Bienheureux François de Posadas

de l'Ordre des Frères Prêcheurs

Fête : 20 septembre 17ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Religieux dominicain né à Cordoue au XVIIe siècle, François de Posadas se distingua par sa dévotion précoce à la Vierge et son humilité face aux persécutions familiales. Prédicateur renommé et confesseur doué de lumières prophétiques, il vécut de nombreuses extases mystiques avant de mourir subitement en 1713.

Biographie

LE BIENHEUREUX FRANÇOIS DE POSADAS,

DE L'ORDRE DES FRÈRES PRÊCHEURS.

Nous avançons plus rapidement dans l'amour de Dieu, quand nous sommes d'abord, au sein de cette charité, le fait de l'amour du prochain. Saint Grégoire le Grand.

Le bienheureux François naquit à Cordoue le 25 novembre 1644. Son père s'appelait Étienne-Martin Losada, et sa mère, Marie Fernandès y Posadas : ils étaient tous deux d'une ancienne et noble famille de Lama de Arcos, dans le royaume de Castille ; mais ils avaient été ruinés et obligés de s'enfuir de leur pays, pendant la guerre que firent les Portugais pour se séparer de l'Espagne, sous Philippe IV. Quelques jours après sa naissance, sa mère le porta dans la chapelle de Notre-Dame du Rosaire, au royal couvent de Saint-Paul, et l'offrit à la sainte Vierge.

On vit dès lors ce que ce jeune enfant serait un jour, car le lundi, le mercredi et le vendredi, il ne prenait le sein qu'une seule fois, vers le soir. Le premier mot qu'il prononça fut le nom de Marie, et ses premières paroles la Salutation angélique. À l'âge de cinq ans, il commença à se confesser avec une attention et un jugement qui étonnaient fort ses confesseurs ; à sept ans, on l'admit à la Table sainte. Chaque jour il servait plusieurs messes dans l'église des Dominicains de Saint-Paul. Il jeûnait durant le Carême, et les vendredis au pain et à l'eau. Il était plein de compassion pour les pauvres, leur donnant tout ce qu'il pouvait mettre de côté pour eux dans sa pauvre maison. Il avait obtenu de sa mère deux images, l'une de Notre-Seigneur, l'autre de la très-sainte Vierge : il les plaça sur une sorte d'autel ; tous les jours il y allait réciter le Rosaire. Il réunissait quelquefois les enfants de son âge, et, parcourant en procession les rues de la ville, il chantait avec eux le Rosaire, après la récitation duquel François leur faisait un petit sermon et leur donnait des avis. Il disait aux uns : « Pourquoi offensez-vous Dieu, qui nous donne l'être, et qui nous le conserve ? » — « Faites attention à vos paroles », disait-il à d'autres, « parce que vous serez tous deux la proie du démon, l'un pour avoir parlé, et l'autre pour l'avoir écouté ». S'il rencontrait une croix sur son chemin, il s'agenouillait et faisait mettre à genoux ses petits compagnons en disant : « Ô croix, sur laquelle mon Dieu est mort, c'est toi qui me sépares de la maudite compagnie du démon ». Quand il allait jouer avec ses camarades au pied de la Sierra Moréna, pendant qu'ils s'amusaient, il se retirait dans quelqu'une des grottes de la montagne pour prier et faire pénitence.

Notre-Seigneur montra, dès ce temps, combien il lui était cher, en le sauvant de plusieurs périls de mort où il se trouva. Ayant été atteint de la peste, il guérit contre tout espoir. Une fois qu'il tombait dans un puits profond, en voulant cueillir une fleur, il resta miraculeusement suspendu en l'air, et fut retiré de là sans savoir comment ce secours lui était venu.

Une autre fois, se baignant dans le fleuve, il était entraîné par l'eau et allait se noyer, lorsque, ayant invoqué la Mère de miséricorde, il se trouva tout à coup sur la rive. La très-sainte Vierge, qui le protégeait, lui apparut en songe, tenant plusieurs rosaires à la main, et l'invita à en prendre un, pour le récompenser sans doute de sa constance à réciter cette prière. Son ange gardien se fit voir aussi à lui sous la figure d'un très-bel enfant vêtu de l'habit de Saint-Dominique.

Le Bienheureux connaissait le vœu de sa mère, et son plus vif désir était d'entrer un jour dans l'Ordre des Frères Prêcheurs ; mais son père étant mort depuis longtemps, sa mère s'était remariée à un homme d'un caractère étrange, qui ne voulut pas lui permettre d'apprendre le latin et le plaça chez un ouvrier pour y faire son apprentissage. Celui-ci, poussé par le démon, le maltraitait souvent. Le Bienheureux, frappé par son patron, affligé par son beau-père, mettait son affection et ses espérances en Dieu, ce qui redoublait la rage de l'enfer. Voyant que l'habitude de réciter le Rosaire lui avait gagné le cœur de la très-sainte Vierge et lui attirait beaucoup de grâces, le démon lui apparut sous la forme d'un nègre et chercha à lui arracher le Rosaire qu'il portait au cou. Le saint jeune homme le retint d'une main, tandis que, de l'autre, faisant le signe de la croix, il dit au démon : « Regarde la croix » ; ce qui le mit en fuite. Depuis, voyant que le Rosaire était si redoutable au démon, il en eut toujours deux, l'un au cou, l'autre à la main. Le démon s'en venge, en le frappant plusieurs fois. Dieu le permettait ainsi, afin d'exercer la patience et l'humilité de son serviteur, et de lui donner les moyens de suivre sa vocation. Et, en effet, quelques personnes s'étant aperçu des poursuites du démon et craignant que François ne fût possédé, on le fit interroger par un prêtre instruit, qui, après mûr examen, répondit : « Faites savoir à ses parents qu'il faut le mettre à l'étude, afin qu'il puisse devenir religieux, et qu'alors tout cessera ».

Sa mère y consentit sans peine, mais son beau-père refusa de le recevoir. Un bon religieux du couvent de Saint-Paul, touché de sa misère, lui offrit un asile dans sa cellule. Le Bienheureux avait dix-sept ans. Il apprit la grammaire avec les enfants, se réjouissant des moqueries et des opprobres dont on l'accablait. Il fuyait les conversations inutiles, travaillait et priait. On reconnut bientôt qu'il avait une grande facilité pour l'étude et une très-belle intelligence. Dépassant rapidement tous ses condisciples, il apprit parfaitement à parler latin.

Sa mère étant devenue veuve une seconde fois, son fils put demeurer avec elle ; il la soignait et la servait avec tant d'attention et de tendresse, que sa mère disait à tous ceux qu'elle connaissait : « Mon fils est un saint ; il me lave et me baise les pieds ; il me fait mon lit, il m'obéit en tout, et me donne toute sorte de marques d'amour ». Dans sa vieillesse, le Bienheureux disait lui-même : « Si Dieu use de miséricorde envers moi, c'est à cause de la bonne volonté avec laquelle j'ai toujours obéi à ma mère ». Quand il eut été plusieurs fois nommé évêque, il disait encore : « Je n'attribue ces honneurs qu'à Dieu, qui peut-être aura voulu récompenser ainsi l'ardent désir que j'ai toujours eu d'honorer ma mère ».

Cependant, le temps d'accomplir son vœu étant venu, sa mère lui proposa de faire les démarches nécessaires pour entrer au royal couvent de Saint-Paul ; mais les religieux de cette noble maison le refusèrent, non pas à cause de sa famille, qui était ancienne, mais de l'état de revendeuse qu'exerçait sa mère. Ce fut un grand chagrin pour la pauvre femme, qui

20 SEPTEMBRE.

engagea son fils à se présenter dans un couvent d'un autre Ordre, où on l'accueillit avec joie. Le jour fixé pour la prise d'habit, le Bienheureux, allant faire ses adieux à Notre-Dame du Rosaire, resta longtemps dans la chapelle sans la pouvoir quitter. À son retour, sa mère, le voyant si triste, lui demanda le sujet de ses larmes. « Je pleure », lui dit-il, « et je pleurerai toute ma vie, parce que, voulant être fils de Saint-Dominique, vous m'obligez à entrer dans une autre religion ». Elle courut alors consulter le dominicain qui l'avait reçu autrefois dans sa cellule. Ce bon religieux, trouvant le jeune homme si ferme dans sa vocation, lui donna un prétexte pour s'absenter de Cordoue ce jour-là, afin d'éviter la cérémonie de la prise d'habit et de pouvoir dégager sa parole. Il le recommanda ensuite au prieur du couvent de Scala-Cœli, qui n'était qu'à une lieue de Cordoue, sur les premières pentes de la Sierra Moréna. Là, après des informations qui furent excellentes, on le reçut tout d'une voix ; et, lui ayant donné l'habit, le prieur l'envoya au couvent de Sainte-Catherine de Jaen pour y faire son noviciat.

Quand le prieur de Saint-Paul apprit que François de Posadas s'était présenté à Scala-Cœli, il écrivit aussitôt pour s'opposer à son admission ; mais il était trop tard, et le Provincial, auquel il recourut, voyant les informations, confirma ce qui avait été fait. Le Bienheureux, après son année de noviciat, fut donc admis à la profession le 25 novembre de l'an 1663 ; il revint ensuite au couvent de Scala-Cœli, où le prieur de Saint-Paul lui fit donner l'ordre de ne jamais paraître à Cordoue, même pour visiter sa pauvre mère. C'était bien dur et bien humiliant. Dieu, qui l'éprouvait de la sorte, voulait lui donner de bonne heure une humilité si profonde et si solide, qu'elle pût supporter toutes les faveurs dont il le devait combler le reste de sa vie.

Le Bienheureux vivait donc isolé au couvent de Scala-Cœli, attendant les ordres du Provincial pour commencer les études de philosophie et de théologie, lorsqu'il fut envoyé à San-Lucar de Barraméda. Il s'y fit remarquer par son intelligence, et bientôt par sa sainteté ; car, ayant entendu prêcher le Père Gonzalez, de la Compagnie de Jésus, il se sentit tout enflammé de l'amour de Dieu. Dès lors il redoubla ses jeûnes et ses pénitences, s'adonna au service des pauvres, et voulut devenir en tout un parfait religieux. Quand il eut été ordonné prêtre, il se rendit aussitôt à Cordoue pour y dire sa première messe à l'autel de Notre-Dame de la Fontaine-Sainte, en accomplissement du vœu de sa mère ; puis il revint à San-Lucar, où on l'employa à la prédication. Il y convertit beaucoup de personnes. Une femme, entre autres, renonçant à toutes les vanités du monde, disait : « On ne peut plus faire autrement, après avoir entendu ce Saint ».

Ayant été rappelé à son couvent de Scala-Cœli, le Bienheureux passa par Cordoue. Le prieur de Saint-Paul, à qui l'on avait parlé de ses vertus, lui demanda de prêcher dans son église ; il y consentit volontiers ; mais les religieux, trop fidèles à leurs répugnances, refusèrent de l'entendre. Il souffrit avec patience cet affront, qui fut le dernier ; car, ayant eu occasion de prêcher dans les autres églises de la ville, les religieux de Saint-Paul, voyant tout le bien qu'il opérait, renoncèrent à leurs préjugés et finirent par se faire gloire de cet homme qu'ils avaient tant méprisé. L'un d'eux, et c'était celui-là même qui lui avait montré le plus d'antipathie, voulut réparer publiquement ses torts. Au sortir d'un de ses sermons, le cœur tout ému, il alla l'embrasser avec une grande tendresse, en présence d'un très-

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grand nombre de personnes, et, lui prenant la main, il la lui baisa humblement ; depuis, il l'accompagna dans plusieurs missions.

Le couvent de Scala-Cœli avait à Cordoue, tout auprès d'une des portes de la ville, un hospice où il venait quelques religieux pour prêcher et confesser, et pour recevoir les aumônes. Le Bienheureux y fut envoyé ; et il y demeura jusqu'à sa mort, hors le temps qu'il donnait aux missions. Le premier jour qu'il y arriva, il vit un ange qui lui fit entendre que c'était là qu'il porterait sa croix. Le soir, il sonna la cloche pour appeler les fidèles à la récitation du Rosaire. Le lendemain, il se mit au confessionnal, où les pécheurs accoururent en foule, de sorte qu'il y passait presque toute la journée et une partie de la nuit. Il y éprouva quelquefois de grandes tentations ; car Dieu lui amenait de pauvres âmes toutes souillées d'impurs péchés : mais le Seigneur le rendit comme mort, ce sont ses propres expressions, « et j'éprouvai », dit-il, « combien Dieu est généreux envers ceux que sa bonté expose au péril ».

A ce don le Seigneur ajouta une lumière prophétique qui lui faisait connaître l'intérieur de ses pénitents. « Ah ! traître », disait-il à l'un, « pourquoi me caches-tu tels et tels péchés ? » et il lui en indiqua le nombre et l'espèce. « Il faut encore vous confesser de cette faute », disait-il à un autre, « puisque vous l'avez commise et que vous ne vous en êtes pas accusé ». Et à une femme qui se taisait : « Voilà le péché que vous avez tant de honte d'avouer ». Il rappela à un homme deux fautes qu'il avait commises douze ans auparavant, et qu'il croyait bien cachées. Faisant une mission, il dit à une autre personne : « Comment venez-vous vous confesser sans déposer la haine que vous portez à votre fille ? »

Quelquefois la très-sainte Vierge lui envoyait des pécheurs à convertir. Cette bonne Mère apparut un jour à une femme qui menait une vie criminelle : « Va te confesser », lui dit-elle, « au Père Posadas ». Elle le fit, et devint un modèle de pénitence. Les saints anges aidaient aussi le Bienheureux dans l'exercice de son ministère. Un soir qu'il allait confesser, par un temps pluvieux, une femme qui était en péril de mort, sa lanterne s'éteignit ; mais aussitôt on vit une torche l'éclairer jusqu'à la maison et l'accompagner au retour jusqu'à l'hospice. Une autre fois, qu'il était assis auprès de son confessionnal, il vit entrer dans l'église deux femmes, à l'une desquelles il dit : « Venez ici, ma fille, le Seigneur vous appelle, venez vous confesser ». Cette femme, devant les yeux sur lui, s'aperçut qu'il était environné d'une lumière céleste. Alors, quoiqu'elle n'eût eu, en venant à l'église, aucune intention de se réconcilier avec Dieu, elle se mit à genoux et employa toute cette matinée à faire une confession générale. Elle partit si sincèrement repentante, qu'elle répara tous les scandales qu'elle avait donnés.

Le Bienheureux touchait sans peine les cœurs les plus endurcis, parce que lui-même avait le cœur rempli d'une vive douleur de ses péchés. Il dit un jour à une personne qui, le trouvant tout en pleurs, lui demandait ce qu'il avait : « Que voulez-vous que j'aie, sinon que je suis l'homme le plus vil, le plus misérable, le plus infâme, le plus ingrat qu'il y ait sur la terre ? » Et, dans les derniers temps de sa vie, il disait encore à son confesseur : « Mon Père, je voudrais avoir un si grand regret de mes fautes, que tous les matins, au saint sacrifice, je demande à Notre-Seigneur de m'en accorder la contrition dans sa miséricorde infinie ».

Et, en effet, il pleurait presque continuellement pendant la messe. Il se croyait si indigne de toucher son Seigneur, qu'on l'entendait répéter :

20 SEPTEMBRE.

« Oh ! quelle fatalité, un Dieu descendre dans ces mains ! » À l'Élévation, son corps devenait tout tremblant, et il ne pouvait parvenir à étouffer ses sanglots. Un jour que Notre-Seigneur avait daigné lui apparaître dans la sainte Hostie, son agitation redoublant, les assistants craignirent que la sainte Hostie ne se brisât dans ses mains. D'autres fois il était ravi en extase, ses pieds se soulevaient sans qu'il s'en aperçût ; car il disait à son confesseur : « Je ne sais pas si c'est le terrain qui me manque, mais je ne comprends pas ce qui m'arrive. Plaise à Dieu que je lui sois reconnaissant de toutes ses grâces ! » Pendant qu'il prononçait les paroles de la Consécration, Notre-Seigneur lui dit avec tendresse : « Mon fils, c'est moi qui suis Celui qui suis ». Il resta quelques instants hors de lui ; puis, en élevant la sainte Hostie, son corps suivit son âme qui s'élevait à Dieu, et resta suspendu en l'air. Quand il redescendit, un grand nombre de personnes le virent tout environné de lumière. Cet éclat lumineux paraissait, au reste, fréquemment, pendant qu'il célébrait les saints Mystères ; les rides de son visage s'effaçaient ; son front devenait transparent comme le cristal ; ses joues, ordinairement pâles, étaient rouges comme du feu. À l'Évangile, on vit sortir de sa bouche un rayon lumineux qui éclairait le missel ; et deux fois, à la fête de la Pentecôte, il sortit de son corps une si éclatante lumière, que tout l'autel en fut illuminé.

La très-sainte Vierge lui apparaissait aussi pendant la messe, lorsqu'il la célébrait en son honneur. Le jour de la Nativité, par exemple, elle se faisait voir à lui comme elle était en son berceau, et, à la Compassion, comme elle était au pied de la croix. Les apôtres saint Pierre et saint Paul, la grande martyre sainte Catherine, à laquelle il était très-dévot, et beaucoup d'autres Saints se montraient encore à lui, durant le saint Sacrifice, à l'occasion de leur fête. Les anges eux-mêmes l'assistaient, soutenant ses bras à l'élévation, ou tenant des cierges allumés. Et l'on ne saurait s'en étonner, car les anges et les archanges, qui sont nos gardiens sur la terre, assistent avec un grand respect au saint Sacrifice de la messe, adorant Notre-Seigneur avec une humilité profonde dans le sacrement de son amour. Nos yeux ne sont pas dignes de les voir, et la plupart du temps nous ne songeons pas même à eux, quoiqu'ils prient constamment pour nous, n'ayant besoin de rien pour eux-mêmes. Mais, trouvant dans le Bienheureux une âme pure et un dévoué serviteur de leur Maître, ils aimaient à le rendre témoin des témoignages de respect qu'ils donnaient à leur commun Seigneur.

Beaucoup de personnes recouvrèrent la santé de l'âme, et d'autres celle du corps, en entendant la messe du saint religieux. Quand il descendait de l'autel, les malades le priaient de leur réciter l'Évangile, de leur imposer les mains, ou de faire sur eux le signe de la croix, et ils étaient guéris. Il rendit de la sorte la vue à un aveugle, ce que tout le monde sut parfaitement dans Cordoue. Une femme, que les médecins avaient avertie de se préparer à la mort, lui demanda, après qu'elle se fut confessée, de laver ses doigts et de lui donner de cette eau à boire. « Que peut-il y avoir de bon dans mes doigts ? » dit le Bienheureux — « Mon Père », reprit le malade, « votre révérence ne vient-elle pas de dire la sainte messe ? Or, quel plus grand honneur pour vos mains, que d'avoir porté un Dieu ? » — « Vous avez raison », dit-il, « que votre foi vous soit en aide ». Il se lava les mains, lui donna de cette eau, et, aussitôt qu'elle en eut bu, elle fut guérie.

Comme il savait l'heure où il devait sortir de ce monde, et le genre de mort que Dieu lui réservait : « Je mourrai subitement », dit-il plusieurs fois, « et ce sera bientôt ». Le 20 septembre de l'an 1713, ayant dit sa

SAINT AGAPET OU AGAPIT Ier, PAPE ET CONFESSEUR.

messe avec la plus tendre dévotion, il se mit au confessionnal. Il y avait beaucoup de monde dans l'église, et l'on remarqua qu'il avait l'air tout joyeux. Il donna à chacun de ses pénitents de salutaires avis, en leur faisant entendre que ce seraient les derniers. « Il est nécessaire », dit-il à l'un d'eux, « que je vous donne une règle de vie, car mes infirmités s'accroissent, et plus tard je ne sais si je le pourrai faire ».

En rentrant dans l'hospice, un religieux le pria de le tirer d'une inquiétude qui le désolait. Ils s'assirent sur un banc, et le Bienheureux, l'ayant écouté avec une affectueuse attention, lui rendit la paix. À midi, un religieux l'appela pour dîner. En s'asseyant pour se mettre à table, il eut une attaque d'apoplexie, et perdit connaissance. On le porta sur son lit, où il eut une sueur abondante. Les médecins ayant perdu tout espoir, on lui donna l'absolution et l'Extrême-Onction, avec les indulgences de son Ordre et de la confrérie du Rosaire. Les religieux, croyant qu'il allait passer, lui chantèrent le Credo : dernier acte de foi d'une âme qui va paraître devant son Créateur, son Rédempteur et son Juge. Comme on vit qu'il respirait, on lui suggéra de pieuses oraisons jaculatoires qu'il entendait et comprenait. À cinq heures, sa tête s'affaissant, on lui chanta encore le Credo ; après quoi il parut reposer un peu. À sept heures, les religieux s'apercevant qu'il allait mourir, et ayant peine à retenir leurs larmes, lui chantèrent une troisième fois le Credo, pendant lequel il expira doucement, le 20 septembre 1713 : il était dans sa soixante-neuvième année.

Il fut enseveli dans un tombeau particulier qu'on avait fait dans la sépulture des religieux. Le Bienheureux opérant beaucoup de miracles, on fit des démarches pour sa canonisation, et le pape Pie VII le béatifia en 1818.

Extrait de l'Année Dominicaine. — Cf. Les Saints et les Bienheureux du XVIIIe siècle, par M. l'abbé Darms.

Événements marquants

  • Naissance à Cordoue le 25 novembre 1644
  • Entrée au noviciat au couvent de Sainte-Catherine de Jaen
  • Profession religieuse le 25 novembre 1663
  • Ordination sacerdotale et première messe à Notre-Dame de la Fontaine-Sainte
  • Ministère de prédication et de confession à l'hospice de Cordoue
  • Mort d'une attaque d'apoplexie en 1713
  • Béatification par Pie VII en 1818

Miracles

  • Jeûne mystique dès l'enfance (ne tète qu'une fois les jours de jeûne)
  • Sauvé de la peste et d'une chute dans un puits
  • Lévitation et transfiguration lumineuse pendant la messe
  • Don de prophétie et connaissance des cœurs au confessionnal
  • Guérison d'un aveugle et d'une femme mourante par l'eau de ses ablutions

Citations

Ô croix, sur laquelle mon Dieu est mort, c'est toi qui me sépares de la maudite compagnie du démon

— Paroles d'enfance rapportées dans le texte

Si Dieu use de miséricorde envers moi, c'est à cause de la bonne volonté avec laquelle j'ai toujours obéi à ma mère

— Propos du Bienheureux dans sa vieillesse

Date de fête

20 septembre

Époque

17ᵉ siècle

Décès

20 septembre 1713 (naturelle)

Invoqué(e) pour

conversion des pécheurs, guérison des malades, recouvrement de la vue

Autres formes du nom

  • Francisco de Posadas (es)

Prénoms dérivés

François, Francisco

Famille

  • Étienne-Martin Losada (père)
  • Marie Fernandès y Posadas (mère)
  • Non nommé (beau-père)