Le Bienheureux Tutilon
Moine de Saint-Gall
Résumé
Moine de Saint-Gall au IXe siècle, Tutilon était un érudit universel, excellant tant dans les arts libéraux que mécaniques. Poète, peintre, ciseleur et musicien virtuose, il mit ses talents au service de l'Église tout en conservant une profonde humilité et une grande rigueur monastique. Il mourut vers 898, laissant derrière lui une œuvre artistique et liturgique reconnue par ses contemporains, dont l'empereur Charles le Gros.
Biographie
LE BIENHEUREUX TUTILON, MOINE DE SAINT-GALL (898).
Tutilon ou Tutelon était issu d'une famille noble et puissante. La nature l'avait enrichi de tant d'excellentes qualités qu'on ne pouvait voir un homme plus accompli. Il était parfaitement bien fait de corps, avait une belle voix, beaucoup de dextérité, une éloquence naturelle, le talent de répondre sur-le-champ et à propos sur toute sorte de sujets. Il était bon, obligeant, et aussi agréable dans son sérieux que dans son enjouement.
Dès sa jeunesse, il fut élevé au monastère de Saint-Gall, où il se consacra au service de Dieu sous la règle de saint Benoît. Tutilon s'y appliqua, sous les célèbres Ison et Marcel, à l'étude de tous les arts libéraux, et devint poète, orateur, musicien, et aussi bon peintre et ciseleur qu'on pouvait l'être à son siècle. Il prit aussi quelque connaissance des arts mécaniques. Mais la musique ayant pour lui un attrait particulier, il la cultiva avec un nouveau soin. Il réussissait si parfaitement à toucher toute sorte d'instruments que son abbé le préposa pour y instruire les enfants de condition qu'on élevait à Saint-Gall.
Tant de belles qualités acquises, réunies aux dons qu'il avait reçus de la nature, faisaient dire à l'empereur Charles le Gros, qui s'exprimait en cette occasion suivant la manière de penser du monde, que c'était dommage qu'on eût enseveli un si bel homme dans l'obscurité du cloître.
Bien loin que tout ce brillant nuisît à la vertu de Tutilon, il ne fit que lui donner plus de lustre.
Il était des plus assidus au chœur, et si zélé pour l'observation des règles et de la bienséance, qu'il ne pouvait rien voir qui les blessât, sans qu'il ne se mît en devoir d'y remédier, et de le reprendre hautement. Il avait la chasteté en telle recommandation, qu'on le reconnaissait en cela pour un vrai disciple de Marcel, qui fermait les yeux à la vue d'une femme. Quoiqu'il fût obligé de sortir souvent du monastère, il n'en avait pas moins d'attrait pour la componction accompagnée de larmes, lorsqu'il était dans le secret de sa retraite.
Son habileté dans la peinture et dans la ciselure le faisait quelquefois appeler au loin. Il travailla notamment à Metz et à Saint-Alban de Mayence. Mais lorsque ses ouvrages lui attiraient des louanges excessives, il avait soin de se dérober et de sortir du lieu où cela arrivait, pour éviter les mouvements de la vaine gloire. Il avait coutume d'accompagner de quelque épigramme, ou au moins de quelque monostique de sa façon, ses ciselures et ses tableaux.
Tutilon mourut en odeur de sainteté le 28 de mars, sans qu'on en sût l'année précise ; mais on ne peut guère se tromper en la plaçant vers l'an 898. Il fut enterré à Saint-Gall dans la chapelle de Sainte-Catherine, qui, dans la suite des temps, a pris, avec le cimetière qui lui est contigu, le nom de Saint-Tutilon.
Il nous reste aujourd'hui peu de chose des écrits du bienheureux Tutilon, quoiqu'on assure qu'il avait laissé plusieurs productions de son esprit, toutes marquées au coin de la piété. Elles consistaient pour la plupart en hymnes et chants ecclésiastiques. On en indique plusieurs dont on rapporte les premiers mots, et dont quelques-unes avaient été présentées, du vivant de l'auteur, au roi Charles, qui se mêlait aussi lui-même d'en composer. Mais de toutes ces pièces du savoir de Tutilon, on n'a imprimé que trois petites élégies, avec une hymne en vers jambiques dimètres.
Vid. Canizii Thesaurus monum. eccl., t. II, p. 216-218. Tiré de l'Histoire littéraire de la France, t. V, p. 671 ; voyez aussi Dom Calmet, Biblioth. Lorraine, p. 932 ; et Dom Gerbert, De Cantu et Musica sacra, t. II, p. 32 et 59.
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Événements marquants
- Éducation au monastère de Saint-Gall sous Ison et Marcel
- Profession monastique sous la règle de saint Benoît
- Nomination comme instructeur de musique pour les enfants de condition
- Rencontre avec l'empereur Charles le Gros
- Travaux artistiques à Metz et à Saint-Alban de Mayence
- Décès en odeur de sainteté le 28 mars