Notre-Dame de Marceille (Limoux)

Mère de Dieu

Fête : 8 septembre • sainte

Résumé

Le pèlerinage de Notre-Dame de Marceille, près de Limoux, repose sur la découverte miraculeuse d'une madone brune par un laboureur. Malgré ses tentatives pour l'emporter, la statue revenait systématiquement sur le lieu de sa découverte, menant à l'édification d'un sanctuaire célèbre pour sa fontaine guérisseuse. Très fréquenté au XIXe siècle, notamment lors des épidémies de choléra, le sanctuaire a reçu le privilège rare du couronnement de sa statue en 1862.

Biographie

NOTRE-DAME DE MARCEILLE, PRÈS LIMOUX,

AU DIOCÈSE DE CARCASSONNE

À un kilomètre de la ville de Limoux, sur un coteau qui domine la rive droite de l'Aude, s'élève une église champêtre consacrée à la Mère de Dieu. Rien n'est gracieux et pittoresque comme les avenues de ce sanctuaire. Du côté de Limoux les pèlerins y arrivent par une belle route qui serpente entre deux lignes d'ombrages, à travers des prairies et des jardins bordés d'acacias et d'aubépines. Des autres parts, ils y viennent par les contrées montueuses des Corbières, qui offrent un mélange de pics sauvages, de riants coteaux et de fraîches vallées.

L'origine du pèlerinage de Marceille se perd dans la nuit des temps. Selon une tradition antique, il serait dû à l'intervention miraculeuse de Marie. Un laboureur, livré à la culture de son champ, voit tout à coup ses bœufs arrêtés par un obstacle. C'est en vain qu'il veut les presser, ils opposent une résistance invincible. Étonné, il fait le signe de la croix et s'agenouille. Il creuse ensuite la terre, et bientôt s'offre à ses regards une madone de bois, à la figure brune, mais au sourire séduisant. Heureux de sa bonne fortune, il apporte cette image à sa famille qui l'accueille avec bonheur. Le lendemain, quelle n'est pas sa surprise ! la Vierge avait disparu. Retourné à son champ, il la retrouve à la place où il l'avait découverte la veille. Vainement il l'emporte encore ; le jour suivant le prodige se renouvelle : la statue disparaît de nouveau pour regagner le lieu de prédilection.

La nouvelle de ce merveilleux événement ne tarda pas à se répandre dans la contrée. La piété des populations y vit une preuve éclatante de la puissance et de la bonté de Marie ; et bientôt, secondant des désirs si hautement manifestés, elles élevèrent avec enthousiasme un modeste sanctuaire à la statue miraculeuse. Un tableau conservé jusqu'à la Révolution consacrait le souvenir de cette légende. Il périt alors avec des documents historiques qui en justifiaient le fondement.

Aussi loin qu'on peut remonter dans le passé, on ne peut qu'être frappé de l'ardente dévotion des fidèles à Notre-Dame de Marseille ; toutefois, depuis la restauration du culte et pendant le cours du XIXe siècle, cette dévotion a acquis progressivement une plus grande énergie. En 1835, lorsque le choléra envahit l'Europe et désola notre capitale pour venir expirer au pied des Pyrénées, la piété des fidèles se manifesta avec un élan extraordinaire. On vit, aux fêtes de septembre, accourir à Marseille des processions de tous les villages voisins. Le deuxième dimanche, on aurait pu compter jusqu'à trente mille personnes. C'était un magnifique spectacle. Le matin, la foule se pressait dans l'église, et le soir la ville était inondée d'étrangers. En 1855, ce fléau retourné dans nos contrées ayant cessé ses ravages, plus de soixante mille personnes vinrent, pendant les fêtes, implorer Marie en faveur des victimes et la remercier de les avoir protégées contre ses terribles effets.

De tous les pèlerinages du Midi, celui de Limoux est le plus fréquenté ; à ce point que l'autorité diocésaine, désireuse de seconder les manifestations d'une piété si touchante, a dû permettre que la fête de septembre, bornée jadis à l'octave, se prolongeât jusqu'à la fin du mois. Elle n'attire pas seulement les simples fidèles ; tous les prêtres de la contrée, jusqu'à l'extrémité du diocèse et aux diocèses voisins, viennent y offrir les saints mystères et rehausser par leur présence l'éclat des cérémonies. Leur affluence permet aux pèlerins, même les plus attardés, d'assister au saint sacrifice, puisqu'il se renouvelle sur tous les autels sans interruption depuis la première heure du jour jusqu'à midi.

Avant de pénétrer dans l'église, il faut gravir la colline en suivant la voie sacrée, pavée, très-inclinée, d'une longueur d'environ deux cents mètres, mais divisée par cinquante-deux bandes en pierre taillée qui servent aux pèlerins de stations pour leurs prières. Vers le milieu de la montée, une fontaine intarissable opère des guérisons miraculeuses. Au-dessus s'étend une terrasse agréable à ceux qui veulent se délasser et jouir d'une magnifique perspective. À l'arrivée, un porche mérite d'attirer les regards. Il fut construit en 1488, comme l'indique le millésime gravé sur la pierre et le style de son architecture. De chacun de ses angles s'élancent gracieusement des faisceaux de colonnettes qui vont se perdre à la clé d'une voûte ogivale. La porte du temple est à deux vantaux. Au milieu, sur une console, repose la statue en pierre de la Vierge, de grandeur naturelle. Un homme du peuple en détacha la tête, en 1793, et la jeta dans le puits ; elle a été retrouvée et remise en place.

8 SEPTEMBRE.

Dès qu'on a franchi le seuil, on est frappé des vastes proportions du vaisseau présentant la forme d'une croix latine, dirigée de l'Orient à l'Occident, d'une longueur de quarante mètres sur dix-sept de large. Naguère ses parois étaient flanqués de pilastres, de chapiteaux, de corniches qui masquaient la véritable architecture en pierre, de la fin du XIVe siècle. Les colonnettes de la nef ont été restituées et peintes comme elles l'étaient autrefois ; la voûte construite, en 1783, par Bernard Rippa, artiste italien, est aujourd'hui décorée ; tout autour, des médaillons figurent par des allégories les litanies de la sainte Vierge ; les tableaux en relief du chemin de croix ont reçu un coloris qui en relève l'effet et l'harmonise avec le reste de l'église. La chaire, pratiquée dans le mur comme une lanterne des anciens palais de justice, a été remise à neuf et embellie par des peintures et des vitraux. Tous ces travaux donnent à l'ensemble beaucoup d'élégance.

Une pratique des plus édifiantes, propre à ce pèlerinage et capable d'impressionner jusqu'aux larmes ceux qui en sont les témoins, est l'ascension de la côte ou voie sacrée. Le 7 septembre, vers les huit heures du soir, une multitude de pèlerins, de tout âge et des deux sexes, récitant des prières, se traînent péniblement à genoux vers l'église. À l'entrée de la voie, comme un souvenir du chemin du Calvaire, s'élève une croix au pied de laquelle ils viennent se recueillir et s'armer de la force nécessaire pour accomplir ce douloureux voyage. À mi-côte ils s'arrêtent à la fontaine miraculeuse qui, en toute saison, ne coula que goutte à goutte et guérit mille espèces de maux, selon l'inscription gravée en lettres d'or sur le marbre : *Mille malis species Virgo levavit aquâ*. Là, ils font leurs ablutions, puisent l'eau merveilleuse pour des parents et des amis que la vieillesse ou les infirmités retiennent chez eux. Animés d'une confiance nouvelle, ils reprennent avec plus de courage le chemin qui les conduit auprès de l'image bénie. Leurs vœux sont enfin remplis, les voilà sous le regard si doux de cette bonne Mère. Semblables à l'enfant à qui les caresses maternelles font oublier le sujet de ses douleurs, eux aussi, dans les épanchements de l'amour et de la reconnaissance, ne pensent plus aux fatigues de cette pénible ascension. Durant cette nuit et celles qui précèdent les dimanches suivants, l'église, parée comme en un jour de solennité, demeure ouverte aux fidèles dont la piété regarderait comme perdu le temps donné au sommeil. Les uns, recueillis auprès de la Statue, prient dévotement, d'autres font le chemin de la croix, tandis que des chœurs étrangers de jeunes filles chantent alternativement des hymnes et des cantiques à la gloire de Marie.

Le 8 septembre, le spectacle est plus magnifique encore ; la foule arrive plus nombreuse et plus animée. Ce sont des flots de peuple qui débouchent par toutes les routes et tous les sentiers. Lorsque du haut du plateau on contemple ces lignes dans la campagne, on dirait des banderolles aux mille couleurs qui se détachent sur la verdure des champs. Cependant une cérémonie bien autrement touchante se passe dans l'intérieur de l'église. À l'issue de la sainte Messe, les fidèles se pressent autour de la niche pour y baiser la Statue vénérée. Le riche et le pauvre y rivalisent d'offrandes. Les dons consistent d'ordinaire en pièces de monnaie d'or et d'argent. Ces scènes si touchantes ne se produisent pas seulement le jour de la nativité de la Vierge, les dimanches et tout le mois de septembre ; elles se renouvellent, avec moins d'éclat sans doute, dans tout le cours de l'année. Fréquemment des familles entières de la ville, des villages, même des diocèses voisins, viennent accompagnés d'un prêtre solliciter la protection de Notre-Dame.

Dès sa promotion à l'évêché de Carcassonne, Mgr de la Bouillerie manifesta une dévotion particulière à ce pèlerinage. En fixant la fête de l'adoration perpétuelle au 13 septembre, en présidant chaque année, assisté de ses principaux ministres, à cette auguste cérémonie, Sa Grandeur en a rehaussé l'éclat. Ce n'était toutefois que le prélude de ses faveurs. Il n'existe dans la chrétienté que très-peu d'églises consacrées à la Vierge, dont l'image soit couronnée en vertu d'une concession du Saint-Siège. On cite, à Paris, Notre-Dame des Victoires ; à Rome, Sainte-Marie-Majeure ; en Italie, Notre-Dame de Lorette. En 1862, le Saint-Père, cédant à la piété filiale de l'évêque de Carcassonne, pendant son séjour à Rome, a accordé ce privilège à Notre-Dame de Marseille. C'est Monseigneur lui-même qui fit hommage de la couronne, qui, par une lettre pastorale pleine d'onction, convia les fidèles à la cérémonie, et qui la présida le 14 septembre de la même année, au milieu de son chapitre, d'un nombreux clergé, des représentants des communautés religieuses, des magistrats de la cité et d'une grande multitude de fidèles.

Extrait d'une Notice sur le pèlerinage de Notre-Dame de Marseille ; Limoux, 1864.

Événements marquants

  • Découverte miraculeuse de la statue par un laboureur
  • Disparitions et retours successifs de la statue dans le champ d'origine
  • Construction d'un porche en 1488
  • Destruction partielle de la statue (décapitation) en 1793
  • Restauration de la voûte en 1783 par Bernard Rippa
  • Affluence record lors des épidémies de choléra en 1835 et 1855
  • Couronnement de la statue par Mgr de la Bouillerie le 14 septembre 1862

Miracles

  • Déplacement spontané de la statue vers son lieu d'origine
  • Fontaine intarissable opérant des guérisons
  • Protection de la population contre le choléra

Citations

Mille malis species Virgo levavit aquâ

— Inscription gravée sur le marbre de la fontaine