Saint Omer (Audmar)
Moine de Luxeuil et Évêque de Thérouanne
Résumé
Moine de Luxeuil devenu évêque de Thérouanne au VIIe siècle, saint Omer évangélisa les Morins et lutta contre l'idolâtrie. Fondateur du monastère de Sithiu, il est célèbre pour son zèle apostolique, ses miracles de guérison et sa piété exemplaire. Ses reliques reposent dans la cathédrale de la ville qui porte son nom.
Biographie
SAINT OMER OU AUDMAR, MOINE DE LUXEUIL
ET ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÈGE DE THÉROUANNE, AU DIOCÈSE D'ARRAS
SAINT OMER OU AUDMAR, ÉVÊQUE.
Il n'arrive que trop souvent aux jeunes gens qui commencent à servir Dieu avec beaucoup d'ardeur, et se relâchent après par leur négligence ; elle augmenta tellement que sa réputation se répandit par toute la France. Le roi Dagobert, en étant informé, le fit élire évêque de Thérouanne par les suffrages libres du clergé et du peuple ; saint Achair, évêque de Noyon, y contribua beaucoup.
Saint Omer trouva dans son diocèse une occupation digne de son zèle apostolique. Les Morins (c'est ainsi qu'on appelait les peuples du diocèse de Thérouanne) étaient malheureusement retombés dans l'idolâtrie, d'où ils avaient été tirés par les prédications de saint Victoric et de saint Fuscien, illustres martyrs de Jésus-Christ, à Amiens, où ils furent mis à mort par la cruauté du préfet Bictiovare. Il travailla avec tant d'application à ramener ses ouailles à la religion chrétienne qu'après les avoir éclairées des lumières de l'Évangile, il fit brûler leurs idoles et bannit entièrement de son diocèse le culte des faux dieux. Il fut assisté, dans cette sainte expédition, par saint Bertin, saint Mommolin et saint Bertrand, qui, tous trois, secondèrent merveilleusement son zèle, comme ses fidèles disciples.
On rapporte de saint Omer un événement surprenant qui arriva lorsqu'il était à Boulogne, petite ville de son diocèse ; et, comme il peut servir d'un grand exemple pour montrer l'obéissance que l'on doit à ses supérieurs, nous avons cru ne devoir pas l'omettre ici. Un clerc lui demanda permission d'aller se divertir sur le bord de la mer. Le Saint, à qui Dieu avait révélé le malheur qui lui arriverait s'il y allait, lui défendit expressément de le faire. Le clerc ne laissa pas de passer outre, et, ayant trouvé un petit bateau qui servait à passer la rivière à l'endroit où elle se décharge dans la mer, il se mit dedans pour se promener le long du rivage ; mais une furieuse tempête s'étant élevée tout à coup, il se vit bientôt en danger de faire naufrage. Le péril le fit rentrer en lui-même ; il eut regret de sa faute, et, se voyant à la merci des vents sans savoir où il était, il implora l'assistance du saint Évêque. Après sa prière, il aborda à terre ; mais il fut bien surpris de se voir à la côte d'Angleterre. La crainte de tomber entre les mains des pirates, dans un pays si éloigné, lui fit redoubler ses prières ; il conjura de nouveau le Saint de ne le point abandonner. Se confiant en sa bonté pastorale, qu'il savait bien être informée par un esprit prophétique du péril où il était, il remonte sur son bateau, et, faisant une heureuse navigation, il arriva presqu'en un moment au même lieu d'où il était parti. Il courut aussitôt au Saint, se prosterna devant lui pour lui demander pardon de sa désobéissance, lui raconta tout ce qui s'était passé, et le remercia de la grâce qu'il avait obtenue par le mérite de son intercession. Saint Omer le reprit sévèrement de sa faute, et, lui ayant fait faire réflexion sur la punition que Dieu tire de ceux qui méprisent les ordres de leurs supérieurs, il lui fit défense de dire à qui que ce fût la merveille qui était arrivée : ce que le jeune homme exécuta fidèlement, ne l'ayant révélée qu'après la mort du saint Évêque.
Mais, quoiqu'il fît son possible pour demeurer caché aux yeux des hommes, le ciel découvrit, par le prodige suivant, combien il était agréable à Dieu. Faisant la visite de son diocèse, il se reposa sous un arbre près d'un village appelé Jernac (présentement Journi), pour se délasser un peu de la fatigue du chemin. À son réveil, il fit planter, au même endroit où il s'était assis, une croix de bois, sur laquelle, la nuit suivante, on vit paraître une admirable clarté. Depuis, les fidèles honorèrent singulièrement ce même lieu, comme ayant été consacré par la présence d'un si saint homme.
9 SEPTEMBRE.
Tous les malades qui le visitent par dévotion y reçoivent la guérison de leurs maux.
Entre les conversions qu'il fit, on remarque particulièrement celle d'Adroald. C'était un seigneur des plus considérables du pays par sa naissance et par ses richesses, mais il faisait une guerre cruelle aux chrétiens, et était tellement adonné au culte des faux dieux, que l'on perdait l'espoir de le gagner à Jésus-Christ. Saint Omer entreprit cette conversion qui eut un plein succès. Dès lors, Adroald pratiqua généreusement les conseils évangéliques : car, n'ayant point d'enfants, il donna tous ses biens à l'Église, et particulièrement la terre de Sithiû, où le Saint fit bâtir un beau monastère en l'honneur de la sainte Vierge. « Que vous êtes louable et heureux, Adroald », s'écrie l'historien de cette vie, « de vous être ainsi dépouillé des biens de la terre pour en revêtir Jésus-Christ ! Vous avez renoncé à un héritage temporel pour vous rendre l'héritier du ciel ; vous n'aviez point de postérité, et, par votre libéralité, vous en avez acquis une si nombreuse, qu'elle subsistera jusqu'à la fin des siècles ».
Après avoir gouverné avec une vigilance vraiment pastorale l'église de Thérouanne, près de trente années, la Providence divine le priva de la vue du corps, afin qu'étant spirituellement éclairé des lumières de la foi, il s'approchât davantage du ciel, où il devait bientôt recevoir la récompense de tous ses travaux. Cette cécité néanmoins ne l'ayant pas empêché d'assister, avec plusieurs autres évêques, à la translation du corps de saint Vaast, qui se fit environ l'an 667, il y recouvra la vue par l'attouchement des saintes reliques. Mais notre Saint, qui avait déjà goûté combien il était avantageux d'avoir les yeux fermés à toutes les choses du monde, pour contempler avec moins de trouble les perfections de la divinité, supplia le même saint Vaast de lui renvoyer son infirmité, afin que rien ne fût capable de le distraire de la considération des choses célestes. Heureux état dans lequel, ne pouvant plus voir la lumière corporelle, on peut contempler fixement la lumière du ciel, converser avec les anges, considérer à son aise les beautés ravissantes du paradis, et se rassasier, pour ainsi dire, de la vue continue de Jésus-Christ !
En 667 selon les uns, 670 suivant d'autres, saint Omer étant en tournée, fut pris de la fièvre dans un lieu nommé Wavrans, ou Wauvrans (à quelque distance de Saint-Omer, à trois milles de Saint-Bertin) : il comprit alors que sa dernière heure approchait. Il se fit porter à l'église, où, fondant en larmes, il offrit à Dieu l'encens de ses prières, et reçut, avec les sentiments de la plus touchante piété, le corps et le sang du Sauveur. Après la communion, il se mit au lit, où, parmi le chant d'une mélodie céleste, son âme quitta sa demeure pour aller se présenter devant la majesté de Dieu. Il s'exhala, en ce moment, de son corps, une si suave odeur, qu'elle surpassait celle des plus excellents parfums.
Dans les sceaux de la ville de Saint-Omer, il tient souvent un écusson chargé de la croix à deux branches qui est le blason de la cité. Comme on le voit, cet attribut indique le patronage du Saint, et non une circonstance de sa vie. — On le représente faisant sourdre une fontaine pour baptiser un enfant maladif et aveugle qu'on lui présentait, mais qui recouvra la vue avec la santé en recevant le sacrement. On le voit aussi, tantôt ayant dans ses mains une petite église, et à ses pieds un enfant qui semble sortir de terre ; tantôt debout, tenant sa crosse et deux grappes de raisin, et ayant à ses pieds une chasse.
LE BIENHEUREUX PIERRE CLAVER, APÔTRE DES NÈGRES. 603
[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]
L'abbé Bertin, instruit de son décès par révélation, s'empressa de se rendre à Wavrans, à la tête de tous ses religieux. Omer lui avait spécialement recommandé de l'ensevelir dans l'église de la Sainte-Vierge, qu'il avait construite dans ce but. Les funérailles se firent avec une grande pompe, mais au milieu du deuil universel; chacun pleurait un guide, un ami, un père.
L'église où il fut enterré devint plus tard la cathédrale de Saint-Omer. Son corps y fut conservé, moins quelques parties concédées à diverses églises. Au dix-septième siècle, on voyait encore au monastère de Saint-Bertin le pluvial de saint Omer, espèce de manteau ainsi appelé à cause du capuchon qui se relevait pour protéger contre la pluie. Hugues, abbé de Saint-Quentin, ayant essayé d'enlever le corps du Saint, pour en enrichir son monastère, ne put dépasser le village de Lisbourg : car tout à coup la bière devint si lourde, qu'aucune force humaine ne put l'enlever de terre : ce qui donna le temps à Folquin, évêque de Thérouanne, de venir reprendre les reliques sacrées. Ce prélat établit même, à cette occasion, une fête qui se célébrait au mois de juin. Et, pour éviter à l'avenir un pareil accident, il enterra le corps sacré dans un lieu secret.
Il fut découvert en 955, et l'authenticité de ces saintes reliques fut plusieurs fois reconnue dans l'église Notre-Dame. En 1269, le chef du Saint fut mis à part. Avant la révolution française, ce chef était renfermé dans un buste très-riche, donné par Mahaud ou Mathilde, comtesse de Flandre. Il était derrière une grille dont le chapitre et les échevins avaient chacun une clef. On le descendait à certaines fêtes avec beaucoup de solennité, et alors il était gardé par deux chanoines en chape et par deux échevins. Le corps du Saint était placé sur le grand-autel, dans une chasse aussi précieuse par la richesse de la matière que par la beauté du travail.
L'ancienne cathédrale de Saint-Omer possède encore une partie notable du chef de son patron. Un orfèvre qui, pendant la révolution, acheta le reliquaire de vermeil qui renfermait cette précieuse relique, le remit à des personnes respectables, et l'authenticité fut reconnue le 3 septembre 1803; elle est maintenant renfermée dans un buste représentant un évêque. Une partie de ce chef a été transportée à Arras par le cardinal de La Tour d'Auvergne, évêque de cette ville, et il a donné en échange à l'église de Saint-Omer une portion des reliques de saint Vacet.
Vice des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras, par l'abbé Destombes ; Légendaire de la Marine ; Vie des Saints de Franche-Comté ; Continuateurs du Godescard.
Événements marquants
- Moine à l'abbaye de Luxeuil
- Élection à l'évêché de Thérouanne sous le roi Dagobert
- Évangélisation des Morins et destruction des idoles
- Fondation du monastère de Sithiu sur les terres d'Adroald
- Perte de la vue puis guérison miraculeuse lors de la translation de saint Vaast en 667
- Mort à Wavrans lors d'une tournée diocésaine
Miracles
- Transport miraculeux d'un clerc désobéissant en Angleterre et retour instantané
- Clarté céleste sur une croix plantée à Journi
- Guérison de sa propre cécité au contact des reliques de saint Vaast
- Source jaillissante pour baptiser un enfant aveugle
- Cercueil devenu trop lourd pour empêcher un vol de reliques à Lisbourg