Notre-Dame de Bon-Secours (Compiègne)
Protectrice de la ville de Compiègne
Résumé
Le sanctuaire de Notre-Dame de Bon-Secours à Compiègne fut fondé en 1637 par le Père Boniface, un Capucin, suite à un vœu pour protéger la ville de l'invasion espagnole. Devenu un lieu de pèlerinage majeur fréquenté par la cour et le peuple, il est célèbre pour ses nombreux miracles, notamment des guérisons d'enfants et la cessation d'épidémies.
Biographie
NOTRE-DAME DE BON-SECOURS, AU DIOCÈSE DE BEAUVAIS.
INAUGURATION DE LA CHAPELLE ET PÈLERINAGES
Caelum cum terra peribit, quam Maria aliquem serio se implorantem sua spe destituet.
On verra plutôt périr et le ciel et la terre que Marie ne réduise son secours à celui qui l'implore sincèrement.
Louis de Blois, in Speculo spirit., c. 12.
La célèbre chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours, une des plus remarquables du diocèse de Beauvais, fut bâtie dans l'enclos du monastère des Capucins, situé en dehors des fortifications de la ville de Compiègne, par le Père Boniface, religieux de ce monastère, à l'occasion d'un vœu qu'il fit à la sainte Vierge, si elle préservait la ville des horreurs d'un assaut et le couvent du pillage, à l'époque de l'invasion du sol français par les Espagnols. L'édifice ayant été terminé le 1er août 1637, le lendemain toute la ville fut convoquée à son inauguration.
2 AOÛT.
On la consacra au milieu de l’allégresse générale, et on y porta en procession le tableau de la Vierge, devant lequel le Père Boniface avait obtenu la délivrance de la ville ; il fut placé au milieu de l’autel de la chapelle, où il est toujours demeuré depuis.
Les habitants de Compiègne vinrent prier avec bonheur dans ce nouveau sanctuaire. Dès l’année suivante, 1638, l’évêque de Soissons autorisa à y dire la messe ; et, en 1639, le Saint-Siège accorda, pour sept ans, une indulgence plénière à y gagner le 25 mars. Cette double faveur donna un nouveau lustre au sanctuaire de Marie ; les pèlerins y vinrent plus nombreux ; des miracles s’y obtinrent, et la voix publique proclama la Vierge du Père Boniface Notre-Dame de Bon-Secours. À ce nom, si doux, tous les cœurs volèrent vers son autel. On y accourut de toutes parts, aussi bien de la cour que de la ville et de la campagne.
Le nonce du Pape y vint lui-même plusieurs fois célébrer les saints mystères, et, sur des traces si augustes, la foule se pressait chaque jour. La sainte Vierge répondit à cette confiance et se montra vraiment Notre-Dame de Bon-Secours. Des guérisons merveilleuses s’opérèrent à son sanctuaire, et toutes les bouches les célébrèrent.
Comme cette sainte chapelle avait été bâtie avec précipitation seize ans auparavant, et qu’elle menaçait déjà ruine, les Capucins résolurent de la remplacer par une autre plus vaste, plus commode. Dès que le dessein des religieux fut connu, la reine, le jeune roi, le maire, les échevins, tous les habitants y promirent leur concours ; et, le 8 juin 1653, les autorités de la ville, invitées par les Capucins, vinrent en poser la première pierre ; on poussa vivement les travaux, et en septembre 1654, tout était achevé. L’évêque de Soissons vint la bénir, accompagné de son coadjuteur, et y attacha quarante jours d’indulgences.
Marie récompensa, par des faveurs signalées, le zèle que tous avaient témoigné pour l’érection de son sanctuaire. Un enfant de trois ans, Elie Lebel, boiteux de naissance, ne pouvait pas même se tenir debout. Sa mère va prier Notre-Dame de Bon-Secours, et aussitôt il est complètement guéri. Une jeune fille de cinq ans et demi, Marie Béjot, avait, à la cheville du pied, un ulcère, provenant de la petite vérole, qui ne cessait ni jour ni nuit de la faire souffrir. Tous les médecins avaient prononcé que le mal était incurable. La mère fait dire une neuvaine de messes à Notre-Dame de Bon-Secours. Dès le premier jour, l’enfant se trouve mieux ; le jour suivant, le mieux s’accroît ; et la neuvaine était à peine terminée, que l’enfant marchait et que l’ulcère avait disparu. La mort du Père Boniface, fondateur de la sainte chapelle, qui arriva vers ce temps-là, fut regardée elle-même comme un miracle de la bonté de Marie ; il avait toujours demandé de mourir un samedi ; et en effet, se trouvant plus mal un samedi matin, il fit dire une messe à Bon-Secours, pour obtenir de mourir ce jour-là. Vers trois heures de l’après-midi, il se fait réciter les litanies de la sainte Vierge ; et avant la fin de ces litanies, il expire en répondant : Ora pro me.
En 1737, la dévotion à cette sainte chapelle, quoique toujours soutenue depuis un siècle, reçut encore un nouvel élan de la belle cérémonie qui eut lieu alors pour le renouvellement du vœu qu’avait fait, en 1637, la ville de Compiègne, à l’occasion de la peste. Cette cérémonie dura trois jours. Le premier, tous les magistrats, sous la conduite des Capucins qui étaient venus les trouver à l’hôtel de ville, se rendirent en procession à l’abbaye Saint-Corneille ; et de là, avec tous les corps séculiers et réguliers, à Notre-Dame de Bon-Secours. Là, à genoux sur les marches de l’autel, ils prononcèrent le vœu
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au nom de la cité entière ; on chanta ensuite le Te Deum, après quoi ils retournèrent processionnellement à Saint-Corneille. Les deux autres jours, il y eut grand’messe, vêpres, sermon, salut, plus de quinze cents communions, et des pèlerins innombrables de tous les environs. Une maladie contagieuse régnait alors dans la ville ; elle finit au moment où se prononça le vœu.
Deux ans après, en 1739, la pieuse reine Marie Leczinska vint à Bon-Secours faire sa prière ; et en 1763, y étant retournée, elle y demeura en oraison pendant une demi-heure, après laquelle elle recommanda aux religieux, en sortant, de prier pour son âme, et non pour son corps.
A l’exemple de la reine, on vit prosternées, dans ce vénéré sanctuaire, toutes les grandeurs du siècle. Toutes les classes de la société, gens de la ville comme de la campagne, se pressaient chaque jour devant la sainte image. Outre leurs visites individuelles, les magistrats et les principaux habitants de Compiègne y faisaient trois fois par an une visite solennelle, tous réunis ensemble ; c’était ordinairement le 20 janvier, le 25 mars et le 16 août.
Ainsi florissait sans interruption la dévotion à Notre-Dame de Bon-Secours, lorsqu’au mois d’avril 1791, en vertu de la loi de l’Assemblée nationale qui supprimait tous les couvents, la sainte chapelle fut vendue. L’acquéreur allait l’abattre ; mais, jaloux de conserver à la ville le sanctuaire de sa patronne, un homme honorable se trouva qui eut le courage de l’acheter et de la faire desservir par un prêtre fidèle.
En 1815, on la répara et on l’embellit, par reconnaissance pour la protection dont Marie avait couvert la ville, en 1814, contre les Prussiens qui voulaient s’en rendre maîtres ; et, le 1er avril 1816, on renouvela, dans une procession magnifique, le vœu que la présence des armées alliées n’avait pas permis d’accomplir l’année précédente. En 1817, à l’occasion d’une mission qui eut lieu dans la ville, on promena par les rues la sainte image, au milieu des chants saintement joyeux de tous les habitants. Peu d’années après la révolution de 1830, la chapelle conserva la confiance des fidèles, qui y affluèrent plus que jamais, surtout à l’époque de la neuvaine du 25 mars. En 1846, Pie IX lui accorda la faveur d’un autel privilégié ; et en 1861, il y ajouta une indulgence plénière, non-seulement pour un jour par mois, au choix de chacun, mais encore pour les fêtes de l’Immaculée Conception, de la Nativité, de l’Annonciation, de la Purification et de l’Assomption, avec une indulgence de 300 jours pour chaque visite qu’on ferait à ce béni sanctuaire.
Encouragées par ce témoignage d’intérêt, des âmes chrétiennes donnèrent à Notre-Dame de Bon-Secours, en 1864, de magnifiques lustres avec de belles verrières, où sont symbolisées les litanies de la Vierge ; et les fidèles semblèrent redoubler de zèle pour y venir offrir leurs hommages à Marie, spécialement pendant la neuvaine du 25 mars et tout le mois de mai.
Extrait de Notre-Dame de France, par M. le curé de Saint-Sulpice
VIES DES SAINTS. — TOME IX. 16
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Événements marquants
- 1637 : Vœu du Père Boniface lors de l'invasion espagnole
- 1er août 1637 : Achèvement de la première chapelle
- 2 août 1637 : Inauguration et translation du tableau
- 8 juin 1653 : Pose de la première pierre de la nouvelle chapelle par le jeune roi et la reine
- Septembre 1654 : Bénédiction de la nouvelle chapelle par l'évêque de Soissons
- 1737 : Renouvellement du vœu de la ville suite à une épidémie
- Avril 1791 : Vente de la chapelle suite à la suppression des couvents
- 1816 : Renouvellement du vœu après la protection contre les Prussiens
Miracles
- Préservation de la ville de l'assaut espagnol en 1637
- Guérison d'Elie Lebel, boiteux de naissance
- Guérison d'un ulcère incurable chez Marie Béjot
- Mort du Père Boniface un samedi selon son souhait
- Cessation d'une maladie contagieuse en 1737 après le vœu de la cité
Citations
Caelum cum terra peribit, quam Maria aliquem serio se implorantem sua spe destituet.