Notre-Dame de l'Épine
Vierge à l'Enfant
Résumé
Le 24 mars 1400, deux bergers découvrirent une statue de la Vierge Marie dans un buisson d'épines rayonnant d'une lumière miraculeuse près de Châlons. Cet événement entraîna la construction d'une magnifique église de style cathédrale dans le petit village de l'Épine. Le site devint un pèlerinage célèbre, particulièrement fréquenté pour la protection des enfants.
Biographie
NOTRE-DAME DE L'ÉPINE, AU DIOCÈSE DE CHALONS.
La belle et magnifique église de l'Épine a toujours excité la surprise et l'admiration de ceux qui la visitent ; et les nombreux étrangers, en la voyant pour la première fois, s'étonnent qu'un village aussi peu considérable possède un monument digne assurément, par son architecture et par ses proportions, d'être mis en parallèle avec les nobles et antiques cathédrales du monde chrétien. Beaucoup même demandent tous les jours si ce n'aurait point été autrefois un bourg plus important, réduit à l'état actuel par le temps, par les guerres intestines ou étrangères et par la proximité de la ville de Châlons. Ils ne savent pas que c'est à son église seule que l'Épine est redevable de son existence.
Ce village, situé à environ neuf kilomètres de Châlons-sur-Marne, sur la grande route de cette ville à Metz, et composé aujourd'hui de quatre cent soixante et un habitants, n'était, à la fin du XIIIe siècle, qu'un hameau, ou plutôt qu'une maison seigneuriale avec une ferme, portant le nom de Sainte-Marie. Ce domaine, ainsi que la terre de Meletie, appartenait au monastère de Toussaints, près de Châlons, et aux religieux bénédictins de Saint-Jean de Laon ; il ne fut vendu que plus tard, en 1550, à la noble famille de Clément, dès lors surnommé de l'Épine.
Indépendamment de cette maison seigneuriale, il y avait, à l'endroit où est maintenant la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, dans l'église de l'Épine, un petit oratoire dédié à la Sainte Vierge et au saint Précurseur de Jésus-Christ. C'était une chapelle de secours et une dépendance de l'église de la paroisse de Melette, qui, aujourd'hui simple hameau de l'Épine, était, à cette époque, un village assez important sur le chemin de Châlons à Sainte-Méochould, s'étendant le long de la rivière de Vesle, jusqu'à près du territoire de Saint-Étienne-au-Temple, et formant le septième canton de Courtisol.
Deux cents ans après, pendant une des époques les plus déplorables de notre histoire, lorsque les Anglais et les Bourguignons déchiraient la France, sur l'emplacement de ce modeste oratoire, une vaste église sortait de ses fondements et s'élevait comme par enchantement. Quand on contemple l'architecture de ce monument, quand on admire les richesses qui se déploient sur les flancs de ses nefs, qui se groupent sur ses portails, qui s'abritent sous ses voussures, ou jaillissent sur ses piliers, la pensée se reporte naturellement vers les causes qui ont pu amener cette fondation dans des temps où la Champagne, comme le reste de la France, était en proie aux horreurs de la guerre. Si nous interrogeons les chroniques et les traditions, voici ce qu'elles nous apprennent.
L'an 1400, le 24 mars, veille de la fête de l'Annonciation, un berger de la ferme de Sainte-Marie, et un autre de Courtisol, du canton des Apeuls, près de Châlons-sur-Marne, se trouvant sur le soir aux environs de la chapelle de Saint-Jean-Baptiste à garder leurs troupeaux, aperçurent tout à coup à quelque distance et au milieu d'un gros buisson d'épines une lumière éclatante. À cette vue, les moutons et les bruhis s'enfuirent tout effrayés vers la plaine ; les agneaux seuls osèrent s'approcher du buisson. Curieux de savoir quelle pouvait être la cause de cette lumière extraordinaire, les deux bergers y vinrent de leur côté, mais ils furent tellement éblouis de son éclat qu'ils tombèrent évanouis et demeurèrent quelque temps sans connaissance. Étant enfin revenus de cette faiblesse qu'avait causée la frayeur, ils découvrirent au milieu du buisson une petite statue de la Sainte Vierge tenant son Fils entre ses bras.
La lumière augmentant aux approches de la nuit, on y accourut de tous les endroits d'où elle pouvait être aperçue, particulièrement des villages de Courtisol, de Melette et de la Croisette, et, par un prodige étonnant, elle dura toute la nuit ainsi que le jour suivant. Comme le lieu est fort élevé et qu'il domine de tous côtés une vaste plaine, elle fut vue de plus de dix lieues à la ronde, disent les chroniques.
La clarté s'étant dissipée et le bruit de cet événement s'étant bientôt répandu, l'évêque de Châlons, à la tête de son chapitre, les curés des villages circonvoisins avec celui de Melette, et une foule considérable se rendirent processionnellement sur les lieux pour y vénérer l'image de la Vierge ; et quelqu'un ne fut encore qu'au mois de mars, tous remarquèrent avec étonnement que le buisson, qui d'abord avait paru tout en flammes, était couvert de feuillage et d'une aussi belle verdure qu'il eût pu l'être en plein été. Ayant enlevé la statue, l'évêque la transporta avec respect dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste.
Placée plus tard dans l'église de l'Épine, cette statue de la Sainte Vierge, haute d'environ cinquante centimètres, d'une pierre un peu jaune, d'un grain très-fin, médiocrement sculptée et peinte dans toutes ses parties, y a toujours été et y est encore en grande vénération, non-seulement auprès des habitants du pays, mais aussi des étrangers qu'elle y attire en grand nombre ; c'est ce qui a rendu cette église un lieu de pèlerinage très-fréquenté, surtout au mois de mai, et à l'époque des quatre grandes fêtes de l'Annonciation, de l'Assomption, de la Nativité et de l'Immaculée Conception.
Au moment de la Révolution française, confiée par M. Bertin, curé de l'Épine, à un habitant du pays dont il connaissait la fidélité et la discrétion, cette statue demeura cachée pendant la terreur, jusqu'à ce que des jours moins sombres ayant commencé à luire sur la France, le même M. Bertin crut pouvoir se charger de la garder lui-même.
Le buisson où la statue fut découverte, n'existe plus. Il a disparu quand on a préparé le terrain et jeté les fondements de l'Église.
On ignore la place qu'il occupait au moment de l'événement ; il est probable qu'il a dû se trouver à l'endroit où est érigé le maître-autel, objet le plus important d'une Église chrétienne.
Il existe à l'Épine une confrérie de la Sainte Vierge qui, en 1839, comptait douze cents membres.
L'église de Notre-Dame de l'Épine a cela de particulier parmi tous les lieux de pèlerinage dédiés à Marie, c'est que ses deux fêtes principales, l'Assomption et la Nativité, y sont presque exclusivement réservées aux petits enfants. Depuis sa fondation, chaque année, à l'époque de ces deux grandes solennités, on en amène de toutes parts un très-grand nombre à l'autel de Marie ; les uns conduits uniquement par la piété de leurs parents, les autres parce qu'ils ont été mis pour un certain temps sous la protection de la Sainte Vierge.
Extrait d'une notice sur Notre-Dame de l'Épine, par M. le curé de l'endroit.
Événements marquants
- 24 mars 1400 : Découverte de la statue par deux bergers dans un buisson d'épines lumineux
- 1400 : Translation de la statue dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste par l'évêque de Châlons
- XVe siècle : Construction de la basilique actuelle
- 1550 : Vente du domaine à la famille de Clément
- Révolution française : Dissimulation de la statue par M. Bertin pour la protéger
- 1839 : Recensement de 1200 membres dans la confrérie
Miracles
- Lumière éclatante émanant d'un buisson d'épines visible à dix lieues
- Buisson d'épines reverdi instantanément en plein mois de mars
- Conservation de la statue durant la Terreur