Bienheureux Charles Spinola
Prêtre de la Compagnie de Jésus et Martyr
Résumé
Jésuite italien envoyé en mission au Japon au début du XVIIe siècle, Charles Spinola y exerça les fonctions de missionnaire et de procureur. Arrêté lors des persécutions de Xogun-Sama, il subit une captivité héroïque de quatre ans dans des conditions inhumaines. Il mourut brûlé vif à Nagasaki en 1622 avec de nombreux compagnons, offrant sa vie pour la foi chrétienne.
Biographie
LE BIENHEUREUX CHARLES SPINOLA,
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, ET SES COMPAGNONS, MARTYRS AU JAPON
un jeune gentilhomme. Mais le Seigneur avait prévenu son âme des douceurs de sa bénédiction. Le ciel l'avait choisi pour une plus grande, une meilleure destinée. Pendant que les hommes présageaient au brillant adolescent les plus hautes fortunes de la terre, la grâce envahissait doucement son cœur, et bientôt cette âme pure, où rayonnait sans obstacle la lumière divine, comprit le néant des grandeurs humaines, abjura toute affection terrestre et tourna ses aspirations vers des biens plus solides. Souvent, dans le silence de son cœur, il réfléchissait sur la brièveté de la vie, sur l'incertitude du jour de notre passage du temps à l'éternité, sur l'instabilité des richesses et des honneurs qui n'ont pas Dieu pour appui et pour fondement. Il considérait avec un noble mépris ces dignités éphémères du siècle, qui, à peine possédées, s'évanouissent, qui remplissent leur possesseur d'inquiétudes amères et l'infortuné qui les perd d'une inconsolable douleur.
Ces graves pensées l'occupaient, quand se répandit la nouvelle du martyre du Père Rodolphe Aquaviva, membre de la Compagnie de Jésus. Le massacre de ce zélé missionnaire fit une profonde impression sur le noble cœur du jeune Spinola. Ce triomphe de l'amour dévoué jusqu'à l'immolation excitait son émulation, et bientôt il se sentit envahi du désir de souffrir une mort semblable pour la cause de la foi. Après avoir recommandé à Dieu dans la prière cette aspiration nouvelle de son âme, il résolut d'entrer dans la Compagnie de Jésus, et, après son admission, de solliciter la faveur d'être envoyé dans les Indes.
Après avoir communiqué ce projet à son oncle, celui-ci, reconnaissant dans son neveu les signes certains d'une vocation divine, acquiesça pleinement à ses désirs. Dès lors le jeune Charles, qui était dans sa vingtième année, ne balança pas un seul instant ; il alla se présenter au noviciat des Jésuites à Nole, où il fut reçu le 23 décembre 1584. Le maître des novices, chargé de le former aux vertus qui font le fervent religieux, fut le Père Barthélemy Ricci. Charles fut digne d'un tel maître. La semence tombant dans une bonne terre rendit le centuple, car ses débuts dans la voie du renoncement et du sacrifice répondirent au terme glorieux de sa carrière. Après une année de noviciat, ses supérieurs l'envoyèrent au collège de Lecce, pour y poursuivre le cours des exercices de la vie contemplative, tout en prenant part à la vie active des religieux chargés de l'instruction de la jeunesse. De là il fut envoyé à Naples, en 1586, pour y suivre le cours de philosophie. Après ses deux années de noviciat, il prononça les vœux simples de religion, et dans cet engagement, il mit toute la générosité de son âme.
Il séjourna quelque temps à Rome, où il étudia les mathématiques, puis il alla achever son cours de philosophie au collège de Bréra, à Milan, où, après avoir enseigné une année la grammaire, il étudia la théologie. Mais parmi ces études diverses, au milieu des fatigues d'un travail soutenu, son ardeur pour les choses spirituelles ne s'attiedit pas. Sa piété, sa vertu le rendirent un modèle pour les religieux et un sujet d'admiration pour les personnes du monde.
Il avait une sainte avidité pour la prière, surtout pour l'oraison, cet entretien familier et intime de l'âme avec Dieu. Aussi, de jour en jour, il y employait plus de temps. Les heures marquées pour les exercices de dévotion étaient observées avec un soin scrupuleux, et au premier signal de la cloche il tombait à genoux et demeurait immobile jusqu'à la fin de la méditation. Chaque jour, il récitait plusieurs prières particulières, qui montraient bien ses désirs véhéments de martyre. Sa piété lui inspirait pour la
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sainte Eucharistie les témoignages les plus touchants de respect et d'amour. Il aimait à visiter le Dieu caché du tabernacle, et, les jours de vacances, ses délices étaient de rester autant qu'il le pouvait auprès de son divin Maître.
La vie de son cœur était la charité, et il employait les heures de récréations à s'entretenir, avec ses frères en religion, de Dieu ou des questions qui s'y rapportaient. Pour récréer son esprit, il ne voulait pas d'autres discours. Quand il lui arrivait de parler des martyrs, de ceux-là surtout qui étaient morts attachés à une croix, alors ses paroles brûlantes, ses gestes animés enflammaient ses auditeurs de l'ardeur du martyre : il avait l'éloquence de la passion et la poésie de l'enthousiasme. Il nourrissait une tendresse filiale pour la bienheureuse Vierge Marie, et, en particulier comme en public, ses discours manifestaient l'amour et la confiance d'un fils pour la plus tendre et la plus aimante des Mères. Pendant les quatre années qu'il fut chargé de diriger la congrégation des élèves, il sut allumer dans le cœur de ces jeunes gens une dévotion profonde envers la Mère de Dieu. Ce fut lui qui inventa cette pratique de dévotion qui consiste à répéter neuf fois la salutation angélique en l'honneur des neuf mois de la demeure du Verbe Incarné dans le sein de la Vierge Immaculée.
Son désir de sauver les âmes était immense ; même avant d'être honoré du caractère sacerdotal, il parcourait les villages et les hameaux pendant les vacances de l'automne, pour répandre la semence de la parole évangélique et donner à ces esprits grossiers et ignorants les enseignements qui devaient les conduire à une vie plus chrétienne. Il s'appliquait à ce travail avec tant d'entrain et de plaisir, que s'il n'eût pas obtenu la mission des Indes, il aurait volontiers consacré toute sa vie à catéchiser les populations des campagnes. Ce zèle le suivait partout ; en lui le professeur était aussi un apôtre qui s'efforçait de former ses élèves à la vertu, c'est pourquoi il avait un soin tout particulier des congréganistes. Il avait distribué son temps de telle sorte, que chacun d'eux eût à son tour un entretien particulier avec lui, et alors, il parlait à celui-ci de la chose nécessaire entre toutes, celle du salut ; à celui-là, il enseignait la manière de méditer ; quelquefois il exhortait ces âmes ardentes à l'amour de la pureté ; toujours il déposait les semences précieuses de la crainte de Dieu, dans ces jeunes cœurs ouverts à toutes les influences de la vertu.
Charles Spinola marchait d'un pas ferme dans la voie de la perfection religieuse. Toujours appliqué à se vaincre, ne laissant jamais échapper une occasion de pratiquer la vertu et de souffrir pour l'amour de Jésus-Christ, il ne voulait aucun privilège, aucune exemption, même quand, affaibli par les crachements de sang et l'atteinte d'une maladie douloureuse, il pouvait en toute justice réclamer des soins particuliers et la dispense de quelques obligations imposées par la règle. Il craignait d'ailleurs que l'on ne se servît du prétexte de sa mauvaise santé pour l'empêcher d'aller aux missions étrangères. Quoique d'une constitution délicate, il avait le courage de mâcher rigoureusement son corps par des austérités volontaires, telles que le cilice, la discipline et des jeûnes de surérogation. Il allait servir les malades dans les hôpitaux et y conduisait les congréganistes ; là, cette troupe jeune et vaillante sous la conduite de son chef rivalisait de zèle et d'ardeur dans les soins corporels qu'elle prodiguait aux membres souffrants de Jésus-Christ.
Fidèle à la loi du progrès spirituel que le saint Fondateur de la Compagnie de Jésus recommande et impose à tous les religieux de son Ordre, il
ne négligeait pas ce travail intérieur de l’âme par lequel elle tend à s’affranchir de ses penchants mauvais et de ses imperfections. Il avançait de plus en plus dans la connaissance et dans le mépris de lui-même, ne craignait pas d’accuser publiquement ses fautes, et s’appliquait sérieusement à s’en corriger. Son bonheur était de mendier pour les pauvres, ses délices de sentir la privation, sa joie de renoncer à tout ce qui pouvait lui être agréable.
Il était ennemi de tout ce qui pouvait lui concilier l’estime, et quoiqu’il fût doué de grands talents et orné de beaucoup de connaissances, il ne montra jamais la moindre fierté, ne donna jamais le moindre signe qu’il se préférât aux autres ; il traitait chacun avec des égards pleins de modestie et d’affabilité. Comme il se méprisait sincèrement, les injures et le mépris ne lui causaient aucune peine : il en aurait ressenti plutôt de la joie que de la tristesse. Tel était le caractère de sa vertu, dont le trait le plus saillant est la générosité d’une âme élevée qui se donne à Dieu sans réserve et veut imiter le grand modèle de toute sainteté, Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Ses études théologiques terminées, il reçut l’onction sacerdotale en 1594. Ce fut pour lui un nouveau motif de se porter avec plus d’ardeur à la vertu et aux exercices de la piété chrétienne. Il commença dès lors à réciter à genoux les heures canoniales, et il garda cette pieuse coutume même au milieu des rudes labeurs de sa vie de missionnaire. Ordinairement, il se confessait plusieurs fois la semaine, et il s’approchait de ce sacrement avec tant de dévotion, en versant des larmes si abondantes, en poussant des gémissements si forts qu’on l’entendait des chambres voisines.
Il n’avait jamais cessé de demander la mission des Indes ; alors il chercha par des lettres pressantes à obtenir la réalisation de ce désir. En attendant la détermination des supérieurs, il fut envoyé avec un autre religieux à Crémone, pour y exercer le saint ministère. Il y arriva tout brûlant de zèle et prêt à tous les dévouements. Il prêcha d’abord tous les jours de fête dans les églises et même sur les places publiques, ce qui était alors peu usité en Italie. Il rétablit l’usage des catéchismes en le faisant lui-même dans les paroisses ; mais, afin de maintenir cette méthode si utile d’enseigner la doctrine chrétienne, il institua une confrérie qui se dévouait à ce genre de ministère ; et pour que les jeunes filles ne fussent pas privées de cet avantage, il engagea quelques nobles dames à patroner cette œuvre par leur nom et leur exemple. Dans les monastères, il exhortait les religieuses, à la perfection ou il s’occupait de leur direction spirituelle. Il contribua efficacement à la réforme d’une communauté dans laquelle chaque religieuse, oubliant la pratique de la vie commune, vivait de ses revenus ; désormais, grâce aux efforts de son zèle, elles vécurent d’une manière conforme à l’esprit de leur vocation.
Pendant qu’il s’occupait à évangéliser Crémone, la lettre tant désirée qui lui permettait de partir pour les Indes arriva. C’était pour lui l’ordre du ciel ; il se rendit aussitôt à Milan, afin de se disposer au départ. Il fallait dire adieu à sa famille et peut-être lutter contre les alarmes et les craintes d’une affection trop naturelle. En vain ses parents cherchèrent par leurs prières et leurs reproches à le détourner de sa résolution, il demeura ferme et inébranlable. Il avait, disait-il, trois motifs de quitter sa patrie : d’abord son désir de prêcher la foi aux nations barbares ; ensuite sa volonté de renoncer à toutes les jouissances qu’il pouvait trouver dans sa famille ; enfin, celle de se fermer tout accès aux dignités et aux charges que les supérieurs auraient pu lui imposer. Ses adieux furent courts, et il se hâta d’aller à
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Gênes où il trouva un vaisseau qui devait mettre à la voile sous peu de jours.
Le vaisseau l'ayant déposé à Barcelone, il se rendit par terre à Lisbonne où il s'embarqua pour les Indes, le 10 avril 1596, avec sept autres missionnaires de la Compagnie. La navigation fut longue et périlleuse ; le 15 juillet, ils entrèrent heureusement au port de Bahia, ou de la Baie de tous les Saints, et cinq mois après ils se remirent en mer. Le 25 mars 1597, ils arrivèrent à Porto-Rico, capitale de l'île de ce nom ; le 21 août, ils s'embarquèrent sur un navire marchand qui fut capturé par un vaisseau anglais, près des îles Tercères, le 17 octobre. Les captifs furent conduits en Angleterre ; mis en liberté, ils s'embarquèrent le 8 janvier 1598 pour Lisbonne, où on les accueillit avec une joie d'autant plus vive qu'on était demeuré plus longtemps sans avoir de leurs nouvelles. Il resta une année en Portugal, où il se prépara, dans la prière et dans l'humilité, à prononcer la profession solennelle des quatre vœux.
A la fin de mars de l'année 1599, il s'embarqua avec le Père Jérôme de Angelis et quelques autres religieux, dont il fut nommé le supérieur. Après une traversée heureuse, il arriva à Goa, où il séjourna quelque temps, puis à Malacca, à Macao et enfin à Nangasaki, en 1602. Il se rendit aussitôt au collège d'Arima pour apprendre la langue japonaise, et pendant cette année consacrée à l'étude, il dirigea la congrégation de la sainte Vierge qui venait d'y être établie. Comme il possédait assez la langue japonaise pour exercer le ministère sacré, on lui confia les fonctions de missionnaire à Aria, ville peu éloignée d'Arima. Une centaine de villages appartenaient à cette mission dont Aria était le chef-lieu. Il put dès lors donner libre carrière à son dévouement pour la cause de Dieu, et il montra bien qu'il n'épargnait aucune fatigue pour maintenir l'état florissant de cette chrétienté et pour l'augmenter s'il était possible. Il fut un pasteur tout dévoué à son troupeau et il s'oubliait pour les autres.
Il était le père des chrétiens confiés à sa sollicitude ; non content de pourvoir à leurs besoins spirituels par les moyens ordinaires, il secouait aussi leur indigence par des aumônes qu'il obtenait des Portugais ou des Japonais chrétiens plus favorisés de la fortune. Mais pouvait-il voir sans être ému de compassion et sans essayer de les éclairer les infidèles plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie ? Il en aurait trop coûté à la charité dont il était embrasé de ne pas tenter leur conversion. Aussi cherchait-il à catéchiser ces infortunés adorateurs des idoles. Il étudiait leurs usages, leurs coutumes, leurs mœurs, les cérémonies de leur culte, afin d'être plus à même de faire briller la vérité, et de trouver un plus facile accès dans leurs esprits. Dieu bénit les soins de son zèle.
Mais, tout en travaillant et tout en se dévouant sans mesure, l'infatigable ouvrier du Seigneur ne négligeait pas le soin de sa propre perfection. La sainteté personnelle du ministre de la parole et des sacrements n'est pas sans doute nécessaire pour permettre à la grâce d'agir sur les âmes soumises en tout temps à sa céleste influence ; mais il est vrai aussi que la piété et les vertus du prêtre attirent sur son œuvre des bénédictions spéciales et deviennent comme un moyen extérieur qui donne à la force surnaturelle une entrée plus facile dans les cœurs. Il est donc utile que l'instrument des merveilles divines demeure uni à Dieu par une prière incessante et une ardente charité.
C'est ce qu'avait compris le saint missionnaire ; pour conserver et augmenter son union avec Dieu, il avait recours à la solitude et au silence de
la retraite. Tous les mois, il venait au collège d'Arima, et par l'oraison, les entretiens spirituels, le recueillement, il récréait son âme ; ensuite il revenait au travail, renouvelé et comme rajeuni par la ferveur. Après s'être ainsi dévoué au salut des âmes pendant deux ans, l'obéissance l'enleva à sa chère mission d'Aria et l'envoya au collège de Kioto, ou Miyako, ville importante du Japon. Là, il dut remplir pendant sept années les fonctions de ministre ou de second supérieur. Il se fit admirer par ses vertus et aimer par sa charité, son affabilité et sa douceur. Il justifia de nouveau la réputation qu'il avait acquise d'être un excellent religieux digne d'être proposé à tous comme un modèle. Il n'était dur et sévère que pour lui-même. Chaque jour il prenait une rude discipline, et, pendant le Carême, il ne cessait de frapper que quand il avait fait couler son sang.
Au collège de Miyako, comme dans la mission d'Aria, il s'efforçait de vivre sans cesse avec Dieu et pour Dieu. Aussi, chaque année il passait un mois dans un recueillement profond, uniquement occupé d'exercices spirituels et dans des communications intimes avec le Seigneur. Pendant ces semaines de retraite, il était tellement inondé des douceurs et des délices de la contemplation, qu'il ne pouvait retenir ses larmes, elles coulaient abondamment surtout pendant la célébration de la sainte Messe. Dans ces relations de son âme avec Dieu, il puisait cette force d'âme vraiment surhumaine qui lui faisait mépriser la vie, et cette disposition généreuse à saisir toutes les occasions de souffrir. Nul ne savait comme lui relever les courages abattus par l'aspect des dangers, et animer, jusqu'à l'enthousiasme du martyre, ceux-là mêmes que les seules menaces consternaient. Pendant qu'il habitait le collège de Miyako, il fut chargé de diriger la congrégation des catéchistes, et il les formait à la vertu autant par ses paroles que par ses exemples. Homme d'une humilité sincère, il ne dédaignait personne ; les plus petits, les plus misérables, les plus dégradés, n'étaient pas au-dessous des attentions de sa charité. Ce n'était pas assez pour lui de soulager les pauvres en leur faisant l'aumône, il les servait de ses propres mains. Mais ces abaissements volontaires ne faisaient que tourner à son honneur et augmentaient la vénération qu'on avait pour lui. On ne l'entendit jamais parler de ses actions ou de l'illustration de sa famille : il ne pensait qu'à une chose : se mépriser et s'humilier. Il dut lui en coûter d'être retenu dans l'enceinte d'un collège et de ne pouvoir donner à son zèle un libre essor. Enfant de l'obéissance, il ne réclama point contre cette décision de l'autorité. Il saisit toutes les occasions de pratiquer le zèle, surtout par le ministère de la confession. Il était toujours prêt à recevoir ceux qui se présentaient à lui ; et jamais on ne remarqua sur ses traits un signe d'ennui, jamais on ne l'entendit s'excuser sous quelque prétexte, quand on l'appelait pour exercer ce genre de ministère. Il fit aussi quelques excursions apostoliques dans le voisinage de Miyako. Ce fut dans une de ces courses qu'il fut miraculeusement sauvé d'un péril imminent. Comme il traversait un fleuve, la barque sur laquelle il était s'étant renversée, il fut précipité au fond de l'eau où il demeura quelque temps, ce qui lui occasionna une grave maladie.
Après sept années passées au collège de Miyako, le Père Spinola fut nommé procureur de la province du Japon. Cette charge était de la plus haute importance. Celui qui en était investi voyait, pour ainsi dire, confiés à sa sollicitude tous les intérêts de la mission. Pour bien exercer de semblables fonctions, il faut une charité immense qui embrasse tous les missionnaires épars sur un vaste territoire ; qui leur donne ce qui leur est né.
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cessaire pour la nourriture, le vêtement, l'exercice du ministère et les voyages; qui accueille avec bonté toutes les demandes et les préviennes souvent par de délicates attentions. On avait bien choisi en nommant le Père Spinola, esprit large, cœur magnanime, âme généreuse et compatissante. Il obéit et quitta Miyako pour se rendre à Nangasaki, ville importante et dont le port, fréquenté par les vaisseaux des négociants européens, facilitait au procureur de la mission des rapports avec les nations catholiques. La nouvelle de son départ attrista vivement les chrétiens qui l'aimaient et le vénéraient. Il avait déjà acquis sur les Japonais cet ascendant du mérite et de la vertu, que ce peuple intelligent, au jugement droit, à l'âme élevée, avait reconnus en lui.
Le Père Spinola exerça cet emploi pendant sept ans, c'est-à-dire jusqu'au jour où il fut arrêté. Il est impossible de retracer tout le bien que sa charité accomplit dans l'exercice de cette charge. Il pourvut à tous les besoins des missionnaires; chose d'autant plus remarquable, que la persécution, soulevée contre le Christianisme, était plus violente et rendait plus pénible la tâche de faire venir et de distribuer les objets nécessaires.
La persécution, commencée depuis quelques années, devait prendre des proportions terribles. En 1614, Xogun-Sama lança un nouvel édit de proscription et de bannissement contre tous les prédicateurs de l'Évangile, menaçant du supplice du feu tous ceux qui n'obéiraient pas à ses ordres. Déjà plusieurs personnes de différentes conditions avaient été condamnées à mourir pour le nom de Jésus-Christ, lorsque le Père Spinola, qui était demeuré secrètement dans le royaume avec quelques autres jésuites, fut chargé d'exercer les fonctions de vicaire général dans le Ximo, une des grandes îles du Japon, que les géographes modernes nomment Kiousiou. L'évêque du Japon venait de mourir, et le Père Valentin Carvalho, alors provincial des Jésuites, était, selon les ordres du souverain Pontife, administrateur de ce vaste diocèse. Comme il était lui-même obligé de se cacher, il dut confier une partie de son autorité à un homme fidèle et dévoué: il choisit le Père Spinola.
Ce fut en qualité de vicaire général de l'évêque du Japon, qu'en 1615 il fit les recherches officielles et les informations juridiques sur les actions et la mort des martyrs qui avaient combattu et triomphé à Arima. On conçoit facilement la sainte envie qu'il portait à ces glorieux athlètes, quand on se rappelle la pensée qu'il nourrissait depuis longtemps de donner sa vie pour Jésus-Christ. Afin d'être moins connu et pour se dérober plus facilement aux recherches des émissaires de la police japonaise, le Père Spinola changea de nom. Par allusion à la mort qu'il désirait souffrir, il se fit appeler Joseph de la Croix. Nous avons peu de détails sur les travaux et les fatigues de son apostolat durant cette période. Le temps pressait; il fallait combattre, exhorter, raffermir les courages, purifier les consciences, distribuer le pain des forts, se tenir sur la brèche et veiller pour ne pas être surpris par les satellites acharnés à la poursuite des missionnaires.
Ce qui augmentait le péril, c'était le soin des affaires de la province dont il demeurait toujours chargé. Il devait être moins caché que les autres, parce qu'il était celui à qui tous avaient recours. D'ailleurs, le désir de porter des chaînes, et de verser son sang pour Jésus-Christ, l'avait rendu si intrépide, que tous admiraient le courage et le sang-froid avec lesquels il bravait mille fois la mort. Il avait appris, par une connaissance surnaturelle, qu'il tomberait un jour entre les mains des persécuteurs; mais il ne
savait pas l'heure marquée dans les conseils de Dieu. Il pouvait seulement dire : *Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum* : « Mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt ». Quarante jours avant d'être arrêté, ceux qui le voyaient familièrement observaient en lui des signes d'une ferveur extraordinaire. Il célébrait plus lentement le divin sacrifice, donnait plus de temps à l'oraison, se montrait plus gai et plus affable dans l'intimité.
La fureur des ennemis du nom chrétien augmentait tous les jours ; ils savaient, par les révélations de quelques apostats, les noms des missionnaires qui se cachaient. Gonzoco, gouverneur de Nangasaki, désirait depuis longtemps s'emparer des Pères de Couros et Spinola, dont l'activité et l'énergie tout apostoliques soutenaient les chrétiens de cette ville. Il n'épargnait rien pour découvrir leur retraite.
Après quelques recherches, le Père Spinola fut arrêté dans la maison d'un Portugais nommé Dominique Georges, avec le frère Ambroise Fernandez. On lui lia aussitôt le cou, les mains et les pieds si étroitement que la chair, déchirée par les cordes, garda toujours depuis les livides cicatrices de ces meurtrissures. Les deux captifs furent conduits aussitôt chez le gouverneur, où deux autres prisonniers, appartenant à l'Ordre de Saint-Dominique, furent amenés quelques heures après. Les quatre religieux furent relégués dans une cour, où on les laissa toute la nuit et le jour suivant exposés aux injures de l'air, tourmentés par le froid et souffrant beaucoup des liens qui leur serraient cruellement les membres. Le soir du second jour, quelques serviteurs chrétiens du gouverneur, touchés de compassion, relâchèrent un peu les liens des captifs. Pendant la nuit, le Père Spinola entendit la confession de ces chrétiens, et demanda pour lui et pour le Père Fernandez des habits de religieux.
Les missionnaires de Nangasaki s'étaient vêtus comme les Portugais, afin de se soustraire plus facilement aux recherches des officiers et des espions du gouverneur. Sous ce déguisement on ne pouvait donc pas reconnaître le prêtre et le religieux ; le Père Spinola se fit apporter les vêtements dont les Jésuites se servaient dans le pays, et c'est avec son costume de religieux qu'il fut présenté au gouverneur, et qu'il subit un premier interrogatoire. Il ne craignit pas d'engager Gonzoco à reconnaître la loi du vrai Dieu. Il montrait que les liens qui lui ôtaient l'usage de ses membres n'avaient aucunement diminué en lui la liberté de l'esprit. Les âmes ne sont jamais captives ; cette noble indépendance de la partie supérieure de l'être humain est ce qui fait sa dignité.
Raisonner avec la justice humaine, lorsqu'elle se dispose à commettre l'iniquité, c'est se condamner soi-même. Le Père Spinola le savait ; mais ce n'était pas pour ses juges qu'il prononçait cette défense si modérée dans les expressions, et si forte par la pensée. Il y avait là des chrétiens qui l'entendaient ; le Jésuite les rassurait en réduisant au silence ses accusateurs. Après l'interrogatoire des autres prisonniers, fait à l'aide d'un interprète, ils furent ramenés dans la prison. Le gouverneur, craignant que s'il laissait les captifs à Nangasaki, il ne se fit vers eux un trop grand concours de fidèles, les plaça dans la prison de Suzutat, près d'Omura, où étaient renfermés d'autres chrétiens. Gonzoco ne se trompait pas. Il y avait à Nangasaki un nombre assez considérable de fidèles. Les captifs de Jésus-Christ trouvèrent, en quittant la ville, les chemins bordés de pieux chrétiens qui leur témoignaient leur vénération et leur affliction.
Le Père Spinola, lié comme un malfaiteur, escorté de soldats, marchait
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le premier, ayant à ses côtés un satellite qui tenait la corde attachée au cou du saint missionnaire. Les autres prisonniers suivaient, conduits et liés de la même manière. Le cortège se frayait avec peine un passage à travers la foule. Les chrétiens se pressaient de toutes parts pour toucher les vêtements des confesseurs de la foi, ou pour leur adresser un adieu plein de tristesse. Le Père Spinola les consolait par des paroles affectueuses et pleines de résignation. En quittant Gonzoco, il lui dit : « Je vous remercie de m'avoir fait prisonnier, et je suis bien loin de vous le reprocher ». Il marchait en méditant avec ses compagnons, sur la captivité de Notre-Seigneur ou en chantant des psaumes, plein de joie de ce qu'il avait été jugé digne de souffrir quelque outrage pour le nom de Jésus. Ils arrivèrent assez tard à l'endroit où ils devaient passer la nuit. Là, quelques chrétiens profitèrent de la présence des confesseurs de la foi, pour purifier leur conscience. Le Père Spinola refusa par humilité un cheval qu'on lui offrait, préférant aller à pied jusqu'au rivage, où il devait s'embarquer pour faire un très-court trajet jusqu'à Suzutat. Dès qu'ils approchèrent de la prison, ils entonnèrent des hymnes et des cantiques, et à ce signal les captifs qui s'y trouvaient répondirent à ces chants d'allégresse, saluant ainsi l'arrivée de leurs nouveaux compagnons.
Le Père Spinola avait été arrêté au mois de décembre 1618 ; il devait voir sa captivité se prolonger pendant près de quatre années, entendre le récit des ravages terribles qui allaient désoler l'Église du Japon, et assister à bien des ruines. Cependant il remerciait le Seigneur de ce qu'il avait ménagé la présence de plusieurs missionnaires et permis qu'ils échappassent aux recherches des persécuteurs.
Le 7 avril 1619, les confesseurs de la foi furent conduits à Suzutat, dans une prison qui faisait honneur au génie barbare de son inventeur. Construite de pieux placés à deux doigts d'intervalle, elle avait deux mètres sept centimètres de largeur et cinq mètres vingt centimètres de longueur. Des poutres sur lesquelles étaient placées des planches grossières formaient le plancher, et la porte était si étroite qu'à peine elle donnait passage à un corps d'homme. D'un côté s'ouvrait une petite fenêtre par laquelle on faisait passer la nourriture. Il y avait autour de la prison un espace large de près de deux mètres, qu'enfermait un double rang de pieux longs et serrés, terminés en pointes et garnis d'épines ; enfin, une troisième enceinte palissadée où se trouvait la porte principale et le passage qui menait à la prison intérieure. Ainsi, c'était une sorte de cage exposée à tous les vents, ne préservant ni des feux du soleil, ni des rigueurs de l'hiver, où l'on ne pouvait s'étendre pour reposer ; un lieu de tortures où les confesseurs de Jésus-Christ allaient se consumer lentement, livrés aux horreurs de la faim, de la nudité et de l'infection... L'amour de Dieu qui remplit leurs cœurs sera plus fort que ces tourments. Les voilà qui s'avancent, et, en apercevant cette demeure qui leur est destinée, ils chantent avec le Psalmiste : *Læatus sum in his quæ dicta sunt mihi : in domum Domini ibimus* : « Je me suis réjoui dans les paroles qui m'ont été dites : nous irons dans la maison du Seigneur ».
Le Père Spinola ne sortit que deux fois de cette prison : la première fois pour aller à Pirando, et la seconde pour marcher à la mort. Ce qu'il eut à souffrir, ainsi que ses compagnons, durant ces quatre années de captivité, dépasse l'imagination. On leur donnait si peu d'aliments, que leur vie était un jeûne perpétuel et si rigoureux, qu'il y avait juste assez pour éloigner la mort, mais jamais assez pour apaiser la faim. Ces privations prolongées
avaient tellement affaibli le Père Spinola, qu'il se demandait souvent si une mort causée par l'épuisement total des forces ne viendrait pas l'enlever soudainement ; mais Dieu compensait amplement ce dénuement par les délices de sa présence au fond de leurs cœurs. Leur plus grande consolation était de pouvoir célébrer la sainte Messe, et, par une marque particulière de la bonté divine, jamais ils ne manquèrent d'hosties, de vin, de cierges et d'autres objets nécessaires au saint sacrifice. Les infortunés captifs, dans leur prison ouverte à tous les vents, étaient exposés, pendant l'été, à toutes les ardeurs d'un soleil brûlant, et pendant, l'hiver, à l'air froid, à la pluie et à la neige, sans pouvoir s'en garantir. On ne leur permettait ni de changer le linge usé, ni de le laver lorsqu'il était sale, de sorte que, de la tête aux pieds, ils étaient couverts de vermine. Leurs figures hâves et livides, leurs cheveux en désordre et leur barbe longue et hérissée donnaient une idée des souffrances atroces qu'ils enduraient, et contre toutes ces tortures physiques et morales, ils n'avaient d'autre remède que la patience et leur ferme espérance en Dieu.
La patience invincible du Père Spinola à supporter les longues tortures de sa prison, et son courage inébranlable qui semblait avide de nouvelles souffrances, excitaient une juste admiration. Ce fut une lutte soutenue pendant près de quatre ans. Ces lentes tortures qui avaient bu le sang de ses veines, l'avaient tellement défiguré, qu'il était devenu méconnaissable à ses amis. Cependant, les tourments de sa captivité n'apaisaient point encore sa soif de souffrances. Il y ajoutait des pénitences volontaires. Au milieu des privations qu'il endurait, il s'imposait, plusieurs fois par semaine, un jeûne plus rigoureux que celui auquel le régime de la prison les soumettait habituellement. Il portait presque continuellement le cilice. Chaque jour, à l'exception des jours de fête, il prenait la discipline avec ses compagnons de captivité. La charité unissait tous les cœurs des confesseurs de la foi, et pour mieux la conserver, l'autorité de supérieur était déférée tour à tour chaque semaine à l'un d'entre eux.
Les graves maladies auxquelles le Père Spinola fut sujet, le mirent souvent aux portes du tombeau. Il n'avait pas même un peu d'eau pour étancher la soif qui le dévorait dans les ardeurs de la fièvre, et les gardes, dont la cruauté accumulait les privations, ne permettaient pas que l'on apportât de l'eau hors des heures de repas. Cependant, au milieu de cette détresse universelle, son âme jouissait d'incroyables délices dans la prière. Son seul chagrin au milieu de ses souffrances, fut de se voir, par la perte de ses forces et l'affaiblissement de sa tête, dans l'impossibilité de s'appliquer comme autrefois au recueillement ou à l'union habituelle de son âme avec Dieu. Il chercha à puiser dans cette faiblesse un nouveau sujet de joie, en pensant qu'elle était le symptôme d'une prochaine dissolution de son corps. Mais il ne devait pas mourir dans les chaînes. Ce fut le frère Ambroise Fernandez qui paya ce tribut aux tortures de la prison. Arrêté en même temps que le Père Spinola, il partagea sa captivité ; mais, affaibli par l'âge (il avait soixante-neuf ans), il ne put résister à tant de souffrances. Il mourut des suites de cette accumulation de maux, le 7 janvier 1620, et fut béatifié le 7 juillet 1867, par le pape Pie IX. La mort avait beau faire du vide dans les rangs des confesseurs, leur nombre augmentait par l'adjonction de nouveaux captifs.
Le Père Spinola se voyait entouré d'une petite troupe de généreux soldats qui le regardaient avec raison comme leur chef, et se préparaient au martyre dans ce rude noviciat de la prison. On avait voulu en faire un enfer
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pour les malheureux captifs : elle était devenue le vestibule du ciel. Voilà un de ces prodigieux changements qu'opère la foi ; voilà comment, en plaçant ses espérances dans les régions surnaturelles et invisibles, le chrétien s'élève au-dessus des épreuves de la terre et prend des proportions surhumaines. Dieu est près de l'homme juste dans ses tribulations. La grâce soutient la nature qui d'elle-même succomberait à la peine, et le chrétien triomphe. C'est la foi qui nous fait vaincre le monde.
Le gouverneur, Gonzoco, ayant reçu l'ordre de l'empereur de faire mourir tous les prisonniers, il se les fit amener à Nangasaki. Les confesseurs de Jésus-Christ sortirent enfin du réduit où ils avaient tant souffert, et furent embarqués à Suzutat même, sur un petit bâtiment qui les porta en peu d'heures à Nagoya. On les fit ensuite monter à cheval ; le Père Spinola marchait en tête de la troupe ; chacun d'eux avait la corde au cou et un bourreau à ses côtés. Ils firent ainsi deux lieues. Des soldats en grand nombre les entouraient et ils avaient la consigne d'éloigner tous ceux qui tenteraient de leur parler. La nuit les surprit dans un lieu nommé Ouracan, où l'on fut obligé de s'arrêter.
Les prisonniers furent enfermés dans un enclos garni de palissades, comme un vil troupeau, et on les laissa ainsi sans abri ; mais une pluie abondante étant survenue, ils furent entassés dans une cabane. Au point du jour beaucoup de chrétiens accoururent ; trois seulement purent s'entretenir avec les confesseurs de la foi. Parmi eux il y avait le catéchiste du Père Spinola. Ce fut par ce fidèle disciple que le missionnaire apprit qu'il devait être brûlé vif. On n'avait point encore annoncé avec certitude aux prisonniers le genre de mort qui leur était préparé. Inutile de dire la joie immense du saint missionnaire en apprenant cette bonne nouvelle. Pour remercier son catéchiste, il voulut lui donner quelque souvenir ; n'ayant plus que sa discipline, il la lui offrit.
Le lendemain, vers le milieu du jour, on fit monter à cheval les prisonniers et on les conduisit au lieu du supplice dans le même ordre où ils étaient venus. C'était une petite colline située près de Nangasaki, au bord de la mer, à cinq cents pas de celle, où, vingt-cinq ans auparavant, vingt-six martyrs avaient été crucifiés, et qu'on appelait depuis lors la Colline Sainte ou le Mont des Martyrs. Presque toute la population de Nangasaki était accourue sur la montagne ou sur le rivage. Les rues de la ville étaient devenues silencieuses et désertes, de telle sorte que les religieux purent circuler librement en plein jour, avec plus de sûreté qu'ils ne l'auraient fait pendant les ténèbres de la nuit.
Quand les confesseurs de la foi parurent, il s'éleva au sein de la foule une immense clameur : c'était un bruit confus de cris, de gémissements et de paroles. Outre les infidèles, on porte à trente mille le nombre des chrétiens accourus pour assister à la mort héroïque des confesseurs de la foi. Les chemins où ils passaient étaient bordés d'une multitude de fidèles qui, tout en pleurs, se jetaient à genoux, demandaient leur bénédiction, ou se recommandaient à leurs prières. Les confesseurs de la foi les consolaient en leur disant : « Ayez confiance ; du ciel, où avec le secours de la grâce nous espérons être bientôt, nous prierons pour vous. Conservez jusqu'à la mort la foi que nous vous avons enseignée, et croyez que Dieu, dans sa bonté, n'abandonnera pas sa cause au milieu de ces grands dangers ».
Dès qu'ils aperçurent les apprêts faits pour leur supplice, ils témoignèrent leur joie par leur attitude et par leurs paroles. Ils durent attendre près d'une heure l'arrivée de la seconde troupe des confesseurs. Ceux-ci,
qui devaient venir de la prison de Nangasaki, étaient destinés à périr par le glaive. Parmi ces athlètes de Jésus-Christ, quelques-uns avaient été condamnés pour avoir donné l'hospitalité aux religieux. Leurs femmes, leurs enfants et leurs voisins devaient partager leur sort. Entre eux se trouvaient les épouses et les fils de quatre martyrs qui, peu d'années auparavant, avaient été brûlés vifs pour l'amour du Christ. Quelques jours avant l'exécution, Gonzoco les avait fait venir devant lui pour essayer d'ébranler leur conviction. On les tira du cachot où ils étaient ensevelis depuis deux ans ; ils traversèrent la ville chargés de chaînes, et dans un état si misérable, qu'ils excitaient la pitié de tous les assistants. Gonzoco, en les voyant pâles, décharnés, incapables de se soutenir, avait cru qu'il ne serait pas difficile de les ramener au culte national des Kamis ; mais il avait affaire à des chrétiens préparés au combat par la pénitence et la prière, deux armes qui rendent invincibles. Il s'aperçut bientôt de son erreur, pas un seul ne se laissa séduire et il dut les renvoyer dans leur prison.
Le lendemain, ils sortirent tous ensemble pour être réunis aux prisonniers de Suzutat et consommer leur sanglante immolation. Les deux troupes des soldats de Jésus-Christ se saluèrent avec les démonstrations de la plus tendre charité, et aussitôt un détachement militaire fut disposé autour de l'enceinte pour contenir la multitude. Un officier de Gonzoco, nommé Xuquendalu, parut sur une espèce d'estrade, et à peine y fut-il placé qu'il donna le signal de commencer l'exécution. Alors on assigna à chacun de ceux qui étaient destinés au supplice du feu le poteau auquel il devait être attaché.
Vingt-cinq pieux étaient plantés à la file en ligne droite. Le premier regardait la mer, le dernier la montagne. Au sommet de chaque poteau pendait une corde : tout autour était placé un amas de bois, qui s'étendait d'un bout à l'autre de l'espace et environnait les vingt-cinq poteaux. Cet immense bûcher était entouré d'une enceinte de grosses et fortes cannes de bambous, rangées en formes de treillis. On entrait dans l'enceinte par une porte qui s'ouvrait du côté de la montagne.
Le Père Spinola se prosterna devant l'arbre de son martyre, et l'embrassant à plusieurs reprises il remercia Dieu de cette grâce. Quand ils furent tous attachés à leur poteau et qu'on eut amené devant eux les chrétiens indigènes condamnés à périr par le glaive, le Père Spinola entonna d'une voix élevée le psaume *Laudate Dominum, omnes gentes*, et tous les confesseurs de Jésus-Christ, ainsi que les chrétiens qui dans la foule s'honoraient de leur amitié, de leur parenté ou de leur constance, continuèrent ce cantique d'action de grâces avec un entrain et une joie qui émurent les spectateurs jusqu'aux larmes.
Pendant que les bourreaux préparaient leurs glaives, les confesseurs étaient à genoux, attendant le coup mortel. Bientôt l'exécution commença, et on vit voler deux ou trois têtes qui allèrent tomber aux pieds d'un jeune enfant, à peine âgé de quatre ans, qui était à côté de sa mère, aussi condamnée à la mort. Il vit rouler la tête de sa mère sans changer de couleur, et reçut lui-même le coup de la mort avec une intrépidité qu'on ne pouvait attendre dans un âge aussi tendre. Dès que cette première troupe de martyrs eut consommé son sacrifice, on plaça leurs têtes en face de ceux qui allaient être brûlés ; puis on mit le feu aux bûchers.
On avait placé les matières inflammables à deux mètres et demi environ des poteaux, où étaient attachés les confesseurs de la foi, afin que le supplice fût plus lent et plus cruel, et que, par des tortures prolongées, les
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athlètes du Christ fussent sollicités plus fortement à déserter leur poste. Cette disposition d'une cruauté ingénieuse devait produire ce résultat terrible, de n'amener la mort des martyrs qu'après une sorte de torréfaction intérieure. Si la flamme tendait à s'élever ou si le feu devenait trop ardent, les bourreaux avaient soin de le modérer. Pendant ces minutes qui devaient paraître des années, au milieu de ces douleurs atroces qui, pareilles à des dards de feu pénétraient leurs entrailles, les martyrs étaient calmes et recueillis ; le corps immobile, les yeux levés au ciel, ils offraient à Dieu leur corps en holocauste, comme des victimes saintes placées sur l'autel de la charité.
Le Père Spinola, tout absorbé en Dieu, paraissait n'avoir plus aucun sentiment. Le vent soufflait les flammes de son côté, il fut donc un des premiers à ressentir les plus vives et les plus mortelles atteintes. Des étincelles mirent le feu à ses vêtements, il parut tout à coup environné de flammes, et, ne pouvant résister davantage à ces ardeurs dévorantes, il tomba et rendit bientôt le dernier soupir. Ses compagnons ne tardèrent pas à le suivre dans la mort comme aussi dans le triomphe, le 10 septembre 1622, selon l'opinion la plus suivie et la mieux autorisée. Voici les noms de tous ces glorieux martyrs :
François Moralès, prêtre de l'Ordre des Frères-Prêcheurs, Espagnol ; — Ange Orsucci, prêtre de l'Ordre des Frères-Prêcheurs, Italien ; — Alphonse de Mena, prêtre du même Ordre, Espagnol ; — Joseph de Saint-Hyacinthe, prêtre du même Ordre, Espagnol ; — Hyacinthe Orfanel, prêtre du même Ordre, Espagnol ; — Alexis, choriste profès de l'Ordre des Frères Prêcheurs, Japonais ; — Thomas du Rosaire, choriste profès de l'Ordre de Frères Prêcheurs, Japonais ; — Dominique du Rosaire, choriste profès de l'Ordre des Frères Prêcheurs, Japonais ; — Richard de Sainte-Anne, prêtre de l'Ordre des Frères Mineurs, Belge ; — Pierre d'Avila, prêtre de l'Ordre des Frères Mineurs, Espagnol ; — Vincent de Saint-Joseph, laïque profès de l'Ordre des Frères Mineurs, Espagnol ; — Charles Spinola, prêtre de la Compagnie de Jésus, Italien ; — Sébastien Kimura, prêtre de la Compagnie de Jésus, Japonais ; — Gonzalès Fusai ; — Antoine Kiouni ; — Pierre Sampô ; — Michel Xumpo ; — Jean Kiongocù ; — Jean Acafoci ; — Louis Cavara, tous les sept scolastiques de la Compagnie de Jésus et Japonais ; — Léon de Satzuma, du Tiers Ordre de Saint-François, Japonais ; — Lucie de Freités, du Tiers Ordre de Saint-François, Japonaise, octogénaire ; — Antoine Sanga, catéchiste des Pères de la Compagnie de Jésus, Japonais ; — Magdeleine, son épouse, Japonaise ; — Antoine, catéchiste des Pères de la Compagnie de Jésus, Coréen ; — Marie, son épouse, Japonaise ; — Jean, âgé de douze ans ; — Pierre, âgé de trois ans, leurs fils ; — Paul Nangaci, Japonais ; — Thècle, son épouse ; — Pierre, âgé de sept ans, leur fils ; — Paul Tanaco, Japonais ; — Marie, son épouse ; — Isabelle Fernandez, épouse du martyr Dominique Georgi ; — Ignace, âgé de quatre ans, leur fils ; — Apollonie, veuve et tante du martyr Gaspard Cotenda, Japonaise ; — Dominique Xamada, Japonais ; — Claire, son épouse ; — Marie, épouse du martyr André Tocuan, Japonaise ; — Agnès, épouse du martyr Cosme Taquea ; — Dominique Nacano, fils du martyr Matthias Nacano ; — Barthélemy Xikiemon, Japonais ; — Damien Samihi, Japonais ; — Michel, âgé de cinq ans, son fils ; — Thomas Xiquiro, âgé de soixante-dix ans, Japonais ; — Rufus Iscimola, âgé de soixante-dix ans, Japonais ; — Marie, épouse du martyr Jean Xoum, Japonaise ; — Clément Vom, Japonais ; — Antoine, son fils ; — Dominique Ongatid, Japonais ; — Catherine, veuve, Japonaise ;
SAINT EUNUCE, ÉVÊQUE DE NOYON ET TOURNAI. 33
Marie Tanaura, Japonaise, membres de la confrérie du Saint-Rosaire. Les martyrs ne donnant plus signe de vie, on fit garder toutes les avenues qui conduisaient au lieu du supplice. Les corps demeurèrent ainsi exposés trois jours au bout desquels on les jeta dans un grand bûcher. Leurs cendres et la terre même qui avait été arrosée de sang furent mis dans des sacs et jetés à la mer. Le 17 septembre 1627, le pape Urbain VIII introduisit la cause de la canonisation du Père Spinola devant la Congrégation des Rites, et le souverain pontife Pie IX, par un bref du 7 mai 1867, les déclara Bienheureux.
Extrait de la Vie du bienheureux Charles Spinola, de la Compagnie de Jésus, par le P. Eugène Séguin, de la même Compagnie. Tournai, 1566.
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## SAINT HILAIRE, PAPE ET CONFESSEUR (467).
Hilaire, successeur de saint Léon le Grand (440-461), était originaire de Sardaigne. Il eut pour père Crispin, et siégea six ans, trois mois et dix jours (12 novembre 461-10 septembre 467). Au milieu de la décadence générale, il tint fermes les rêves du gouvernement ecclésiastique. Les Actes de son court pontificat ont tous pour but de resserrer le lieu de la hiérarchie, de maintenir à la tête des diocèses des prélats capables et zélés, d'empêcher l'hérésie d'étendre ses ravages. Il promulgua une décrétale adressée à tous les évêques d'Orient, dans laquelle il établissait la foi catholique et apostolique, confirmant les trois Conciles de Nicée, Éphèse et Chalcédoine, renouvelant la condamnation portée contre Nestorius, Eutychès, Dioscore, leurs partisans et tous les hérétiques, enfin proclamant l'autorité et la principauté du siège apostolique. Il publia une constitution disciplinaire, le 16 des calendes de décembre, sous le consulat de Basilisens et d'Hermeneric (16 novembre 465), dans la basilique de Sainte-Marie, Mère de Dieu. Il érigea trois oratoires dans le baptistère de la basilique constantinienne (Saint-Jean de Latran), en l'honneur de saint Jean-Baptiste, de saint Jean l'Évangéliste et de la sainte Croix. Dans ce dernier, il déposa une relique du bois dominical enfermée dans une croix d'or massif, enrichie de pierres précieuses. Il institua dans la ville de Rome les ministeriales, chargés d'inspecter les églises désignées pour les stations. Il construisit des monastères à Saint-Laurent ad Balneum, et au prétoire de Saint-Étienne, érigea un oratoire en l'honneur du protomartyr dans le baptistère de Latran et y créa deux bibliothèques. On lui doit aussi le monastère situé dans l'intérieur de Rome, au lieu dit ad Lunam. Dans une ordination faite à Rome, au mois de décembre, il imposa les mains à vingt-cinq prêtres, six diacres et vingt-deux évêques destinés à diverses Églises. Il fut enseveli dans la crypte de Saint-Laurent, près du corps du bienheureux évêque Sixte. Le Siège apostolique demeura vacant dix jours.
Liber Pontificalis, traduction de M. l'abbé Darras, dans son Histoire générale de l'Église, tome XIII, page 539.
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## SAINT EUNUCE, CONFESSEUR,
### ÉVÊQUE DE NOYON ET TOURNAI (vers le milieu du VIIIe siècle).
Bien suscita le bienheureux Eunuce à une époque de calamités et de ruines. Ennemis du Christianisme, les Sarrasins ravageaient diverses contrées des Gaules, détruisant les autels, immolant les prêtres et les fidèles, tandis que Charles-Martel dépouillait les églises de leurs biens.
Eunuce fut élu évêque de Noyon du vivant de Guy, successeur du pontife Hanusu. La raison
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pour laquelle l'Église de Noyon eut deux pasteurs à la fois n'est pas bien connue. Un savant auteur (Charles Lecointe) tient, à cet égard, le langage suivant : « Ce qui a eu lieu, en 745, au Concile de Soissons, à l'égard de l'Église de Sens, a bien pu aussi se passer pour celle de Noyon et Tournai. L'Église de Sens n'était pas privée de pasteur : elle avait un archevêque d'une grande sainteté, nommé Ebbon. Mais, comme il était fort âgé, et préférait la vie solitaire à l'exercice des fonctions épiscopales, le Concile décida qu'Ardobert gouvernerait l'Église de Sens. Nous pensons que, dans le même Concile, Eunuce, pour une cause semblable, ou pour une autre également grave, fut ordonné évêque de Noyon et Tournai, quoique Guy fût encore vivant. Et, de même qu'après le Concile de Soissons, Ebbon et Ardobert furent appelés archevêques de Sens ; ainsi, nous devons croire que, dans la suite, Guy et Eunuce furent appelés évêques de Noyon et Tournai ».
Eunuce remplit avec zèle les fonctions de l'épiscopat. Il parcourut en apôtre toutes les conciles du vaste diocèse confié à ses soins. Modèle de son troupeau, par sa piété, sa prudence et sa chasteté, il ramena au bercail un grand nombre de brebis égarées. Grâce à sa sollicitude, les églises recouvrirent les biens qui leur avaient été enlevés ; des assemblées synodales, régulièrement tenues tous les ans, maintiennent la discipline et les bonnes mœurs parmi le clergé ; les sages règlements du Concile de Soissons furent mis à exécution. Ainsi que le fait connaître le neuvième décret de cette assemblée, plusieurs, au mépris de l'indissolubilité des liens du mariage, épousaient les femmes dont les maris étaient encore vivants : Eunuce travailla activement à détruire cette criminelle coutume.
Notre Saint eut un dévouement sans bornes pour le Pontife dont il était l'auxiliaire. Il le consola dans ses souffrances et lui prodigua, jusqu'à ses derniers moments, la tendresse et le respect d'un fils. Il termina lui-même son édifiante et laborieuse carrière vers le milieu du VIIIe siècle, après un épiscopat qui avait à peine duré trois ans.
Le clergé et les fidèles de Noyon rendirent de grands honneurs aux dépouilles d'Eunuce, auxquelles on donna, pour lieu de sépulture, l'oratoire de Saint-Georges. Au temps de Radbod qui fut élu évêque de Noyon en 1066, cet oratoire s'appelait l'église des Saints-Apôtres. On l'appela ensuite l'église Sainte-Godeberthe. Dix années après, le corps du Pontife fut levé de terre, à cause des miracles opérés à son tombeau, et transporté dans la cathédrale. Cette translation eut lieu le 17 avril avec celle des corps de saint Kommolin et de sainte Godeberthe. Par une disposition bienveillante de la Providence, il échappa aux sacrilèges appétitions des Normands qui, vers l'an 860, incendièrent la ville de Noyon. Reposé ensuite dans le monastère de Saint-Éloi, ses miracles et son culte l'y rendirent si célèbre, que ce monastère porta dans la suite le nom de Saint-Eunuce.
Vie des Saints du diocèse de Beauvais, par M. Fablet Sabatier.
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XI JOUR DE SEPTEMBRE
MARTYROLOGE ROMAIN.
A Rome, sur l'ancienne voie Salaria, au cimetière de Basile, la naissance au ciel des saints martyrs Protus et Hyacinthe, frères, eunuques de sainte Eugénie ; ayant été arrêtés en qualité de chrétiens sous l'empereur Gallien, et refusant de sacrifier aux idoles, ils furent rudement flagellés, puis décapités. — A Landozée, en Syrie, les saints martyrs Diodore, Diomède et Dolyme. — A Léon, en Espagne, saint Vincent, abbé et martyr. Vers 555. — En Égypte, saint Papinucce, évêque, un de ces illustres confesseurs qui, sous l'empereur Galère-Maximien, ayant eu l'œil droit
arraché et le jarret gauche coupé, furent condamnés aux mines ; plus tard, sous Constantin le Grand, il défendit généreusement la foi catholique contre les Ariens ; et, après avoir remporté sur eux plusieurs victoires, il mourut en paix. IVe s. — A Lyon, saint PATIENT, évêque. Vers 491. — A Verceil, saint Émilien, évêque. Vers 520. — A Alexandrie, sainte THÉODORE, qui, ayant péché par surprise, se repentit aussitôt de sa faute et l'expié sous l'habit religieux, par l'abstinence et la patience, dans lesquelles elle persévéra jusqu'à sa mort, sans être connue de personne. Vers 480.
## MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ.
Au diocèse d'Alby, saint Nicolas de Tolentino, confesseur, de l'Ordre des Ermites de Saint-Augustin, et dont nous avons donné la vie au jour précédent. Vers 1310. — Au diocèse de Carcassonne, sainte Eugénie de Rome, dont nous donnerons la vie au 25 décembre, jour où elle est citée au martyrologe romain. 258. — Au diocèse de Cabars, sainte Pulchérie, vierge, impératrice d'Orient, et dont nous avons donné la vie au jour précédent. 453. — Au diocèse de Versailles, saint Corbinien, premier évêque de Freisingen (Bavière) et confesseur, cité au martyrologe romain du 8 septembre, où nous avons donné quelques détails sur sa vie. 730. — Au Puy, en Velay, saint Marcel, évêque (on ne sait de quel siège) et martyr, décapité par les idolâtres auprès d'un orme qui prit son nom, et sur un rocher qui garda pendant de longues années des traces de son sang. Il y a une chapelle dédiée sous son invocation au lieu où l'on tient, par tradition, qu'il porta sa tête entre ses mains, après qu'elle eut été séparée du tronc. — A Cologne, saint Vullbert ou Villebert, archevêque de ce siège et confesseur. Il assembla (587) un concile dans sa ville métropolitaine, et assista l'année suivante à celui de Mayence. 890. — A Toul, diocèse actuel de Nancy, et à Laon, diocèse de Soissons, saint Bodon (Leudinus-Bodo), appelé par quelques hagiographes Leudvin, Leudin ou Leudin, dix-huitième évêque de cet ancien siège et confesseur. Il naquit dans le petit village de Meuse (Haute-Marne), diocèse primitif de Toul, de parents illustres par leur origine, leurs richesses et leur piété. Il s'engagea d'abord dans le mariage et épousa une personne de qualité, nommée Odile ; mais bientôt ce couple chrétien, gagné par l'exemple des vertus de sainte Salaberge, sœur de Lodon, quitta le monde et se consacra entièrement au service de Dieu. Bodon fit successivement élever les monastères de Bonnevaux, d'Étival et d'Ollouville qu'il dota de ses biens patrimoniaux. Ses vertus l'élevèrent sur le siège épiscopal de Toul, laissé vacant par la mort d'Eberin ; son épiscopat fut de courte durée. Son corps fut déposé dans le cimetière de Saint-Mansuy, et, plus tard, transféré dans le monastère de Saint-Jean de Laon. Entre 660 et 680. — Au diocèse du Mans, saint ALMÈRE ou ALMES, solitaire et abbé. Vers 560. — A Wintershoven, sur la rivière de Hesek, à l'occasion de Maastricht (Anvers hollandais), sainte Vinciane ou Vincienne, vierge romaine, sœur de saint Landvald (19 mars), missionnaire des Pays-Bas ; elle seconda son frère, autant que son état le lui permit, dans l'œuvre de la propagation de la foi, et mourut à Wintershoven où son corps fut enterré par son frère : en 660 il fut transféré au couvent de Saint-Bavon, à Gand. 653. — Dans les solitudes du Passais (Orne), au diocèse primitif du Mans, les saints Ernée et Alnès, ermites, dont nous avons donné la vie au 9 août. VIe s. — A Luxeuil (Haute-Saône), diocèse de Besançon, saint ADELPHIE, abbé de Bémiremont (Romarici mons), au diocèse de Saint-Dié. 670.
## MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX.
**Martyrologe de l'Ordre de Saint-Basile.** — A Alexandrie, sainte Théodore, qui, ayant péché par surprise, en conçut un si vif repentir qu'elle prit l'habit religieux sous la Règle de Saint-Basile, et, sans être connue de personne, persévéra jusqu'à sa mort dans les exercices de l'abstinence et de la patience. Vers 480.
**Martyrologe de l'Ordre des Ermites de Saint-Augustin.** — Sainte Rose de Viterbe, dont il
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est fait mention le 4 septembre, et qui est honorée aujourd'hui dans notre Ordre. 1252.
Martyrologe des Mineurs-Capucins de Saint-François. — A Offida, dans la Marche d'Ancône, diocèse d'Ascoli, le bienheureux BERNARD, de l'Ordre des Capucins, illustre par la simplicité de son cœur et l'innocence de sa vie, et brûlant d'une étonnante charité pour Dieu et pour les hommes, surtout pour les pauvres et les indigents; c'est le 22 août qu'il prit son essor vers le ciel. Comme, après sa mort, il brillait par de grands miracles, le pape Pie VI le mit solennellement au rang des Saints, dans la Basilique Vaticane. 1694. — Le troisième dimanche de septembre, la fête des Sept-Douleurs de la bienheureuse vierge Marie.
Martyrologe des Chanoines réguliers. — A Pibrac, saint Pierre, confesseur, qui gouverna le monastère de Chanoines réguliers fondé par lui dans cette ville, forma ses disciples à la parfaite observance de la vie régulière, et s'envola vers le Seigneur le 8 septembre, entouré d'une grande renommée de sainteté. 1680.
Martyrologe de l'Ordre des Carmes déchaussés. — Dans les États de l'Église et en Étrurie, saint Jérôme Miani ou Émiliani, confesseur. 1537.
## ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLANDISTES ET AUTRES HAGIOGRAPHES.
A Zurich (Tigurum), ville de Suisse, sur la Limmat, saint Félix, sainte Régule, sa sœur, et saint Exupère ou Exupérance, leur serviteur, martyrs. Échappés au massacre de la légion thébéenne, ils se réfugièrent à Ursal (canton d'Uri), puis à Glaris, et enfin à Zurich. Ils s'y bâtirent de leurs propres mains une petite cellule, à l'endroit où se trouve aujourd'hui l'église de Wasserkirche (église au bord de l'eau), et s'occupèrent à prêcher l'Évangile aux habitants encore idolâtres : aussi les virent-on comme les premiers apôtres de la Suisse. Dèce, proconsul romain, qui résidait alors au château de Zurich, et gouvernait au nom de l'empereur Maximien, fit arrêter les généraux athlètes de la foi, et, après plusieurs supplices, ordonna de leur trancher la tête. L'église de Wasserkirche s'élève sur leur tombeau : elle a été agrandie par Charlemagne. 303. — A Gravedona (Grabadona), ville d'Italie, dans l'ancien duché de Milan, invention des corps des saints martyrs Matthieu et Gusmée. Ils furent déposés en 1637 dans la basilique de Saint-Fidèle qui fut dès lors dédiée sous leur invocation. 11e s. — A Alexandrie, les saints martyrs Syr et Sérapion, cités par les apographes de saint Jérôme. — A Porto (Portus Romanus), bourg des États de l'Église, les saints Ingéon et Hippolyte, martyrs, cités à la même source. — Dans la Calabre, région de l'ancien royaume de Naples, saint Elie de Reggio, surnommé le Spétiente (c'est-à-dire l'habitant des casernes, du mot grec Σοφίσεως), abbé et confesseur. Il ne faut pas le confondre avec saint Elie le Jeune, surnommé de Galatie, d'un bourg qui possède une église dédiée sous son invocation. Il vécut longtemps dans la solitude, puis se retira dans un monastère de Reggio dont il devint abbé. Pendant sa vie, Dieu lui accorda de faire de nombreux miracles qui se continuèrent, après sa mort, sur son tombeau. Vers 960. — A Alberschwende, près de Brégaz, dans le Tyrol, le bienheureux Merbod ou Marbelt, prêtre et martyr, déjà cité au même martyrologe sous le 23 mars. Il naquit de l'illustre et très-ancienne famille des comtes de Brégaz, et passa sa jeunesse dans un monastère de cette ville, sous la Règle de Saint-Benoît. Plus tard, ses vertus l'appelèrent à la cure d'Alberschwende; des scélérats, irrités des reproches qu'il leur faisait sur leur mauvaise conduite, l'assassinèrent dans la forêt de Brégaz. Son corps fut déposé dans son église paroissiale, et de si nombreux prodiges se sont opérés sur son tombeau, qu'il est dans la plus grande vénération parmi les habitants de cette paroisse. 1120. — A Cingoli, ville d'Italie, dans l'ancienne Marche d'Ancône, sainte Spérande ou Spérandée de Gubbio, vierge, abbesse du monastère bénédictin de Saint-Michel de Cingoli. Son corps, enseveli dans son monastère, fut levé de terre en 1497, et trouvé sans aucune marque de corruption; on le dépose alors dans une chapelle où il se voit encore. 1276 ou 1278. — Au Japon, les bienheureux martyrs Gaspard Cotenda, François et Pierre; le premier était du sang des rois de Firando, et catéchiste des Pères de la Compagnie de Jésus. 1622.
Événements marquants
- Entrée au noviciat des Jésuites à Nole le 23 décembre 1584
- Ordination sacerdotale en 1594
- Départ pour les Indes le 10 avril 1596
- Arrivée à Nangasaki au Japon en 1602
- Nomination comme procureur de la province du Japon
- Arrestation en décembre 1618 dans la maison de Dominique Georges
- Captivité de quatre ans dans la prison de Suzutat
- Martyre par le feu sur la Colline Sainte de Nangasaki
Miracles
- Sauvé miraculeusement de la noyade lors de la traversée d'un fleuve près de Miyako
- Connaissance surnaturelle de son arrestation future
Citations
Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum
Je vous remercie de m'avoir fait prisonnier, et je suis bien loin de vous le reprocher