Le Bienheureux Gentil de Matelica
Frère Mineur, Martyr à Toringie
Résumé
Religieux franciscain du XIVe siècle, Gentil de Matelica fut un missionnaire zélé en Orient après avoir vécu au Mont-Alverne. Doté du don des langues et de bilocation, il convertit des milliers de personnes en Perse avant de mourir martyr à Toringie en 1340. Ses reliques reposent à Venise.
Biographie
LE BIENHEUREUX GENTIL DE MATELICA,
FRÈRE MINEUR, MARTYR À TORINGIE, EN PERSE
5 SEPTEMBRE.
Sa vie fut tout embaumée de piété et de pureté, et, à peine parvenu à l'adolescence, il se consacra à Dieu dans l'Ordre séraphique.
Après de brillantes études, il fut promu au sacerdoce, puis envoyé au Mont-Alverne. Ce lieu, célèbre à tout jamais par le séjour qu'y avait fait saint François, et par le prodige des stigmates qu'il y reçut, était la demeure de religieux choisis parmi les plus fervents. Le bienheureux Gentil, tout pénétré des souvenirs que lui rappelait la sainte montagne, s'appliqua avec un zèle indicible à marcher sur les traces du séraphique Père, et bientôt il apparut comme un modèle accompli de toutes les vertus.
Les religieux du Mont-Alverne, justes appréciateurs de ses mérites, l'élevèrent par deux fois à la charge de gardien. Gentil, par ses qualités aimables, gagna les cœurs de tous ses Frères; en même temps, il sut leur inspirer une sainte ardeur pour leur perfection, et maintenir parmi eux l'observance de la Règle dans toute sa pureté.
Le bienheureux Gentil parlait peu; mais, en revanche, il priait beaucoup. Non content de consacrer à l'oraison une grande partie du jour, il passait très-souvent la nuit aux pieds du très-saint Sacrement, absorbé dans la contemplation des choses divines, et le cœur rempli d'une joie toute céleste. Dans ses entretiens prolongés avec Dieu, il puisait ces heureuses inspirations qu'on remarquait dans ses discours, empreints de cette éloquence douce et persuasive qui va droit au cœur.
Il saisissait toutes les occasions d'annoncer au peuple la parole de Dieu; et le peuple était toujours avide de l'entendre. L'éloquence de sa prédication, soutenue par une vie austère et par un zèle que rien ne rebutait, ramena dans les sentiers de la vertu de nombreuses victimes du vice. Le miracle venant aussi à l'appui de sa parole, il put faire connaître la vérité à des âmes que l'erreur avait enveloppées de ses ténèbres épaisses. Après avoir évangélisé diverses contrées de l'Italie, pendant plusieurs années, notre Bienheureux obtint de ses supérieurs la permission d'aller prêcher la foi dans le Levant.
Avant de partir, il alla dire adieu à son père. Celui-ci, infirme et avancé en âge, se plaignait amèrement de ce que son fils le délaissait ainsi au déclin de sa vie: « Mon fils », lui disait-il, « vous ne voulez donc pas rester pour fermer les yeux à votre père, et le déposer dans la tombe ? » — « Mon père », répondit le Bienheureux, « je vous promets devant Dieu de revenir vous assister à vos derniers instants, et vous rendre les derniers devoirs. » — Consolé par cette promesse, le vieillard bénit son fils et le laissa aller.
Gentil parcourut successivement l'Égypte et la Palestine, puis il s'enfonça dans l'intérieur de la Perse. Cependant, malgré tous ses efforts et toute sa bonne volonté, il n'avait pu arriver à parler la langue arabe. Aussi, découragé, songeait-il à reprendre le chemin de l'Europe. C'était une épreuve par laquelle Dieu faisait passer son serviteur; bientôt il lui fit connaître sa sainte volonté.
Celui qui donne, quand il lui plaît et à qui il lui plaît, la vocation apostolique, le Sauveur Jésus, lui apparut un jour, et lui dit, comme autrefois au Prophète: « Voici, que j'ai placé ma parole sur tes lèvres; partout où je t'enverrai, tu iras; et tout ce que je t'aurai révélé, tu le diras de ma part à ces nations infidèles. » Au même instant, rempli de l'Esprit de Dieu, le Bienheureux reçoit le don des langues, et parle avec la plus grande facilité l'arabe et l'idiome persan.
Les conversions qu'il put alors opérer furent vraiment prodigieuses; on évalue à quinze mille au moins le nombre des infidèles et des Juifs auxquels
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il conféra le baptême. Le saint missionnaire ne négligeait rien de ce qui pouvait affermir dans la foi ses chers néophytes; ses jeûnes étaient continuels, son vêtement rude et pauvre, et, par amour pour Jésus-Christ, il méprisait comme de la boue toutes les choses de la terre. Exact observateur de la pauvreté évangélique, il ne prélevait sur les aumônes qui lui étaient faites que ce qui était strictement nécessaire à sa subsistance pour le jour présent, et, sans se préoccuper du lendemain, il faisait distribuer tout le reste aux autres pauvres.
Aussi, la confiance que ces peuples avaient pour leur apôtre était sans bornes. Lorsqu'on leur demandait quelle était leur croyance, ils répondaient : « Nous croyons la foi de frère Gentil. » Le ciel, d'ailleurs, confirmait par de nombreux prodiges la prédication du missionnaire. Ainsi, maintes fois, pendant qu'il prêchait, des multitudes d'oiseaux de différentes espèces venaient se rassembler autour de lui ; et, à la vue de l'auditoire émerveillé, ils paraissaient l'écouter avec attention.
Le don de prophétie ne manqua pas non plus à notre Bienheureux. Le Schah de Perse, ayant fait arrêter et jeter en prison tous les marchands vénitiens qui trafiquaient dans ses États, la république de Venise envoya à ce prince une ambassade, à la tête de laquelle était le célèbre Marc Cornaro. Ces ambassadeurs rencontrèrent sur leur chemin notre Bienheureux et l'emmenèrent avec eux. Chemin faisant, Cornaro tomba malade et fut, en peu de jours, réduit à l'extrémité. Gentil ne cessa de lui prédire sa prompte guérison, les vicissitudes et les épreuves qui l'attendaient, et il lui annonça enfin qu'un jour il serait, lui Cornaro, doge de Venise. Tout arriva comme le serviteur de Dieu l'avait prédit.
Gentil entreprit le pèlerinage du Mont-Sinaï, où reposent les reliques de sainte Catherine, vierge et martyre. Il y alla avec toute l'ambassade vénitienne. Or, un jour, il disparut soudain du milieu de ses compagnons de voyage; son absence dura huit jours, après lesquels il reparut au milieu des pèlerins étonnés. Son extérieur était aussi calme que s'il n'eût point bougé de place. Cornaro le pressa par toutes sortes de questions de lui découvrir où il était allé et ce qu'il avait fait pendant ces huit jours. Le serviteur de Dieu ne put s'empêcher d'avouer confidentiellement à son interlocuteur qu'il était allé en Italie, assister son père à ses derniers instants, qu'il avait présidé les funérailles, et pris part ensuite au conseil de famille pour le règlement des affaires.
Dès son retour en Italie, Cornaro alla aux informations, et tous les habitants de Matelica lui attestèrent qu'en effet Gentil était venu passer huit jours dans sa ville natale, qu'il avait assisté à la dernière maladie de son vieux père et qu'il n'était reparti qu'après les obsèques. La présence du Bienheureux dans sa patrie coïncidait exactement avec l'époque et la durée de sa disparition sur le Mont-Sinaï.
Gentil parcourut ensuite en apôtre l'Arabie, et la Perse, remportant chaque jour de nouvelles victoires sur la secte impie de Mahomet. Il vint jusqu'à Trébizonde et Sarmastro, qu'il évangélisa, ainsi que les contrées environnantes. Son zèle y brilla avec plus d'éclat que jamais, autorisé par une infinité de miracles et récompensé par de nombreuses conversions d'infidèles.
Cependant, Dieu voulait couronner les travaux de son fidèle serviteur par l'auréole du martyre. Comme il prêchait à Toringie, ville de la Perse septentrionale, les farouches sectateurs de Mahomet, irrités des nombreuses conquêtes spirituelles qu'il faisait sur eux et des prodiges éclatants qu'il
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opérait, le mirent cruellement à mort, le 5 septembre de l'année 1340.
Les précieuses reliques du saint martyr, obtenues à prix d'argent, par un noble Vénitien, nommé Nicolas Querini, furent transportées à Venise et déposées dans l'église des Frères Mineurs Conventuels, où elles sont encore. De nombreux prodiges accompagnèrent leur translation.
Le culte immémorial du serviteur de Dieu fut solennellement approuvé par le pape Pie VI; et, depuis, sa fête est célébrée par les Frères Mineurs, Observants et Conventuels, et par le clergé de Matelica, le 5 septembre, jour anniversaire de sa précieuse mort.
Tiré des Annales Franciscaines, tome VI.
Événements marquants
- Entrée dans l'Ordre séraphique à l'adolescence
- Séjour et charge de gardien au Mont-Alverne
- Mission d'évangélisation en Italie, Égypte et Palestine
- Don des langues (arabe et persan) reçu par vision divine
- Bilocation entre le Mont-Sinaï et Matelica pour les funérailles de son père
- Martyre à Toringie par les sectateurs de Mahomet
Miracles
- Don des langues (arabe et persan)
- Bilocation du Mont-Sinaï vers l'Italie
- Oiseaux s'assemblant pour écouter ses sermons
- Prophétie de l'élection de Marc Cornaro comme doge de Venise
Citations
Je vous promets devant Dieu de revenir vous assister à vos derniers instants, et vous rendre les derniers devoirs.
Voici, que j'ai placé ma parole sur tes lèvres; partout où je t'enverrai, tu iras.