Vénérable Louis-Marie Baudouin
Fondateur de la Congrégation des Fils de Marie Immaculée et des Ursulines de Jésus
Résumé
Prêtre vendéen et fondateur, Louis-Marie Baudouin traversa la Révolution française en restant fidèle à l'Église, connaissant la prison et l'exil en Espagne. Curé de Chavagnes-en-Paillers, il y fonda un séminaire et deux congrégations religieuses dédiées à l'éducation et aux missions. Il mourut en 1835, laissant l'image d'un prêtre d'une douceur et d'une charité exemplaires.
Biographie
LE VÉNÉRABLE LOUIS-MARIE BAUDOUIN,
FONDATEUR DE LA CONGRÉGATION DES FILS DE MARIE IMMACULÉE, ET DE LA SOCIÉTÉ DES URSULINES DE JÉSUS, DITES DE CHAVAGNES
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de l'histoire sainte. Plein de vivacité, mais cependant gracieux et modeste, il devint enfant de chœur, et, dans ces fonctions si humbles aux yeux des gens du monde, mais si grandes aux yeux de la foi, il montra une aptitude et un recueillement qui annonçaient une vocation sacerdotale. À l'âge de quinze ans, il perdit sa vertueuse mère, mais il lui en restait encore une dans le ciel, la Vierge Marie, et une autre sur la terre, une sœur aînée dont la piété est suffisamment prouvée par le vœu de chasteté perpétuelle que, tout en restant au milieu du monde, elle fit à dix-neuf ans, et par son heureuse habitude de réciter chaque jour le Rosaire en vaquant à ses occupations diverses.
En 1782, le vénérable Baudouin entra au séminaire de Luçon, et il en fut le modèle. Il était doux par vertu, et sans révéler ces talents extraordinaires qui fixent tous les regards, il faisait preuve d'un jugement droit et d'une grande clarté dans l'esprit. Sa vertu fut alors soumise à une rude épreuve : il s'adressait à un directeur, imbu de quelques principes jansénistes, qui l'éloigna de la sainte communion. Le pieux jeune homme souffrait et dépérissait à vue d'œil. Cet état de langueur cessa, lorsque, obéissant à de sages conseils, il eut choisi pour la conduite de son âme un guide plus éclairé.
Le vénérable eut successivement le désir de se faire Chartreux, puis Lazariste, mais il fut retenu par ses supérieurs. Il fut ordonné prêtre, le 19 septembre 1780, par Mgr de Pressigny, évêque de Saint-Malo, mort depuis archevêque de Besançon. Nommé vicaire de son frère aîné, qui était curé de Luçon, et aumônier de l'hôpital, il exerça un ministère fructueux, refusa le serment à la constitution civile du clergé, et eut grand soin de prémunir les fidèles contre l'évêque schismatique. Il lui fit parvenir, comme il se rendait à la cathédrale, un billet qui portait ces mots : *Ad quid venisti* ? « Pourquoi êtes-vous venu ? » et un autre qui achevait sa pensée : *Juda, osculo Filium hominis tradis* ; « Judas, vous trahissez le Fils de l'Homme par un baiser ». Un jour, il trouva l'intrus au chevet d'un moribond : « Vous n'avez aucun pouvoir », lui dit-il avec courage, et le malheureux atterré se retira. Mais le zèle même du vénérable prêtre le désignait aux outrages et aux persécutions. Il est saisi, passe la nuit au corps de garde, et emmené à Fontenay, il a la gloire d'être le premier prêtre du diocèse de Luçon incarcéré pour la foi. Mis en liberté, puis de nouveau repris, il fut atteint par le décret qui condamnait à la déportation les prêtres restés fidèles, sous le nom de prêtres non assermentés, et s'embarqua aux Sables d'Olonne pour l'Espagne. Il habita, entre autres villes, Valence et Tolède, et occupa ses loisirs à l'étude de la théologie et des saints Pères.
Il eut alors la douleur de perdre son frère, compagnon de son exil, ce curé de Luçon, dont nous avons parlé plus haut, ecclésiastique d'un haut mérite, dans les papiers duquel on trouva, après sa mort, des lettres de grand-vicaire de Luçon, distinction qu'il avait toujours soigneusement tenue secrète.
Il revint en France au mois de juin 1797, avec un passe-port de passementier, et se cacha dans de pieuses maisons de la ville des Sables d'Olonne ; dans sa chambre il gardait le Saint-Sacrement, priait, lisait, prêchait, et il eut été heureux dans la compagnie de son Dieu, si le prêtre pieux pouvait oublier un instant les âmes qui se perdent, sans qu'il puisse leur porter secours. La police le rechercha, mais on la dérouta à force d'habileté et de présence d'esprit. La tempête révolutionnaire s'étant calmée, le vénérable Baudouin s'établit à la Jonchères, puis à Saint-Cyr en Talmondais, petites
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paroisses d'où son zèle rayonnait sur près de vingt paroisses environnantes. Ses occupations l'obligeaient de confesser les hommes en marchant; sa vertu, comme celle des plus grands Saints, ne fut pas à l'abri des persécutions; mais il en triompha par une douceur inaltérable.
En 1801, les habitants de Chavagnes-en-Paillers, canton de Saint-Fulgent, le demandèrent et l'obtinrent pour curé. Il fut le modèle des prêtres chargés de gouverner des paroisses. Il remua la population par une mission et érigea une croix avec beaucoup de solennité. Il évita le schisme spécieux de la Petite-Église. Il réunissait les jeunes gens, les accoutumait à fréquenter les sacrements, et aimait à former le signe de la croix sur le front des petits enfants en prononçant ces paroles : *Et Verbum caro factum est* : « Et le Verbe s'est fait chair ». Il tint en honneur le chant des cantiques et mit fin aux danses et aux veillées; sa charité était sans bornes; il donnait aux pauvres et ses chemises et ses bas. « Plus un prêtre donne », disait-il, « plus il reçoit ». Ses sermons étaient courts, mais ils respiraient cette onction qui est le vrai secret de trouver le chemin des cœurs.
Il fonda le séminaire de Chavagnes au milieu de mille difficultés. En commençant les constructions et appropriations nécessaires, il ne lui restait que six francs et la confiance la plus aveugle en la Providence. Bientôt déchargé de sa cure, il s'occupa surtout de ses chers élèves. Les études s'y fortifiaient, les élèves devinrent nombreux et les vertus y jetèrent le plus doux éclat. « De l'éducation », disait le Père Baudouin, « dépend ordinairement le salut, la prédestination; et l'éducation est au pouvoir des maîtres ». Par suite d'un décret impérial, le séminaire fut transporté à La Rochelle et l'homme de Dieu en conserva le supériorat. Il fut aussi nommé malgré lui chanoine titulaire et vicaire général honoraire.
Les mêmes dignités lui furent confiées à Luçon, lors du rétablissement, en 1821, de ce diocèse, qui, on s'en souvient, était son diocèse d'origine. Bientôt ses infirmités le forcèrent d'abandonner la direction du grand séminaire, et il se retira à Chavagnes, où il avait, en 1816, fait remettre une école ecclésiastique, et où est le chef-lieu de sa Congrégation de religieuses. Il faisait de temps en temps quelque promenade dans les campagnes, afin de s'élever par les créatures à la contemplation du Créateur. Tout en lui respirait la douceur, l'affabilité, la bonté, l'humilité; il possédait, comme saint François de Sales, ces petites vertus qui font les grands Saints et qui rendent la piété aimable, en la présentant sous un véritable jour. Il écrivait sans apprêt, répandant son cœur, pour ainsi dire, sur le papier; il avait je ne sais quoi de naturel et de piquant qui donne à ses lettres, et parfois à ses expressions, que l'on dirait créées, un cachet remarquable de gracieuse originalité. Comme l'Apôtre bien-aimé, il répétait sans cesse : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres ». Entouré de la vénération universelle, il expira, plein de foi et d'espérance, le 12 février 1835. Mgr Soyer, évêque de Luçon, interpréta les sentiments de tous, lorsque, dans la circulaire adressée à son clergé à cette occasion, il s'écria : « Sa vie a été le modèle des prêtres; sa mort a été celle des Saints ».
Le Père Baudouin se survit sur la terre dans les deux œuvres qu'il a fondées: 1° Les *Missionnaires dits Enfants de Marie Immaculée*, qui s'occupent d'évangéliser les paroisses et de diriger les petits séminaires. Ils ont mérité, par leurs travaux et leurs succès, d'obtenir récemment l'approbation du Saint-Siège. Plusieurs prêtres de cette Congrégation sont missionnaires à la Dominique (Antilles anglaises).
2° La Congrégation des Ursulines de Jésus, dites de Chavagnes, qu'il
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fonda de concert avec une ancienne religieuse, la Mère Saint-Benoît, morte en 1828 en odeur de sainteté. Il leur donna pour but et pour fonctions : 1° de se regarder comme les épouses et les adoratrices de la vertu incarnée ; 2° de s'offrir à Jésus-Christ comme des victimes pour le monde ; 3° d'élever chrétiennement la jeunesse pour l'amour de la sainte enfance du Sauveur ; 4° de visiter les malades.
Il s'attacha à leur inculquer l'esprit de dévouement, de zèle et de charité qui brillait en lui. D'un mot, il leur a montré leur modèle et tracé l'idéal de toute religieuse vouée à l'enseignement : « Soyez des vierges au cœur maternel comme Marie, mère de Jésus ».
Cette Congrégation, qui rend toujours d'immenses services à la religion et à la société, compte 996 religieuses, 46 maisons d'éducation, pensionnats, externats et classes gratuites dans les diocèses de Luçon, Nantes, Angers, Poitiers, La Rochelle, Angoulême, Tours et Bourges ; 21 paroisses du diocèse de Luçon possèdent des établissements de cette Congrégation. Elle est aussi établie à Swansea, au pays de Galles (Angleterre).
Tel fut le Père Baudouin ; ses œuvres perpétuent le bien qu'il a fait, et les deux diocèses de Luçon et de La Rochelle, les deux clergés dont il a formé les membres les plus vénérables, s'accordent à le regarder comme un nouveau Nébémie suscité de Dieu, après les ruines faites par l'impiété, pour relever le temple saint et rassembler les pierres dispersées du sanctuaire.
La Vie du vénérable Père Baudouin a été écrite par un de ses enfants (Luçon, 1856, 2 vol. in-8°). On ne saurait trouver pour les communautés religieuses une lecture plus intéressante et plus édifiante.
Événements marquants
- Entrée au séminaire de Luçon en 1782
- Ordination sacerdotale le 19 septembre 1780 par Mgr de Pressigny
- Incarcération à Fontenay pour refus de serment à la constitution civile du clergé
- Exil en Espagne (Valence et Tolède) suite au décret de déportation
- Retour clandestin en France en juin 1797 aux Sables d'Olonne
- Nomination comme curé de Chavagnes-en-Paillers en 1801
- Fondation du séminaire de Chavagnes et de la Congrégation des Ursulines de Jésus
- Supérieur du séminaire transporté à La Rochelle sous l'Empire
- Décès le 12 février 1835
Citations
Plus un prêtre donne, plus il reçoit.
Soyez des vierges au cœur maternel comme Marie, mère de Jésus.