Saint Polycarpe de Smyrne

Évêque et Martyr

2ᵉ siècle • sainte

Résumé

Saint Polycarpe adresse une lettre aux Philippiens pour les féliciter de leur accueil envers saint Ignace et les exhorter à la persévérance. Il y détaille les devoirs moraux de chaque état de vie et défend fermement la réalité de l'Incarnation et de la Résurrection contre les premières hérésies. Ce texte est considéré par les Pères de l'Église comme une défense puissante de la vérité évangélique.

Biographie

LETTRE DE SAINT POLYCARPE AUX PHILIPPIENS.

En voici l'analyse par Dem. Ceillier :

Dès le commencement de sa lettre, saint Polycarpe félicite les Philippiens du bonheur qu'ils ont eu de recevoir saint Ignace et les compagnons de son voyage, dont les chaînes, dit-il, sont les diadèmes des élus de Dieu. Ensuite il relève la piété et la foi des Philippiens, qui, ferme et solide, dès les premiers moments qu'on leur avait annoncé l'Évangile, était jusque-là demeurée pure et sans mélange ; ce qui lui donne lieu de les exhorter à la conserver et à la faire croître de plus en plus. Pour leur en faciliter les moyens, il descend dans un détail des devoirs attachés aux différents états dans lesquels Dieu les a placés : il veut que les femmes aient un amour sincère pour leurs maris, une amitié chaste et égale pour tout le monde, et qu'elles prennent soin d'instruire leurs enfants dans la crainte de Dieu ; que les veuves, ce qu'il faut entendre surtout des diaconesses, soient extrêmement réservées à juger des choses de la foi ; qu'elles prient sans cesse pour tous, entièrement éloignées de la calomnie et de la médisance, de l'avarice et de tout mal, sachant qu'elles sont le temple de Dieu qui voit tout ce qui est en nous et qui découvre jusqu'aux plus secrètes pensées du cœur. Les diacres doivent aussi être sans reproche : qu'ils ne soient ni calomnieux, ni doubles en leurs paroles, ni avares, mais retenus en toutes choses ; compatissants, ardents dans la pratique du bien et marchant selon la vérité de Dieu. Que les jeunes gens soient de même irréprochables ; qu'ils mettent leur premier soin à conserver la pureté et à tenir en bride leurs désirs ; qu'ils soient soumis aux prêtres et aux diacres comme à Dieu et à Jésus-Christ ; que les vierges conservent sans tache la pureté de leur conscience.

Que les prêtres soient tendres et compatissants envers tous ; qu'ils ramènent ceux qui se sont égarés, qu'ils visitent les malades et ne négligent ni la veuve, ni l'orphelin, ni le pauvre ; qu'ils s'éloignent de la colère, de la préoccupation, de l'injustice dans les jugements et de l'avarice. Qu'ils ne soient pas trop sévères, sachant que nous sommes tous pécheurs.

Il donne ensuite aux Philippiens des instructions sur la réalité de l'incarnation et de la mort du Sauveur, et dit, avec saint Jean, que quiconque ne confesse pas que Jésus-Christ est venu dans la chair, est un antechrist. Il ajoute que celui qui nie la vérité de la croix, appartient au démon et que celui qui détourne la parole de Dieu suivant ses désirs, et dit qu'il n'y a ni résurrection, ni jugement, est le fils aîné de Satan. Après cela, il leur met devant les yeux ce que Jésus-Christ a souffert pour nous donner la vie, et les exhorte à imiter les exemples de patience qu'ils avaient vus non-seulement dans les bienheureux Ignace, Zozime et Rufin, mais dans plusieurs d'entre eux, dans saint Paul et dans les autres apôtres, qui sont, dit-il, arrivés au lieu qu'ils ont mérité d'y occuper auprès du Seigneur avec lequel ils ont souffert.

Saint Polycarpe vient ensuite à l'affaire de Valens, prêtre de Philippe, qui s'était rendu indigne de son rang par un péché dans lequel il était tombé avec sa femme. « J'en suis », dit-il, « fort affligé pour Valens et pour sa femme, et je prie Dieu de leur donner une vraie pénitence. Cependant usez vous-mêmes de modération à leur égard, et ne les traitez pas comme des ennemis, mais comme des membres malades ; rappelez-les, afin de sauver tout votre corps ». Ensuite, après avoir loué les Philippiens de l'intelligence qu'ils avaient dans les saintes Écritures, il les exhorte à prier pour tous les Saints, pour les rois, les princes, les puissances, pour leurs persécuteurs et les ennemis de la croix, « afin », leur dit-il, « que le fruit de votre foi soit manifeste à tout le monde ». Il finit sa lettre en leur donnant avis qu'il leur envoyait toutes les lettres d'Ignace qu'il avait pu recouvrer, ajoutant qu'ils en pouvaient tirer une grande utilité ; « car elles sont pleines », dit-il, « de foi, de patience et de toute sorte d'édification ».

Saint Irénée appelle la lettre de saint Polycarpe une très-puissante défense de la vérité, et dit que ceux qui ont soin de leur salut peuvent y apprendre quelle est la doctrine évangélique, en lisant quelle a été la foi et la croyance de ce Saint. Saint Jérôme dit aussi qu'elle est très-utile. D'autres la font passer pour une pièce admirable, remplie de fort belles instructions, écrites de la manière la plus convenable aux auteurs ecclésiastiques, c'est-à-dire avec beaucoup de simplicité et de netteté. Eusèbe remarque qu'on y trouve divers endroits tirés de la première Épître de saint Pierre. En effet saint Polycarpe la cite très-souvent, aussi bien que celles de saint Paul. Il cite encore la première de saint Jean et le livre de Tobie. On peut encore remarquer, dans cette

SAINT ALBÉRIC, DEUXIÈME ABBÉ DE CITEAUX. 625

lettre, que le Saint était persuadé que les martyrs jouissaient du souverain bonheur aussitôt après leur mort; que l’incarnation du Fils de Dieu, sa passion, sa mort, sa résurrection ont été très-réelles et non apparentes; qu’en matière de doctrine nous devons nous en tenir à ce qui nous a été enseigné dès le commencement; que les hérétiques expliquaient les Écritures à leur fantaisie; que le moyen d’obtenir de Dieu la force de résister à la tentation, c’est de jeûner et de prier; qu’il ne faut pas être trop sévère envers les pécheurs; mais les reprendre avec beaucoup de modération, qu’il ne faut pas les regarder comme nos ennemis, mais les recevoir comme des membres qu’on fait rentrer dans leur devoir; que les prêtres ne doivent pas croire aisément le mal; que les diacres sont les ministres de Dieu et de Jésus-Christ, et non des hommes; que nous ne sommes point sauvés par nos bonnes œuvres, mais par la grâce et par les mérites de Jésus-Christ; que l’amour des richesses est le principe et la source de tous les maux; mais que l’amour de Dieu et du prochain, qui doit accompagner toutes nos actions, est le fondement de notre espérance.

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Événements marquants

  • Réception de saint Ignace d'Antioche et de ses compagnons
  • Rédaction d'une lettre aux Philippiens pour affermir leur foi
  • Exhortation à la pureté et aux devoirs des différents états (femmes, veuves, diacres, prêtres)
  • Défense de la réalité de l'Incarnation contre les hérésies
  • Gestion du cas de Valens, prêtre tombé dans le péché

Citations

Quiconque ne confesse pas que Jésus-Christ est venu dans la chair, est un antechrist.

— Lettre aux Philippiens (citant Saint Jean)

L’amour des richesses est le principe et la source de tous les maux.

— Lettre aux Philippiens