Saint Melaine de Rennes

Évêque de Rennes

Fête : 6 novembre 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque de Rennes au VIe siècle et conseiller du roi Clovis, Melaine fut un grand thaumaturge et un pacificateur de la Bretagne. Né à Platz, il mena une vie monastique avant d'être élu évêque malgré lui, se distinguant par ses miracles et son rôle au concile d'Orléans. Sa dépouille remonta miraculeusement la Vilaine jusqu'à Rennes, opérant de nombreuses guérisons sur son passage.

Biographie

SAINT MELAINE, ÉVÊQUE DE RENNES

« Nonne spes nostra est de hoc sæculo? » Notre espérance à nous est-elle en ce monde? (S. Aug., serm. 156. Leçon 7a de l'office de S. Melaine.)

SAINT MELAINE, nommé par les Bretons saint Malani, naquit dans le diocèse de Vannes, l'an 442 ou 456, à Platz, sur le bord de la rivière de Vilaine, à peu près dans le lieu que l'on appelle aujourd'hui Brain. Illustre par son origine, il le fut encore davantage par ses vertus. Élevé dès sa plus tendre enfance par de grands prélats, il fit de merveilleux progrès dans les lettres sacrées; sa foi était déjà si vive qu'il opérait des miracles. De cette auguste école il passa dans un monastère où il se perfectionna, en peu de temps, dans les exercices de la vie la plus austère. Beau dans son corps, plus beau dans son âme, il avait tout ce qu'il fallait pour plaire au ciel et à la terre. Dieu découvrit son mérite à saint Amand, évêque de Rennes, et lui fit connaître, au lit de la mort, qu'il serait son successeur. Le clergé et le peuple de Rennes, ayant appris de la bouche de leur saint évêque quelle était la volonté divine, ne lui eurent pas plus tôt rendu les derniers devoirs qu'ils allèrent enlever Melaine, malgré sa résistance, du cloître qu'il ne pensait plus quitter qu'avec la terre: et malgré ses raisons, ses prières, ses larmes, il fut élu et sacré évêque. Chargé de ce lourd fardeau de l'épiscopat, il crut qu'il ne pourrait le porter sans des secours extraordinaires du ciel: pour les mériter il redoubla ses veilles, ses jeûnes, ses macérations et ses prières. Il s'appliqua avec une attention nouvelle à l'étude de l'Écriture, à la présence de Dieu, qu'il consultait avant de rien entreprendre; il visitait fréquemment les églises de son diocèse, prêchant plus par ses exemples encore que par ses paroles, et choisissant, médecin charitable des âmes, des remèdes convenables pour chaque malade. Pendant qu'il se privait du nécessaire, il avait soin que pas un pauvre ne restât dans l'indigence, afin que les prières de ceux qu'il assistait lui obtinssent miséricorde. Car il avait sans cesse présent devant les yeux le jour du jugement, et cette pensée lui faisait verser d'abondantes larmes. Élevé ainsi presque au-dessus de la condition humaine, il reçut de Dieu le don des miracles : nous ne dirons pas les aveugles auxquels il a rendu la vue, les boiteux qu'il a redressés, les muets qu'il a fait parler, les personnes languissantes dont il a rétabli les forces, les malades de toutes sortes qu'il a remis en santé, les possédés qu'il a délivrés, ni les morts qu'il a ressuscités, nous rapporterons seulement une des merveilles extraordinaires de ce dernier genre. Un jour que le Saint se trouvait dans le pays de Vannes, un vieillard vénérable, ou par son rang ou par son âge, se présentant devant lui, le pria de ressusciter son fils qui venait de mourir. Le saint évêque, se tournant vers la foule qui l'entourait et vers ceux qui portaient le cadavre, leur dit : « Vannetais, à quoi vous servira de voir des prodiges opérés au nom de Jésus-Christ, vous qui depuis si longtemps refusez d'embrasser sa foi ? » Il leur parlait ainsi parce que cette partie de la Bretagne était encore presque toute païenne. « Soyez sûr, homme de Dieu », lui répondirent les assistants, « que si vous ressuscitez ce mort, nous croirons tous au Dieu que vous prêchez ». Aussitôt Mélaïne se met en prières et pose une croix sur la poitrine du défunt, qui revient soudain à la vie. Après ce prodige, il ne resta plus personne dans le pays qui ne reçut le baptême et ne professât la foi catholique. L'humble thaumaturge cachait autant qu'il pouvait ses œuvres miraculeuses : il imposait rarement les mains aux malades, sans employer en même temps sur eux ou l'eau bénite ou l'huile sainte, afin qu'on attribuât les guérisons à ces objets sacrés.

Tant de vertus ne permirent pas que saint Mélaïne demeurât inconnu à Clovis, roi des Francs. Ce prince en fit l'un de ses principaux conseillers ; et ce fut par la docilité qu'il eut pour les avis du saint évêque qu'il bâtit plusieurs églises nouvelles, releva celles qui se trouvaient abattues par le malheur des temps, et fonda quelques monastères avec la décence qui convenait à ces établissements. Ce fut aussi par les conseils de Mélaïne que Clovis répandit ses libéralités sur les indigents, honora les serviteurs de Dieu, de quelque état qu'ils fussent, gouverna, ses peuples avec justice, et employa utilement son autorité à la propagation de la foi et à l'augmentation du culte divin. Enfin, notre Saint fut un de ceux qui contribuèrent le plus à faire assembler le premier concile d'Orléans (544) et il s'y distingua d'une manière particulière entre tous les autres, soit en réfutant les objections des hérétiques, soit en établissant solidement les dogmes sacrés de l'Évangile.

Plusieurs années après ce concile, saint Mélaïne et quelques autres se trouvèrent à Angers, le premier jour du Carême : tous ces prélats lui déférèrent l'honneur de célébrer le sacrifice dans l'église de la Mère de Dieu, qu'on a depuis appelée le Ronceray (célèbre monastère de femmes), et Mélaïne, après le sacrifice, distribua aux quatre évêques des eulogies sacrées (espèce de pain bénit) en signe de charité et de communion, et leur donna la bénédiction. Trois d'entre eux, saint Aubin d'Angers, saint Victorius II du Mans et saint Laud de Coutances, consommèrent leur eulogie ; le quatrième, saint Mars, préférant le jeûne à la charité, laissa tomber son eulogie dans son sein, au lieu de la manger. Mais lorsque les saints prélats, après s'être donné le baiser de paix, furent retournés dans leurs diocèses, saint Mars eut de grands remords, s'accusant d'avoir manqué de respect pour une chose sacrée, et mis après le jeûne la charité, que saint Paul place la première des vertus ; on dit que Dieu, pour l'éclairer, avait changé l'eulogie en serpent. Il alla donc trouver saint Melaine, puis saint Aubin, ensuite saint Victorius II, pour se prosterner devant eux et obtenir son pardon ; il revint enfin trouver saint Melaine, qui lui donna l'absolution, et le délivra ainsi de ses peines. Le saint évêque était alors à Platz, dans le monastère qu'il avait bâti sur son propre héritage.

Un de ses voisins, Eusèbe, roi de Vannes, fut obligé d'avoir recours à lui pour une faute suivie d'un grand malheur. Ce prince avait fait un cruel ravage avec ses troupes dans le canton de Comblessac ; suivant les emportements d'une fureur aveugle, il avait fait arracher les yeux et couper les mains à un grand nombre d'habitants ; mais la nuit suivante il se sentit tourmenté de douleurs insurmontables, et les médecins qu'il fit venir ne purent lui donner aucun soulagement. Au bout de trois jours, sa fille, nommée Aspasie, tomba dans des convulsions si violentes, qu'on les attribua à une possession du démon. On pria saint Melaine de venir voir les malades à Primeville. Il s'y rendit de Platz avec quelques-uns de ses religieux ; Eusèbe confessa son crime avec larmes, reconnut qu'il souffrait justement, et supplia le saint évêque d'employer son crédit auprès de Dieu pour sa guérison et celle de sa fille Aspasie. Melaine, après lui avoir imposé une pénitence proportionnée à sa faute et à son repentir, lui dit pour le consoler : « Cette infirmité, mon frère, ne vous a pas été envoyée de Dieu pour vous faire mourir, mais pour vous mettre dans la voie du salut et vous porter à rendre à votre Créateur l'honneur qui lui est dû ». Cela dit, il le frotta trois fois d'huile sacrée, en invoquant le nom du Seigneur, et le malade, se trouvant aussitôt mieux, se leva et rendit grâces à Dieu. Après cela, Melaine s'approcha du lieu où était Aspasie et lui rendit la santé du corps et de l'esprit par la vertu efficace de ses prières. Comme il ne pouvait souffrir les louanges, il demanda aussitôt la permission de se retirer ; Eusèbe ne la lui accorda qu'à regret : en même temps, à la prière d'Aspasie, et pour marquer sa reconnaissance envers Dieu, il fit présent à saint Melaine de toute la terre de Comblessac, pour aider à l'entretien des saints disciples qu'il élevait dans son monastère de Platz.

Melaine se rendit à Rennes, où il continua de joindre les vertus d'un solitaire parfait à celles d'un pasteur vigilant et zélé. Il retournait souvent à son établissement de Platz pour y goûter à loisir le repos solide qu'on ne trouve qu'en Dieu. Ce fut là que Dieu lui fit connaître le jour de sa mort ; il l'annonça lui-même à ses disciples, pour les préparer à la douleur de cette cruelle séparation. Ce moment heureux pour lui, triste pour eux, approchant, il leur donna avec sa bénédiction, l'absolution générale, selon l'usage des évêques ; il tâcha de les consoler, et leur fit un discours pathétique sur leurs devoirs et sur la manière dont ils devaient se conduire, tant pour leur propre sanctification que pour l'édification des fidèles. Il prit ensuite le corps et le sang de Jésus-Christ, et muni de ces saints viatiques, il quitta la terre le jour qu'il avait marqué, c'est-à-dire le 6 novembre de l'an 530.

On dit que les quatre évêques dont il a été parlé ci-dessus, saint Aubin, saint Victorius II, saint Laud et saint Mars se trouvèrent à ses obsèques avec une grande multitude de fidèles. On fit d'abord pour son âme les recommandations ordonnées par l'Église. On passa la nuit suivante à veiller, à prier, et le jour d'après on célébra la messe dès le grand matin.

Ensuite de quoi, l'on mit le corps dans un bateau qui, heureusement, se trouva là auprès, et remontant la Vilaine, les évêques et les religieux conduisirent, au chant des litanies, la dépouille mortelle du saint prélat jusqu'à Rennes, à douze lieues au-delà de Platz. Le peuple suivait en chantant des cantiques d'actions de grâces, pour rendre gloire à Dieu du bonheur éternel dont ils étaient persuadés que jouissait déjà leur saint évêque. À l'approche du saint corps, toute la ville de Rennes, peuple et clergé, sortit au devant, avec les croix, les cierges et les bannières, en chantant et louant Dieu de ce qu'il leur avait fait la grâce de les honorer de ce précieux dépôt. Le bruit de ces chants pénétra jusqu'au fond d'une tour qui était au midi de la ville, auprès des murs, et qui servait de prison. Douze voleurs que l'on y tenait enchaînés, instruits de la joie universelle, commencèrent à joindre leurs voix lamentables à ces chants mélodieux, invoquant la miséricorde de notre Sauveur et le secours de son saint pontife. Aussitôt la tour, qui était construite en pierres, s'ouvrit depuis le haut jusqu'en bas, et les prisonniers furent déliés et mis en liberté. Une femme de condition, d'auprès de Rennes, qui avait ses terres sur le bord de la Vilaine, obtint une grâce non moins signalée en ce jour de bénédiction. Elle était depuis longtemps aveugle et n'osait espérer sa guérison. À l'approche du corps de saint Melaine, elle sentit naître la confiance ; s'étant fait conduire auprès de cette relique sacrée, elle se prosterna par terre pour adresser sa prière à Dieu ; puis, baisant les pieds de son saint pasteur, elle recouvra la douce lumière que ses yeux avaient perdue depuis tant d'années. Pour en laisser une marque de reconnaissance que les siècles futurs ne passent effacer, elle fit don au défunt de la terre qu'elle possédait en héritage au-delà de la Vilaine. Les quatre saints prélats, dont nous avons parlé, portèrent de leurs propres mains le corps de saint Mélaïne au lieu que la Providence lui avait destiné, où il a plu à Dieu d'honorer sa mémoire de plusieurs miracles.

Grégoire de Tours, qui vivait à la fin du siècle suivant, raconte que les chrétiens élevèrent une église d'une hauteur surprenante sur le tombeau de saint Melaine, évêque de Rennes, qui, l'esprit toujours attaché aux choses célestes, avait été un objet d'admiration dans son temps par la multitude de ses miracles ; dans la suite, le feu ayant pris par accident à cette église, et l'ayant entièrement consumée, la toile (matière des plus combustibles), qui couvrait le sépulcre du saint confesseur, n'en fut point endommagée non plus que le corps du saint évêque. Venance Fortunat raconte un trait non moins merveilleux de saint Melaine : il dit dans la vie de saint Paterne, évêque d'Avranches, que Melaine, Léontien, évêque de Coutances (probablement saint Laud), et Vigor, évêque de Bayeux, trois saints prélats qu'il avait plu à Dieu d'appeler à lui, apparurent une nuit à saint Paterne, et dans cette vision l'ordonnèrent évêque. Il est à croire que saint Paterne se montra très-reconnaissant envers saint Melaine, et comme on sait qu'il établit beaucoup de monastères en diverses contrées, et entre autres dans le pays de Rennes, l'abbaye élevée sur l'endroit où reposait le corps de saint Melaine et qui porte son nom, est sans doute redevable de sa fondation à saint Paterne.

La portion la plus considérable des reliques de notre Saint fut conservée dans l'église de Saint-Melaine et portée à Bourges en 853, pendant les ravages des Normands. On ne sait pas par quel hasard, Rorans, aïeule de Gervais, archevêque de Reims, avait eu une partie de ces mêmes reliques, qu'elle conservait avec une extrême vénération à Argentré, terre qui faisait partie de son douaire ; mais il est sûr que Gervais, son petit-fils, en fit présent à Even, abbé et restaurateur de Saint-Melaine, et depuis archevêque de Dol ; dans la lettre qui accompagne ce présent, il raconte beaucoup de miracles dus aux saintes reliques, dont il a été témoin ou qu'il tient des témoins oculaires. Le corps d'un saint Melaine (on ignore s'il s'agit du nôtre) fut levé en 1231, au château de Preuilly, par l'archevêque de Tours. Hervé, deuxième du nom, abbé de Saint-Melaine de Rennes, qui vivait en 1258, eut soin d'apporter dans son abbaye une partie de ces bienheureuses cendres qu'il obtint des moines de Preuilly. Enfin, l'an 1679, Jean-Baptiste d'Estrades, ancien évêque de Condom et abbé de Saint-Melaine, reconnut les reliques du saint-patron de son abbaye et les plaça dans une chasse neuve de bois doré.

Il ne reste plus aujourd'hui (1872) dans l'église de l'ancienne abbaye, qu'un morceau du tibia du saint, et des parcelles à la cathédrale de Rennes.

Le diocèse de Rennes célèbre la fête de saint Melaine le 6 novembre.

Jean-Baptiste de Beaumanoir, évêque de Rennes, l'avait retranchée ainsi que beaucoup d'autres en 1710. Certains Martyrologes, entre autres le romain, marquent le décès de saint Melaine au 6 janvier.

On a représenté saint Melaine avec un démon sous les pieds, symbole qui lui est commun, avec tous les saints missionnaires qui ont chassé les démons des cœurs des peuples ; délivrant un possédé en lui administrant un soufflet : ce miracle fut opéré avant sa mort ; mais ce qui le caractérise surtout, c'est une barque démâtée remontant la Vilaine et emportant son cercueil sans le secours des voiles et contre le courant des eaux.

Cette vie est tirée de Dom Labineau (nouvelle édition publiée par M. l'abbé Tressaux) qui a écrit sur un auteur contemporain que Dom Rivet estime tout à fait digne de foi et d'ailleurs très-lettré pour l'époque.

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## LA V. GERTRUDE VAN OOSTEN, VIERGE

### BÉGUINE A DELFT

1358. — Pape : Innocent VI. — Roi de France : Jean II, le Bon.

« Pour servir Dieu, il suffit d'avoir de la bonne volonté et cinq doigts qui sachent tenir un fuseau. » Acta Sanctorum, Vie de la vénérable Gertrude.

La vénérable Gertrude naquit à Voorburch, ville de Hollande, située à égale distance de Delft et de la Haye ; ses parents étaient de simples paysans. Au sortir de l'enfance, elle entra en service à Delft, pour subvenir à sa subsistance. Là elle fit la connaissance de deux autres jeunes domestiques, pieuses comme elle. Quand elles avaient des loisirs, les trois amies les employaient à chanter sur les ponts de la ville un pieux cantique commençant par ces mots : *Le Jour se lève à l'Orient*, en hollandais — *Het daghet in den Oosten*. — C'est du premier substantif de son hymne à Dieu que la sainte musicienne a été appelée *Gheertrude van Oosten*, Gertrude d'Orient.

Elle avait été fiancée à un jeune homme qui bientôt après la délaissa pour une rivale plus heureuse. Notre Sainte rendit le bien pour le mal : ayant en effet appris que celle qui lui avait ravi le cœur de son fiancé était conduite aux portes de la mort par les douleurs de l'enfantement, elle obtint du ciel et sa délivrance et sa guérison.

Que de grâces sont attachées au pardon des offenses ! Qui sait si Gertrude d'Orient ne dut pas à cet héroïque oubli d'une espèce de délaissement, particulièrement cruel, d'avoir échangé son titre d'épouse d'un homme périssable contre celui d'épouse de Jésus-Christ ?

Quoi qu'il en soit, elle entra chez les Béguines et commença un genre de vie plus parfait encore que celui qu'elle avait mené jusque-là. Pauvre, elle se réduisit à mendier son pain par humilité plutôt que par nécessité. Ses besoins, du reste, se réduisaient à peu de chose, car de bonne heure elle fut favorisée d'extases célestes, et plus d'une fois elle resta six semaines de suite dans sa chambrette ravie au ciel, étrangère à la terre. Quand elle sortait, la bonne odeur de ses vertus la suivait. Elle se plaisait à visiter les servantes dont elle avait partagé la condition et à leur faire entendre des paroles de consolation autant que d'édification. Quand celles qu'elle engageait à mener une vie pure et fervente, lui disaient : « Comment faire pour vivre ? » elle leur répondait : « Pour servir Dieu, il suffit d'avoir de la bonne volonté et doigts qui sachent tenir un fuseau ».

Elle avait ainsi vécu sept ans dans les veilles et le jeûne. Le démon ne put voir sans jalousie une vertu si persévérante ; n'ayant pu troubler son esprit par des pensées et des images impures, il l'attaqua d'une manière sensible : il alla jusqu'à la dépouiller de son manteau, à la secouer violemment par les bras, à l'enlever dans les airs et à la laisser retomber. Mais le bras du Seigneur la soutenait dans ces chutes. Gertrude aimait passionnément les petits enfants ; une fois donc, le diable prit la figure d'un de ces anges de la terre et se présenta à elle tout éploré ; mais la servante de Dieu reconnut le piège et repoussa le tentateur.

Elle s'exerçait tous les jours à méditer la Passion de Jésus-Christ et les principaux mystères de notre foi, selon l'ordre des temps où l'Église les célèbre. Elle se plaisait surtout à contempler Jésus dans les mystères de son enfance.

Cette dévotion à la Sainte-Enfance que devait renouveler, trois siècles plus tard, la communauté des Carmélites de Beaune, qui devait recevoir tout son épanouissement au XIXe siècle, valut à la petite servante de Jésus-Christ, Gertrude van Oosten, les plus signalées faveurs du divin enfant.

Et les prodiges succédaient aux prodiges dans cette humble existence qui ravissait d'admiration les chœurs des Anges. Le soir du jeudi saint de l'année 1340, elle était abîmée, avec Jésus à Gethsémani, dans la contemplation des souffrances de son Sauveur, lorsque tout à coup elle sentit cinq piqûres aux deux mains, aux deux pieds et au côté, puis un ruisseau d'un sang vermeil coula par ces cinq blessures : c'étaient les stigmates de sa Passion dont Jésus-Christ venait de marquer sa servante. Le lendemain et les jours suivants, le sang coula sept fois dans la même journée : le flux coïncidait avec les sept heures canoniales. Cette merveille attira un grand nombre de pèlerins et un plus grand nombre encore de curieux dans la cellule de la pauvre Béguine. Craignant donc qu'un sentiment de vaine complaisance ne se glissât dans son âme, elle pria son Seigneur et son Dieu de faire cesser ces visites, en lui retirant ces blessures sacrées. Notre-Seigneur l'exauça et il ne resta à Gertrude que l'empreinte des stigmates. Elle vécut encore dix-huit ans, à partir de ce moment ; mais son corps resta si faible qu'il lui fallait faire trois pauses pour se rendre de sa cellule à l'église.

C'est dans la dernière période de sa vie qu'elle eut la prescience de l'avenir et la vue distincte des événements qui se passaient loin d'elle, par exemple, de la bataille livrée en 1351, sur les bords de la Meuse, entre l'impératrice-duchesse et son fils Guillaume. Elle lisait dans les consciences et plus d'une fois elle se servit de ce don de claire vue pour ramener des pécheurs ou rassurer sur leur état des âmes nouvellement converties. Son confesseur — un saint homme — avait l'intention d'acheter une maison dans Delft : « Ne vous pressez pas, lui dit Gertrude, car il n'ira pas longtemps avant qu'il n'y ait ici beaucoup de maisons à vendre et à bon marché ». En effet, une année après la mort de la Sainte, qui était née pour le ciel le 6 janvier 1358, Albert de Bavière vint mettre le siège devant cette ville et faire baisser le prix des immeubles. Cette prophétie se réalisa en 1359. Au moment d'expirer elle s'écria : Mes sœurs, je vais à la maison. Comme on lui faisait observer qu'elle y était, elle répondit : « Ce n'est pas de celle-ci que je parle, mais de la maison dont les pavés sont d'or ». Elle fut enterrée dans le cimetière de la paroisse, au pied de la tour de l'ancienne église de Delft, du côté du midi.

Nous avons extrait cette Vie des Acta Sanctorum.

Événements marquants

  • Naissance en 442 ou 456 dans le diocèse de Vannes
  • Entrée au monastère et vie austère
  • Élection forcée à l'évêché de Rennes à la mort de saint Amand
  • Conseiller du roi Clovis
  • Participation au premier concile d'Orléans en 511 (noté 544 dans le texte)
  • Miracle de la résurrection d'un jeune homme dans le pays de Vannes
  • Guérison du roi Eusèbe et de sa fille Aspasie
  • Mort au monastère de Platz le 6 novembre 530

Miracles

  • Résurrection du fils d'un vieillard vannetais par l'imposition d'une croix
  • Guérison instantanée du roi Eusèbe et exorcisme de sa fille Aspasie
  • Libération miraculeuse de douze prisonniers au passage de son corps
  • Guérison d'une femme aveugle baisant les pieds de sa dépouille
  • Barque transportant son corps remontant le courant sans voiles
  • Conservation d'un linge sacré lors de l'incendie de son église

Citations

Nonne spes nostra est de hoc sæculo?

— S. Aug., serm. 156 (Leçon de l'office de S. Melaine)

Vannetais, à quoi vous servira de voir des prodiges opérés au nom de Jésus-Christ, vous qui depuis si longtemps refusez d'embrasser sa foi ?

— Paroles de Saint Melaine avant une résurrection