Le Bienheureux Milon

Évêque de Thérouanne

Fête : 16 juillet 12ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Issu de la noblesse picarde, Milon fut le premier abbé de Saint-Josse-aux-Bois avant de devenir évêque de Thérouanne en 1131. Disciple de saint Norbert, il consacra son épiscopat à la réforme monastique et à la fondation de nombreuses abbayes malgré l'opposition violente de l'avoué Arnoul. Reconnu pour sa profonde humilité et sa science, il mourut en 1138.

Biographie

LE B. MILON, ÉVÊQUE DE THÉROUANNE

*Ille qui justus semper est accensus, qui veritatem ubique solat, qui sapientia fervet studiis, amore Christi compungitur.*

*Celui qui est toujours enflammé du zèle de la justice, qui a le zèle de la vérité, qui recherche avec ardeur la sagesse, voilà le chrétien pénétré de l'amour du Christ. S. Bernard, serm. xx sup. Cant.*

Issu de la noble maison de Selincourt, en Picardie, le bienheureux Milon devint prêtre du diocèse de Thérouanne et exerçait, en 1113, les fonctions curiales dans la modeste paroisse de Verchin, près de Furges. Il se retira, peu de temps après, dans un ermitage que s'était formé saint Josse, dans un lieu appelé Runiac, situé à peu de distance de la rivière d'Authie, dans la commune actuelle de Tortefontaine. Là, il se livrait avec quelques reclus aux saintes rigueurs de la pénitence, lorsqu'il résolut de se rendre auprès de saint Norbert, à Prémontré, pour étudier la règle de son Institut. Il s'unit aux disciples de l'illustre fondateur, prit avec eux l'habit religieux et fit profession selon la règle de Saint-Augustin, la veille de Noël 1119.

En 1120, il revint dans sa retraite de Runiac ou plutôt de Saint-Josse-aux-Bois, car elle avait pris ce nom du saint qui l'avait primitivement habitée ; et conformément aux instructions données par saint Norbert, il engagea les ermites qu'il y avait laissés à embrasser la règle de Prémontré. Ceux-ci accueillirent la proposition et Milon devint leur premier abbé.

L'éminente sainteté de saint Norbert, dont on se rappelait encore le passage et les prédications dans ces contrées, la vertu admirable de son nouveau disciple Milon, déterminèrent beaucoup de seigneurs à favoriser l'établissement qu'il fondait à Saint-Josse-aux-Bois. Beaucoup d'entre eux firent des donations qu'approuva l'archevêque de Reims, et lui-même accorda aux religieux le droit d'élire librement leurs abbés. Le bienheureux Milon se réjouissait beaucoup de ces bénédictions multipliées que le ciel répandait sur son œuvre. Outre une église qu'il bâtit pour ses religieux, dont le nombre augmentait de jour en jour, il fit encore construire, dans un quartier séparé, comme un second monastère pour les religieuses. Pendant dix ans il imprima à cette communauté naissante une sage direction et lui inspira les sentiments dont il était animé lui-même. Son rare mérite n'avait pu échapper au clergé et à beaucoup d'habitants du pays ; aussi presque toutes les voix se prononcèrent-elles en sa faveur, quand il fallut, en 1130, remplacer le saint évêque de Thérouanne, Jean de Warneton, qui venait de mourir. L'intrigue avait déjà porté sur ce siège important, Baudouin, frère de Thierry d'Alsace, comte de Flandre, et ce jeune chanoine, sans expérience et sans vocation, avait déjà accumulé les imprudences en prenant en main la direction des affaires de ce diocèse. Une assemblée régulière, convoquée par l'archevêque de Reims et les évêques de la province, mit fin à cette intrusion et donna à l'église de Thérouanne un pasteur selon le cœur de Dieu. L'élection de Milon ayant été confirmée par le pape Innocent II, l'archevêque donna l'onction au nouveau pontife, le 15 février 1131.

Tout l'épiscopat du bienheureux Milon fut consacré au développement de la piété dans les âmes et à la fondation des églises et des monastères. C'était, à cette époque surtout, le plus important des besoins et la plus populaire des institutions. C'est aussi par leur dévouement à cette œuvre que se distinguaient les prélats les plus zélés et les plus vertueux.

A peine en possession de son siège épiscopal, Milon songea à doter la ville de Thérouanne d'une maison de l'Ordre de Prémontré. Il choisit pour cela l'emplacement d'un ancien couvent ruiné durant les invasions normandes. Il y appela des religieux de la communauté de Saint-Pierre-les-Selincourt, vulgairement connue sous le nom de Sainte-Larme. Cette maison prit pour patron saint Augustin, et Milon lui fit des donations qui furent confirmées par le pape Eugène III. Dans les années suivantes, il contribua encore à la fondation du monastère de Notre-Dame-de-Licques, non loin du détroit du Pas-de-Calais, à celle des chanoines réguliers de la congrégation d'Arrouaise, dans l'abbaye de Saint-Wulmer de Boulogne.

Le saint évêque vit encore s'établir, sur un autre point de son diocèse, l'abbaye de Beaulieu dans le Boulonnais, fondée par Eustache dit le Vieux, seigneur de Fiennes et l'un des compagnons de Godefroi de Bouillon en Palestine. Parmi les autres fondations que signalent encore les monuments anciens, on peut rappeler le nouvel établissement des religieux du château de Choques, dont l'église et les bâtiments avaient été détruits durant la guerre. Le bienheureux Milon leur procura un terrain en dehors du bourg de Choques, près de la Clarence. Ils s'y perpétuèrent jusqu'en 1792. Le zèle et l'exemple du saint évêque de Thérouanne contribuèrent beaucoup à augmenter le nombre des églises ou maisons religieuses, en déterminant de puissants seigneurs à en bâtir aussi sur leurs terres. Entre les diverses consécrations rapportées dans les auteurs, la plus remarquable est celle de l'église cathédrale de Thérouanne, qui eut lieu en 1133. Ce monument ayant beaucoup souffert depuis plusieurs années, Milon le fit réparer et le pourvut d'ornements. Au milieu de la multitude, accourue de toutes parts pour assister à cette cérémonie, on remarquait les châsses renfermant les reliques de saint Omer, de saint Bertin, de saint Folquin, de saint Erkembode et de saint Winnoc, apôtres de ce diocèse.

A ces consolations multipliées que goûtait le saint évêque dans l'accomplissement des devoirs de son ministère, venaient aussi se joindre parfois de justes sujets d'affliction. Si des seigneurs le réjouissaient par les témoignages de leur piété, d'autres l'affligeaient sensiblement par leurs violences et leurs crimes. Ce fut surtout de l'avoué de sa ville épiscopale qu'il eut le plus à souffrir. Cet homme, nommé Arnoul, qui, par la nature de ses fonctions, devait protéger l'évêque et le clergé, n'usa au contraire de son autorité que pour faire peser sur eux la plus cruelle oppression. Il avait construit sur la voie romaine, ou route de Tournehem, un château qui dominait la ville, et se servait de cette forteresse pour s'y retrancher, inquiéter l'évêque, son chapitre et toute la population. Milon se vit forcé d'implorer les services du comte de Flandre, pour soumettre ce turbulent voisin. Thierry d'Alsace leva des troupes, vint assiéger ce fort, le prit d'assaut et le fit raser jusqu'aux fondations. Le Pape intervint dans cette affaire et lança des anathèmes contre l'avoué Arnoul : de plus, dans une assemblée du clergé et de la noblesse, il fut réglé que nul ne pourrait, à l'avenir, construire aucun fort, non-seulement dans l'enceinte de Thé-

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rouanne, mais même à moins d'une lieue de cette place. Voici comment Milon raconte les excès auxquels se livrait cet avoué. « Il venait », dit-il, « à main armée violer nos demeures, briser les portes du temple, répandre le sang dans le lieu saint, incendier nos granges et les maisons de nos chanoines. Sommé de paraître devant nous pour donner satisfaction de tous ces torts, il refusa jusqu'à trois fois, et nous avons alors prononcé un jugement canonique ».

La science du bienheureux Milon ne le rendit pas moins remarquable que son zèle et sa vertu. Il était considéré comme une des lumières de son temps, et plusieurs fois on eut recours à ses conseils pour des affaires très-importantes. Les auteurs signalent sa présence au Concile tenu à Reims en 1148, sous la présidence du pape Eugène III. Dans cette assemblée on fit dix-huit canons sur la discipline ecclésiastique, et l'on traita incidemment de l'affaire de Gilbert de la Poirée, évêque de Poitiers, suscitée par un écrit qu'il avait publié sur la substance divine. Les Prélats réunis, et parmi lesquels se trouvaient saint Bernard et Suger, abbé de Saint-Denis, rédigèrent un symbole et députèrent trois d'entre eux pour le présenter au Pape. Ces députés furent Milon, Suger et l'évêque d'Auxerre.

Tels sont les faits principaux qu'on remarque dans la vie de l'évêque Milon. Le Père Longueval, dans son *Histoire de l'Église gallicane*, liv. XXVIe, cite une lettre adressée à ce Prélat par Pierre le Vénérable, abbé du monastère de Cluny. Il s'y plaint de ce que Milon ne rend pas justice dans ses discours à la régularité de ses religieux et qu'il les juge avec une sévérité excessive. Peut-être le bienheureux Milon, dont tous les désirs tendaient à l'accroissement de l'Ordre des Prémontrés, avait-il exprimé d'une manière trop générale le mécontentement que lui avait inspiré la conduite de quelqu'une des abbayes de Cisterciens qu'on rencontrait dans son diocèse.

Entre les sages règlements que porta le vénérable évêque de Thérouanne pendant son administration, on signale ceux qui ont rapport aux mariages, à la transmission des fiefs, aux droits des Églises et à ceux des communes récemment affranchies. Il prit ces dernières dispositions de concert avec le comte de Flandre, Thierry d'Alsace. Le sage Prélat sut allier aux devoirs de l'épiscopat ceux de la profession religieuse dont il conserva l'esprit jusqu'au dernier jour de sa vie. Sa vertu la plus remarquable était l'humilité, comme l'indique cette parole de plusieurs auteurs : *In Norberto fides, in Bernardo charitas, in Milone humilitas* : « La foi de Norbert, la charité de Bernard, l'humilité de Milon ».

D'après les auteurs du *Gallia Christiana*, le bienheureux Milon mourut le 16 juillet 1138. « On lit dans ses actes », dit le Père Malbrancq, « qu'une femme, aveugle depuis quatre ans, a recouvré la vue près de son tombeau ». Baronius a loué la science de ce saint évêque, et du Saussay fait mention de lui dans son martyrologe gallican. Raissius en parle aussi au 16 juillet dans son *Auctarium ad natales Sanctorum Belgii*. L'église de Thérouanne et l'Ordre de Prémontré lui ont décerné le titre de Bienheureux.

Nous avons emprunté cette biographie à la *Vie des Saints de Cambrai et d'Arras*, par l'abbé Destombes. — Cf. *Légendaire de Morinie*.

16 JUILLET.

Événements marquants

  • Prêtre à Verchin en 1113
  • Retraite à l'ermitage de Runiac (Saint-Josse-aux-Bois)
  • Profession religieuse selon la règle de Saint-Augustin à Prémontré en 1119
  • Devient premier abbé de Saint-Josse-aux-Bois en 1120
  • Élection au siège épiscopal de Thérouanne en 1130
  • Sacre épiscopal le 15 février 1131
  • Consécration de la cathédrale de Thérouanne en 1133
  • Participation au Concile de Reims en 1148 (Note: date textuelle contradictoire avec date de mort)

Miracles

  • Une femme aveugle depuis quatre ans recouvre la vue près de son tombeau

Citations

In Norberto fides, in Bernardo charitas, in Milone humilitas

— Auteurs anciens cités par l'abbé Destombes