Sainte Maxellende (Maxellinde)

Martyre à Caudry

Fête : 13 novembre • sainte

Résumé

Vierge du Cambrésis ayant voué sa vie à Dieu, Maxellende refuse d'épouser le seigneur Harduin malgré l'accord de ses parents. En s'enfuyant, elle est rattrapée par son prétendant qui la tue d'un coup d'épée, perdant aussitôt la vue par châtiment divin. Harduin recouvrera la vue des années plus tard en se repentant devant les reliques de la sainte lors de leur translation à Caudry.

Biographie

SAINTE MAXELLENDE OU MAXELLINDE,

MARTYRE À CAUDRY, EN CAMBRÉSIS

aux leçons et aux exemples de ses parents, l'attirait de plus en plus vers le bien. Déjà, afin de satisfaire son goût pour la prière, elle aimait à se retirer tantôt dans un petit oratoire, tantôt dans une église ; et comme si la grâce eût éclairé son âme des lumières les plus pures de la foi, et lui eût révélé le mérite de la chasteté volontaire, elle aimait à déclarer que jamais elle n'aurait d'autre époux que Jésus-Christ.

Par amour pour lui, on la voyait distribuer aux pauvres, avec une joie naïve, tout ce que ses parents lui donnaient pour ses amusements, et plus d'une fois, dit-on, Dieu se plut à multiplier les provisions de la charitable Maxellende, et à manifester d'une manière sensible et frappante combien ces œuvres de miséricorde lui étaient agréables. À ces vertus elle ajoutait encore une modestie angélique et une touchante bonté qui lui attiraient tous les cœurs. Simple dans ses manières, ennemie de la vanité et de l'orgueil, elle ne voulait point paraître comme une maîtresse au milieu des serviteurs de la maison de son père ; et loin de se couvrir, à la manière des jeunes filles de son âge, d'ornements et de colliers qui relevassent sa beauté, elle se plaisait au contraire à fuir les regards du monde, et ne cherchait à être belle qu'aux yeux de Dieu, par la pureté de son cœur et l'innocence de sa vie. Ainsi s'écoulèrent dans la paix et la prière les premières années de la jeune Maxellende, ainsi elle arriva à l'adolescence, ornée des charmes de la nature, et plus encore de toutes les vertus de son sexe.

Déjà une multitude de seigneurs, attirés par tout ce que l'on disait de sa sagesse et de ses brillantes qualités, avaient sollicité l'honneur de l'épouser. Les demandes étaient même si pressantes, que les parents en étaient presque importunés. Un jeune homme de la contrée, nommé Harduin, fit surtout tant d'instances auprès d'Humlinus, qu'il arracha de ses lèvres une promesse de mariage ; et afin qu'aucun obstacle nouveau ne vînt s'opposer à cette union qu'il désirait ardemment, il fit déterminer et fixer le jour où elle serait célébrée.

Lorsque Maxellende connut cet engagement que son père avait pris sans la consulter elle-même sur une affaire si importante, elle en ressentit d'abord une profonde douleur ; mais se jetant ensuite en esprit aux pieds de Jésus-Christ, elle lui renouvela la promesse qu'elle lui avait faite de vivre, pour son amour, dans la chasteté perpétuelle, et le conjura de l'aider à y être fidèle jusqu'à la mort.

Cependant le jour approchait où la jeune vierge devait être fiancée. L'embarras était grand dans la famille, et il augmentait à chaque instant par les difficultés que l'on avait à craindre de toutes parts. Humlinus donc et son épouse, prenant alors leur fille en particulier, lui demandèrent si elle ne voulait point donner sa main au jeune seigneur à qui elle était promise. Ils lui vantaient ses qualités, ses richesses, la puissance dont il jouissait dans la contrée, et tout ce qui pouvait être capable de faire impression sur elle. La mère surtout, joignant ses instances à celles de son époux, adressait à Maxellende les paroles les plus flatteuses et les plus engageantes : « Vous pourrez, ma chère fille », disait-elle, « servir Dieu dans l'état du mariage, comme vous le désirez. Combien de femmes, depuis le commencement du monde, ont plu au Seigneur par une vie sainte, irréprochable et pleine de bonnes œuvres ». L'humble et douce Maxellende leur répondit avec respect : « Mes chers parents, laissez-moi, je vous prie, pour cette nuit ; demain je vous découvrirai le fond de mon âme, et je vous dirai ce à quoi je suis décidée ». La jeune fille, qui sentait peut-être son cœur

13 NOVEMBRE.

ébranlé par les discours de son père et de sa mère qu'elle aimait tendrement, demandait un peu de temps pour consulter le Seigneur, et implorer de nouveau son appui.

Toute la nuit, elle répandit ses larmes et ses prières devant Dieu, et Dieu, à son tour, augmenta dans son cœur l'esprit de force et de généreuse constance. Un ange même, si l'on en croit son biographe, vint la consoler et l'affermir par sa présence. Le lendemain, Maxellende s'empressa d'aller auprès de ses parents. À sa vue, ils se sentirent remplis de joie : une si prompte apparition leur faisait croire qu'elle était disposée à se rendre à leurs désirs. « Eh bien, ma fille », dit alors le père, « voici le moment où vous allez nous déclarer votre volonté, comme vous l'avez promis hier. Dites-moi donc ce à quoi vous avez pensé cette nuit, ce que vous avez résolu de faire ». Maxellende répondit alors avec une modeste assurance : « Je ne vous cacherai point la vérité, et je vous dirai franchement ce que je pense en mon cœur. Si je ne consultais que mon amour pour vous, je serais heureuse de vous donner cette preuve d'obéissance ; mais au-dessus de vous, mes chers parents, il est un maître que je dois aimer davantage, aux volontés duquel je dois céder en tout ; ce maître, c'est mon doux Jésus, et son désir, sa volonté m'a été révélée cette nuit même. Il veut être mon unique époux, et, je ne vous le cache point, je lui ai engagé ma foi. J'ai juré de ne jamais avoir d'autre époux que ce divin Maître ».

Ce tendre discours fit verser des pleurs aux parents de la Sainte, et s'ils n'eussent écouté que leurs propres sentiments, nul doute que les désirs de la chaste vierge n'eussent été exaucés. Mais leur parole était donnée, et Harduin vint sur le moment le leur rappeler cruellement. Il jura que, de gré ou de force, Maxellende serait sa femme.

Pendant ce temps, Maxellende s'était retirée dans sa chambre, et puisant en Jésus-Christ une force surnaturelle, elle résolut de s'enfuir de la maison de ses parents. Elle partit donc seule, à pied, sans autre ressource que sa confiance en Celui à qui elle avait voué sa virginité. Mais ne sachant où diriger ses pas, elle se résolut à aller demander un abri à une sainte femme qui demeurait près de là et qui, l'ayant nourrie de son lait, l'aimait comme une mère. Cependant Harduin, exaspéré de cette fuite soudaine, fut bientôt sur ses traces, et à la tête de plusieurs de ses amis, il courut à la poursuite de sa victime. Celle-ci, réfugiée chez sa nourrice, s'y croyait en sûreté, mais sa retraite était déjà connue et bientôt elle entendit retentir tout près d'elle les pas des chevaux, les clameurs des cavaliers ; alors la frayeur la saisit : dans son trouble, et ne sachant plus quel moyen prendre pour mettre son innocence en sûreté, elle conjure sa nourrice de lui indiquer un endroit où elle puisse se cacher et éviter la poursuite de ces hommes. Celle-ci lui présente un grand coffre, Maxellende s'y place, et aussitôt on la recouvre avec des habits. Déjà Harduin avait forcé la maison ; il la parcourait et la visitait en tous sens sans vouloir écouter la nourrice et les autres femmes qui l'environnaient. Voyant l'inutilité de ses recherches, il se disposait à partir, lorsqu'un de ses compagnons, comme s'il était inspiré par le démon, lui indiqua le coffre qui n'avait point été examiné, et dans lequel, disait-il, on pourrait bien trouver la fugitive. Ils s'en approchent, et découvrent en effet, cachée sous un monceau d'habits, la vierge timide qui pousse des cris de frayeur à leur vue, et les conjure au nom de Dieu de l'épargner. Sans avoir égard à ses prières, ils la saisissent avec violence, et l'entraînent jusqu'au lieu où fut bâtie depuis une église en l'honneur de

tous les Saints, de saint Vaast en particulier, et de sainte Maxellende. Arrivée là, elle s'arrache avec violence de leurs mains, et avec une énergie et un courage que la religion seule peut inspirer : « Je suis fiancée à Jésus-Christ », dit-elle, « je ne crains pas vos menaces ; vous pouvez faire périr mon corps, mais vous ne pouvez rien sur mon âme ».

En entendant ces paroles, Harduin devient furieux, et saisissant son épée, il en frappe la vierge qui tombe à ses pieds, baignée dans son sang. La vengeance du ciel ne se fit pas attendre : à peine la victime était-elle renversée, qu'Harduin, par un jugement terrible de Dieu, perdit la vue. Tous ses complices, frappés de terreur, prennent la fuite, et se dispersent, sans oser se parler les uns aux autres, tant l'épouvante les avait saisis.

La nouvelle de cette mort et du crime affreux qui l'avait causée ne tarda pas à se répandre dans toute la contrée, et bientôt l'on vit arriver des prêtres, des religieux, de pieux laïques, et une multitude de parents et d'alliés de la jeune martyre. Tous se livrèrent à la douleur et versèrent des larmes en abondance en voyant son corps ensanglanté. L'ayant levé de terre avec le plus profond respect, ils le déposèrent sur un brancard, et le portèrent, au chant des hymnes et des cantiques, dans l'église des apôtres Pierre et Paul, au hameau de Pommeroul. C'est là que la martyre fut ensevelie le second jour après son trépas.

L'épée, instrument du martyre de sainte Maxellende, est sa caractéristique la plus ordinaire.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Dieu ne permit pas que sa mémoire tombât dans l'oubli. De nombreux miracles ne tardèrent pas en effet à s'opérer à son tombeau, et ils répandirent la joie dans tout le pays d'alentour. Saint Vindicien, à la suite d'une vision qu'eut une pieuse veuve, appelée Amaltrude, qui servait fidèlement le Seigneur dans les jeûnes et les veilles, et venait souvent prier dans l'église où reposait le corps de sainte Maxellende, procéda à l'élévation du corps de la sainte Martyre. La cérémonie se fit avec le plus religieux respect, au milieu d'une multitude innombrable et silencieuse qui donnait les plus touchants témoignages de dévotion. Les reliques précieuses furent déposées sur un brancard arrangé à dessein, puis, au chant des hymnes et des cantiques, on les porta au lieu que Dieu lui-même avait indiqué.

Harduin, depuis qu'il avait commis son crime, était resté aveugle, méprisé de tous, et déchiré de remords. Apprenant ce qui se passait, il demanda aussitôt qu'on le conduisît au-devant du cortège qui se rendait à Caudry : quelques personnes charitables accédèrent à sa demande, et le menèrent par la main. Arrivé près de ceux qui portaient le corps de la vierge martyre, il se jeta à leurs pieds, poussant des cris de douleur et de repentir, confessant ses péchés et demandant à Jésus-Christ, en considération de l'innocente Maxellende, le pardon de son crime. À peine avait-il achevé sa prière, que ses yeux s'ouvrirent de nouveau à la lumière : au même moment, il se releva, courut auprès de saint Vindicien, et, se prosternant à ses genoux, il lui raconta tout ce qui s'était passé.

Le pontife, au comble de la joie, remercia Dieu de toute l'ardeur de son âme, pour le miracle qu'il venait d'opérer aux yeux de son peuple, et adressant la parole aux fidèles qui l'environnaient : « Mes frères », dit-il, « vous avez vu l'œuvre que le Seigneur a faite en votre présence, rendons-lui grâce et remercions-le de ce qu'il daigne ainsi glorifier la vierge Maxellende. Point de doute que ce que nous faisons ici ne soit sa volonté. Achevons donc cette sainte cérémonie avec respect et dévotion. » Ayant ainsi parlé, il donna sa bénédiction à la multitude, et la procession se remit en marche au chant des cantiques. Enfin on arriva au lieu indiqué, et le saint évêque, ayant célébré les divins Mystères, y déposa les précieuses reliques.

13 NOVEMBRE.

Peu de temps après cette translation du corps de sainte Maxellende à Caudry, saint Vindicien établit dans ce lieu une fondation pour des clercs et des religieux, chargés de célébrer l'office divin et de conserver ce précieux dépôt. Humilinus, père de la jeune vierge, donna à cette communauté, pour subvenir à ses besoins, les biens qu'il possédait dans le village, et Harduin lui-même lui fit de généreuses libéralités pour remercier Dieu de ses bienfaits et de ses miséricordes. Plus tard, à cause des guerres et des courses que faisaient les ennemis, on fut obligé de transporter ailleurs ce corps saint : sans pouvoir désigner la date précise de cette seconde translation, il paraît fort probable qu'elle eut lieu au VIIIe siècle : on le porta dans l'église de Saint-Martin hors des murs de Cambrai, où il resta jusqu'à l'évêque Bothard, au Xe siècle : à cette époque, il fut placé dans l'église cathédrale où sainte Maxellende eut depuis une chapelle particulière sous son vocable ; un office double, avec six leçons propres, y était célébré chaque année le 13 novembre, jour anniversaire de son martyre.

Dans les trois translations que nous venons de rapporter, les reliques de sainte Maxellende furent conservées dans leur intégrité : ce fut l'évêque Gérard de Florines, fondateur de l'abbaye de Saint-André du Cateau, qui les divisa le premier, pour en donner une partie à ce nouveau monastère, le 22 septembre 1025 ; l'autre partie, plus considérable, fut conservée à Cambrai. On célébrait autrefois, dans le monastère de Saint-André, cette translation par un office double de seconde classe. Il y avait dans cette église, comme à la cathédrale de Cambrai, une chapelle dédiée à sainte Maxellende, et tous les ans, le 13 novembre, on y célébrait sa fête, avec octave et d'une manière très-solennelle. Dans les quatre leçons propres de l'office du jour, on rapportait en abrégé la vie, la mort et les différentes translations des reliques de la sainte Martyre.

Le culte rendu à sainte Maxellende dans l'abbaye de Saint-André devint encore plus célèbre par l'établissement d'une Confrérie que les souverains Pontifes eux-mêmes daignèrent enrichir d'indulgences. Clément X, en 1071, accorda à perpétuité une indulgence plénière pour tous les confrères, le jour de leur entrée dans l'association, une autre le 13 novembre de chaque année, et à l'article de la mort ; 2e sept ans et sept quarantaines, le 6 janvier, fête de l'Épiphanie ; le 9 mai, jour de la translation de saint André ; le 29 juin, fête des saints apôtres Pierre et Paul et le 22 septembre, anniversaire de la translation des reliques de sainte Maxellende audit monastère ; 3e enfin, soixante jours à chaque confrère pour toute œuvre de piété ou de charité qu'ils exercent.

À ces privilèges du souverain Pontife, les archevêques de Cambrai ajoutèrent encore plusieurs indulgences de quarante jours. Ladiolas Jonart, qui gouverna ce diocèse du temps de Clément X, se mit lui-même au nombre des associés. Le révérend Dom Couvreur, abbé du monastère de Saint-André, fit aussi partie de la Confrérie, ainsi que tous ses religieux. Ce pieux abbé, pour augmenter la dévotion des fidèles envers la sainte Martyre et pour propager l'association établie en son honneur, statua que, le premier dimanche de chaque mois, une messe serait célébrée pour tous les confrères, et que, chaque année, le premier jour libre après le 12 novembre, on chanterait un office solennel pour les confrères défunts. Toutes ces pieuses pratiques se conservèrent jusqu'à l'époque de la Révolution de 1793.

On possède encore aujourd'hui au village de Caudry des reliques de sainte Maxellende. Elles sont renfermées dans une chasse bien travaillée et exposée dans l'église à la vénération des fidèles. Quatre jeunes filles, distinguées par leur vertu et leur bonne conduite, ont l'honneur de la porter dans les processions publiques. On voit pareillement le vieux château habité par sainte Maxellende, ou plutôt celui qui l'a remplacé : de l'avenue qui y conduit on aperçoit une petite niche renfermant la statue de la Sainte ; sur le côté du château il y a encore une chapelle très-ancienne, bâtie peut-être à l'endroit où était la vieille église dédiée à sainte Maxellende. Chaque année, la fête de la sainte Martyre est célébrée avec la plus grande solennité, le 13 du mois de novembre. Ce jour, ou le dimanche suivant, tous les habitants du village se font une obligation de remplir leurs devoirs religieux et d'honorer leur sainte patronne par des actes de piété.

Vie des Saints de Cambrai et d'Artois, par M. Fabié Destombas.

SAINT DIDACE OU DIÉGO, DE SAINT-NICOLAS, CONFESSEUR.

Événements marquants

  • Vœu de chasteté perpétuelle
  • Refus du mariage avec le seigneur Harduin
  • Fuite de la maison paternelle vers sa nourrice
  • Découverte dans un coffre par Harduin
  • Martyre par l'épée
  • Cécité miraculeuse du meurtrier Harduin
  • Guérison d'Harduin lors de la translation des reliques

Miracles

  • Multiplication des provisions pour les pauvres
  • Apparition d'un ange pour la consoler
  • Cécité immédiate du meurtrier Harduin
  • Guérison de la cécité d'Harduin au passage des reliques
  • Nombreux miracles au tombeau

Citations

Je suis fiancée à Jésus-Christ, je ne crains pas vos menaces ; vous pouvez faire périr mon corps, mais vous ne pouvez rien sur mon âme.

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