Notre-Dame de la Merci

Reine des anges, Mère du Fils de Dieu

Fête : 24 septembre 13ᵉ siècle • sainte

Résumé

En 1218, la Vierge Marie apparaît simultanément à saint Pierre Nolasque, saint Raymond de Pennafort et au roi Jacques Ier d'Aragon pour demander la fondation d'un ordre dédié au rachat des captifs chrétiens. L'Ordre de la Merci est ainsi créé à Barcelone, ses membres s'engageant à se livrer en otages si nécessaire. Cette dévotion, étendue à l'Église universelle, célèbre la miséricorde de Marie envers les opprimés.

Biographie

FÊTE DE NOTRE-DAME DE LA MERCI

Pontificat de Paul V (1605-1621).

Redemit eas de montibus inimicis.

Elle les a délivrés des mains de l'ennemi.

Psaume 126, 10.

Parmi les Ordres religieux qui furent fondés sous le patronage de la Reine des anges, un des plus illustres a été celui de Notre-Dame de la Merci. La très-sainte Vierge manifesta sa volonté d'établir cet Ordre, en apparaissant à saint Pierre Nolasque, à saint Raymond de Pennafort, et à Jacques Ier, roi d'Aragon ; ce que les souverains Pontifes ont approuvé en comblant cet institut de grâces et de faveurs, et en établissant une fête solennelle dans toute l'Église, pour en perpétuer la mémoire.

Au commencement du treizième siècle, la plus grande et la meilleure partie de l'Espagne était encore sous le joug des Mahométans. Ces barbares ennemis de Jésus-Christ tenaient enfermés dans leurs cachots un très-grand nombre de chrétiens, qu'ils tourmentaient cruellement, pour leur faire renier la foi catholique ; beaucoup succombaient, et l'Église déplorait avec larmes la perte de ses enfants. Les âmes pieuses essayaient par leurs prières, par leurs austérités, d'obtenir de Dieu qu'il portât remède à un si grand mal. Ces vœux montèrent jusqu'au ciel, et ils furent entendus non-seulement de Dieu, mais aussi de la très-sainte Vierge, qui dès lors résolut de mettre un terme aux épreuves de ses enfants.

Cette miséricordieuse Reine, regardant du haut de son trône céleste les misères et les calamités qu'enduraient les pauvres esclaves chrétiens, voulant essuyer les larmes de l'Église catholique et obvier à la perte de tant d'âmes, établit une œuvre de la charité la plus parfaite, qui est celle de la rédemption des captifs. Pour exécuter ce dessein, elle choisit trois hommes illustres, et, descendant elle-même du ciel, elle leur déclara de sa bouche l'intention où elle était de fonder un Ordre qui porterait le titre de sa miséricorde ; ce qu'elle accomplit de la manière suivante :

Il y avait alors à Barcelone un saint homme nommé Pierre Nolasque, dont nous avons donné la vie au 31 janvier. Il appartenait à une noble famille du Lauragan ; mais comme l'hérésie des Albigeois faisait alors de grands ravages dans cette contrée, le saint jeune homme, qui était attaché de cœur à la foi catholique, résolut de l'abandonner. Il vendit son riche patrimoine et s'en alla en Catalogne, pour y visiter le sanctuaire de Notre-Dame de Montserrat, où il passa plusieurs jours et plusieurs nuits en prières. Ayant ainsi accompli son vœu, il se retira à Barcelone, où il fut reçu magnifiquement par le roi Jacques Ier, qui connaissait sa naissance et ses vertus. Ce roi, voyant les œuvres héroïques de charité qu'exerçait le Saint dans Barcelone, aimait à s'entretenir avec lui de la rédemption des captifs ; il lui faisait part de ses desseins pour la destruction des Sarrasins et la délivrance des pauvres chrétiens qu'ils tenaient dans leurs fers.

24 SEPTEMBRE.

Lorsqu'il leur faisait la guerre, il implorait le secours des prières du Saint, et il reconnut souvent qu'il lui était redevable de ses conquêtes. Tous deux déploraient le sort des esclaves chrétiens, pour le soulagement desquels saint Pierre Nolasque avait déjà dépensé toute sa fortune. Un autre Saint partageait la compassion du roi et de saint Pierre Nolasque, et les encourageait dans leurs généreux desseins : c'était saint Raymond de Pennafort.

Le roi adressait à Dieu, à la très-sainte Vierge et aux saints patrons de la ville de Barcelone, de ferventes prières pour qu'ils le favorisassent dans ses projets, et qu'ils lui inspirassent les moyens d'accomplir cette œuvre de charité. Notre-Seigneur entendit ses vœux, et il les exauça en fondant l'Ordre de Notre-Dame de la Merci.

Le premier jour du mois d'août de l'an 1218, sous le pontificat d'Honorius III, pendant que l'Église célébrait la fête de saint Pierre aux Liens, vers le milieu de la nuit, la Reine des anges descendit du ciel, accompagnée des esprits célestes et d'un grand nombre de Saints. Elle apparut d'abord à saint Pierre Nolasque, qui était alors en prières : « Mon fils », lui dit cette glorieuse Reine, « je suis la Mère du Fils de Dieu, qui, pour le salut et la liberté du genre humain, répandit tout son sang en souffrant la mort cruelle de la Croix ; je viens ici chercher des hommes qui veuillent, à l'exemple de mon Fils, donner leurs vies pour le salut et la liberté de leurs frères captifs. C'est un sacrifice qui lui sera très-agréable. Je désire donc que l'on fonde en mon honneur un Ordre, dont les religieux, avec une foi vive et une vraie charité, rachètent les esclaves chrétiens de la puissance et de la tyrannie des Turcs, se donnant même en gage, s'il est nécessaire, pour ceux qu'ils ne pourront racheter autrement. Telle est, mon fils, ma volonté ; car, lorsque dans l'oraison tu me priais avec larmes de porter remède à leurs souffrances, je présentais tes vœux à mon Fils, qui, pour ta consolation et pour l'établissement de cet Ordre sous mon nom, m'a envoyée du ciel vers toi ».

Saint Pierre Nolasque répondit alors humblement à la Reine des anges : « Je crois d'une foi vive que vous êtes la Mère du Dieu vivant, et que vous êtes venue en ce monde pour le soulagement des pauvres chrétiens qui souffrent dans une barbare servitude. Mais que suis-je, moi, pour accomplir une œuvre si difficile, au milieu des ennemis de votre divin Fils, et pour tirer ses enfants de leurs cruelles mains ? » — « Ne crains rien, Pierre », reprit la Reine des anges, « je t'assisterai dans toute cette affaire, et pour que tu aies foi en ma parole, tu verras bientôt l'exécution de ce que je t'ai annoncé, et mes fils et mes filles de cet Ordre se glorifieront de porter des habits blancs comme ceux dont tu me vois revêtue ». En disant cela, la très-sainte Vierge disparut et remonta au trône de sa gloire.

Saint Pierre Nolasque demeura en prières jusqu'au matin, méditant dans son cœur ce qu'il avait entendu, et remerciant Dieu d'une si grande faveur. Aussitôt que le jour parut, il se rendit auprès de saint Raymond de Pennafort, son confesseur, pour lui rendre compte de son admirable vision. Mais à peine avait-il commencé à la lui raconter, que, tout rempli d'étonnement, saint Raymond l'interrompit en lui disant : « J'ai eu cette nuit la même vision que vous : j'ai été aussi favorisé de la visite de la Reine des anges, et j'ai entendu de sa bouche l'ordre qu'elle me donnait de travailler de toutes mes forces à l'établissement de cette religion, et d'encourager dans mes sermons les catholiques fidèles à venir en aide à une œuvre de charité si parfaite. C'est pour remercier Dieu et la très-sainte Vierge que j'étais venu si matin à la cathédrale ».

Qui pourra exprimer la joie de ces deux saints personnages, en se voyant l'objet d'une si grande faveur de la part de Notre-Dame ? Ils se mirent aussitôt à conférer entre eux sur les moyens d'accomplir leur mission. En ce moment, ils virent entrer dans l'église le roi Jacques, qui avait aussi été visité par la Reine des anges, et qui accourait à la cathédrale pour lui en témoigner sa reconnaissance. Ayant aperçu les deux Saints, il les appela, et les ayant pris à part, il leur raconta la vision qu'il avait eue : « La glorieuse Reine des anges », leur dit-il, « m'est apparue cette nuit, avec une beauté et une majesté incomparables, m'ordonnant d'instituer, pour la rédemption des captifs, un Ordre qui porterait le nom de Sainte-Marie de la Merci ou de la Miséricorde ; et, comme je connais en toi, Pierre Nolasque, un grand désir de racheter les esclaves, c'est toi que je charge de l'exécution de cette œuvre. Pour toi, Raymond, dont je sais la vertu et la science, tu seras le soutien de l'Ordre par tes prédications ».

Les deux Saints lui rapportèrent alors les paroles qu'eux aussi avaient entendues de la bouche de la très-sainte Vierge, et ayant reconnu, par la conformité de leur vision respective, la volonté de Dieu et de Notre-Dame, ils résolurent de travailler aussitôt à la fondation de l'Ordre de la Merci.

Le 10 août de cette même année fut choisi pour commencer cette grande entreprise. Le roi se rendit à la cathédrale, où une foule immense s'était assemblée ; car le bruit du miracle s'était répandu déjà par tout le royaume. Il était accompagné de saint Pierre Nolasque et de saint Raymond de Pennafort, des conseillers de Barcelone, et de toute la noblesse. Dans l'église se trouvait un grand nombre de prélats convoqués par le roi. L'évêque de Barcelone chanta la messe ; après l'évangile, saint Raymond de Pennafort monta en chaire : il raconta la vision qu'il avait eue avec une éloquence et une ferveur admirable. Le peuple, en entendant le récit de ce miracle, dont il avait les trois fidèles témoins sous les yeux, ne put contenir sa joie, et remercia, au milieu de ses cris et de ses larmes, la très-sainte Vierge, de la pitié qu'elle témoignait aux pauvres esclaves.

Le sermon étant terminé, le roi descendit de son trône, revêtu de son manteau royal, et portant une couronne d'or sur sa tête ; il avait à ses côtés saint Raymond de Pennafort et saint Pierre Nolasque, et était suivi des conseillers de Barcelone et des grands du royaume. Il marcha ainsi accompagné jusqu'au pied du maître-autel, où l'évêque célébrait le saint Sacrifice ; il s'arrêta en sa présence et lui dit ces paroles : « C'est notre volonté d'accomplir l'ordre de Dieu, que nous a transmis la très-sainte Vierge Marie, Reine des anges, et de fonder en conséquence un Ordre religieux et militaire, dont les membres se dévoueront au rachat des captifs, jusqu'à donner pour eux leur liberté et leur vie. Le premier religieux de cet Ordre sera notre compagnon et notre ami Pierre Nolasque, que la Mère de Dieu a choisi pour être la pierre fondamentale de cette grande œuvre de charité. C'est donc à vous maintenant, révérend Père, qu'il appartient d'exécuter les desseins de Dieu et de la très-sainte Vierge ».

L'évêque, alors, avec l'aide du roi et de saint Raymond de Pennafort, donna l'habit à saint Pierre Nolasque, qui était agenouillé à ses pieds. Tous trois versaient des larmes de joie en le revêtant de cette robe blanche qui avait la forme de celle que portait la Reine des anges. Le roi plaça ensuite de ses mains, sur le scapulaire, l'écu de ses armes royales, au milieu duquel était une croix blanche, insigne de la cathédrale de Barcelone. Le roi voulut que saint Pierre et ses successeurs eussent à jamais le droit de porter ces armoiries sur la poitrine. Il mit aussi l'Ordre sous la protection des conseillers de Barcelone, leur recommandant de le défendre avec soin dans la suite des siècles.

Saint Pierre Nolasque fit alors le vœu solennel de se donner en otage aux Turcs, s'il était nécessaire, pour la rédemption des captifs chrétiens, ce que tous les religieux de son Ordre promettent également. En peu d'années le nouvel Institut produisit des fruits admirables, en sorte que, désirant l'affermir par l'approbation du Saint-Siège, le roi Jacques envoya saint Raymond de Pennafort à Pérouse, où résidait alors le pape Grégoire IX. Le Saint, prosterné à ses pieds, lui raconta d'abord l'apparition de la très-sainte Vierge et lui présenta la supplique par laquelle le roi demandait la confirmation de cet Ordre, fondé depuis douze ans. Grégoire IX l'accorda avec bonté, et il y ajouta beaucoup de grâces et de privilèges, ce qu'ont fait aussi presque tous ses successeurs.

Pour conserver le souvenir de la faveur que la très-sainte Vierge avait faite à son Église et en témoigner à Dieu sa reconnaissance, le pape Paul V institua la fête de Notre-Dame de la Merci, ordonnant qu'elle se célébrerait dans l'Ordre le dimanche le plus voisin des calendes d'août. Innocent X augmenta la solennité de la fête, et permit de la célébrer dans tous les États du roi d'Espagne. Innocent XII l'a étendue depuis à toute l'Église, et l'a fait insérer au martyrologe romain, en la plaçant au 24 septembre.

La très-sainte Vierge n'a cessé de protéger l'Ordre qu'elle avait fondé ; il produisit en effet, sous ses auspices, des hommes de charité admirables, qui non contents d'employer les aumônes des fidèles au rachat des captifs, se sont souvent donnés eux-mêmes, pour rendre la liberté à ceux dont la foi était en péril au milieu de ces peuples barbares.

Pendant de longs siècles, Marie s'est montrée, en Afrique, la douce consolatrice des affligés. Aussi après la conquête de ce repaire de pirates, un immense cri de reconnaissance s'éleva de toutes parts vers la Reine des Anges. Son culte s'établit aussitôt à Alger, dans une vieille mosquée convertie en église sous le titre de Notre-Dame des Victoires ; un grand nombre d'églises et de chapelles furent placées sous le vocable de la sainte Vierge par Mgr Dupuch, premier évêque d'Alger. Le moment étant venu de donner à Marie un magnifique témoignage de la reconnaissance de l'Europe, et en particulier de la France et de l'Algérie, on lui éleva un temple sous le vocable de Notre-Dame d'Afrique. Ce sanctuaire, placé sur un plateau, à la cime d'une colline grandiose, domine aujourd'hui la ville conquise par la foi et la civilisation : il la domine comme un acte de gratitude pour le passé, une manifestation solennelle pour le présent, un gage de confiance pour l'avenir. La chapelle est dans le style byzantin traditionnel en Afrique, entremêlé de style mauresque christianisé, et sa grande coupole, comme un phare de bénédiction et de salut, apparaît au loin symbolisant la virginité de Marie par une couronne de lis, sa maternité par une couronne de roses, et, au sommet, sa royauté par une couronne d'étoiles.

Ribadeneira ; Notre-Dame de France, par M. Hamon, et nos notes fournies par M. l'abbé Ant. Ricard.

Événements marquants

  • Apparition à saint Pierre Nolasque, saint Raymond de Pennafort et Jacques Ier d'Aragon le 1er août 1218
  • Fondation de l'Ordre de la Merci le 10 août 1218
  • Approbation de l'Ordre par Grégoire IX vers 1230
  • Institution de la fête par Paul V
  • Extension de la fête à l'Église universelle par Innocent XII

Miracles

  • Apparition simultanée à trois personnes distinctes
  • Victoires militaires attribuées à l'intercession de la Vierge

Citations

Je désire donc que l'on fonde en mon honneur un Ordre, dont les religieux, avec une foi vive et une vraie charité, rachètent les esclaves chrétiens de la puissance et de la tyrannie des Turcs.

— Paroles de la Vierge à saint Pierre Nolasque