Vénérable Louis-Marie Chanel

Prêtre de la Société des Maristes et Provicaire apostolique de l'Océanie occidentale

Fête : 28 avril 19ᵉ siècle • vénérable

Résumé

Prêtre mariste français envoyé en mission à Futuna en 1837, Louis-Marie Chanel se heurta à l'hostilité du roi Niuliki après la conversion du prince héritier. Il fut sauvagement assassiné le 28 avril 1841 par les proches du roi. Son martyre entraîna la conversion rapide de toute l'île.

Biographie

LE VÉNÉRABLE LOUIS-MARIE CHANEL,

PRÊTRE DE LA SOCIÉTÉ DES MARISTES ET PROVICAIRE APOSTOLIQUE DE L'OCÉANIE OCCIDENTALE

Ce grand serviteur de Dieu naquit le 23 juin 1803, à Cuet, au diocèse de Belley. Ses parents, peu favorisés du côté de la fortune, l'élevèrent dans la crainte de Dieu et dans l'amour de l'Église. Le jeune Chanel montra, dès sa plus tendre enfance, une vocation spéciale pour l'état ecclésiastique. Ordonné prêtre, après d'excellentes études dans sa ville natale, il remplit

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successivement les fonctions de vicaire d'Ambérien-en-Bugey, de desservant de Crozet, dans le Gex, et de directeur du petit séminaire de Belley. Dans ces différents emplois il sut constamment se concilier l'estime et l'affection de tous ceux avec qui son ministère le mettait en rapport. Sa vie fut toujours un modèle de toutes les vertus sacerdotales. Il se distinguait surtout par une piété tendre et dévouée qui ne se démentit jamais, par un zèle ardent et éclairé pour le salut des âmes, enfin par des mœurs angéliques et une douceur de caractère inaltérable.

Depuis longtemps, l'abbé Chanel, pressé du désir d'aller annoncer l'Évangile aux sauvages du Nouveau-Monde, entra chez les Maristes, à l'âge de trente-trois ans, et, après son noviciat, partit pour l'Océanie avec Mgr Pompillier qui venait de le choisir pour son vicaire général. C'était le 24 décembre 1836. Le Saint-Siège, en approuvant la Société des Maristes, leur avait confié la mission de l'Océanie occidentale. Dix mois plus tard, le 7 novembre 1837, Mgr Pompillier laissait à Futuna le Père Chanel, et repartait pour la Nouvelle-Zélande. Le Père Chanel fut reçu par le chef de la peuplade qui était la plus puissante. Ce chef s'appelait Niuliki. Il se chargea de nourrir le missionnaire et de pourvoir à tous ses besoins, ainsi qu'à ceux de ses fidèles compagnons, le Frère Marie Nizier et l'Anglais converti Thomas. Les deux premières années de son séjour dans l'île, le Père Chanel ne s'occupa guère qu'à apprendre la langue du pays et à découvrir et baptiser les enfants en danger de mort. Tant qu'il ne sut pas la langue et qu'il ne fut pas à même d'annoncer la parole évangélique, il vécut en bonne intelligence avec le roi Niuliki. Mais vers le milieu de l'année 1839, le Père Chanel, qui commençait à bien parler l'idiome des sauvages, commença aussi à prêcher l'Évangile. C'était surtout le roi Niuliki, auprès duquel il résidait, qu'il cherchait à instruire et à convaincre, persuadé que, le chef étant chrétien, la conversion du peuple serait facile. Mais Niuliki, roi du pays, en était en même temps le souverain pontife, et sa royauté était même une conséquence de son pontificat : c'est-à-dire que, suivant l'usage de ces tribus barbares, celui seul que choisissait leur grande divinité pour résidence ou tabernacle était de fait le roi de Futuna. Niuliki devait donc tenir beaucoup à conserver la religion du pays, dont il était le premier ministre, et à laquelle il attribuait toute son autorité et son influence. Aussi, dès qu'il vit que la parole du missionnaire ébranlait les esprits, il se refroidit à son égard, cessa peu à peu de lui envoyer des vivres et alla se fixer dans un autre village. Le Père Chanel fut alors obligé de cultiver la terre avec ses deux compagnons ; ils en étaient réduits à cette extrémité, lorsque leur arrivèrent le Père Chevron et le Père Attale, au mois de mai 1840. Les nouveaux venus se mirent aussi au travail et, à force de peines, ils se firent une plantation assez considérable pour fournir à leur nourriture. Mais on se mit à leur voler leurs fruits, dans le but de les prendre par la famine et de les obliger à quitter le pays, s'ils ne voulaient mourir de faim.

Dans cette dure situation, le Père Chanel ne laissait pas de visiter les principaux chefs de l'île et de leur enseigner les vérités de la religion. Sa voix finit par être écoutée. Plusieurs jeunes gens se convertirent. Ils se réunissaient le dimanche dans la case du missionnaire, où ils recevaient ses instructions et faisaient leurs prières. Ces réunions, et le nombre toujours croissant des catéchumènes excitaient l'indignation des naturels de l'île, qui allaient répétant partout ce cri sinistre : « Que la nouvelle religion soit

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combattue, qu'elle soit frappée de mort! » Ces manifestations hostiles éclatèrent surtout à l'occasion de la conversion de Meitala, fils de Niuliki. De ce jour, la mort des missionnaires fut résolue entre le roi et son ministre, Musumusu, un des Futuniens les plus acharnés contre le christianisme. Le Père Chanel n'ignorait pas que tôt ou tard il lui faudrait sceller de son sang la prédication évangélique. Un jour qu'il y avait grande réunion dans le village, un de ses compagnons vint lui apprendre qu'on voulait le massacrer : « Vous savez », répondit-il, « ce qu'on lit dans la vie d'un Saint : Si l'on venait vous annoncer, lui demandait-on, que vous allez mourir dans une heure, que feriez-vous? — Je continuerais à faire ce que je fais, répondit le Saint. — Eh bien! reprit le Père Chanel, faisons de même ». Et il continua à cultiver son jardin.

Néanmoins, l'orage, dissipé pour cette fois, ne tarda pas à se reformer et devint plus menaçant que jamais. Le 28 avril, à la pointe du jour, sous la conduite de Musumusu, une horde sauvage, armée de lances, de massues, de haches et de casse-têtes, se rend à Avauï, où étaient les catéchumènes, les surprend dans le sommeil, en blesse un grand nombre et disperse les autres. Puis les infidèles courent assouvir leur haine contre celui qu'ils appelaient l'auteur de la religion. Musumusu aborda le premier le Père Chanel. Il le trouva dans son jardin, occupé à nourrir des poules. La Providence permit qu'il fût tout à fait seul en ce moment-là : il avait envoyé ses catéchistes sur la côte occidentale de Futuna, baptiser les petits enfants qu'ils trouveraient en danger de mort.

Le Père Chanel, voyant arriver Musumusu, laisse son occupation, et, sans méfiance aucune, va à sa rencontre. Pendant que le bon Père s'entretenait avec ce perfide, les séides de ce dernier pénètrent dans l'intérieur de la maison et jettent par la fenêtre une brassée de linge. Le peuple, qui attendait hors de l'enclos, ramasse le linge avec impétuosité. Ce fut un signal de mort. Musumusu cria : « Pourquoi tarde-t-on à tuer l'homme? » Alors les sauvages, ayant à leur tête deux amis de Musumusu, qui se nommaient, l'un Filitika et l'autre Umutauli, envahissent le jardin. Umutauli décharge un grand coup de massue sur la tête du Père Chanel. Celui-ci, dans un premier moment de surprise, porte le bras droit sur la tête pour parer le coup ; son bras est cassé et retombe. En même temps l'héroïque martyr recule de deux ou trois pas. Filitika le repousse alors avec violence, en disant à ceux qui l'entourent : « Frappez promptement, qu'il meure! » Aussitôt Umutauli décharge un coup de massue sur la tempe gauche du Père et lui fait une forte contusion. Le sang jaillit en abondance. En ce moment le Père Chanel s'écria plusieurs fois : « Très-bien! » Il regardait ses blessures et sa mort comme un bien pour lui, faisant à Dieu le sacrifice de sa vie et buvant le calice de ses souffrances avec une généreuse résignation. Tous les témoins de son martyre attestent qu'il ne lui est échappé aucun cri, aucune plainte, aucune larme, aucun soupir ; il a toujours conservé son égalité d'âme, et il est mort comme un agneau, à l'exemple de son divin Maître.

La rage des insulaires contre le vénérable missionnaire ne connut plus de bornes. Celui-ci lui enfonce sa pique sous l'aisselle du bras droit ; celui-là le terrasse et le traîne sur du gravier, le frappant avec son casse-tête ; un autre, voyant que le patient vivait encore, lui porte en présence de Niuliki, venu sur ces entrefaites, un coup d'herminette (sorte de hache) sur la tempe. L'instrument s'enfonce dans le crâne. Il en sort un peu de cervelle. Ce fut le coup de grâce. Le martyr pousse un cri et rend son âme à Dieu. Cela se passait le 23 avril 1841.

Le corps ensanglanté du Père Chanel fut enterré à quelques pas du lieu où il avait souffert le martyre. Mais le fait le plus remarquable qui suivit sa mort fut la conversion presque instantanée de toute l'île de Futuna : tant il est vrai de dire, selon le mot de Tertullien, que le sang des martyrs est toujours une semence de chrétiens ! Sanguis martyrum, semen Christianorum. Une église fut construite sur la tombe du martyr, et une croix en désigna la place précise. La cause de sa béatification est introduite à Rome depuis le 17 septembre 1857.

Nous avons extrait cette biographie de l'Avenir catholique.

Événements marquants

  • Naissance à Cuet le 23 juin 1803
  • Entrée chez les Maristes à l'âge de 33 ans
  • Départ pour l'Océanie le 24 décembre 1836
  • Arrivée à Futuna le 7 novembre 1837
  • Conversion de Meitala, fils du roi Niuliki
  • Martyre à Avauï par massue et herminette le 28 avril 1841

Miracles

  • Conversion presque instantanée de toute l'île de Futuna après sa mort

Citations

Sanguis martyrum, semen Christianorum.

— Tertullien (cité dans le texte)

Très-bien!

— Louis-Marie Chanel (lors de son martyre)