, pour tâcher de le réconcilier avec son ennemi. Pascal devait l'accompagner. Mais cette pieuse et charitable mission eut si peu d'effet, que le bourgeois voulut même exercer des violences sur le religieux. Alors Pascal dit simplement ces mots : Mon frère, pardonnez-lui pour l'amour de Dieu ! Aussitôt l'autre, se retournant vers le religieux, lui dit : « Mon père, je consens à tout ce que vous voudrez ; je lui pardonne pour l'amour de Dieu ». Une autre fois, un meurtre ayant été commis, des hommes influents et savants cherchèrent en vain à décider le fils de la victime à pardonner au meurtrier. Pascal, doué d'une éloquence qu'on ne saurait appeler naturelle, mais *surnaturelle*, parvint sans beaucoup de peine à convaincre le jeune homme qu'il devait se désister de toute action judiciaire, et même pardonner de bon cœur au meurtrier de son père.

Il n'entreprenait aucune affaire tant soit peu importante, sans avoir d'abord consulté Dieu par la prière. Un jour, le supérieur lui remit une feuille de papier, avec ordre d'écrire une lettre au gouverneur de la province, ami de Pascal, pour lui recommander une affaire importante concernant le couvent. Au bout de quelques moments, le supérieur, voulant savoir si la lettre était achevée, alla trouver Pascal dans sa cellule : il le

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trouva à genoux par terre, ayant la feuille de papier entre les mains jointes, et priant Dieu de lui dicter ce qu'il devait écrire.

Saint Pascal, en parlant de la prière, avait des expressions à la fois simples et profondes. Il disait, par exemple : « Dieu étant prêt à nous donner tout ce qu'il nous faut, nous devons toujours le prier avec une entière confiance. Dieu attend que nous lui demandions et même il nous excite à implorer son secours. Sachant donc que Dieu se fait un plaisir de donner, nous devons ne point nous lasser de lui demander. Quand vous priez, figurez-vous être seul au monde avec Dieu et pensez qu'il n'a que vous à écouter et à exaucer ; demandez-lui ses grâces avec amour, avec instance, avec importunité ».

Saint Pascal, en parlant des scrupules, nous fait comprendre clairement la différence qui existe entre la vraie et la fausse piété. Il appelait naïvement les scrupules les puces de la conscience. Ce qui manque à beaucoup d'âmes dévotes, c'est une confiance sans bornes en Dieu et un véritable amour. En Pascal ces deux sentiments étaient devenus, en quelque sorte, une seconde nature. C'est ce qui se voyait surtout quand il s'approchait de la sainte table : en recevant la sainte communion, il n'exprimait pas sa ferveur par des gestes, des soupirs et des contorsions, comme font certaines gens ; mais il y allait simplement, paisiblement, comme un ami qui va voir et embrasser son ami.

Son emploi de portier et de réfectorier ne l'empêchait pas de travailler aussi au jardin, à l'infirmerie, à la salle des hôtes, et à la cuisine même quand il en trouvait l'occasion. Il s'appliquait à chacune de ces fonctions comme s'il n'avait eu qu'elle seule. Souvent aussi on l'employait à scier du bois, et l'on était surpris qu'un corps aussi macéré que le sien pût résister à des fatigues sous lesquelles on voyait tous les jours succomber ceux qui se nourrissaient le mieux.

L'Ordre de Saint-François avait alors pour général Christophe de Cheffon, breton de naissance, qui était à Paris. Il était difficile aux couvents étrangers d'avoir des communications avec lui ; à cette époque, pour un religieux espagnol, aller en France c'était à peu près aller à la mort, parce que le royaume de France était presque partout sous la vexation des Huguenots, qui ne faisaient quartier nulle part aux moines ni aux mendiants qui leur tombaient sous la main. Personne ne voulait entreprendre un voyage si dangereux : cependant le provincial de Valence, se trouvant indispensablement obligé d'écrire au général, ne vit que le frère Pascal à qui on pût proposer de porter cette lettre à Paris. En effet, notre Saint accepta la commission avec beaucoup de joie, sans raisonnement, sans objection, sans s'inquiéter des moyens de faire un si long voyage. Il partit pieds nus, sans sandales, selon sa coutume. Lorsqu'il eut passé les Pyrénées, il entra dans un couvent de France où il y avait un grand nombre de religieux savants, ce qui nous fait juger que c'était à Toulouse. Les périls de sa mission inspirèrent une telle pitié, qu'avant de le laisser aller plus loin on examina en plein chapitre s'il est permis de s'exposer à un péril évident de mort en vertu de l'obéissance que l'on a vouée à son supérieur. On conclut enfin que la chose était permise, et on laissa aller le frère Pascal. Joyeux de cette décision, et ne désirant rien tant que d'être martyr de l'obéissance, il ne se fit plus scrupule de marcher en plein jour à travers les villes, même où les Huguenots semblaient être les maîtres. On cria souvent au papiste sur lui ; souvent il fut poursuivi d'un village à l'autre par la populace à coups de pierres et de bâtons. Il reçut même à l'épaule gauche une blessure

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dont il demeura estropié le reste de sa vie. Étant près d'Orléans, il se vit environné d'une troupe de gens qui le mirent sur la religion, et lui demandèrent s'il croyait que le corps de Jésus-Christ était dans le sacrement de l'Eucharistie. Sur la réponse qu'il leur fit, ils voulurent entrer en controverse avec lui, pour se donner le plaisir de l'embarrasser par leurs subtilités. Mais quoiqu'il n'eût de la science théologique qu'autant qu'il avait plu à Dieu de lui en communiquer par infusion, et qu'il ne sût point d'autre langue que celle de son pays, il les confondit de telle sorte, qu'ils ne purent lui répliquer qu'à coups de pierres. Il en fut quitte pour quelques blessures; étant heureusement sorti de leurs mains, il passa devant la porte d'un château, où il demanda par aumône un morceau de pain, comme il avait coutume de faire lorsqu'il était pressé par la faim. Le maître du lieu était un gentilhomme huguenot, grand ennemi des catholiques, et il était à table lorsqu'on lui dit qu'il y avait à la porte une espèce de moine en fort mauvais équipage qui demandait l'aumône. Il le fit entrer; et après avoir longtemps considéré son habit déchiré, et son visage basané, il jura que c'était un espion espagnol, et il se préparait à le faire mourir, si sa femme, qui en eut compassion, ne l'eût fait secrètement mettre à la porte, mais sans songer à lui donner un morceau de pain. Une pauvre femme catholique du village voisin lui fit cette charité; et, lorsqu'après avoir repris ses forces, il se croyait en quelque sûreté, il pensa être sacrifié de nouveau à la fureur de la populace que son habit avait attirée. Un de la bande le saisit, sans s'expliquer sur ce qu'il voulait faire, et le jeta dans une étable qu'il ferma à la clef. Pascal se prépara toute la nuit à mourir le lendemain; mais au lieu de la mort qu'il attendait, celui qui l'avait renfermé vint lui apporter l'aumône, et le fit sortir deux heures après le soleil levé. Il arriva enfin à Paris après avoir essuyé mille dangers, et en partit pour retourner en Espagne dès qu'il se fut acquitté de la commission qui l'avait fait venir en France. En chemin, il vit venir à lui un cavalier qui, sans le saluer, lui mit la pointe de la lance contre la poitrine, et lui demanda: Où est Dieu? Pascal, sans s'effrayer, mais aussi sans avoir le temps de réfléchir, lui répondit: Il est dans le ciel. Le cavalier retira aussitôt sa lance, et s'en retourna sans rien dire de plus. Notre Saint, d'abord étonné de cette conduite, la comprit en y réfléchissant davantage; le soldat l'avait épargné, parce qu'il s'était contenté de dire que Dieu est dans le ciel; s'il avait ajouté qu'il est aussi dans la sainte Eucharistie, il l'aurait percé de sa lance. Pascal s'affligea d'avoir ainsi perdu la couronne du martyre, et il crut que Dieu l'en jugeait indigne, puisqu'il ne lui avait pas mis cette réponse dans la pensée. Mais il remporta la couronne de l'obéissance, pour laquelle il avait à toute heure exposé sa vie dans le cours d'un si long voyage.

A son retour en Espagne, il continua de donner à ses frères les exemples de toutes les vertus monastiques. Plus il devenait méprisable à ses propres yeux, plus il s'attirait l'estime et le respect des autres. Ils avaient une si haute opinion de sa sagesse et de sa pénétration dans les choses de Dieu, qu'ils le consultaient plus volontiers que leurs docteurs les plus habiles. Les gardiens des couvents lui confiaient l'inspection de la maison en leur absence, au préjudice des prêtres et des anciens de la communauté. Les maîtres des novices en usaient de même; ils se déchargeaient quelquefois de leurs emplois sur lui, sachant combien ses instructions étaient capables de faire impression sur l'esprit de leurs élèves. Le Père Ximenès, célèbre professeur de théologie, et le premier biographe de notre Saint, assure qu'il trouvait dans ses entretiens, sur les points les plus difficiles de la science

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sacrée, des lumières qu'il n'avait point vues dans les livres des plus fameux docteurs.

Le Père Emmanuel Rodriguez, savant renommé, dit avoir éprouvé la même chose. Deux théologiens de la Compagnie de Jésus, ayant causé avec lui sans le connaître, le prirent pour un savant. Ils furent bien étonnés quand ils surent que ce n'était qu'un simple Frère, qui n'avait jamais appris la théologie ailleurs que dans l'oraison et devant le crucifix ; ils comprirent que Notre-Seigneur communique quelquefois à ses fidèles disciples plus de science que les études les plus longues.

Pascal Baylon a composé de petits, mais admirables traités sur la nature et les perfections de Dieu, sur le mystère de la sainte Trinité et sur celui de l'Incarnation du Verbe ; il en a aussi écrit d'autres sur la manière de faire l'oraison, sur les trois degrés de la perfection chrétienne, sur la grâce, sur les anges, et sur plusieurs autres semblables matières de piété ; ce fut la lecture de ces ouvrages qui fit dire à l'illustre Dom Jean de Ribera, archevêque de Valence et patriarche d'Antioche, parlant au Provincial des Frères Mineurs : « Ah ! mon père, à quoi nous servent nos études si pénibles, puisque les simples deviennent bien plus savants par l'exercice de l'humilité et de l'oraison, que nous en consumant nos yeux et notre vie sur les livres ; ils s'élèvent au ciel pendant que nous rampions sur la terre, et ils en ravissent la possession par leur simplicité, pendant que notre science, enflée d'orgueil, nous donne un juste sujet de craindre d'en être bannis éternellement ».

Le don des miracles accompagnait, chez notre Saint, celui de la science. Ayant appris, dans un voyage, que la peste désolait une ville située sur son chemin, loin de s'en détourner, il se hâta d'y aller, exhorta les habitants à se repentir de leurs péchés, pria pour eux, et le fléau disparut aussitôt. Par une prière, il obtint de Dieu la guérison d'un asthmatique qui ne pouvait plus respirer.

Son supérieur lui commanda de faire le signe de la croix sur un religieux qui avait une hémorragie si dangereuse, que les médecins désespéraient de sa vie : le Saint n'eut pas plus tôt obéi, que le sang cessa de couler et que le malade recouvra toutes ses forces. Le procès-verbal qui fut fait peu de temps après sa mort, par autorité de l'Église, fait mention d'une infinité de personnes qui déclarèrent avec serment qu'elles avaient été guéries de diverses maladies par la vertu du signe de la croix que ce religieux avait fait sur elles.

Dieu accorda encore à notre Saint le don de prévoir les choses à venir. Étant un jour avec un prédicateur qu'il accompagnait dans la maison d'un homme riche qui était du Tiers Ordre de Saint-François, il pria cet homme, avant de souper, de mettre ordre au plus tôt à sa conscience et à ses affaires domestiques, lui disant qu'il n'avait plus que très-peu de temps à vivre. L'événement vérifia la prédiction du Saint, car l'hôte, après s'être confessé et avoir mis ordre aux affaires de sa maison, fut frappé d'apoplexie, et mourut peu de temps après. Il donna un semblable avertissement à un chanoine de ses amis, qu'il fit confesser et auquel il fit recevoir l'Extrême-Onction et le saint Viatique ; cet ecclésiastique mourut une heure après. Il en usait de même avec tous les malades qu'il visitait, leur prédisant infailliblement l'issue de la maladie, ou pour la santé ou pour la mort, les exhortant toujours à se confesser et à se mettre bien avec Dieu.

Ces faveurs célestes, ces vertus, le bien que Pascal faisait, rendaient les démons furieux. Ils lui livrèrent les plus rudes combats ; quelquefois, ils

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s'élançaient sur lui en forme de lions et de tigres, comme pour le dévorer; quelquefois ils tâchaient de l'épouvanter par des figures horribles; ils le frappaient avec tant de rage que son corps en devenait tout livide; ces combats et les coups qu'il y recevait étaient si réels, que les religieux, qui en entendaient le bruit, étaient souvent obligés d'accourir à son secours; mais le Saint, parfaitement aguerri contre ces ennemis du salut et de la perfection des hommes, ne s'effrayait plus de leurs attaques. Changeant alors de tactique, les démons se contentèrent de lui suggérer intérieurement des sentiments de vanité; ou bien ils lui apparaissaient sous des figures célestes, tantôt de son ange gardien, tantôt de saint François d'Assise, et même de la sainte Vierge, dans le dessein de réveiller son amour-propre, en lui faisant croire qu'il était un grand saint, étant honoré de la visite des bienheureux esprits. Quand Pascal eut découvert cet artifice, l'ennemi de nos âmes eut recours à un autre: il s'offrait à lui les bras étendus en forme de croix, versant beaucoup de sang de toutes les parties du corps, disant au Saint qu'il venait lui donner des marques de son amour et de son estime, de ce qu'il était le seul au monde qui prenait part à ses souffrances et aux opprobres qu'il avait supportés dans sa passion; mais le Saint, divinement éclairé, découvrant cette nouvelle ruse, dit à cet ange de ténèbres, dont il méprisait les fausses lumières: « Quoi ! loup ravissant, oses-tu paraître sous la peau de cet agneau divin qui t'a vaincu par sa mort, et qui t'a banni du monde par le triomphe de sa croix ? Retire-toi d'ici, misérable orgueilleux, et sache que ceux qui tâchent de devenir les véritables disciples de sa croix ne craignent pas plus tes ruses et tes artifices que les vains efforts extérieurs de ta malice ». À ces puissantes paroles, prononcées dans l'esprit d'une foi vive et d'une parfaite confiance en Dieu, le démon se retira tout confus, faisant un bruit si terrible, que tous les religieux du couvent de Villa-Réal, où était alors le bienheureux Pascal, en furent épouvantés. Ce ne fut pas là, néanmoins, la dernière attaque que Satan livra au saint Religieux.

Il y avait en la ville de Valence, où notre Saint demeurait alors, une jeune demoiselle, très-bien faite, en laquelle tout le monde admirait une haute vertu jointe à une grande beauté; comme elle savait que le bienheureux Pascal vivait en odeur de sainteté, elle le voyait quelquefois pour lui demander des avis spirituels, et il les lui donnait par charité, comme à tous les autres qui le consultaient sur l'affaire de leur salut; cette jeune fille fut charmée des excellentes instructions qu'elle recevait de ce saint religieux, et, comme il était portier, elle forma le dessein de le venir voir plus souvent, ayant une grande facilité pour le trouver quand elle voudrait. Les entrevues furent d'abord toutes spirituelles, comme dit saint Paul: mais le démon en profita pour tendre au Saint un piège très-dangereux. Il excita peu à peu dans le cœur de la jeune fille de la passion pour Pascal. Elle lui rendit des visites plus assidues, et, un jour qu'elle savait que tous les religieux étaient retirés, elle vint sonner à la porte pour parler au frère Pascal, qui était alors devant le Saint-Sacrement; il vint, et sa modestie ordinaire jointe à un discours rempli de piété, rendit d'abord la jeune fille tout interdite; mais soutenue qu'elle était par le malin esprit, qui la gouvernait en ce moment, elle commença à lui parler d'une manière plus humaine et plus obligeante qu'à l'ordinaire; c'en fut assez pour faire connaître à ce religieux très-éclairé qu'elle servait d'organe au démon dans ce moment pour le tenter; il lui fit aussitôt une très-sévère réprimande, et, la chassant sur-le-champ avec indignation, il retourna en diligence aux pieds des autels, d'où il venait, et il y rendit grâces à Dieu de l'avoir préservé

SAINT PASCAL BAYLON, RELIGIEUX DE L'ORDRE DE SAINT-FRANÇOIS. 619

de ce danger, et le pria d'éclairer l'esprit de cette jeune fille, qui s'était laissée surprendre par le démon : c'est ainsi que les vrais amis de la pauvreté triomphent des plus fines adresses de tout l'enfer.

Une de ses plus ordinaires occupations était de donner des avis salutaires à ceux qu'il savait être trompés par les illusions du démon, sous de faux prétextes de piété. Un jeune religieux de Valence se chargeait de très-rudes mortifications, et ne manquait point de se discipliner tous les jours avec une extrême sévérité, quoiqu'il ne laissât pas d'ailleurs d'être fort imparfait et très-négligent dans tous ses devoirs ; le Saint, qui le surprit un jour dans le temps qu'il se maltraitait ainsi dans l'église, en ayant compassion, lui découvrit charitablement l'illusion dans laquelle le démon l'entretenait ; à peine eut-il éclairé cet aveugle, que le prince des ténèbres, qui en faisait auparavant son jouet, se retira.

Un prédicateur, qui avait une manière de prêcher toute mondaine, et qui ne s'étudiait qu'à la politesse du discours, changea cette manière, suivant les avis du frère Pascal, fit dans la suite des conversions très-admirables et fut infiniment plus estimé qu'auparavant. Il exhortait d'ordinaire tous les prédicateurs à étudier l'Évangile au pied du crucifix, plutôt que de chercher des pensées dans les livres, et il leur conseillait de méditer, en la présence de Dieu, ce qu'ils désiraient annoncer au peuple, afin d'être eux-mêmes persuadés des vérités qu'ils voulaient enseigner aux autres ; car, disait-il, il est certain que la langue ne parle jamais qu'aux oreilles, et qu'il n'y a que le cœur du prédicateur qui parle au cœur des auditeurs.

Pascal avait une tendre dévotion pour la divine Eucharistie. Il passait des heures entières prosterné devant le tabernacle où résidait Notre-Seigneur, et plus d'une fois alors son esprit était ravi en Dieu ; le corps le suivait même, de sorte qu'on le voyait suspendu en l'air par l'effet de l'amour divin.

Lorsqu'il ne pouvait se rendre dans l'église pour contenter sa dévotion envers Jésus-Christ, il s'y transportait en esprit, se prosternant plusieurs fois le jour contre terre pour adorer son Sauveur, avec la même ferveur que s'il avait été au pied de ses autels. Il était merveilleusement soutenu dans cette dévotion par le souvenir d'une grâce singulière qu'il avait reçue autrefois, n'étant encore que berger : gardant un jour son troupeau, il avait entendu une cloche qui lui faisait connaître qu'on élevait la sainte hostie pendant la messe, dans une église voisine ; s'étant prosterné au milieu des champs pour l'adorer, il arriva que cette hostie lui apparut dans le lieu où il était, soutenue par la main des anges, qui l'offraient à ses adorations. Cette faveur extraordinaire le remplit toute sa vie d'une si douce consolation, qu'il n'y pensait jamais sans de grands transports de joie et de très-humbles actions de grâces.

Il honorait aussi et aimait singulièrement la Mère de Dieu, lui demandant sans cesse, par son intercession, d'éviter le péché et de faire une sainte mort. Un jour, comme il se trouvait à l'église du couvent de Villa-Réal, au royaume de Valence, assistant à la sainte messe, Dieu lui révéla qu'il mourrait bientôt ; il se mit alors à pousser des cris d'allégresse. Étant sorti de l'église pour rentrer chez lui, il embrassa les personnes de sa connaissance qu'il rencontra dans la rue, leur faisant ses adieux et leur annonçant cette heureuse nouvelle. Peu de temps après, il tomba sérieusement malade. Jusque-là il n'avait jamais permis qu'on lui lavât les pieds, quoique cette pratique fût dans les usages monastiques ; mais la veille de sa mort il pria lui-même un frère du nom d'Alphonse de lui laver les pieds avec de l'eau

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chaude. Le frère lui ayant demandé la raison de cette prière insolite, Pascal répondit : « Je recevrai aujourd'hui l'Extrême-Onction ; il faut donc que mes pieds soient propres ». En effet, le supérieur ayant vu que le saint était très-dangereusement malade, le fit transporter à l'infirmerie, où, le lendemain, on l'administra. Il reçut les sacrements avec une tendre piété, puis s'endormit doucement dans le Seigneur, après avoir remercié Dieu de tous les bienfaits qu'il en avait reçus pendant sa vie, et après avoir invoqué trois fois le saint nom de Jésus, l'an 1592, le dimanche de la Pentecôte, au moment de l'élévation de la sainte hostie. Il avait cinquante-deux ans.

Le grand concours de peuple qui venait implorer le secours du Saint contraignit de ne faire ses obsèques que trois jours après sa mort ; une infinité de miracles, vérifiés juridiquement, se firent alors à son tombeau. On voit encore, disait le Père Giry au XVIIe siècle, son corps sans marque de corruption, témoignage éclatant de la sainteté de sa vie. Ce qu'il y a de plus admirable et de plus surprenant, c'est de voir que le corps de ce grand serviteur de Dieu a toujours les yeux ouverts, aussi vifs et aussi brillants que s'il était en vie. Des personnes de grand mérite ont assuré avec serment, dans le procès-verbal dressé par l'évêque diocésain et par les autres commissaires, députés du souverain Pontife, qu'ils lui ont vu plusieurs fois fermer les yeux dans le temps de l'élévation de la sainte hostie, à la messe conventuelle, comme si son cœur était encore vivant et animé du même amour, et touché du même respect qu'il avait pour l'adorable sacrement de l'autel pendant sa vie.

Un miracle particulier à saint Pascal Baylon, et qui l'a surtout rendu célèbre après sa mort, ce sont les petits coups frappés sur sa chasse, ses reliques, ses images : ces coups annoncent à ses dévots le succès de la prière qu'ils lui ont adressée.

On donne pour attributs, dans les arts, à saint Pascal Baylon : 1° un calice surmonté d'une hostie : sa vie et sa tendre dévotion à l'Eucharistie donnent l'intelligence de ce symbole ; 2° un troupeau, près duquel il est à genoux récitant son rosaire.

Le pape Paul V. ayant fait faire toutes les informations requises, permit d'abord aux séculiers et réguliers du royaume de Valence de faire l'office de ce grand serviteur de Dieu comme d'un Bienheureux, par un bref donné à Rome l'an 1618, le 29 octobre ; il étendit, deux ans après, cette permission à ceux du royaume de Castille et d'Aragon, et Grégoire XV accorda la même grâce à tous les religieux de Saint-François d'Assise, en l'année 1621. Enfin, Alexandre VIII, d'heureuse mémoire, a procédé dans toutes les formes à la solennité de sa canonisation, par une bulle du 1er novembre de l'an 1650, l'inscrivant au Catalogue des Saints, avec saint Jean de Capistran, aussi du même Ordre, et saint Jean de Sahagon, saint Jean de Dieu et saint Laurent Justinien. Voir les Rollandistes, mai, t. IV, et A. Stols.

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## SAINT TROPEZ, OFFICIER DE NÉRON, MARTYR (1er siècle).

Saint Tropez était un noble romain qui faisait partie des officiers de la maison de Néron. Il dut être converti de bonne heure, puisque saint Paul parle de lui dans la lettre qu'il écrivit de Rome aux Philippiens.

Or, il arriva que Néron fit élever un temple et une statue à Diane, dans la ville de Pise : il alla en personne assister à la dédicace de ce temple et ordonna à tous ses serviteurs d'adorer la déesse. Tropez s'y refusa et prit même la liberté de démontrer à l'empereur l'inanité du culte des idoles. Le courageux chrétien n'ignorait pas comment un Néron traitait ceux qui lui déplaisaient : il résolut donc de se préparer à la lutte suprême et alla demander le baptême à un saint prêtre nommé Antoine qui se tenait caché dans une grotte des environs de Pise. Là un ange lui apparut et fortifia son âme. De retour à Pise, Néron le fit sommer d'obéir ; mais l'énergique chrétien resta inébranlable : il fut remis entre les mains de Sattelicus, un de ses proches, qui avait reçu la mission de le faire mourir.

Sattelicus le jeta en prison et l'y laissa deux jours sans nourriture : ce terme expiré, il le fit attacher à une colonne où les exécuteurs le flagellèrent si inhumainement que bientôt tout son corps ne fut plus qu'une plaie sanglante. Mais voilà que, pendant l'exécution, la colonne chancela sur sa base et écrasa dans sa chute le juge et cinquante des assesseurs ou spectateurs. Sylvin, le fils de Sattelicus, condamna ensuite le Martyr à la roue, puis au supplice des bêtes : le léopard auquel on l'exposa vint mourir à ses pieds, et le léopard qu'on lâcha sur lui vint le caresser. À ce spectacle, Evellius, un des conseillers de l'empereur, se convertit et eut le bonheur, plus tard, de couronner sa vie par le martyre à Rome.

Sylvin, transporté de colère, fit conduire Tropez hors des portes de Pise où on lui trancha la tête : c'était le 3 des calendes de mai ; toutefois on célèbre sa fête aujourd'hui à cause de la merveilleuse translation de son corps. Ce dépôt sacré ayant en effet été jeté dans une barque avariée sans voiles et sans rameurs, au lieu de sombrer dans les flots, arriva sur les côtes de Fréjus, et s'échoua dans le golfe de Grimaud. Il fut recueilli par les chrétiens de la contrée. Lorsque l'ère des persécutions païennes fut passée, on éleva une église à l'endroit où étaient les reliques de saint Tropez. Le golfe, où avait abordé la barque, prit le nom du Saint : il en fut de même de la ville et du prieuré qu'on bâtit plus tard au même lieu. Les religieux de Saint-Victor de Marseille ont possédé l'église de ce Saint dès l'année 1056 ; le prieuré, qu'ils y avaient établi, fut plus tard mis en commende.

Quant aux reliques du Saint, on les a vainement cherchées à deux reprises différentes dans le cours du XVIIIe siècle.

Les attributs de saint Tropez dans les arts sont la nacelle conduite par un ange de Pise, en Provence, le lion et le léopard.

A.A. S.S. ; Propes de Fréjus ; Histoire de saint Paul, par M. l'abbé Vidal ; notes locales fournies par M. le curé de Saint-Tropez.

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## SAINT POSSIDIUS,

### ÉVÊQUE DE CALAME, EN NUMIDIE, BIOGRAPHE DE SAINT AUGUSTIN.

Possidius, un des plus célèbres disciples de saint Augustin, fut élu, en 397, évêque de Calame, ville de Numidie. Les Donatistes et les païens donnèrent beaucoup d'exercice à son zèle. Les premiers, s'étant ligués contre lui en 404, le chassèrent de sa maison, le traitèrent cruellement, et en vinrent presque jusqu'à lui ôter la vie. Il ne se venge à deux qu'en demandant leur grâce à l'empereur.

Quatre ans après, les païens, ayant célébré leur fête sacrilège du premier jour de juin, eurent l'influence de danser autour de l'église, d'y jeter des pierres et d'y mettre le feu. Ils blessèrent plusieurs ecclésiastiques, en torturèrent un, et auraient traité les autres de la même manière s'ils n'eussent pris la fuite. Ceux des païens qui n'avaient point eu de part à ces excès craignirent qu'on ne les enveloppât dans la punition des coupables. Nectaire, leur chef, écrivit à saint Augustin, pour le prier de prévenir les effets de la justice de l'empereur. Il se fondait principalement, dans sa lettre, sur l'obligation où étaient les pasteurs chrétiens de se consacrer aux œuvres de miséricorde, et de montrer qu'ils sont des anges de paix. Possidius s'intéressa aussi pour les coupables ; en sorte que les ordres de l'empereur portèrent seulement que l'on briserait les idoles des païens, et qu'à l'avenir il ne leur serait plus permis ni d'offrir de sacrifices, ni de célébrer leurs fêtes superstitieuses.

Lorsqu'on apporta les reliques de saint Etienne en Afrique, vers l'an 410, Possidius en obtint une portion dont il enrichit l'église de Calame. Nous apprenons de saint Augustin qu'il s'opéra alors plusieurs miracles par la vertu de ces reliques.

On ne peut douter que Possidius n'ait été du nombre des évêques qui établirent parmi les clercs de leur cathédrale la règle monastique instituée par saint Augustin. Ce Saint parle lui-même des pauvres religieux de Calame.

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L'invasion des Vandales mit à de rudes épreuves la patience et le zèle de saint Possidius. Ces barbares, accoutumés depuis longtemps au carnage, passèrent d'Espagne en Afrique au nombre de quatre-vingt mille. Ils se furent bientôt rendus maîtres de la Mauritanie, de la Numidie et de la province proconsulaire; il n'y eut que trois places qui leur résistèrent : Carthage, Cirte et Hippone. Ils pillèrent tout le pays et toutes les villes qui se trouvèrent sur leur passage. Calame fut entièrement ruinée, et il ne paraît pas qu'elle se soit jamais relevée de sa chute.

Durant la fureur de la guerre, Possidius se retira à Hippone. Il y ferma les yeux à saint Augustin, qui mourut en 430 pendant le siège de la ville, laquelle bientôt après tomba entre les mains des barbares. Il écrivit la vie de son cher maître, à laquelle il joignit le catalogue de ses ouvrages. Depuis ce temps-là il vécut toujours séparé de son troupeau. On ignore le lieu et l'année de sa mort.

Les Italiens prétendent que saint Possidius passa d'Afrique en Italie, et qu'il mourut à la Mirandole. Cette ville, ainsi que celle de Reggio, l'honorent comme leur patron. Les Chanoines réguliers font sa fête le 17 mai, et le comptent parmi les plus illustres Pères de leur Ordre.

Voyez la Vie et les écrits de saint Augustin. Voyez aussi le Père Papebroch, t. IV, mai, et Dom Cellier. Le savant jésuite montre que l'on ne doit point confondre saint Possidius avec Possidonius, évêque en Afrique, qui est quelquefois nommé dans les mêmes conciles.

Événements marquants

  • Naissance en Allemagne en 1294
  • Entrée chez les Frères Prêcheurs à Strasbourg
  • Rencontre édifiante avec un saint pauvre mendiant
  • Prédications célèbres à Cologne et Strasbourg
  • Lutte contre les Quiétistes et les Béghards
  • Rédaction de traités mystiques dont les Institutions
  • Mort à Strasbourg après une paralysie

Miracles

  • Effets prodigieux de ses prédications sur les pécheurs endurcis

Citations

Le bonheur est dans le cœur, et non ailleurs ; il est dans la disposition, et non dans la situation.

— Jean Taulère

Faisons la volonté de Dieu, aimons Dieu, et nous serons heureux dans quelque situation que nous nous trouvions.

— Jean Taulère