Saint Pierre (Chaire de Rome)

Prince des Apôtres, Premier Pape, Vicaire de Jésus-Christ

Fête : 22 fevrier 1ᵉʳ siècle • saint

Résumé

La fête de la Chaire de saint Pierre à Rome célèbre l'établissement du Prince des Apôtres comme premier Pape dans la capitale du monde en l'an 44. Après avoir siégé sept ans à Antioche, il fixa son siège à Rome pour vingt-cinq ans, transmettant à ses successeurs le pouvoir des clefs reçu de Jésus-Christ. Cette solennité honore l'unité et la perpétuité du magistère romain.

Biographie

LA CHAIRE DE SAINT PIERRE, A ROME

Aujourd'hui l'Église catholique célèbre en quelque sorte sa Dédicace ; car elle célèbre l'anniversaire de la prédication de l'Évangile par saint Pierre à Rome, et de son installation comme premier Pape. Or, l'Église catholique n'est pas seulement apostolique, elle est encore romaine ; car c'est à Rome, capitale du monde catholique, que réside son chef visible, le vicaire de Jésus-Christ, le souverain Pontife, le Pape.

Dans ce long cours de bientôt dix-neuf siècles, depuis saint Pierre, que de dynasties se sont éteintes ou ont été renversées ! La surface du globe déchirée par la main des diplomates est tout autre aujourd'hui de ce qu'elle était alors. Une seule puissance est restée debout : c'est la puissance de celui qui est assis sur le trône fondé à Rome par le prince des Apôtres.

La sainte Église institua donc la fête de la Chaire de saint Pierre à Rome pour célébrer cette mémorable journée en laquelle le Prince des Apôtres, après avoir tenu sept ans son siège apostolique à Antioche, vint à Rome, l'an 44 du salut, et l'établit en cette ville, qui était la capitale du monde, et qui, en se convertissant à la lumière de l'Évangile par la prédication des Apôtres, devait être reconnue pour la maîtresse de la vérité.

On a ajouté à cette solennité celle de la confession de foi qui fut faite par ce Prince des Apôtres lorsqu'étant instruit, non par la chair et par le sang, mais par la révélation du Père éternel, il reconnut et confessa Jésus-Christ pour son fils par nature et pour le Sauveur du monde ; et que Jésus-Christ, en récompense de sa foi, lui dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et tout pouvoir de l'enfer ne prévaudra jamais contre elle ; et je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; et ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel ».

Par ces paroles, il l'établit son vicaire en terre et la pierre fondamentale de son Église, et apprit à chaque fidèle que, pour être incorporé dans ce corps mystique, il doit être uni avec cette première pierre qui lui sert de fondement, et vivre dans la foi et la doctrine de l'Église romaine enseignée par les successeurs de saint Pierre. C'est le bienfait qui nous est aujourd'hui représenté sous le nom et par la fête de la Chaire de saint Pierre à Rome. Nous devons donc entendre que l'Église catholique a sur la terre un pasteur visible qui la gouverne, comme vicaire et lieutenant de son Époux ; Jésus-Christ, avant de monter au ciel, a laissé ici-bas ce chef visible pour la conduire extérieurement avec la lumière, l'influence et l'esprit qui lui serait communiqué par lui-même, chef invisible.

Ce pasteur est unique et sans égal, parce que, comme la foi de l'Église est une, il faut aussi que le juge des causes de la même foi soit un, afin qu'il n'y ait en elle ni division ni diversité d'avis. De plus, comme en chaque famille bien ordonnée il y a un chef et un père de famille, comme un troupeau n'a qu'un pasteur, un navire qu'un pilote, une armée qu'un général, un royaume qu'un prince souverain, et que, s'il y en avait davantage, ce ne serait que confusion, de même, en l'Église (qui est appelée la famille, le troupeau, le navire et le royaume de Dieu), il est convenable qu'il n'y ait qu'un souverain pasteur, qu'un gouverneur, qu'un chef et qu'un monarque spirituel par qui elle soit gouvernée ; que le royaume spirituel de l'Église ne manque pas de ce qu'il y a de plus excellent dans les empires et les souverainetés temporelles qui rapportent leur conduite à un seul chef dont les sujets reçoivent la loi et ressentent la protection.

Il est encore raisonnable que la hiérarchie ecclésiastique soit semblable à la hiérarchie céleste ; or, en cette dernière, bien que nous y reconnaissions divers chœurs d'Anges, il est néanmoins un ange qu'ils reconnaissent tous comme le plus excellent et que l'on estime communément être saint Michel. Et si, en chaque paroisse, il y a un curé, en chaque église cathédrale un évêque, et en chaque province un métropolitain ; et s'il y a au-dessus des archevêques des primats et des patriarches, il est plus raisonnable que, par-dessus tous ces degrés et toutes ces dignités, il y ait en l'Église un Pape, c'est-à-dire un Père de tous les Pères, lequel puisse communiquer aux Pères inférieurs la puissance qui lui est propre et qui leur est nécessaire pour le bien de ses ouailles, et qui, comme pasteur universel, veille sur le troupeau de Notre-Seigneur répandu dans tout l'univers.

De plus, ce souverain pasteur ne doit pas seulement prendre le soin de paître ce troupeau par des pasteurs inférieurs ; mais il doit aussi rappeler à lui les brebis égarées et perdues, afin de changer les loups en agneaux et de convertir les Gentils au Christianisme, envoyant de bons prédicateurs pour les éclairer de la lumière du saint Évangile, comme nous voyons qu'il a toujours fait, et que le Saint-Siège apostolique le continue encore à présent. C'est pourquoi il était à propos que ce pasteur universel, non-seulement fût un, mais aussi perpétuel, et qu'il durât par une succession légitime jusqu'à la fin des siècles : puisque l'Église doit être perpétuelle, et qu'il doit toujours exister des ouailles de Jésus-Christ ; autrement la Providence divine serait défectueuse (s'il est permis de parler ainsi), puisqu'elle aurait fondé l'Église, qui doit durer à jamais, sur la vie d'un homme mortel et fragile.

Ainsi, quand Jésus-Christ dit à Pierre : Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, il ne les promettait pas à lui seul, mais à tous ses successeurs, comme quand Dieu dit à Adam : Tu es poussière et tu retourneras en poussière, il ne l'entendait pas seulement de la personne d'Adam ; mais il comprenait aussi en cette malédiction tous les enfants d'Adam. De même lorsqu'il promit à Abraham de lui donner la terre de Chanaan, en lui disant : Je te donnerai cette terre, il voulait dire qu'il la donnerait à ses enfants et à toute sa postérité. De même, dis-je, Jésus-Christ, promettant à saint Pierre les clefs du royaume du ciel, les assurait non-seulement à lui, mais encore à tous ses successeurs : autrement, sa promesse eût été de trop petite étendue ; et, comme nous l'avons dit, le Sauveur n'eût pas suffisamment pourvu au gouvernement et aux besoins de son Église, ne lui donnant pas une perpétuité de clefs qui en eussent la direction jusqu'à la fin du monde. Ce qui était même plus nécessaire depuis la mort de saint Pierre que durant sa vie ; car, tandis que ce saint Apôtre vivait, le nombre des fidèles était moindre ; d'ailleurs, les chrétiens, en ces commencements, selon les termes de l'Apôtre, ayant les prémices de l'esprit et buvant encore à la fontaine apostolique, étaient plus parfaits et plus ardents en l'amour de Dieu. Ils avaient donc moins besoin d'un maître extérieur qui leur enseignait cette doctrine et qui veillât pour les défendre de plusieurs hérésies, que ceux qui sont venus depuis, lorsqu'une foule d'erreurs ont été suscitées contre la parole de Dieu.

Ce pasteur universel et perpétuel, c'est l'évêque de la ville de Rome, dans laquelle saint Pierre demeura vingt-cinq ans et où, par l'ordre et la disposition éternelle de Dieu, il établit sa chaire non-seulement pour lui, mais aussi pour tous ses successeurs à jamais. Comme les généraux de certaines Congrégations ne sont pas seulement généraux et supérieurs de tout l'Ordre, mais, outre cela, abbés ou prieurs particuliers de quelque couvent, de sorte que celui qui est supérieur de cette maison est aussi général de toute sa religion (le prieur de la Grande Chartreuse de Grenoble, en France, est le général de toutes les autres Chartreuses, et les abbés de Prémontré, de Grandmont et de Cîteaux étaient aussi généraux de tout l'Ordre) ; de même, l'évêque de Rome est aussi général de toute l'Église.

Le fils de Dieu voulut triompher, par la main d'un pauvre pêcheur, de l'ambition de cette ville qui avait assujéti à son empire toutes les grandeurs de l'univers, suivant la prophétie d'Isaïe, et même de la sybille d'Érythrée qui, parlant des disciples de Jésus-Christ, dit ainsi : Il choisira douze pêcheurs, entre lesquels il y aura un démon (ce fut Judas), et, sans armes ni épées, il domptera la ville de Rome avec l'hameçon du pêcheur. Il voulut de plus honorer cette ville par-dessus toutes celles du monde et mettre la monarchie spirituelle au même lieu où la temporelle était assise auparavant, afin qu'elles s'entraidaissent et se donnassent la main l'une à l'autre ; la temporelle servant à la spirituelle, comme l'inférieure à la supérieure ; et afin qu'étant entre l'Orient et l'Occident, elle pût embrasser et gouverner plus aisément toutes les provinces du monde.

Saint Pierre reçut aussi les clefs de la main de son Maître, à savoir la clef de la science et la clef de la puissance ; parce que l'une et l'autre étaient nécessaires pour le bon gouvernement de l'Église : la science pour l'instruction des ignorants, et la puissance pour la direction des faibles et pour le châtiment des mauvais. En l'une et en l'autre, il lui donna pleinement tout ce qui lui était nécessaire pour conduire les âmes à Dieu, et, comme dit l'Apôtre, pour l'édification et non pour la destruction de l'Église. Il lui donna pouvoir d'assembler et de célébrer les Conciles, d'y présider, d'en confirmer les décrets et les définitions, d'instituer de nouveaux Ordres religieux, d'approuver leurs constitutions et de les proposer à toute l'Église comme des chemins assurés pour parvenir à la vie éternelle. Il lui donna pouvoir aussi d'examiner la vie, les miracles, la mort et les mérites des saints, de les déclarer tels et de les canoniser pour les rendre plus vénérables dans toute l'Église ; comme aussi de faire des lois qui obligent en conscience tous les fidèles ; d'interpréter les lois divines et de dispenser des lois humaines, au moins des lois ecclésiastiques, et enfin, de régler tout le droit que l'on appelle canonique. Il lui donna la puissance de consacrer des évêques, d'instituer des Églises et de les unir, diviser, transférer, étendre et retrancher, comme il serait plus convenable pour le bien des fidèles. Il lui donna autorité sur tous les autres évêques et pasteurs, sur tous les rois et les princes chrétiens de ce monde, parce qu'ils sont du nombre de ses ouailles ; et comme chrétiens, ils lui doivent obéir en ce qui concerne le salut de leurs âmes et celui de leurs sujets. Il lui donna pouvoir de distribuer les trésors de l'Église, d'accorder des indulgences et de pardonner les péchés, ce qui est le plus grand de tous les biens et un singulier bienfait de Dieu envers son Église.

A l'occasion de cette grande et divine puissance qui a été conférée à saint Pierre, le Pape, son successeur, est appelé « le Père de tous les pères, le Pontife des chrétiens, le souverain Prêtre ou le prince des prêtres, le Vicaire de Jésus-Christ, le chef du corps de l'Église, le fondement de l'édifice ecclésiastique, le Pasteur du troupeau de Notre-Seigneur, le Père et le Docteur de tous les fidèles, le Gouverneur de la maison de Dieu, le Gardien de sa vigne, l'Époux de l'Église, le Prélat du Siège apostolique, l'évêque universel ».

Ce sont les noms que les saints Conciles et les Docteurs de l'Église donnent à celui qui est assis sur la chaire de saint Pierre, laquelle est la chaire de la vérité, la mère de tous les ordres religieux, l'arbitre infaillible de toutes les questions de la foi, la règle certaine des bonnes mœurs, la lumière du ciel, l'organe de la volonté divine, la pierre de touche des livres saints, l'interprète de l'Écriture sainte, la gloire et l'ornement des Saints, la consolation des justes, la terreur des méchants, la ruine et le fléau des hérétiques, l'asile des affligés auquel, comme à un port assuré, ont eu recours tous les saints Prélats qui ont été injustement persécutés, comme saint Cyprien, saint Athanase, saint Chrysostome, Théodoret et beaucoup d'autres.

C'est pour reconnaître ce bienfait que l'Église célèbre aujourd'hui la fête de la Chaire de saint Pierre, afin de nous exciter à en rendre grâces à Dieu. Sur quoi saint Grégoire, pape, en son Missel, au livre des Sacrements, qui se garde dans la bibliothèque du Vatican, nous dit ces belles paroles : « Véritablement, mon Dieu, c'est une chose juste et digne de vous louer de ce que vous êtes si admirable en vos Saints, comme en ceux qui vous glorifient souverainement, qui font le plus bel ornement du corps mystique de votre Fils et qui servent de fondement à votre Église, laquelle vous avez révélée aux Prophètes et établie sur les Apôtres. Parmi ces Apôtres, vous choisissez le Bienheureux saint Pierre à cause de la confession qu'il fit de votre Fils unique ; et le posant pour pierre fondamentale de votre Église, vous le fîtes grand prêtre et dépositaire de vos Sacrements et lui donnâtes pouvoir de faire garder au ciel ce qu'il ordonnerait sur la terre. En considération de cet honneur, nous solennisons aujourd'hui cette fête et vous offrons des sacrifices de grâces et de louanges, par le même Seigneur Jésus-Christ ».

On garde et on montre encore à Rome la chaire en bois sur laquelle on dit que le glorieux apôtre saint Pierre s'asseyait, et Dieu a fait par elle plusieurs miracles.

Cette Chaire n'est autre chose que la Chaise curule du sénateur Pudens dans le palais duquel l'Apôtre enseigna les premiers chrétiens de Rome : elle est en bois incrustée d'ivoire et renfermée dans un magnifique monument bronze et or qui occupe tout le fond de l'abside de la basilique de Saint-Pierre.

En mémoire de ce grand événement, de l'établissement du Saint-Siège à Rome, qui devenait ainsi le centre de la foi, le Pape descend ce jour-là dans la basilique dédiée au chef des Apôtres. Le Pape, porté sur la sédia et entouré de toute sa cour, se rend au fond du chœur où son trône a été dressé comme pour les grandes solennités ; seulement il n'officie pas. Un cardinal, le doyen du Sacré-Collège ou le cardinal-vicaire dit, par exception, la messe à l'autel du Pape. Le soir, il y a Vêpres solennelles en musique. À la fin des Vêpres, la Chaire de saint Pierre est illuminée. On illumine aussi la façade de l'église, les monuments et les maisons de la ville.

On trouve dans quelques bréviaires très-anciens un office ecclésiastique de la solennité de la chaire romaine ; il est fixé à ce même jour ; on y lit l'oraison suivante : « Dieu tout-puissant et éternel, qui par une ineffable providence, avez donné à votre apôtre Pierre le principat de la ville de Rome, afin que la vérité évangélique se répandît de là dans tous les royaumes du monde, accordez, s'il vous plaît, que l'univers chrétien reçoive et pratique dévotement tout ce qui, de cette source de prédication, s'est répandu sur le globe de la terre ».

Cette solennité sacrée étant tombée en désuétude dans plusieurs églises, le Pape Paul IV la remit en vigueur par une lettre apostolique datée de l'an 1551, 6 janvier. Quant à l'établissement du siège de saint Pierre à Rome, s'il s'est trouvé des hommes pour le contester et le nier, c'est qu'avec de l'audace et de la passion il n'y a rien que l'on ne conteste et que l'on ne nie. C'était un usage généralement reçu dans l'antiquité de célébrer dans chaque église l'anniversaire de l'intronisation de l'évêque régnant. Nous verrons au 29 juin l'histoire de la venue et de la prédication de saint Pierre à Rome.

Événements marquants

  • Confession de foi devant Jésus-Christ
  • Réception des clefs du royaume des cieux
  • Siège apostolique à Antioche pendant sept ans
  • Arrivée à Rome en l'an 44
  • Établissement de la chaire apostolique à Rome
  • Épiscopat de vingt-cinq ans à Rome

Miracles

  • Miracles opérés par la chaire en bois conservée au Vatican

Citations

Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église

— Évangile (cité dans le texte)

Il choisira douze pêcheurs... et, sans armes ni épées, il domptera la ville de Rome avec l'hameçon du pêcheur

— Sybille d'Érythrée

Date de fête

22 fevrier

Époque

1ᵉʳ siècle

Décès

Ier siècle (martyre)

Catégories

Invoqué(e) pour

unité de l'Église, protection du Souverain Pontife

Autres formes du nom

  • Pierre (fr)
  • Petrus (la)

Prénoms dérivés

Pierre