Bienheureux André Bobola

Martyr de la Compagnie de Jésus

Fête : 16 mai 17ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Jésuite polonais du XVIIe siècle, André Bobola consacra sa vie à l'évangélisation de la Lithuanie et à la lutte contre le schisme. En 1657, il subit un martyre d'une cruauté extrême de la part des Cosaques à Janow. Son corps, retrouvé intact quarante-cinq ans plus tard après une apparition miraculeuse, est devenu un symbole de l'unité catholique en Pologne.

Biographie

LE BIENHEUREUX ANDRÉ BOBOLA

Ego enim ostendam illi quanta oporteat eum pro nomine meo pati. Je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom. Act. Ap. ix, 16.

Les Cosaques de l'Ukraine, qui tant de fois avaient ravagé la Lithuanie méridionale, venaient de l'envahir encore. Le collège de Pinsk, où souvent les Pères de la Compagnie de Jésus avaient éprouvé les maux de la guerre, était de nouveau menacé d'une ruine prochaine. Il n'y avait rien à attendre des hommes : le secours de Dieu n'en était donc que plus assuré à ceux qui mettaient généreusement leur confiance en lui. Le supérieur priait avec plus de ferveur et plus d'instances. Il se demandait en lui-même à quel Saint il devait abandonner sa cause. Tout à coup, c'était la nuit du 19 avril 1702, un religieux revêtu de l'habit de la Compagnie lui apparaît : « Vous avez besoin d'un protecteur auprès de Dieu », lui dit-il ; « pourquoi ne vous adressez-vous pas à moi ? Je suis le Père André Bobola, mis à mort en haine de la foi par les Cosaques. Cherchez mon corps, je serai le défenseur de votre collège ».

Le recteur de Pinsk fit visiter les caveaux du collège ; mais, pendant deux jours, toutes les fouilles furent inutiles. Alors le Bienheureux se montra de nouveau et désigna lui-même l'endroit où gisait son corps. C'était dans un coin de l'église, sous terre, du côté droit du grand autel. Les fouilles recommencèrent donc, et bientôt un tombeau fut découvert qui portait cette inscription :

LE PÈRE ANDRÉ BOBOLA, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, MIS A MORT PAR LES COSAQUES, A JANOFF.

Les autres corps déposés dans le même caveau avaient subi toutes les humiliations de la mort. La chasuble et l'aube qui enveloppaient le Bienheureux tombaient elles-mêmes en poussière. Mais Dieu n'avait pas permis à la corruption d'atteindre le martyr. Bien mieux que tous les préservatifs de la science humaine, la main divine l'avait défendu ; et quarante-cinq ans déjà s'étaient écoulés depuis qu'il avait cessé de vivre.

Le corps était là, devant ceux qui l'avaient découvert, conservé dans son entier, sillonné de mille blessures dans lesquelles on voyait un sang frais encore ; les chairs étaient restées molles et flexibles ; et l'odeur la plus suave se répandait autour de ce cadavre glorifié déjà dans la mort même.

Ce fut ainsi que Dieu, par les plus éclatants miracles, préserva lui-même à jamais de l'oubli la mémoire de son serviteur. Ce fut ainsi que Dieu, parmi tant de victimes des persécutions du schisme en Pologne au XVIIIᵉ siècle, choisit lui-même André Bobola pour l'élever sur les autels, et le proposer comme un nouveau protecteur, non-seulement aux fidèles de Pinsk, mais à la nation polonaise, mais à la grande unité catholique, si souvent aux prises avec le schisme et l'hérésie. « Le Tout-Puissant, comme on l'a dit si

justement dans le procès de la béatification, fut lui-même le vrai postulateur de cette cause ».

André Bobola naquit en 1592 en Pologne, dans le Palatinat de Sandomir. Sa famille était illustre et chrétienne. L'enfant fut élevé dans la piété, et de bonne heure envoyé au collège des jésuites à Sandomir. Dans cette maison ses vertus grandirent avec ses talents et il ne tarda pas à manifester l'intention qu'il avait de se consacrer à Dieu en entrant dans l'Ordre de ses maîtres. La famille Bobola avait de tous les temps protégé les jésuites qui avaient été, dans de nombreuses circonstances, les objets de ses libéralités. Dieu la récompensait de sa charité en choisissant dans son sein le Bienheureux Bobola pour en faire un martyr qui perpétuerait sa gloire. Le 13 juillet 1611, André entrait au noviciat dans la ville de Wilna. Pendant les deux ans qui s'écoulèrent jusqu'à 1613, il se montra constamment un modèle pour tous ses compagnons. Pendant trois ans il étudia la philosophie sous la direction du Père Marquet qui, en voyant la piété de son élève et ses remarquables talents, en conçut de grandes espérances. Au sortir de sa philosophie, il professe successivement dans la ville de Brunsberg, et au collège de Pultava où il gagne l'affection de tous ses élèves en même temps qu'il les porte à la vertu par sa vie pleine d'admirables exemples de piété. En 1621, il reçoit le sous-diaconat et le diaconat, puis l'année suivante la prêtrise, après avoir suivi un cours de théologie où il eut pour maître le Père Marquet qui lui avait enseigné la philosophie.

André Bobola est âgé de 32 ans, alors que nous le voyons pour la première fois adonné au ministère de la prédication dans l'église de Saint-Casimir de Wilna. Le bien qu'il fit dans cette ville et l'influence qu'il y acquit furent immenses. Le 2 juin 1630, il fait profession solennelle des quatre vœux et devient supérieur de la résidence de Bobruisk. Il passa là cinq années dans la pratique des vertus les plus humbles, ses vertus de prédilection. Il eut l'occasion aussi pendant ce temps de montrer son ardente charité dans une contagion qui ravagea la Lithuanie. Il se livra sans réserve et sans aucune précaution au soulagement des malades, et par une permission toute particulière de la Providence qui le destinait à un autre martyre, il échappa au fléau et à la fatigue. En 1636 il se démit de ses fonctions de supérieur et obtint de se livrer entièrement aux missions. Pendant vingt-un ans, on le trouve sur toutes les routes de la Lithuanie qu'il évangélise. Les Cosaques, les Russes et les Tartares ravageaient déjà la Pologne destinée à un martyre qui, aujourd'hui, n'a pas encore son terme. Les jésuites eurent beaucoup à souffrir des envahisseurs qui ne les aimaient pas : ils se virent dépouillés, chassés de leurs maisons et emmenés en captivité. Les peuples eurent à endurer des misères atroces : ils avaient pour les soutenir et les aider le Père André Bobola, qui en même temps combattait l'erreur partout où il la rencontrait. Sa science faisait un tel mal aux Popes grecs et diminuait tellement le nombre de leurs partisans qu'ils résolurent de réunir leurs forces dans un coin de la Lithuanie et d'en faire pour ainsi dire leur citadelle. Ils choisirent la province de Polésie qu'entourent partout des lacs et des marais ; mais ils rencontrèrent là un adversaire redoutable, le prince Radziwil, fervent catholique, qui appela les jésuites à son aide en leur offrant une maison princière à Pinsk. Le Père André Bobola s'y rendit avec la conviction qu'il allait au martyre.

Il devint en effet l'objet de toutes les attaques des schismatiques qui le redoutaient.

Que d'outrages il avait déjà reçus ! que de fois déjà des mains sacrilèges

16 MAL.

avaient osé se lever sur lui ! Les prêtres du schisme payaient des misérables pour l'accabler de coups et d'injures. Cependant ils imaginèrent une autre persécution qui devait aller plus avant dans le cœur de l'apôtre ; ils rassemblaient les enfants schismatiques les plus grossiers et les plus mauvais, et les envoyaient à la porte du collège. Là, quand le missionnaire se présentait pour sortir, les clameurs les plus insultantes retentissaient aussitôt, les projectiles les plus honteux volaient sur lui. Cependant il s'avançait ; mais ces enfants lui faisaient cortège. Ils l'attendaient devant la maison des pauvres, des malades que sa charité visitait, et le ramenaient ensuite au milieu des huées de leurs jeux infâmes. Et cela dura plusieurs années ; presque chaque jour c'était la même scène. L'homme de Dieu ne reculait jamais ; jamais il n'omettait, il ne différait pas même ses courses apostoliques, afin d'éviter ce concert abominable d'outrages. Que dis-je ? pour ce grand cœur, avide des humiliations du Calvaire, c'était comme une perpétuelle ovation. Non-seulement il ne trahissait aucun trouble, aucune émotion de la nature, mais la bonté, la paix, la joie surnaturelle éclairait son visage.

« Chien de jésuite, chien de papiste ! » criaient ces petits bourreaux ; « Lach, Lach ! Polonais, Polonais ! Prêtre catholique ! Dutzochwat ! » criaient-ils encore ; « Ravisseur des âmes ! ravisseur des âmes ! » Oui, c'était bien le titre que méritait le zèle triomphant d'André. Ses ennemis eux-mêmes publiaient ainsi sa gloire à leur manière, et nous ne savons s'il n'est pas encore plus glorieux pour lui d'avoir été nommé le ravisseur des âmes par les schismatiques, que d'avoir été proclamé par les catholiques l'apôtre de Pinsk. Cependant ses persécuteurs, en criant Dutzochwat, prétendaient lui faire la plus cruelle injure ; ils le comparaient au démon lui-même, comme auparavant le bienheureux Josaphat, cet évêque martyr de Vitebsk, qu'ils représentaient armé d'un croc et tirant les âmes en enfer et appelaient aussi Dutzochwat. « Ah ! plût à Dieu », répondait Josaphat, « que je pusse en effet ravir vos âmes et les conduire en paradis ».

Tel était aussi le cri du bienheureux André. Qu'il eût voulu gagner à Dieu ces pauvres enfants ! Quelquefois il les entraînait sur ses pas en des lieux solitaires, et promenant sur eux ce regard d'une bénignité paternelle, auquel les enfants d'ordinaire ne savent point résister, eux qui s'approchaient autrefois avec une familiarité si touchante du Sauveur Jésus, il essayait de leur parler. Mais la leçon leur était faite. Leurs parents et leurs prêtres les avaient prémunis contre la séduisante douceur d'André. « Sorcier ! sorcier ! » s'écriaient-ils, et se bouchant les oreilles, ils fuyaient avec épouvante. Que le visage contristé de l'apôtre devait ardemment respirer alors cette charité profonde, cette tendre affection pour l'enfance qu'il avait puisée dans le cœur du bon Maître ! Quels touchants efforts il faisait pour retenir ces bourreaux chéris ! Ah ! sans doute ce généreux ravisseur des âmes eut alors plus d'une fois le bonheur d'arracher au démon quelqu'une de ces victimes pour les rendre à son Dieu.

Ses ennemis voyant qu'ils ne gagnaient rien et que la conduite d'André Bobola servait sa cause au lieu de la perdre, prirent la résolution de se débarrasser de lui ; ils appelèrent les Cosaques à leur aide. Deux chefs de bande s'attachèrent à la poursuite du Bienheureux. Un jour qu'il venait de dire la messe et faisait son action de grâces, on l'avertit que les Cosaques arrivaient : on lui fournit les moyens de fuir, mais il est bientôt atteint et pris par ses ennemis qui le dépouillent, l'attachent à un arbre et l'accablent de coups ; ils lui passent ensuite une corde au cou et l'attachent derrière

leurs chevaux, le conduisent à leur chef, à Ianow. Les réponses calmes que le martyr fait à ces barbares l'irritent, et il reçoit pour punition un grand coup de sabre sur la tête. La main qu'il avait instinctivement levée en l'air fut presque détachée du bras, mais le préserva d'une mort infaillible. Alors les soldats se mirent de la partie. L'un lui arracha un œil, les autres le conduisirent chez un boucher où ils allumèrent des torches et lui brûlèrent différentes parties du corps en lui demandant de renoncer à sa foi. Sur son refus, on l'étrangla à demi avec de jeunes branches vertes tordues à l'avance, on lui fit une tonsure en lui enlevant la peau de la tête, on le frappa au visage de façon à lui casser les dents; sous l'horrible et dérisoire prétexte de lui faire une chasuble, on lui arrache la peau du dos. On essuie avec une torche de paille le sang qui coule à flots de cette plaie atroce, et pour achever de faire un monstre de cet homme dont l'aspect épouvante même ses bourreaux, on lui enfonce des roseaux sous les ongles, afin de leur donner l'apparence de griffes. Après lui avoir ensuite coupé le nez et les lèvres, on le jette sur un tas de fumier. Le Bienheureux n'était plus qu'une masse de chair informe et repoussante. Deux heures après, le capitaine, passant par là, l'acheva d'un coup de sabre. (16 mai 1657).

Aussitôt la mort du martyr une lumière brillante parut sur Ianow et épouvanta les Cosaques qui montèrent sur leurs chevaux et disparurent. Les catholiques transportèrent son cadavre au collège des jésuites à Pinsk, où il reçut la sépulture. La nouvelle de cette mort affreuse se répandit rapidement, et les Polonais se mirent dès lors à invoquer Bobola comme un Saint. Quarante-cinq ans après sa mort, on trouva son corps sans corruption: cette nouvelle ranima la confiance des Polonais, et le tombeau de Bobola devint un lieu de pèlerinage où s'opérèrent de nombreux miracles. Plusieurs fois dans le cours du XVIIIᵉ siècle, son sépulcre a été ouvert et le corps a toujours été trouvé dans un état parfait de conservation. En 1808, on le transporta à Polosk dans le collège de la Compagnie de Jésus. Mais, en 1820, les Jésuites furent chassés de Russie par un décret d'Alexandre, ou plutôt par un décret de Dieu : ils étaient envoyés de nouveau sur tous les points du monde à l'apostolat. Ils n'eurent pas la consolation d'emporter le sacré dépôt : ils le confièrent à la piété des religieux de Saint-Dominique. Mais, depuis, les schismatiques s'en sont emparés. Toutefois, c'est une justice à leur rendre : à Polosk, comme autrefois à Pinsk, ils honorent eux-mêmes les restes de celui que le schisme a frappé; réparation touchante, qui sans doute fait descendre sur eux aussi bien des grâces, par l'intercession de celui qui si longtemps les évangélisa, qui répandit son sang pour eux en leur pardonnant.

Le Bienheureux était d'une forte corpulence et d'une taille peu élevée; mais dans tout son extérieur il portait quelque chose de noble, de simple et de pieux qui disposait en sa faveur. Les fatigues avaient de bonne heure dépouillé son front; il ne lui restait qu'une couronne de cheveux blonds qui blanchirent avant l'âge; il gardait la barbe assez longue. La vivacité de son regard n'était rien à sa modestie. Sur son visage un peu coloré se rencontraient la majesté et la candeur. On aimait à le voir; on aimait à l'entendre. Il possédait, avec un excellent esprit, une mémoire heureuse, une expression toujours facile. Sa prononciation était agréable; sa voix sonore et pénétrante. Il s'appliquait à donner une instruction solide; mais en même temps sa douceur insinuante allait aux cœurs; sa conviction profonde les touchait en vibrant en eux. Quelquefois sa parole s'élançait comme la foudre, et les pécheurs les plus endurcis ne pouvaient plus résister.

C'est Pie IX qui, en 1853, a béatifié André Bobola.

47 MAI.

Notice historique sur le bienheureux André Bohola de la Compagnie de Jésus, par le R. P. Ollsaint. Paris, Julien, Lanier et C°, éditeurs, 1854, et tous les hagiographes modernes.

Événements marquants

  • Naissance en 1592 dans le Palatinat de Sandomir
  • Entrée au noviciat des Jésuites à Wilna en 1611
  • Ordination sacerdotale en 1622
  • Dévouement lors d'une contagion en Lithuanie
  • Missions en Polésie et à Pinsk contre le schisme
  • Capture et supplice atroce par les Cosaques à Janow en 1657
  • Invention miraculeuse du corps intact en 1702
  • Béatification par Pie IX en 1853

Miracles

  • Apparition au recteur de Pinsk en 1702 pour désigner son tombeau
  • Incorruptibilité du corps quarante-cinq ans après la mort
  • Sang resté frais et chairs flexibles malgré les blessures
  • Lumière brillante apparue sur Janow à sa mort

Citations

Je suis le Père André Bobola, mis à mort en haine de la foi par les Cosaques. Cherchez mon corps, je serai le défenseur de votre collège.

— Apparition du 19 avril 1702

Date de fête

16 mai

Époque

17ᵉ siècle

Décès

16 mai 1657 (martyre)

Invoqué(e) pour

protection contre les invasions, défense de la foi catholique face au schisme

Autres formes du nom

  • Dutzochwat (pl)
  • Ravisseur des âmes (fr)
  • Apôtre de Pinsk (fr)

Prénoms dérivés

André

Famille

  • Famille Bobola (parents (illustre et chrétienne))