Origène d'Alexandrie
Chef de l'école catéchétique d'Alexandrie
Résumé
Origène, né vers 185 en Égypte, fut le plus grand savant de l'Église primitive et dirigea l'école d'Alexandrie dès ses 18 ans. Malgré une vie d'ascèse rigoureuse et une confession héroïque de la foi sous la persécution de Dèce, ses théories spéculatives sur la préexistence des âmes ont empêché sa canonisation. Il laisse une œuvre immense, dont les Hexaples et de nombreux commentaires bibliques.
Biographie
ORIGÈNE,
S. LÉONIDÈS, SON PÈRE, ET S. AMBROISE, SON MÉCÈNE (185-254).
Nous laisserons ici la parole à Mgr Freppel. Les leçons qu'il a consacrées, en Sorbonne, à Origène, nous semblent l'étude la plus impartiale et la plus complète qui ait été faite sur le grand écrivain du IIIe siècle.
« Si nous jetons », dit l'auteur du Cours d'éloquence sacrée, « un coup d'œil rapide sur sa vie si laborieuse et si agitée, nous ne pourrons qu'être frappés d'étonnement à la vue d'une telle carrière. On peut dire de cet homme, avec Eusèbe, qu'il n'a jamais eu d'enfance et qu'il ne connaîtra pas de vieillesse. Chef de l'école catéchétique d'Alexandrie à l'âge de dix-huit ans, il devient à l'instant même le centre du mouvement intellectuel dans cette grande cité. Chrétiens et païens, orthodoxes et hérétiques, tous viennent se grouper autour de sa chaire et écouter ses leçons. Il instruit les catéchumènes, discute avec les philosophes, assiste les Martyrs qu'il accompagne sans crainte jusqu'au lieu du supplice ; et, bien que poursuivi dans toute la ville par la haine des persécuteurs, il fait de chaque maison qui le recueille, une école où l'on accourt pour l'entendre. Une fois la paix rendue à l'Église, il profite d'un répit qui lui permet de donner libre cours à son ardeur dévorante pour les sciences divines et humaines. Maître lui-même, il se fait le disciple des philosophes païens afin de connaître à fond leurs doctrines, étudie l'hébreu sans relâche, passe les jours à enseigner et une grande partie des nuits à écrire. Vingt-huit années s'écoulent au milieu de ce rude labeur. Puis commencent les voyages, les courses apostoliques. Pendant l'espace d'un quart de siècle, nous le voyons tour à tour à Rome, à Antioche, à Césarée de Palestine, à Athènes, à Césarée de Cappadoce, à Nicomédie, à Bostra, à Tyr, enseignant, prêchant, fondant des écoles, fouillant les bibliothèques, rassemblant des manuscrits, ouvrant des conférences avec les païens, ramenant les hérétiques dans le sein de l'Église. Car on s'adressait à lui de toutes les parties du monde : ici, c'est Maméa, mère de l'empereur Alexandre Sévère, qui l'appelle à Antioche pour s'instruire auprès de lui dans la religion chrétienne ; là, c'est l'empereur Philippe l'Arabe et son épouse Sévéra, qui entretiennent avec lui, dans le même but, une correspondance épistolaire ; plus loin, c'est Jules Africain, un des meilleurs esprits de l'époque, qui lui demande des éclaircissements sur l'authenticité d'un fragment de Daniel... Et au milieu des préoccupations, des soucis, des fatigues d'une vie traversée par tant d'épreuves, il trouve le loisir et le moyen de composer six mille ouvrages, dit saint Épiphane, c'est-à-dire plus de mille homélies, des scolies et des commentaires sur toutes les parties de l'Écriture sainte, depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse, sans compter la reproduction intégrale de six versions de la Bible, et une foule de traités concernant le dogme, la morale et la discipline. Il a plus écrit, dit saint Jérôme, qu'un homme ne saurait lire : ce qui n'est pas étonnant, lorsqu'on pense qu'il dictait à sept sténographes, et qu'il entretenait autant de copistes, dont le travail passait encore par d'autres mains. Je ne crois pas que l'histoire des lettres offre un second exemple d'une pareille fécondité : un esprit aussi vaste fait songer à Aristote et à Leibnitz ; et pour trouver une vie où l'action et la parole se rencontrent dans un apostolat plus laborieux, il faut remonter jusqu'à saint Paul.
« Aussi je comprends l'enthousiasme que cet homme extraordinaire a excité parmi ses contemporains ; les philosophes païens eux-mêmes, Porphyre en particulier, n'ont pu s'en défendre. Mais, je me hâte de le dire, à une admiration si vive, si sympathique, est venue se joindre une animosité à tout le moins égale ; un tel contraste ne fait que redoubler l'intérêt de curiosité qui s'attache à cette physionomie. Origène est un des hommes qui ont passionné davantage l'opinion : personne n'a jamais reçu plus d'éloges, ni plus d'anathèmes. On dirait que son nom n'admet pas la modération dans la louange ni dans le blâme, tant il a été tour à tour décrié par les uns, exalté et célébré par les autres. Déjà, de son vivant, le sentiment public se partage sur son compte. Tandis que les évêques de la Palestine, de l'Achaïe, de la Cappadoce, de la Phénicie et de l'Arabie ne cessent de l'honorer comme un docteur de l'Église, ceux de l'Égypte l'excommunient : ici, ce sont des synodes qui l'appellent au milieu d'eux pour réfuter les hérétiques ; là, des conciles qui l'excluent des rangs du sacerdoce. Et, ce qui n'est pas moins étonnant, il a des Saints parmi ses adversaires, et il compte, au nombre de ses disciples ou de ses panégyristes les plus zélés, des hommes tels que saint Grégoire le Thaumaturge, saint Alexandre de Jérusalem et saint Firmilien de Césarée. Un instant étouffé par sa mort, le débat se ravive peu de temps après. Alors commence, devant le tribunal de la postérité, ce long procès qui s'instruit encore. D'un côté, les accusations pleuvent sur la mémoire du grand Alexandrin ; de l'autre, Eusèbe de Césarée et le martyr saint Pamphile écrivent son apologie. Plus l'on avance dans le IVe et dans le Ve siècle, plus le bruit augmente autour du nom d'Origène. Saint Méthode, saint Eustathe, Théophile d'Alexandrie, saint Jérôme et saint Épiphane s'acharnent à le poursuivre de leurs attaques ; mais Rufin, saint Jean Chrysostome, saint Théotime, Jean de Jérusalem et les moines de Nitrie le défendent avec une ardeur non moins grande. Du VIe au IXe siècle, la cause d'Origène est portée devant quatre conciles généraux, dont la sentence elle-même donnera lieu à diverses interprétations. Même différence dans les appréciations des écrivains de l'Occident. Cassiodore dira de lui ce mot souvent répété depuis lors : *Ubi bene, nemo melius ; ubi male, nemo pejus*. — « Là où il est bon, personne n'est meilleur ; là où il est mauvais, personne n'est pire que lui ». Au contraire, Sidoine Apollinaire, Bède le Vénérable, Haymon d'Alberstadt, Guillaume de Paris lui prodigueront leurs éloges, non toutefois sans y mêler quelques mots de réserve. Traité avec peu de faveur par saint Bernard et par saint Thomas d'Aquin, il trouvera, dans Vincent de Beauvais, un admirateur fervent ; et le pape saint Léon III ne craindra pas d'insérer parmi les leçons de l'ancien bréviaire romain quelques fragments d'homélies empruntés à l'illustre catéchiste. Arrive le siècle de la Renaissance, pendant lequel les apologies d'Origène se multiplient de toutes parts : Pic de la Mirandole se constitue le défenseur avoué de cette grande mémoire ; et son travail est mis à l'abri de toute censure par un bref apostolique du pape Alexandre VI. Sixte de Sienne, Erasme, Générard, Nauclère, Claude Espence écrivent dans le même but. Par contre, Baronius et Bellarmin reprocheront, sans les atténuer, les accusations de saint Jérôme et de saint Épiphane. Luther voue Origène aux dieux infernaux, c'est son expression : *Origenem jam dudum diris devovi* ; moins violents dans leur langage, les centurialistes de Magdebourg se contentent de dénaturer ses écrits. La Sorbonne à son tour retentit du bruit de ces débats ; et l'apologie d'Origène par Merlin, docteur de la faculté de Paris, y excite les plus vives controverses. La querelle est loin de s'éteindre avec le XVIIe siècle. Les pères Possevin, Gretser, Halloix, de la compagnie de Jésus, Dom Delarue, bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, Hœlet, évêque d'Avranches, combattent pour ou contre l'orthodoxie d'Origène. Ce dissentiment s'est prolongé jusqu'à nos jours, et il ne paraît pas à la veille de s'effacer. S'il fallait en croire le docteur Baur de Tubingue, la doctrine d'Origène ne serait qu'un platonisme modifié par les idées chrétiennes ; selon le docteur Ruelinger de Munich, suivi de près par le docteur Hagemann de Hildesheim, le contemporain de saint Hippolyte aurait pris parti pour l'auteur des *Philosophumena* contre le pape saint Callixte, dans la question de la Trinité. Et voici que, l'an dernier, paraissaient à Rome quatre volumes contenant une apologie d'Origène sur tous les points, par M. Vincenzi, professeur d'hébreu à la Sapience.
« On en conviendra, il n'est pas d'homme dont les écrits et la mémoire aient été plus discutés. D'où vient que le même personnage ait pu être flétri par les uns comme hérétique, et préconisé par les autres à l'instar d'un Apôtre ou d'un docteur de l'Église ? À coup sûr, voilà un problème fort curieux à étudier. La solution de ce problème devient facile à tout homme impartial qui se livrera à un examen sérieux des œuvres et de la vie d'Origène, en se tenant, à égale distance, d'une admiration irréfléchie et d'un dénigrement systématique, à qui voudra n'entreprendre, comme une thèse arrêtée d'avance, ni une apologie ni un réquisitoire.
« Ce que tous, adversaires ou amis, se sont plu à reconnaître, c'est que le caractère moral de ce grand homme et sa haute vertu sont à l'abri de toute contestation. S'il a erré sur quelques points de doctrine, ce que nous n'examinons pas encore, si le goût des spéculations métaphysiques l'a entraîné au-delà des limites de l'orthodoxie, soyons-en bien convaincus, il s'est trempé de bonne foi ; il n'a pas porté dans la défense de ses idées particulières cette opiniâtreté qui constitue l'hérésie proprement dite. Ce sont des hypothèses qu'il émet, des vues qu'il hasarde, sans songer aucunement à porter atteinte au dogme. Averti par un jugement de l'Église universelle, il se serait hâté de revenir sur ses pas et d'abandonner ses opinions. Origène n'est pas un esprit de même trempe que Tertullien, et c'est à tort qu'on rapproche ces deux natures qui ne se ressemblent guère : il n'a pas cette fierté si voisine du dédain, qui se roidit devant la contradiction, et se plie difficilement à une règle. Loin de là, nous remarquerons dans chacun de ses écrits, à côté d'une candeur et d'une sincérité de convictions vraiment admirables, une douceur, une humilité, une défiance de ses propres forces, une aversion pour le sophisme, un respect de ses adversaires, qui édifie profondément. Ces nobles qualités du cœur expliquent en grande partie la séduction qu'il exerçait autour de lui, et l'attachement inébranlable que lui vouaient ses amis dans la mauvaise comme dans la bonne fortune. Puis, quel beau spectacle pour la science et pour la religion que la vie de cet homme s'interdisant toute autre jouissance que celles de l'esprit, n'acceptant rien de ceux qui eussent aimé partager avec lui, vendant ses livres pour pouvoir se sustenter, marchant pieds nus dans les rues d'Alexandrie, couchant sur la dure, mesurant son sommeil à la stricte nécessité, aussi sévère pour lui-même qu'indulgent à l'égard des autres ! On peut dire en toute vérité avec Eusèbe de Césarée, que sa vie était le meilleur commentaire de ses discours et de ses ouvrages ? Et enfin, quand je le vois, au terme de sa carrière, après tant de travaux et de luttes, comparaître, à l'âge de soixante-cinq ans, devant le tribunal des persécuteurs, et couronner sa verte vieillesse par une éclatante confession de la foi, par la captivité et les tortures subies pour la cause du Christ ; lorsque, au sortir de cette dernière épreuve, encore tout meurtri de ses glorieuses blessures, je le vois reprendre son ministère et ses prédications avec une constance que rien ne peut lasser, jusqu'à ce qu'il aille s'éteindre sur les côtes de la Phénicie, à Tyr, plein de jours et de mérites : oh ! alors je l'avoue, j'oublie tout le bruit qui s'est fait autour de sa mémoire, les jugements contradictoires auxquels ont donné lieu quelques-uns de ses écrits, et je ne crains pas de dire qu'Origène est un des hommes qui, par leur activité, leur zèle, leur génie, ont le plus contribué à consolider le triomphe de la justice et de la vérité sur la terre.
« Origène naquit de parents chrétiens en Égypte, vers l'année 183 après Jésus-Christ. Son père, Léonidès, probablement un rhéteur d'Alexandrie, l'initiait dès le bas âge dans les sciences élémentaires qui formaient alors la base d'une éducation libérale ; mais, en le faisant passer par tous les exercices de la discipline grecque, il s'appliquait avec un soin particulier à l'initier dans la connaissance des divines lettres. Chaque jour l'enfant était obligé d'apprendre par cœur et de réciter quelque passage de l'Écriture sainte. Son esprit vif et curieux se plaisait singulièrement à ce genre d'étude. Non content du sens propre et obvie que présente la lettre du texte sacré, il en cherchait de plus profonds, trahissant ainsi dès l'origine son penchant à scruter les vérités de la foi. Il accablait son père de questions, lui demandant pour chaque endroit un peu difficile des explications qui ne laissaient pas quelquefois d'embarrasser le précepteur. En apparence et devant l'enfant, Léonidès tâchait de modérer cette ardeur intempestive ; il exhortait l'impatient élève à s'en tenir au sens littéral de l'Écriture, sans vouloir résoudre des problèmes qui n'étaient pas de son âge ; mais au fond et en lui-même, l'heureux père se réjouissait de voir une intelligence si précoce, et il remerciait Dieu de lui avoir donné un tel fils. » Souvent même », dit Eusèbe, « pendant que l'enfant dormait, le pieux chrétien s'approchait de lui doucement, et, lui découvrant la poitrine, il la baisait avec respect, comme un sanctuaire où résidait l'Esprit-Saint : tant la piété naissante d'Origène ravissait d'admiration ses parents, en même temps que ses rapides progrès dans la science faisaient leur orgueil et leur joie ».
« Ce tableau si touchant d'une éducation chrétienne au IIe siècle, nous montre à quel point l'Évangile avait transformé la vie de famille.
« La persécution de Septime Sévère allait ajouter une nouvelle page à cette histoire sanglante où la force divine éclate à travers la faiblesse de l'homme. Lætus était alors gouverneur de l'Égypte. Pour exécuter l'édit impérial dans toute sa rigueur, il ne se contentait pas de sévir contre les fidèles d'Alexandrie ; mais il envoyait des émissaires sur divers points de l'Égypte et de la Thébaïde, avec ordre d'arrêter les principaux d'entre les chrétiens, et de les conduire dans la capitale. Là, on s'épargnait aucune torture à ces généreux confesseurs de la foi, et la peine capitale venait d'ordinaire couronner leurs souffrances. À la vue d'un tel courage, le jeune Origène se sentit enflammé du désir de l'imiter. N'écoutant que l'ardeur de son zèle, il s'exposait à toute sorte de périls, pour trouver une occasion de professer hautement sa croyance. Peu s'en fallut qu'il n'allât s'offrir de lui-même aux persécuteurs ; mais les larmes et les supplications de sa mère parvinrent à l'arrêter. Sur ces entrefaites, le chef de la famille avait été signalé au gouverneur et jeté dans les fers. Alors l'enfant ne se contint plus : il demandait avec instance qu'on lui permît de partager le sort de son père. La pieuse mère lui représentait en vain que Dieu n'exigeait pas de lui un tel sacrifice ; qu'il devait se conserver pour elle et pour ses frères moins âgés que lui ; enfin, se voyant à bout de prières, elle se vit obligée de lui cacher ses vêtements, pour l'empêcher de sortir. Le jeune homme se résigna ; mais, voulant du moins faire tout ce qui était en son pouvoir, il écrivit une lettre à son père pour l'exhorter au martyre. Dans la crainte que la pensée de laisser après lui sept orphelins sans ressources ne pût ébranler la constance de Léonidès, il disait entre autres choses : « Prenez garde, mon père, et n'allez pas, à cause de nous, changer de résolution ! ». Trait sublime de générosité et de délicatesse ! Voilà bien l'homme qui, plus tard, écrira de si belles pages sur les mérites et les gloires du martyre. On comprend l'enthousiasme avec lequel il célébrera le triomphe de la grâce sur la nature dans la mère des Machabées exhortant ses fils à mourir pour la foi de leurs pères : « Dans cette femme », dira-t-il, « la rosée de la piété et le souffle de la sainteté ne permettaient pas à la flamme de l'amour maternel d'étouffer l'amour de Dieu ».
« On l'a dit bien souvent : il n'est pas pour l'homme de meilleure école que celle de l'adversité. Origène connut de bonne heure ces épreuves de la vie, qui servent si puissamment à exciter l'intelligence et à fortifier la volonté. Par un raffinement de barbarie, le despotisme impérial ne se contentait pas de frapper les Martyrs ; il les poursuivait jusque dans leurs familles par la confiscation de leurs biens. Lors donc que Léonidès eut eu la tête tranchée pour récompense de sa fidélité au Christ et à l'Évangile, sa veuve et ses enfants se virent réduits à la dernière indigence. Le jeune Origène se trouva seul avec sa mère et ses six frères encore en bas âge, sans abri ni ressources. Mais Dieu vint en aide à la famille du Martyr : une dame très-riche d'Alexandrie la recueillit dans sa maison, et cette généreuse hospitalité la sauva du besoin. Ici vient se placer un épisode que nous ne saurions passer sous silence, parce qu'il jette un nouveau jour sur le caractère et les dispositions d'Origène. Or, j'aime à recueillir ces premiers traits de sa jeunesse comme autant de lueurs qui s'échappent du passé pour éclairer l'avenir.
« La riche matrone, qui avait recueilli Origène dans sa maison, appartenait sans doute à la religion catholique, puisqu'elle témoignait tant de sympathie à la famille d'un martyr ; mais, comme il arrive trop souvent, elle ne joignait pas aux inspirations d'un cœur charitable les lumières d'une foi bien éclairée. Ainsi, tout en donnant asile à la veuve et aux enfants de Léonidès, elle ne laissait pas de garder auprès d'elle un certain Paul, originaire d'Antioche, qu'elle traitait comme son fils adoptif, et qui était l'un des plus ardents soutiens de l'hérésie dans la capitale de l'Égypte. Cet homme avait la parole facile et entraînante : c'en était assez pour attirer journellement autour de lui quantité d'hérétiques et même un certain nombre d'auditeurs professant la foi orthodoxe. Dans cette circonstance délicate, Origène, alors âgé de dix-sept ans, montra combien il avait profité des leçons paternelles et de l'enseignement du Didascalée. Obligé de se rencontrer avec Paul par les nécessités de sa position, il ne se refusait à aucune des relations de la vie civile ; mais rien ne put déterminer le jeune homme à communier avec l'hérétique dans la prière, ni à prendre part aux réunions que tenait ce dernier. Les canons de l'Église étaient sa ligne de conduite ; et, comme il le dit quelque part, il avait en horreur les doctrines des sectaires ».
« Eusèbe a raison de relever dans la jeunesse d'Origène ce trait resté caractéristique pour toute sa vie. L'hérésie ne cessera de lui inspirer ces haines vigoureuses qui s'adressent à l'erreur et non aux personnes. La philosophie païenne pourra le trouver indulgent, peut-être même trop, parce qu'il verra une circonstance atténuante dans l'absence des lumières de la révélation ; mais la révolte d'un chrétien contre l'autorité du Christ et de l'Église dépositaire de la parole divine, lui paraîtra toujours un acte des plus coupables.
« Après avoir profité, pendant quelques semaines, de l'hospitalité qui lui avait été offerte à la mort de son père, le fils de Léonidès se crut en état de pouvoir se suffire à lui-même. On conçoit, du reste, que son séjour dans une maison, devenue l'un des foyers de l'hérésie, ne dut lui être fort agréable. Grâce à l'instruction qu'il avait reçue de son père, et au soin avec lequel il s'était appliqué à l'étude des lettres humaines, il trouva, dans son travail, le moyen de se passer d'une assistance étrangère. Il se mit donc, continue Eusèbe, à professer la grammaire, ce qui lui fournit abondamment de quoi s'entretenir suivant les besoins de son âge ». Sous le nom de grammaire, on comprenait alors, outre l'étude des éléments de la langue, celle des chefs-d'œuvre de l'antiquité, ou la littérature. Alexandrie était le siège principal de ce genre d'érudition ».
« Ce n'est pas toutefois parmi les grammairiens d'Alexandrie qu'Origène était appelé à marquer sa place. La Providence lui réservait un rôle plus élevé. Au milieu du désordre que la persécution de Septime Sévère jetait dans la métropole de l'Égypte, le Didascalée s'était privé de son chef. Désigné à la fureur des païens par la célébrité de son nom, Clément avait pris le chemin de la Palestine et de la Syrie, où son éloquente parole allait fortifier les chrétiens de Jérusalem et d'Antioche. La chaire des catéchèses restait donc vacante, et il devenait urgent de la remplir ; car, chose merveilleuse, la persécution, loin de ralentir le mouvement qui portait les païens vers l'Évangile, ne faisait que l'accélérer. À défaut du maître, parti pour l'exil, on accourait de toutes parts vers Origène qui, au milieu de ses arides leçons de grammaire, laissait échapper sans doute quelques étincelles du feu sacré dont l'Esprit de Dieu embrasait son cœur. Voyant la haute estime qu'on professait pour le jeune homme malgré ses dix-huit ans, Démétrius, évêque d'Alexandrie, n'hésita pas à lui confier la direction de l'école des catéchumènes. C'est de là que datent, avec sa vie publique, ses premiers pas dans la carrière de l'éloquence sacrée (193).
« Le temps n'était guère favorable aux études. En succédant à Laetus dans le gouvernement de l'Égypte, Aquila n'avait fait que continuer le système de persécution adopté par son prédécesseur. Dans une pareille situation, il s'agissait moins de former des savants que de préparer des confesseurs de la foi. Le fils du martyr Léonidès comprit bien vite toute l'étendue de sa tâche. Non content d'instruire les catéchumènes dans la doctrine catholique, il leur inspirait le courage de la professer au péril de leur vie. Grâce à l'ardeur que le maître savait communiquer aux disciples, le Didascalée devint une véritable école de Martyrs. Parmi les auditeurs d'Origène, qui puisèrent dans ses leçons la force de surmonter les tourments, Eusèbe cite Plutarque, Héraclide, Héron, les deux Séréus, Basilide, et une jeune fille nommée Héraïa. Mais le zélé catéchiste ne se bornait pas à exercer au combat ces généreux athlètes ; il profitait du loisir que lui laissait son enseignement pour joindre l'action à la parole. Il visitait les Martyrs dans leurs prisons et les accompagnait devant le tribunal des persécuteurs. La sentence une fois rendue, il les suivait jusqu'en lieu du supplice, approchant d'eux sans crainte et leur donnant le baiser de paix, au risque de se faire lapider par la foule des assistants. Mais il échappait toujours comme par miracle. Un jour les païens, irrités du grand nombre de conversions qu'il opérait dans leurs rangs, entourèrent de soldats la maison où il demeurait. Malgré ces précautions, Origène parvint à s'évader, on ne sait par quel moyen. À partir de ce jour, il se vit obligé d'errer d'un lieu à l'autre, changeant de demeure à chaque instant, pour tromper la vigilance de ses ennemis. « Bientôt », dit Eusèbe, « la ville d'Alexandrie ne suffit plus à le cacher. Découvert dans sa retraite, il fut arrêté et conduit sur les degrés du temple de Sérapis. Là, les infidèles lui rasèrent la tête comme à un prêtre des idoles, et, lui mettant à la main des branches de palmier, ils lui enjoignirent de les distribuer aux sacrificateurs. Origène les prit, et, élevant la voix, il dit aux prêtres qui montaient les degrés du temple : « Venez, recevez ces patènes, non comme celles d'un temple consacré aux idoles, mais comme celles de Jésus-Christ ». On conçoit à peine qu'une telle audace ne lui ait pas coûté la vie ; mais il n'est pas rare qu'un acte de courage éclatant impose le respect à une multitude irritée. Peut-être aussi ses leçons de grammaire et de littérature lui avaient-elles valu dès lors, parmi les païens eux-mêmes, quelque sympathie secrète qui, à défaut d'autres motifs restés inconnus, expliquerait pourquoi l'on ne se porta pas contre lui aux dernières extrémités.
« Quoi qu'il en soit, la conduite d'Origène pendant la persécution de Sévère et sa générosité envers les confesseurs de la foi, rendirent son nom célèbre parmi les fidèles d'Alexandrie et de toute l'Égypte. Désormais, l'estime générale lui était acquise, et sa renommée allait grandir avec son influence. Lorsque des temps plus calmes permirent aux chrétiens de respirer, il n'eut pas de peine à réorganiser l'enseignement du Didascalée, qui n'avait pu que souffrir d'une si rude épreuve ».
La grammaire, la rhétorique et la dialectique, d'une part ; les sciences naturelles et exactes, de l'autre : tel est le cercle d'études préparatoires qu'Origène faisait parcourir à ses élèves avant de les initier à la philosophie, couronnement des arts libéraux.
Mais c'est surtout vers la philosophie qu'il dirigeait l'esprit de ses élèves déjà formés par la série d'exercices préparatoires qui sont encore en usage même de nos jours dans l'enseignement des Universités. Il faisait étudier tous les systèmes de philosophie professés dans les différentes écoles de la Grèce : sa méthode était éclectique et n'excluait absolument que les productions de l'athéisme. Origène était déjà un classique : aussi lui a-t-on reproché d'avoir trop conversé avec les païens, et a-t-on attribué à cette fréquentation trop assidue des écrivains du paganisme les erreurs auxquelles il s'est laissé entraîner.
du langage, auxquelles la foi n'est point intéressée. Il faut donc admettre qu'en débutant à Alexandrie par l'enseignement de la grammaire, Origène interprétait dans ses leçons les chefs-d'œuvre de la littérature païenne. Bien que s'appliquant à un objet tout à fait profond, ce métier de scoliate ou de commentateur ne dut pas lui être inutile pour les travaux philologiques qu'il allait entreprendre dans la suite sur un autre terrain, celui de l'Écriture Sainte.
Tout en enseignant aux autres, Origène continuait à étudier : c'est ainsi qu'il suivit les leçons d'Ammonius Saccas qu'il appelle le maître des sciences philosophiques. Tous les auteurs vous raconteront aussi qu'il se mêlait quelquefois à l'auditoire de Plotin, disciple et successeur d'Ammonius, fondateur à jamais célèbre de l'école néoplatonicienne d'Alexandrie ; que Plotin, voyant rentrer Origène, rougit et voulut se lever. Origène le pria de continuer. « On ne saurait enseigner », répondit le philosophe, « devant des gens qui connaissent tout ce qu'on peut leur dire ». Et après avoir parlé encore quelque temps, il se leva.
Or, il est démontré, par la chronologie, qu'il s'agit d'un autre Origène que le philosophe chrétien. En effet, Plotin ne vint à Alexandrie qu'en 233 ; or, à cette époque-là, le docteur chrétien avait quitté déjà, depuis quelque temps, la ville d'Alexandrie où il ne revint jamais.
De la philosophie spéculative, Origène passait à la morale ou science du devoir, puis au dogme, principe et base de la morale : c'était donc à la théologie que se terminait le cercle des exercices du Philosophe.
« On connaît l'arbre à ses fruits », dit le Sauveur dans l'Évangile. En d'autres termes, l'on juge des doctrines par leurs résultats ; et ce qui ajoute le plus d'autorité à la parole d'un maître, c'est la conformité de ses actes avec ses discours. Voilà pourquoi les leçons d'Origène faisaient une si vive impression sur l'esprit de ses disciples : il était le premier à mettre en pratique les préceptes de morale qu'il donnait aux autres. « J'avais connu auparavant plus d'un philosophe », disait le pieux panégyriste d'Origène, saint Grégoire le Thaumaturge, qui avait été un de ses plus fervents disciples ; « ces hommes dissertaient à merveille sur le devoir ; on éprouvait un grand charme à les entendre ; mais, malgré toutes leurs belles maximes, ils ne parvenaient pas à me persuader. J'avais remarqué, mal à propos sans doute, que leur philosophie s'arrêtait aux mots, et que leur conduite ne s'accordait guère avec leur enseignement. Celui-là, au contraire, ne se bornait pas à nous apprendre en quoi consistent la tempérance, la justice et la force : science stérile, en effet, si les bonnes mœurs ne viennent s'y ajouter. Il nous offrait, dans sa personne, un exemple vivant de ces vertus, et, par là, il nous portait à les pratiquer nous-mêmes. » On aurait tort de voir, dans le langage de Grégoire, une vaine flatterie ou une appréciation trop bienveillante : tous les contemporains d'Origène ont rendu hommage à sa haute vertu. Cet éloge ne peut que sembler fort discret, quand on lit dans Eusèbe le tableau de la vie austère que le jeune catéchiste menait à Alexandrie :
« Pour n'être à charge à personne, Origène avait vendu ses livres de littérature ancienne ; et, en retour de ces manuscrits travaillés avec soin, l'acheteur lui donnait quatre oboles par jour. Avec ce peu de ressources, il mena plusieurs années la vie d'un vrai philosophe, se refusant jusqu'au moindre des plaisirs que la jeunesse recherche d'ordinaire. Après avoir passé tout le jour dans les exercices laborieux, il employait la plus grande partie de la nuit à étudier les divines Écritures. Son régime était des plus sévères. Il jeûnait fréquemment, mesurait son repos à la stricte nécessité ; et, au lieu de coucher dans un lit, il dormait sur la terre nue. Avant tout, il croyait devoir se conformer aux paroles du Sauveur qui recommande, dans l'Évangile, de ne pas avoir deux tuniques, de ne pas user de chaussures, et de ne pas montrer trop d'inquiétude pour le lendemain. Avec un zèle dont la persévérance était au-dessus de son âge, il bravait les rigueurs de l'hiver, se privait de vêtements, et s'efforçait d'atteindre le sommet de la pauvreté évangélique, jusqu'à frapper d'admiration tous ceux qui l'approchaient. À la vue des fatigues qu'il supportait dans le ministère de la parole sainte, beaucoup de ses amis souffraient de son dénuement : ils eussent aimé partager leurs biens avec lui, mais il ne voulut jamais consentir à se relâcher d'un régime de vie si sévère. Pendant plusieurs années, dit-on, il marcha sans chaussure, les pieds entièrement nus. Il ne buvait point de vin, et il usait si peu des aliments nécessaires à la vie, qu'il faillit se ruiner l'estomac par cet excès d'abstinence. En donnant ainsi l'exemple d'une vie vraiment philosophique, il porta beaucoup de ses disciples à l'imiter. Parmi les infidèles eux-mêmes, bon nombre de savants et de philosophes venaient l'entendre et se placer sous sa direction ».
« Quand l'enseignement de la morale est soutenu par une telle vie, les préjugés se dissipent devant la preuve irrécusable d'une conviction sincère, et la parole emprunte aux actes une autorité dont il est difficile de se défendre. Cette austérité de mœurs mérite d'autant plus l'admiration qu'à l'époque dont parle Eusèbe, Origène n'était point prêtre ; c'est bien plus tard seulement que nous le verrons engagé dans les rangs du sacerdoce. Cependant, nous ne saurions tout approuver dans les rigueurs dont le catéchiste alexandrin usa envers lui-même. Une ardeur trop juvénile, dit Eusèbe, le fit manquer de discrétion sur un point où il aurait dû se rappeler la maxime de saint Paul : Soyez sages, mais pas plus qu'il ne faut ; soyez-le avec modération. » Certes, s'il est une chose excusable, ce sont les excès dans la vertu ; de pareils exemples deviennent rarement contagieux, et la nature humaine incline trop dans le sens contraire pour qu'elle éprouve une grande tentation de les imiter. C'est pourquoi, lorsqu'on trouve dans la vie d'un homme quelque trait comme celui que je dois mentionner, il ne faut sans doute pas justifier ces entraînements d'un zèle peu réfléchi ; mais il y aurait encore moins d'équité à ne pas voir une circonstance atténuante dans la pureté des intentions. Origène était jeune, et sa fonction de catéchiste l'obligeait à instruire les femmes aussi bien que les hommes dans les vérités de la foi. Voulant donc ôter aux infidèles toute occasion de calomnier sa conduite, il prit trop à la lettre ces paroles du Sauveur : « Il y a des eunuques qui se sont rendus tels pour le royaume des cieux » ; et il en vint à l'exécution réelle. Le fait ne tarda pas d'arriver à la connaissance de Démétrius, évêque d'Alexandrie, qui, sans approuver cette ferveur exagérée, ne put s'empêcher d'admirer la hardiesse du jeune homme et la sincérité de sa foi ; loin de sévir contre lui, le prélat l'exhorta vivement à prendre courage et à poursuivre, avec d'autant plus d'ardeur, l'instruction des catéchumènes. Nous verrons plus tard comment le même évêque, inspiré par d'autres motifs, prendra texte de là pour accuser Origène auprès de l'épiscopat du monde entier. Quant à l'auteur de cet acte inconsidéré, il n'hésitera pas, dans la suite, à condamner l'erreur de sa jeunesse ; et, pour prémunir les fidèles contre une interprétation si grossière de l'Évangile, il ne craindra pas de se réfuter lui-même en donnant, aux paroles du Sauveur, un sens métaphorique.
« La conclusion, qui doit ressortir pour nous du fait d'Origène, c'est que l'Écriture sainte, sans une autorité vivante qui l'explique et l'interprète, peut conduire aux plus étranges méprises.
Sous le pontificat de saint Zéphyrin, vers l'an 213, Origène fit un voyage à Rome, « poussé », nous dit Eusèbe, « par le désir de voir l'Église romaine, la plus ancienne de toutes ». C'est à ce voyage que nous devons le premier des écrits du grand apologiste : le Commentaire sur saint Jean dirigé contre les adversaires de la Sainte-Trinité qui, alors, faisaient grand bruit autour de la chaire de saint Pierre. « Les paroles du grand Alexandrin, non moins que son ardent désir de voir l'église de Rome, montrent qu'il reconnaissait en elle, avec tous les auteurs chrétiens des trois premiers siècles, l'Église » qui préside à toute l'assemblée de la charité «, comme le disait saint Ignace d'Antioche ; « l'Église avec laquelle toutes les autres doivent s'accorder dans la foi à cause de sa souveraine principauté », ajoutait saint Irénée ; « l'Église dans laquelle », reprenait Tertullien, « Pierre et Paul ont scellé toute la doctrine avec leur sang, et dont l'autorité s'étend jusqu'à nous ». Quand, plus tard, son orthodoxie paraîtra suspecte à quelques-uns, c'est, avant tout, au pape Fabien qu'il écrira pour se justifier, sachant bien que Pierre est le fondement sur lequel repose l'Église du Christ, ainsi qu'il le dira au premier livre de son Commentaire sur l'évangile de saint Matthieu. Nous pouvons donc ajouter le témoignage du catéchiste alexandrin à celui des principaux écrivains de cette époque primitive, qui ont tous proclamé à l'envi la suprématie du Saint-Siège, dans les Gaules, en Afrique et dans l'Asie-Mineure, au sein des églises de l'Orient non moins que dans les contrées de l'Occident chrétien ».
La controverse, soulevée au IIIe siècle par les hérétiques qui combattaient le dogme chrétien de la Sainte Trinité, fit éclore un grand nombre d'écrits et, entre autres, le livre des *Philosophumena* ou *Réfutation de toutes les hérésies* qui a été apporté d'Orient, en 1841, et qu'on a attribué à Origène, mais à tort. Cet ouvrage est au fond une doctrine contre le pape saint Callixte. Voilà pourquoi les dissidents ont fait tous leurs efforts pour trouver dans Origène un adversaire de la papauté. Les manuscrits portent bien en inscription le nom d'un Origène quelconque ; mais « ce n'est pas au génie le plus libre et le plus indépendant de l'antiquité chrétienne, qu'on pourrait attribuer, avec la moindre apparence de raison, une œuvre si peu originale, une compilation toute formée de morceaux appartenant à divers auteurs. Déjà, au XVIIIe siècle, bien que les éléments d'appréciation lui manquassent en grande partie, le docte évêque d'Avranches, Huet, ne retrouvait pas le style abondant et facile d'Origène dans le premier livre des *Philosophumena*, le seul que l'on connaisse alors.
« Rappelons-nous l'éloge de l'astronomie que Grégoire le Thaumaturge prête à l'illustre catéchiste, et mettons en regard les invectives de l'écrivain anonyme contre le représentant le plus élevé de cette science dans l'antiquité païenne :
« Ô frivole labeur qui ne fait qu'enfler l'âme ! ô foi vaine qui n'est pas une foi ! Que ceux-là considèrent Ptolémée comme un homme sage, qui cultivent la même sagesse ». Ce dédain, pour les sciences naturelles ou exactes, est tout ce qu'on pourrait imaginer de plus contraire aux tendances d'Origène et à l'esprit de son enseignement. Du reste, il y a, dans le document dont je parle, quelques détails personnels qu'on ne saurait appliquer au chef du Didascalée. L'auteur se range expressément au nombre de ceux qu'il appelle « grands prêtres, successeurs des Apôtres, docteurs et gardiens de l'Église, chargés de veiller sur le dépôt de la foi ». Or, sans compter que, après son retour de Rome, Origène resta encore douze ans au rang des laïques, un tel langage eût été plus qu'étrange dans la bouche d'un simple prêtre : moins que tout autre, Origène se le fût permis ; sa grande modestie aurait reculé devant une pareille usurpation de titres. Enfin, il est une dernière considération qui suffirait à elle seule pour écarter le nom du docteur alexandrin, malgré l'inscription que portent les manuscrits. D'après son propre témoignage, l'auteur des *Philosophumena* a vécu à Rome sous les pontificats de Zéphyrin et de Callixte ; il a joué, durant tout cet espace de temps, un rôle actif, et opposé successivement à l'un et à l'autre Pape une résistance longue et opiniâtre. Or, je le demande, ces détails permettent-ils de songer un seul instant à Origène, qui, venu à Rome, sous le pape Zéphyrin, pour voir l'église de cette ville, y resta peu de temps, et retourna immédiatement après à Alexandrie, comme nous l'apprend son historien Eusèbe ? Aussi l'opinion que je combats est-elle généralement abandonnée ; et, chose assez singulière, de tous les noms d'auteur entre lesquels s'était partagée la critique, celui que les manuscrits portent en tête est le seul qui ne trouve plus de partisans.
Ajoutons que, malgré certaines exagérations, dues aux entraînements de la polémique, et sauf les vices d'une terminologie encore indécise et flottante, la doctrine d'Origène sur la Trinité est conforme à l'orthodoxie.
De retour à Alexandrie, Origène reprit ses fonctions de catéchiste qu'il devait remplir seize ans encore dans cette ville. « Accablé de travail, il sentit la nécessité de partager ses auditeurs en deux classes, se réservant à lui-même l'instruction des plus avancés, pour abandonner à Héraclas le soin de former les catéchumènes. De grand matin on venait à lui pour écouter ses leçons, et ce concours de chrétiens ou d'infidèles ne s'arrêtait qu'avec le jour. À côté de cet enseignement oral, qui semblait devoir absorber tous ses moments, Origène songeait à entreprendre ses travaux sur l'Écriture sainte ; or, une pareille tâche aurait suffi à elle seule pour remplir la vie d'un homme.
« Ici vient se placer un événement qui devait exercer une grande influence sur la carrière du célèbre écrivain. Vers la fin du IIe siècle et au commencement du IIIe, le christianisme avait fait des progrès considérables parmi les familles riches d'Alexandrie. Malheureusement, les âmes, désabusées des superstitions païennes, se trompaient quelquefois de route, et, au lieu de se diriger tout droit vers la véritable Église, elles allaient se perdre auparavant dans les sentiers de l'hérésie. Tel avait été le sort d'Ambroise qui, par ses connaissances non moins que par ses richesses, marquait parmi les personnages les plus distingués de la ville d'Alexandrie. La secte des Valentiniens l'avait attiré dans son sein par le faux air de grandeur qu'elle savait prêter à ses théories. Il ne fallut rien moins qu'un commerce assidu avec Origène pour dissiper les illusions du gnostique en le ramenant aux vraies sources de la doctrine. À partir de ce moment, Ambroise devint l'ami fidèle et le protecteur de celui qui l'avait converti. Non content de stimuler par ses paroles l'ardeur de son maître, il lui procura les ressources nécessaires pour mener à bonne fin une entreprise aussi vaste que la révision intégrale du texte des livres saints. Grâce à la sollicitude généreuse de ce nouveau Mécène, Origène eut, dès lors, à sa disposition, sept secrétaires qui se relevaient tour à tour pour écrire sous sa dictée, autant de copistes qui mettaient au net ce qu'avaient recueilli les sténographes ; et, de plus, quelques jeunes filles exercées dans l'art de la calligraphie transcrivaient le tout en beaux caractères. Ambroise fournissait largement aux dépenses occasionnées par cette organisation sans laquelle on ne s'expliquerait pas les immenses travaux d'Origène. L'histoire ne saurait décerner assez d'éloges au noble chrétien qui, par sa munificence, a rendu de si grands services à la littérature ecclésiastique. Le docteur alexandrin, de son côté, s'est montré reconnaissant envers son ami : il l'a immortalisé en lui dédiant la plupart de ses ouvrages.
La science et la vertu d'Ambroise lui méritèrent l'honneur d'être élevé au diaconat. La fureur des païens lui fournit plusieurs fois l'occasion de souffrir pour le nom de Jésus-Christ. Ayant été arrêté durant la persécution de Maximin, il fut traité avec ignominie et dépouillé de ses biens. On le conduisit en Germanie, où l'empereur faisait la guerre : mais la Providence lui sauva la vie ainsi qu'à Protatète, qui avait été arrêté avec lui. De retour à Alexandrie, il engagea Origène à réfuter Celse, philosophe épicurien, qui avait attaqué la religion chrétienne. Saint Ambroise mourut vers l'an 251. L'Église l'honore le 17 de mars avec le titre de confesseur. Mais il est temps de revenir à Origène.
Après le Commentaire sur saint Jean, vient se placer, dans l'ordre logique, sinon chronologique, le Livre des Principes ou *Periarchon*. Cet ouvrage renferme le système philosophique d'Origène : c'est là qu'il enseigne l'éternité du monde en ce sens que Dieu, pour exercer son activité, crée des mondes de rien de toute éternité ; l'égalité primitive de tous les esprits, la préexistence des âmes ou leur création en masse, le salut du démon ; qu'il soutient la théorie des épreuves successives, qu'il s'efforce de concilier la philosophie de Platon avec les dogmes chrétiens : mais il faut bien noter ceci : dans les questions non définies par l'Église, il ne prend jamais le ton affirmatif et abandonne ses opinions au jugement des lecteurs ; il déclare, en maints endroits de ses écrits, « qu'il ne faut admettre comme vrai que ce qui ne s'éloigne en rien de la tradition ecclésiastique et apostolique ».
« Nous sommes donc autorisés à conclure de là qu'il n'est jamais venu en idée à Origène de vouloir contester un point quelconque de la doctrine enseignée par l'Église. Il a pu se tromper sur la question de savoir si tel ou tel détail rentrait dans l'objet précis de cet enseignement; mais ce sont là des erreurs de fait, des fautes purement matérielles, qui ne suffisent pas pour constituer une hérésie dans le sens complet du mot. Aussi peut-on affirmer que, au milieu de ses plus grandes témérités, Origène n'a jamais mérité la qualification d'hérétique : car, en n'admettant pour vrai que ce qui est conforme à la tradition de l'Église, il a désavoué, par avance, tout ce qu'il aurait pu imaginer de contraire à la foi ».
Mgr Freppel résume, en ces termes, son appréciation du *Periarchon* :
« En soutenant que la création est une conséquence logique des attributs de Dieu, que la puissance, la bonté et l'activité divines exigent la production d'une série indéfinie de mondes, l'ingénieux penseur nous avait préparés à ses hypothèses ultérieures. Dès lors il s'agissait de déterminer quelle avait été la condition des créatures raisonnables dans les mondes antérieurs au nôtre. Créées, à l'origine, dans un état d'égalité parfaite, les intelligences n'ont dû qu'à leur libre arbitre d'être devenues, les unes, des anges ; les autres, des démons ; celles-ci, des esprits sidéraux ; celles-là, des âmes humaines. L'idée platonicienne de la préexistence des âmes découlait de cette cosmologie comme un corollaire inévitable. Origène ne croyait pas qu'il fût possible d'expliquer autrement les inégalités de naissance, de condition et d'aptitudes qu'on remarque parmi les hommes. Partant de là, il admet une chute des âmes dans les corps, chute par suite de laquelle notre monde a pris son origine, et qui est le résultat des fautes commises dans une vie précédente. C'est ainsi que la notion du péché originel s'altère dans son esprit, en se mêlant avec des conceptions puisées à une source étrangère. Certes, les dogmes de l'Incarnation et de la Rédemption conservent toute leur haute signification dans la synthèse du catéchiste alexandrin ; il ne laisse pas néanmoins d'y porter une grave atteinte, en supposant que l'âme de Jésus-Christ avait mérité, par les actes d'une vie antécédente, son union avec le Verbe de Dieu : opinion singulière, mais entièrement conforme à l'hypothèse de la préexistence des âmes. Là où il décrit les conditions de l'épreuve que l'homme subit ici-bas, Origène n'a rien négligé pour maintenir la réalité du libre arbitre et la nécessité de la grâce ; il est vrai de dire cependant que sa théorie de la liberté le porte à méconnaître la gratuité absolue de la grâce et la priorité de l'action divine sur la coopération humaine. Cette lutte entre des éléments contraires devait se prolonger dans sa doctrine concernant les fins dernières de l'homme. Tandis que la théologie l'oblige d'admettre la résurrection de la chair, ses idées philosophiques le poussent à insinuer l'anéantissement final de toute nature corporelle. Il affirme par intervalle l'éternité des récompenses et des peines ; mais comment cette affirmation aurait-elle pu garder toute sa fermeté dans un système qui débute par la préexistence des âmes ? Admettre une épreuve antérieure à celle-ci, c'était ouvrir une issue à des épreuves postérieures. La vie future perd par là tout caractère de stabilité pour se réduire à une alternative perpétuelle de rechutes et de conversions. Il est vrai que, par une contradiction formelle, l'auteur du *Periarchon* suppose une restauration finale, un rétablissement complet de toutes les créatures raisonnables dans leur état primitif ; mais, à moins de renoncer à toutes ses idées sur le rôle du libre arbitre dans les mondes à venir, il lui est impossible d'exclure l'éventualité d'une nouvelle déchéance. En résumé, on ne peut pas dire qu'Origène ait pleinement réussi dans sa tentative de construire une philosophie de la religion sur les bases du symbole catholique. Le *Periarchon* restera comme un témoignage incontestable du génie de son auteur ; c'est un puissant effort pour parvenir à l'intelligence des vérités révélées et pour reculer les limites de la science théologique. Mais ni la hardiesse, ni la profondeur des vues ne sauraient nous faire oublier les erreurs répandues dans l'ouvrage. Ces erreurs, nous l'avons dit, trouvent leur excuse dans les difficultés d'une voie à peine frayée ; dans l'absence de décisions rigoureuses sur certains points de doctrine pendant les trois premiers siècles ; et, enfin, dans l'intention que révèlent ces exercices de l'esprit, travail de pure spéculation où n'entre aucunement le dessein de vouloir donner des solutions certaines et définitives. On est heureux, lorsque, après avoir porté une juste sévérité dans l'appréciation d'une doctrine, on peut rendre un hommage mérité à la bonne foi de l'écrivain et mettre ses aberrations sur le compte d'une raison toujours faillible, sans se voir forcé de faire la part d'une volonté coupable. Ainsi en est-il à l'égard du célèbre alexandrin : son caractère moral n'a pas souffert des défauts de son système, et, malgré les erreurs qui déparent son *Periarchon*, il nous est permis de blâmer l'ouvrage sans être obligé de condamner l'auteur ».
« À l'époque où nous sommes arrivés, il avait déjà commencé sa fameuse édition des livres saints à plusieurs colonnes, entreprise qu'il poursuivit pendant vingt ans, et dont nous parlerons plus tard. On est vraiment surpris de voir combien d'occupations diverses il menait de front ; car ses études étaient sans cesse entrecoupées par les devoirs de la vie pratique. Sa renommée toujours croissante l'obligeait à étendre le cercle de son activité bien au-delà de l'église d'Alexandrie. C'est ainsi que, après son retour de Rome, il avait été appelé en Arabie par le gouverneur de cette province, désireux de s'instruire dans la doctrine auprès d'un maître si distingué. Bien que le succès rapide de sa mission lui permît d'abréger son absence, il dut en résulter néanmoins une interruption de quelques semaines dans ses travaux habituels. Peu d'années après, nous le trouvons à Antioche où l'avait fait venir Maméa, mère d'Alexandre Sévère, dans le but de mieux connaître la religion chrétienne vers laquelle cette princesse se sentait attirée. Origène demeura quelque temps dans cette ville ; et, d'après le témoignage d'Eusèbe, son voyage produisit d'heureux effets. S'il faut attribuer à l'influence de Maméa les dispositions bienveillantes d'Alexandre Sévère à l'égard du christianisme, nul doute que les leçons du catéchiste alexandrin n'aient puissamment contribué à créer une situation si favorable pour l'Église. Dans l'intervalle qui sépare les deux voyages en Arabie et en Syrie, ses plans d'étude avaient été traversés par un événement d'un autre genre. Irrité contre les habitants d'Alexandrie, Caracalla avait ordonné de massacrer les principaux d'entre eux. Origène, ne se croyant plus en sûreté à Alexandrie ni dans le reste de l'Égypte, passa en Palestine et s'établit à Césarée. Un incident, qui se rattache à ce séjour, fut la première occasion de ses démêlés avec Démétrius, son évêque.
« Quelque temps qu'Origène dirigeât, depuis plusieurs années, l'école d'Alexandrie, il n'en était pas moins resté dans le rang des laïques. Ce fait ne laisse pas que de surprendre, lorsqu'on réfléchit à l'austérité de ses mœurs, et au ministère qu'il exerçait avec tant de fruit. Faut-il admettre que, dès lors, son talent, ses succès, sa grande réputation avaient excité quelque jalousie parmi les prêtres d'Alexandrie, peut-être même dans l'esprit de l'évêque ? L'acharnement avec lequel on le persécuta plus tard n'autorise que trop cette conjecture. Toujours est-il que, à son arrivée en Palestine, il fut reçu avec la plus grande distinction par les évêques de la contrée. Bien qu'il n'eût pas encore été ordonné prêtre, ils le prièrent d'expliquer l'Écriture sainte au peuple en pleine église. Démétrius s'en plaignit, dans la pensée que ses collègues voulaient lui donner par là une leçon indirecte. Mais Alexandre, évêque de Jérusalem, et Théocliste, évêque de Césarée, lui répondirent pour justifier leur conduite.
« Démétrius ne se tint pas pour satisfait. Il rappela Origène par lettre, et lui envoya même des diacres d'Alexandrie pour hâter son retour. Docile aux injonctions de son évêque, le chef du Didascalée revint à Alexandrie pour y reprendre ses études et ses occupations ordinaires ; mais il est évident que ce fâcheux épisode avait fait naître en eux un premier germe de mésintelligence ; et, comme nous le verrons dans la suite, les amis qu'Origène comptait en Palestine devaient pousser un jour ce relâchement des liens d'amitié jusqu'à une rupture complète.
« Cependant, loin de se décourager par ces indices d'une hostilité naissante, Origène redoubla d'ardeur dans l'exercice de ses fonctions. Parallèlement à ses travaux sur les livres saints, il commença cette série d'écrits dogmatiques dont le *Periarchon* forme le résumé et le couronnement. Nul doute qu'on ne doive chercher également dans ces diverses productions, la substance des leçons orales qu'il donnait au Didascalée. Nous avons vu quels étaient l'esprit et le caractère de son enseignement. Montrer l'accord de la science avec la foi, de la religion chrétienne avec ce que la philosophie grecque a de vrai et de légitime, voilà le but constant des efforts d'Origène, et le sens dans lequel il dirigeait les études de ses disciples. En cela il ne faisait que suivre l'exemple de Clément, son maître. Aussi donna-t-il à son tour le nom de *Stromates* aux dix livres où, comme le dit saint Jérôme, « il comparait entre eux les sentiments des chrétiens et ceux des philosophes, en confirmant tous les dogmes de notre religion par des extraits de Platon et d'Aristote, de Numénius et de Celse » « Cette œuvre était donc analogue à celle de Clément, ce qui n'en rend la perte que plus sensible ; car il eût été intéressant d'observer en quoi les deux alexandrins se rapprochaient l'un de l'autre et par où ils différaient.
« Nous sommes arrivés à l'année 228. Des sectes nombreuses agitaient les Églises de l'Achaïe. Pour réduire les hérétiques au silence, on ne crut pas pouvoir mieux faire que de s'adresser à un homme réputé le plus savant théologien de l'Orient. Origène partit donc pour Athènes, peut-être à la prière d'Ambroise, son ami, qui séjournait dans cette ville. En quittant Alexandrie, il emportait avec lui une lettre testimoniale de l'évêque Démétrius. Chemin faisant, il voulut revoir ses amis de Palestine, et, dans ce but, il s'arrêta quelque temps à Césarée. Là s'accomplit l'acte qui allait devenir pour lui-même une source de persécutions et causer tant de troubles dans l'Église d'Orient. Ne pouvant se faire à l'idée qu'un docteur dont la vertu égalait la science dît rester indéfiniment au nombre des laïques, Théocliste, évêque de Césarée, et Alexandre, évêque de Jérusalem, lui conférèrent le sacerdoce par l'imposition des mains. Nous verrons tout à l'heure ce qu'il faut penser de cet acte et quelles en furent les conséquences pour le prêtre nouvellement ordonné. Sans perdre de vue l'objet principal de son voyage, Origène prit congé de ses amis pour se diriger vers la Grèce. Il y resta plus d'un an, conversant avec les philosophes, réfutant les hérétiques, et ne négligeant rien pour rendre son séjour aussi fructueux que possible. Comme il travaillait depuis longtemps à sa grande édition des livres saints, il fut bien aise de trouver à Nicopolis, près d’Actium, une version grecque, qu’il transporta plus tard dans ses *Hexaples*. C’est aussi pendant ce séjour à Athènes qu’il convient de placer l’aventure dont il parle dans une lettre adressée à ses amis d’Alexandrie. Un hérésiarque, avec lequel il avait discuté en public, s'était permis d’altérer le procès-verbal de la conférence, et de mettre sur le compte de son adversaire tout ce qu’il lui semblait bon. Une copie de ce factum arriva jusqu’aux chrétiens de la Palestine, qui se hâtèrent de députer un des leurs vers Origène pour lui demander un exemplaire authentique, ce qu’il eut soin de leur envoyer. Quant au sectaire, interpellé sur une licence aussi coupable, il se contenta de répondre : « J’ai voulu orner davantage la discussion et l’expurger. — Jugez, d’après cela, conclut Origène, ce qu’elle était devenue grâce à cette expurgation ».
« C’est à la suite de ces combats soutenus pour la cause de la foi, qu’Origène avait regagné la ville d’Alexandrie. Mais la situation était bien chargée. En le quittant, il avait laissé Démétrius dans des dispositions plus ou moins bienveillantes ; il le retrouva profondément aigri. L’ordination d’un de ses diocésains par des évêques étrangers semblait au patriarche un empiétement sur ses droits ; et, à vrai dire, les apparences étaient pour lui.
« L’ordinand était né à Alexandrie, où il remplissait des fonctions publiques ; il ne se trouvait à Césarée qu’en passant, et rien n’indique qu’il ait eu l’intention d’y établir sa demeure, puisque nous le voyons rentrer deux ans après dans son diocèse natal, pour y reprendre la direction du Didascalée. Mais est-il vraisemblable que, déjà au IIIe siècle, les juridictions aient été délimitées avec une précision aussi rigoureuse ? Les lettres testimoniales qu’Origène avait reçues de la part de son évêque ne lui créaient-elles pas un titre suffisant pour recevoir l’imposition des mains dans un diocèse étranger ? Nous pensons que la coutume du temps justifiait sa conduite et celle de ses amis. C’est, en effet, sur le témoignage de cette lettre ecclésiastique, comme l’appelle saint Jérôme, qu’Alexandre, évêque de Jérusalem, s’appuie dans sa réponse à Démétrius, pour montrer qu’il avait agi conformément au droit ; et dans une lettre synodale citée par Justinien, les évêques d’Égypte, y compris le patriarche d’Alexandrie, reconnaissent que l’ordination avait été « véritable et canonique ». Encore aujourd’hui, et sous l’empire d’une législation devenue plus sévère, tout évêque a le droit d’ordonner un sujet qui aura été pendant trois ans son familier et son commensal, encore que ce dernier ne soit pas son diocésain. Cette concession est fondée sur le lien moral qui se forme par suite d’une si longue cohabitation, et sur la facilité qu’a l’évêque d’apprécier par lui-même le mérite de l’ordinand. Et certes, Origène avait trop vécu dans l’activité des évêques de Césarée et de Jérusalem, il avait travaillé avec trop de succès dans leurs diocèses, pour que Théocliste et Alexandre ne fussent pas en état de juger si un tel homme était digne d’exercer les fonctions du sacerdoce.
« Mais l’évêque d’Alexandrie ne se rendit pas aux raisons de ses collègues ; et, pour colorer son opposition d’un prétexte spécieux, il se mit à divulguer un fait connu d’un petit nombre de personnes, et qui remontait à plus de vingt ans. Nous avons vu que, dans un moment d’exaltation juvénile, Origène avait pris à la lettre cette parole du Sauveur : « Il y a des eunuques qui se sont rendus tels pour le royaume des cieux ». S’il fallait s’en tenir au témoignage d’Eusèbe, Démétrius, qui d’abord avait admiré la hardiesse du jeune homme, s’en serait venu plus tard à un thème public que pour satisfaire sa rancune ; mais tout porte à croire qu’il avait encore une autre intention, celle de montrer que, par cette mutilation volontaire, Origène s’était rendu indigne de recevoir les ordres. Telle serait, en effet, d’après le droit moderne, la conséquence d’un acte semblable ; et il n’est pas douteux que, dans le but d’assurer le respect dû au caractère sacerdotal, l’Église n’ait établi dès les premiers siècles une partie des empêchements canoniques, connus sous le nom d’irrégularités. Mais, supposons même, ce qui me paraît assez probable, qu’à cette époque-là déjà une pareille faute rendît un homme inhabile à recevoir les ordres, il est clair qu’alors comme aujourd’hui la voie restait ouverte à une réhabilitation. L’obstacle est du nombre de ceux qui peuvent se lever par une dispense légitime ; et si, comme nous le pensons, l’évêque de Césarée avait le droit d’imposer les mains à Origène, rien ne l’empêchait de faire cesser cette irrégularité, soit avant l’ordination, soit après, dans le cas où il eût ignoré le fait auparavant. Démétrius dépassait donc toute mesure, en dénonçant l’action d’Origène « par des lettres adressées aux évêques du monde entier » ; selon l’expression d’Eusèbe ; et saint Jérôme n’a pas tort de qualifier cette conduite de folie : *Tanta in eum debacchatus est insania, ut per totum mundum super nomine ejus scriberet*.
« Pour résumer cette première phase du débat, nous devrons avouer que les évêques de Palestine avaient agi avec précipitation, et non sans quelque désir de donner une leçon, d'ailleurs bien méritée, à leur collègue d'Alexandrie. Quant à ce dernier, il faut reconnaître que la passion lui avait fait oublier les devoirs de la justice et de la charité. Vous comprenez dès lors dans quelle situation Origène allait se trouver après son retour en Égypte. Toutefois, tel était l'ascendant de cet homme extraordinaire, que sa présence suffit pour calmer l'irritation de l'évêque, du moins pendant quelque temps. Soutenu par l'admiration que lui valaient son talent et la sainteté de sa vie, il put reprendre ses occupations habituelles, et continuer ses travaux sur l'Écriture sainte, tout en se livrant à l'instruction des catéchumènes. On pourrait même conclure du fait de sa déposition que Démétrius avait fini par l'admettre parmi les prêtres de l'église d'Alexandrie. Mais il est rare que les hommes aient assez d'empire sur eux-mêmes pour oublier désormais ce qui leur avait semblé une atteinte à leur dignité. Rappelons-nous d'ailleurs que les spéculations de l'audacieux écrivain restaient toujours là comme un prétexte pour raviver la querelle et agiter les esprits. Nous ignorons ce qui se passe dans l'intervalle, et comment l'orage, un instant apaisé, se déchaîna de nouveau contre lui et avec plus de fureur que jamais. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Origène, lassé d'une opposition sans cesse renaissante, résolut de s'éloigner pour toujours, laissant à Héraclas, son disciple, la direction du Didascalée. Il quitta donc Alexandrie en 231, pour ne plus jamais y revenir. Il était alors âgé de quarante-six ans, et en avait passé vingt-huit à la tête de l'école catéchétique.
« Le lieu de sa retraite était tout indiqué. L'évêque de Césarée, qui l'avait ordonné prêtre, de concert avec saint Alexandre, évêque de Jérusalem, accueillit sans hésitation l'illustre fugitif, auquel il confia le soin d'enseigner la théologie et d'expliquer l'Écriture sainte dans l'assemblée des fidèles. Ce fut l'origine de l'école de Césarée, d'où sortirent tant d'hommes éminents, parmi lesquels il suffit de citer saint Grégoire le Thaumaturge et son frère Athénodore, saint Pamphile et Eusèbe. Mais l'animosité de l'évêque d'Alexandrie devait poursuivre Origène jusque dans cet asile. Aussitôt après le départ du maître des catéchèses, Démétrius réunit un synode, composé d'évêques et de prêtres, où il lui retira le droit d'enseigner et l'exila d'Alexandrie. Non content de cette première mesure, il assembla quelque temps après un nouveau synode, où il prononça contre lui une sentence de déposition, ce qui équivalait à lui interdire toute fonction sacerdotale ; et s'il faut en croire saint Jérôme, il aurait poussé la violence jusqu'à l'excommunier. Le même docteur ajoute qu'à l'exception des évêques de Palestine, d'Arabie, de Phénicie et d'Achaïe, le monde entier consentit à la condamnation d'Origène. Ce résumé porte des traces évidentes d'exagération, comme tout le passage d'où il est tiré, et dans lequel saint Jérôme, entraîné par sa verve, appelle les adversaires du grand Alexandrin « des chiens enragés qui aboient contre lui ». Dans son langage hyperbolique, le véhément écrivain aime assez à prendre une partie du monde pour le tout, comme, par exemple, lorsqu'il dit dans un endroit que tout l'univers, *tò pan*, gémit et s'étonna d'être devenu arien. Certes les évêques de ces quatre contrées n'étaient pas les seuls qui eussent embrassé la cause d'Origène. Ainsi nous trouvons parmi ses adhérents les plus fidèles le métropolitain de la Cappadoce, saint Firmilien, qui n'hésitait pas à utiliser son ministère pour les églises de l'Asie Mineure. Un fait assurément très-grave serait la condamnation d'Origène par le pape Pontien. Saint Jérôme affirme en effet « que Rome elle-même assembla contre lui son sénat ». Mais quel fut le résultat de cette assemblée ? Y eut-il une sentence confirmant celle de Démétrius ? Voilà ce que nous ignorons absolument. Un renseignement précieux nous permet de conclure que Rome, toujours attentive à surveiller le mouvement des doctrines dans l'Église universelle, se préoccupa des erreurs d'Origène plus que de ses démêlés personnels avec Démétrius. Voici les paroles de saint Jérôme : « Origène lui-même, dans une lettre adressée à Fabien, évêque de Rome, témoigne son repentir d'avoir écrit de telles choses, et reporte la cause de ses témérités sur Ambroise, qui avait rendu publics des écrits destinés à ne jamais voir le jour ». Tout s'éclaircit par là : les pontifes romains s'étaient émus des opinions singulières du théologien oriental, et celui-ci avait compris la nécessité de se justifier auprès de l'Église qu'il appelle « la plus ancienne de toutes ». Il est bien regrettable que nous ne possédions plus cette lettre au pape Fabien, dont parlent également Eusèbe et Rufin, et qui honora la modestie de l'auteur, en même temps qu'elle rend hommage à l'autorité suprême des évêques de Rome. Vous remarquerez aussi, que l'explication d'Origène équivaut à un aveu formel des erreurs répandues dans ses écrits.
« Peu de temps après son arrivée en Palestine, Origène se remit au travail avec plus d'ardeur que jamais. Une âme moins fortement trempée que la sienne eût peut-être cédé au découragement en présence de si rudes épreuves ; mais l'homme aux entrailles d'airain, comme on l'appelait de son temps, ne se laissa point abattre par les persécutions auxquelles il était en butte. Il chercha ses consolations dans l'étude, dans la prédication, dans la défense de Jésus-Christ et de l'Église ; et les vingt-trois années qui suivirent son exil d'Alexandrie devinrent les plus fécondes de sa vie. Il les passa tour à tour à Césarée de Palestine, à Césarée de Cappadoce, à Athènes et à Tyr, sans parler des séjours moins prolongés qu'il fit à Jérusalem, à Nicomédie et en Arabie, où il fut appelé à deux reprises pour y combattre des hérésies naissantes. C'est pendant cette période, et malgré les hasards d'une existence si agitée, qu'il acheva le vaste monument dont il avait jeté les bases à Alexandrie, je veux dire ses *Hexaples*, la plus grande œuvre de patience qui ait jamais été accomplie par un homme. À côté de ce travail purement grammatical et philologique, il reprit la suite de ses commentaires sur les différentes parties de l'Ancien et du Nouveau Testament ; et enfin ses prédications continuelles dans les églises l'obligèrent à composer plus de mille homélies prononcées devant le peuple. C'est sous ce nouvel aspect que l'ordre des temps et la liaison des matières nous amènent à étudier l'activité théologique et littéraire d'Origène.
« Comme nous venons de le dire, les travaux d'Origène sur l'Écriture sainte sont, ou critiques, ou exégétiques, ou pénétriques, suivant qu'ils ont pour objet de préciser la lettre même du texte sacré, ou d'en déterminer le véritable sens, ou bien d'en tirer des instructions pour les fidèles. Plusieurs raisons avaient porté l'infatigable érudit à entreprendre sa fameuse édition des livres saints. Depuis des siècles, la version des Septante existait à côté du texte original, qu'elle remplissait auprès de ceux qui ne savaient pas l'hébreu. Juifs hellénistes et chrétiens s'en servaient également dans les assemblées du culte et pour l'enseignement des écoles : émanant d'auteurs juifs antérieurs au christianisme, elle ne devait inspirer aucune défiance aux descendants d'Israël. Aussi Aristobule, Philon et Josèphe en avaient-ils fait usage non moins que les écrivains du Nouveau Testament. Elle passait même pour inspirée aux yeux d'un grand nombre de juifs ; et cette opinion, rejetée à bon droit par saint Jérôme, avait trouvé de l'écho chez quelques auteurs chrétiens. Bref, la version des soixante-dix interprètes jouissait de part et d'autre d'une égale autorité, et la controverse gagnait en clarté par la diffusion d'un texte accessible à tout le monde et dont l'origine ne pouvait être suspecte à personne. Mais quand les juifs s'aperçurent qu'on les battait par leurs propres armes, et qu'on se servait contre eux d'une traduction provenant de leurs ancêtres, ils se mirent à en contester la fidélité, et à faire valoir les différences insignifiantes qu'on remarque entre elle et l'original hébreu. De là les anathèmes dont ils accablèrent la version des Septante, jusqu'à ordonner un jour de jeûne annuel en expiation d'un tel crime. Il s'agissait donc de confronter, ligne par ligne, cette version avec le texte hébreu, pour montrer en quoi ils s'accordent et par où ils diffèrent, de manière à enlever aux juifs tout prétexte de calomnier les chrétiens. D'autre part, comme nous l'apprend Origène, les exemplaires grecs de l'Ancien Testament présentaient d'assez nombreuses variantes, soit par la négligence des copistes, soit par la prétention qu'affichaient certains interprètes de vouloir corriger le texte, en ajoutant ou en retranchant à leur gré. Un travail de révision critique devenait nécessaire afin de démêler la leçon primitive au milieu de ces remaniements postérieurs. Enfin, dans la seconde moitié du IVe siècle, il s'était produit trois versions grecques de la Bible, dont la première avait pour auteur le juif Aquila, et les deux dernières, Théodotion et Symmaque, appartenant l'un et l'autre à la secte des ébionites. Versés tous les trois dans la connaissance de la langue hébraïque, de pareils traducteurs s'éloignaient trop de l'orthodoxie pour qu'on pût les accuser d'avoir voulu favoriser la cause de l'Église par les aveux que leur arrachait la cause de la vérité. Dès lors quelle utilité n'y avait-il pas à réunir, dans un seul et même ouvrage, le texte original avec les différentes traductions, et à présenter au lecteur, pour chaque verset de l'Écriture, les leçons les plus autorisées ? Toute contestation disparaissait devant l'accord des interprètes ; et en cas de divergence, il devenait facile de se prononcer pour l'une ou pour l'autre. Un travail de ce genre ne pouvait manquer d'ouvrir une mine féconde à la controverse comme à l'enseignement.
« Mais aussi quel travail ! Pour le mener à bonne fin, il ne fallait rien moins que transcrire la Bible sept ou huit fois, depuis le premier mot jusqu'au dernier, en ayant soin de noter les moindres différences qui pouvaient exister entre le texte des Septante et celui des autres interprètes. Origène ne se laissa point effrayer par la perspective d'une collection qu'on peut évaluer à plus de cinquante volumes. Il fit d'abord un recueil en quatre colonnes. Dans la première, il plaça la version d'Aquila, comme étant celle qui se rapproche davantage du texte hébreu par sa scrupuleuse exactitude ; venait ensuite la traduction de Symmaque, moins fidèle que la précédente, mais plus polie et plus claire : la troisième colonne contenait la version des Septante, point central auquel se rapportait tout le reste ; suivait enfin le texte de Théodotion, qui s'éloigne le moins des soixante-dix interprètes, sur les pas desquels il marche presque toujours. Ce tableau synoptique en quatre colonnes prit le nom de Tétrapples. Les quatre principales traductions grecques marchaient ainsi de front, offrant au lecteur autant de leçons diverses qu'il lui était aisé de contrôler réciproquement. Il manquait toutefois à cette première édition un avantage précieux, celui de pouvoir comparer les versions avec l'original. Pour combler une telle lacune, Origène fit précéder les Tétrapples de deux nouvelles colonnes, où il mit, d'un côté, le texte hébreu en caractères hébraïques, et, de l'autre, le même texte en lettres grecques pour ceux qui comprenaient l'hébreu sans savoir le lire. Cette distribution de l'ouvrage en six colonnes lui valut le nom d'*Hexaples*. Mais le laborieux écrivain ne s'en tint pas là. Dans le cours de ses pérégrinations, il avait trouvé deux versions grecques de l'Ancien Testament : l'une à Jéricho, en Palestine ; l'autre à Nicopolis, près d'Actium. De là deux colonnes supplémentaires destinées à recueillir cette cinquième et cette sixième version, par où les *Hexaples* devinrent des *Octaples*. Enfin, une septième traduction, dont nous ignorons la provenance, vint former une dernière colonne et convertir les *Octaples* en *Ennéaples*, bien que les anciens n'aient jamais attaché ce nom à l'édition totale. Le titre d'*Hexaples* lui est resté, soit que les trois dernières versions ne s'étendissent pas à toute l'Écriture, soit qu'Origène n'en ait fait usage que pour une partie des livres saints.
« J'ai dit que l'attention de l'auteur s'était concentrée principalement sur la version des Septante. Elle occupait la colonne du milieu dans l'édition complète, afin que l'on pût mieux saisir ses rapports de conformité ou de dissemblance avec le texte hébreu et le reste des versions grecques. Mais, pour faciliter au lecteur ce travail de comparaison, l'impérieux critique imagina certains signes qui indiquaient à première vue la différence des leçons. S'agissait-il d'un membre de phrase omis par les Septante et compris dans l'original hébreu ? Il le reproduisait en le faisant précéder d'un astérisque, et suivre de deux points (*... :*). Au contraire, il marquait par un chélisque ou une petite broche ce que les Septante avaient en plus (+). D'autres signes lui servaient encore pour noter les passages que les soixante-dix interprètes avaient rendus d'après le texte hébreu, mais avec moins d'exactitude que les traductions parallèles. De cette manière, sans toucher à la célèbre version, il montrait ce qu'elle pouvait avoir d'incomplet ou de défectueux ; et lorsqu'on pense que cette révision minutieuse embrassait tous les livres de l'Ancien Testament, il n'y a plus lieu de s'étonner que les contemporains d'Origène l'aient appelé un homme d'acier.
« Telle est cette œuvre tant célébrée par l'antiquité chrétienne. On peut dire qu'elle a servi de base à tous les travaux entrepris dans la suite sur le même sujet, en sorte que son auteur mérite à juste titre d'être appelé le père de l'exégèse biblique. Vous comprenez toutefois quelle difficulté il y avait pour les copistes à transcrire mot par mot une collection aussi volumineuse. Les *Hexaples* ne pouvaient pas se répandre à beaucoup d'exemplaires : c'est ce qui explique pourquoi il ne nous en reste plus un seul fragment. L'original avait été déposé dans la fameuse bibliothèque de Césarée, où il a dû périr, en même temps que tout ce précieux trésor, quand les Perses de Chosroès, et, plus tard, les Arabes, vinrent dévaster la Palestine. Mais si le temps n'a épargné aucun manuscrit reproduisant les *Hexaples*, tels qu'ils étaient sortis de la main d'Origène, il n'en est pas absolument de même des différentes versions qui s'y trouvaient réunies. Sans parler des Septante dont nous possédons le texte intégralement, nous sommes loin d'avoir perdu jusqu'au dernier vestige des traductions d'Aquila, de Théodotion et de Symmaque. En rassemblant ce qui nous reste de ces anciens interprètes, et à l'aide des Pères de l'Église qui avaient profité du travail d'Origène, quelques érudits, à la tête desquels il faut placer dom Bernard de Montfaucon, sont parvenus à recomposer les *Hexaples*, du moins en partie. Mais il est clair que ce recueil, assurément fort utile, n'a de commun avec l'œuvre du Catéchiste alexandrin que l'identité du plan et l'emploi des mêmes matériaux ».
« Il ne suffisait pas à Origène d'avoir donné une édition complète des livres saints, en joignant au texte original les différentes versions connues de son temps ; à ce travail purement grammatical et philologique il voulut ajouter l'explication intégrale de l'Ancien et du Nouveau Testament. Interpréter l'Écriture depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse, ce serait déjà une œuvre capable d'absorber la vie d'un homme ; mais l'intrépide érudit trouva encore moyen de dépasser ce programme en poursuivant sa vaste entreprise sous une triple forme. D'abord il résolut d'expliquer chaque livre verset par verset, sans imposer d'avance aucune limite à ses développements : c'est ce qu'il appela ses tomes ou ses commentaires proprement dits. Puis, dans un deuxième travail, il disposa une série de notes moins longues, destinées à éclaircir les endroits les plus difficiles, suivant la coutume des scoliastes d'Alexandrie : aussi ces observations reçurent-elles le nom de *Scolies*. Enfin ses prédications dans les églises l'obligèrent à reprendre ses études d'exégèse pour leur donner un caractère plus pratique et mieux approprié à l'enseignement populaire : d'où le titre d'*Homélies* réservé à ces dissertations sur l'Écriture sainte.
« Origène était merveilleusement doué pour le ministère de la parole. Une diction claire et facile, une imagination des plus riches, un accent de piété qui va droit au cœur, une chaleur douce, contenue, mais qui ne laisse pas d'éclater par intervalle, tout se réunissait pour prêter à ses discours du charme et de l'intérêt. Aussi l'on n'a pas de peine à s'expliquer la vive impression qu'il produisait sur ses auditeurs.
« Une fois prêtre, et depuis son départ d'Alexandrie, Origène ne cessa de se livrer au ministère de la prédication jusqu'à la fin de ses jours. Partout où il séjournait, soit à Césarée, soit à Jérusalem, ou ailleurs, les évêques le priaient d'expliquer l'Écriture sainte au peuple ; et il s'acquittait de sa tâche avec autant de succès que de talent. Dans la troisième de ses Homélies sur le Lévitique, prononcées après l'année 215, il parle de ses prédications comme d'un ministère qui déjà remontait fort loin. En effet, à ce moment-là, il exerçait cette fonction depuis plus de vingt ans. Ce n'est pourtant qu'à l'âge de soixante ans, dit Eusèbe, qu'il permit aux sténographes de recueillir ses discours : sans cet acte de modestie, auquel la prudence n'a pas dû rester étrangère, nous n'aurions pas à regretter la perte de la majeure partie de ses homélies. Car, bien qu'il en ait composé quelques-unes à tête reposée, il improvisait le plus souvent : ce qui n'est pas étonnant, puisqu'il prêchait presque tous les jours, au témoignage de saint Pamphile. Les 185 homélies qui nous restent de lui ne peuvent donc nous donner qu'une idée fort incomplète de sa carrière oratoire. Saint Jérôme porte à plus de mille le nombre de ces instructions familières qu'on lisait encore au VIe siècle ; et ce chiffre grossirait de beaucoup, si l'on y ajoutait toutes celles qui ne furent jamais recueillies ».
On a reproché à Origène d'avoir abusé de la méthode allégorique dans son interprétation de la sainte Écriture : il voulait même que quantité de textes ne renfermassent aucun sens littéral ; cette opinion est évidemment fausse.
Il ne manquait à Origène, pour embrasser le cercle entier de la théologie, que de tourner son attention vers la controverse du christianisme avec la philosophie païenne.
« Si le Traité contre Celse est inférieur à l'Apologétique de Tertullien comme œuvre d'art et d'éloquence, on ne fait que lui rendre justice en l'appelant la plus savante défense du christianisme dans les trois premiers siècles. Sans négliger entièrement le côté juridique du débat, qui avait tant préoccupé ses devanciers, Origène s'est pourtant placé de préférence sur le terrain des idées et des doctrines. C'est par là que cet antique monument de la littérature chrétienne conserve toujours un air de jeunesse et de nouveauté. Toute la partie de l'apologétique primitive concernant la procédure suivie à l'égard des chrétiens, a vieilli ; ou du moins elle n'inspire plus que l'intérêt qui s'attache à une grande cause vaillamment défendue. La révolution opérée dans le droit public par le triomphe de l'Évangile a éloigné pour toujours, nous aimons à le croire, toute situation analogue. Mais ce qui n'a pas vieilli, ce qui est toujours vivant et actuel, c'est la controverse de la religion révélée avec le rationalisme, quelque nom qu'il prenne et sous quelque forme qu'il se présente. Les questions qui se remuent encore aujourd'hui dans cet ordre de choses, sont celles-là mêmes qu'Origène avait traitées avec une si grande supériorité d'esprit. En le voyant défendre le caractère historique du christianisme, la valeur démonstrative des faits surnaturels, on peut se croire transporté au milieu de nos discussions contemporaines. Voilà ce qui assure à son œuvre un rang à part, un mérite hors ligne ; et c'est là aussi ce qui en fait un argument dont la force ne peut échapper à personne. Rien n'est plus propre à consolider la foi que cette guerre à outrance déclarée au christianisme dès son origine. Ce n'est point par surprise, assurément, qu'il a conquis le monde, mais après des controverses longues et opiniâtres, après avoir passé au crible de la critique historique et philosophique, avec tous ses dogmes et ses institutions. Si l'Évangile avait été ce mythe oriental ou cette pastorale galiléenne que rêvent des adversaires modernes, croyez bien que les Celse et les Porphyre eussent été de taille à déchirer ce tissu légendaire, et cela pour toujours. Qu'est-il arrivé, au contraire ? Leurs attaques n'ont servi qu'à mieux établir la réalité des faits évangéliques ; ces dogmes qu'ils tournaient en dérision, ont subjugué les intelligences ; et ces institutions qu'ils signalaient à la haine des pouvoirs publics sont devenues celles du monde civilisé. Lorsqu'une société, à peine née, sait braver de tels orages, elle peut affronter sans crainte, après dix-huit siècles de durée, les mêmes tempêtes qui avaient assailli son berceau.
En composant son immortelle apologie, Origène ne se croyait pas au terme de sa carrière d'orateur et d'écrivain. Mais les événements allaient interrompre des travaux qui avaient fait le bonheur de sa vie.
« Le règne de Philippe l'Arabe (214-219) avait été pour l'Église une ère de paix et de prospérité. S'il n'est pas certain que ce prince ait professé publiquement la religion chrétienne, malgré le témoignage d'Eusèbe, de l'auteur de la Chronique d'Alexandrie et de saint Jean Chrysostome, on ne saurait douter de ses sympathies pour la cause de l'Évangile. Origène, en particulier, s'était trouvé en rapport avec la famille impériale, comme l'attestent ses lettres à Philippe et à l'impératrice Sévéra, lettres dont le texte n'est pas arrivé jusqu'à nous. L'avènement de Dèce changea la face des choses. Nous ignorons dans quelle ville se trouvait Origène lorsque la tourmente éclata sur l'Église, si c'est à Césarée de Palestine ou à Tyr. Mais, d'après le plan d'attaque adopté par Dèce, la persécution ne pouvait manquer d'atteindre l'homme le plus célèbre que l'Église d'Orient comptât dans son sein. Origène, alors âgé de soixante-cinq ans, fut donc jeté en prison et chargé de chaînes. On lui mit au cou un carcan de fer et des entraves aux pieds jusqu'au quatrième trou, dit Eusèbe, ce qui écartait les jambes excessivement ! Ce supplice dura plusieurs jours, au bout desquels les bourreaux lui firent éprouver quantité d'autres tortures, jusqu'à le menacer de la peine du feu. Toutefois, ajoute son historien, le juge avait grand soin de s'arrêter à la limite où une mort certaine eût été la suite de ces traitements barbares : il espérait sans doute que des tourments prolongés finiraient par abattre le courage d'Origène, et qu'une pareille chute entraînerait celle de beaucoup d'autres. Mais l'héroïque vieillard demeura ferme : lui qui, encore enfant, avait exhorté son père Léonidès à souffrir la mort pour Jésus-Christ, n'était pas homme à trahir, sous le coup de la persécution, la cause qu'il avait servie pendant plus de quarante ans, par sa parole et par ses écrits. La Providence lui ménageait cette épreuve suprême, pour lui fournir l'occasion de montrer que la force du caractère s'alliait en lui à la noblesse du cœur et à l'élévation de l'esprit. Sans l'épisode glorieux qui a marqué la fin de sa carrière, il eût manqué un trait à cette grande physionomie qui devait se présenter devant l'histoire avec le triple reflet du génie, de la sainteté et du martyre.
« Soit que la mort de Dèce eût mis fin à la captivité d'Origène, soit que toute autre cause lui eût rendu sa liberté, Eusèbe nous le montre reprenant ses travaux à quelque temps de là, encourageant par ses lettres ceux qui avaient besoin d'être fortifiés, et conservant jusqu'au bout cette prodigieuse activité qu'il n'avait cessé de déployer dans tout le cours de sa carrière. Mais les souffrances d'un long martyre, venant s'ajouter aux fatigues d'une vie si laborieuse et si agitée, avaient achevé d'épuiser les forces du noble vieillard. La ville de Tyr, en Phénicie, où il avait fixé son séjour, fut sa dernière étape ici-bas, et resta la gardienne de son tombeau. C'était en l'année 254. Origène avait vécu soixante-neuf ans.
« Le génie, la sainteté et le martyre, dit en terminant M. Freppel, se rencontrent dans l'homme dont nous venons d'étudier la vie et les écrits. Et cependant de si grandes choses n'ont pas eu tout le résultat qu'elles semblaient devoir obtenir. Pour le talent et l'étendue des connaissances, Origène l'emporte sur la plupart des Pères de l'Église : en tout cas, il n'est inférieur à aucun ; et malgré des services si éclatants, l'Église n'a pu le ranger au nombre de ses docteurs. Il est peu de vies où le zèle des âmes se trouve joint à une plus grande austérité de mœurs ; et tant de vertus n'ont pu recevoir néanmoins la consécration solennelle que l'Église réserve pour l'élite de ses fils. Le chef de l'école d'Alexandrie a couronné ses travaux par une admirable confession de la foi ; et son nom n'a point trouvé place parmi les héros du martyre. Qu'est-ce donc qui l'a empêché de figurer, pour toute la suite des siècles, à côté des Basile et des Augustin, dans cette pléiade de saints docteurs, dont la réputation n'est ternie par aucune tache ? Le défaut de sûreté dans la doctrine. Certes, on n'a jamais erré avec plus de candeur. À aucune époque de sa vie, l'auteur du *Periarchon* n'a voulu se mettre en opposition avec l'enseignement de l'Église, qui est resté constamment pour lui la règle infaillible de la croyance. Inébranlable sur le principe, il n'a pu se tromper que dans l'application, en prenant pour des opinions libres ce qui contredisait en réalité le dogme catholique. Origène croyait pouvoir en toute sécurité construire sur la base de la révélation un système philosophique dont les données principales sont empruntées à Platon. Encore n'a-t-il formulé ce système qu'avec beaucoup de réserve, par manière d'hypothèse, et comme un simple exercice de l'esprit, ainsi que l'a dit saint Athanase. Ce n'en était pas moins une entreprise périlleuse ; car il ne faut pas jouer légèrement avec les dogmes de la foi. Des disciples maladroits allaient surgir et prendre au sérieux ces fantaisies d'une imagination exubérante. Il en sortira l'origénisme, c'est-à-dire un ensemble d'idées qui commence par l'hypothèse de la préexistence des âmes pour aboutir à la théorie des épreuves successives. Assurément il serait injuste d'imputer à Origène toutes les erreurs qui ont pu traverser le cerveau de quelques-uns de ses partisans les plus exaltés ; mais l'on conçoit aussi que l'orthodoxie ait tenu en suspicion un écrivain dont l'esprit aventureux avait favorisé de pareilles tendances. Voilà ce qui a compromis devant le tribunal de la postérité la mémoire du grand Alexandrin ; car il n'y a pas moyen de nier les erreurs auxquelles il s'est laissé entraîner : elles forment un tout complet, dont on ne peut rien détacher. Or, quelques égards que méritent le talent et les services rendus, quelque admiration que l'on éprouve pour de si hautes vertus jointes à une telle science, il est un intérêt devant lequel s'effacent toutes les sympathies, l'intérêt de la vérité. Pour ne pas donner une apparence de raison à des doctrines justement blâmables, l'Église a dû se résoudre à laisser un des plus grands hommes de son histoire dans la situation équivoque où il s'était placé lui-même. En le traitant avec trop d'indulgence, elle n'aurait pas veillé suffisamment à la conservation du premier des biens spirituels confiés à sa garde. Car, ainsi que le disait déjà un des esprits les plus honnêtes de l'antiquité, Plutarque, Dieu ne saurait faire aux hommes, et les hommes ne sauraient recevoir de Dieu un plus grand don que la vérité.
« Mais, si les spéculations téméraires d'Origène ne lui ont pas permis d'occuper dans l'histoire de l'Église le rang que lui auraient assigné ses immortels travaux pour la cause de l'Évangile, devrons-nous, à l'exemple de beaucoup d'autres, attacher au nom du célèbre apologiste la qualification d'hérétique ? Est-il vrai que le pape Anastase ait condamné la traduction du *Periarchon* faite par Rufin d'Aquilée, tout adoucie qu'elle fût ? que le cinquième concile général, tenu en 553, ait déclaré Origène hérétique ? que le premier concile de Latran, tenu sous Martin Ier, le cinquième, le sixième, le septième et le huitième aient tous renouvelé la condamnation portée contre Origène au cinquième ? La chose n'est pas douteuse. Mais l'essentiel est de bien lire le sens des jugements rendus contre Origène par les pouvoirs de l'Église. Sur ce point, la maxime de Huet restera comme le vrai mot de la question : « Si l'on entend par hérétique un homme qui erre sur un dogme de la foi, il est impossible de ne pas appliquer à Origène cette qualification ; mais si l'on veut désigner par là celui qui manifeste l'intention de persévérer dans son erreur, lors même qu'elle aurait été réprouvée par l'Église, qui oserait dire pareille chose d'Origène ? »
« C'est dans le premier sens, et nullement dans le second, que les conciles ont condamné l'auteur du *Periarchon*. Car il est évident qu'un homme ne peut pas devenir plus hérétique après sa mort qu'il ne l'était pendant sa vie. Or, de son vivant, Origène n'avait pas songé un instant à rompre la communion avec l'Église. Les évêques de l'Égypte l'avaient proscrit, mais beaucoup d'autres s'étaient prononcés en sa faveur ; et d'ailleurs, en écrivant une lettre au pape Fabien pour désavouer ses erreurs, il montrait assez combien son esprit était éloigné de cette opiniâtreté orgueilleuse qui fait l'hérétique proprement dit. Rappelons-nous ses déclarations si fermes et si explicites sur la nécessité de se conformer en tout point à l'enseignement de l'Église ; aussi des évêques dont l'orthodoxie n'est pas suspecte, l'avaient-ils appelé à prêcher dans leurs diocèses, et à combattre l'hérésie sous toutes les formes. Après avoir vécu constamment dans la communion de l'Église, Origène y était mort, réconcilié même avec l'église d'Alexandrie, comme l'atteste la marque de déférence que lui donnait saint Denis, patriarche de cette ville, en lui adressant son livre du *Martyre* peu de temps auparavant. Il résulte de tout cela que les conciles n'ont pu lui appliquer la qualification d'hérétique dans le sens où ils l'infligeaient à Arius, à Nestorius et à tous ces réfractaires qui s'étaient mis en révolte ouverte contre l'autorité de l'Église. Leurs décisions ne signifient pas autre chose, sinon qu'il y a dans les écrits d'Origène des erreurs qui contredisent les dogmes de la foi, et qui, par suite, constituent en elles-mêmes de véritables hérésies. Bref, ce qu'ils ont voulu frapper, c'est l'origénisme, c'est-à-dire ce système qui commence par l'hypothèse de la préexistence des âmes et qui finit par la théorie des épreuves successives. Or, l'on m'accordera, sans doute, que ce sont là des erreurs capitales, dont les conséquences ne tendent à rien moins qu'à ruiner la foi chrétienne. Si elles avaient conservé la forme vague, indécise, hypothétique, qu'elles revêtaient sous la plume de l'auteur, il est à croire qu'aucune condamnation solennelle ne serait venue les atteindre. Voilà ce qui explique l'indulgence avec laquelle les pouvoirs de l'Église avaient traité ces rêveries, pendant près de cent cinquante ans. Mais du moment que les hérétiques s'en faisaient une arme, et que des disciples maladroits, renchérissant sur les témérités du maître, les réunissaient en corps de doctrines pour les opposer à l'orthodoxie, il fallait bien que les conciles sortissent de leur réserve pour frapper le mal dans la personne de celui qui en était la source. Et la preuve qu'ils ont frappé juste, c'est que l'origénisme n'a plus marqué depuis lors dans l'histoire de l'Église ».
Origène, *Cours d'éloquence sacrée* fait à la Sorbonne pendant les années 1866 et 1867, par M. l'abbé Freppel, doyen de Sainte-Geneviève, professeur à la Faculté de théologie de Paris (aujourd'hui évêque d'Angers). — M. Migne a donné les œuvres complètes d'Origène, texte grec et latin, dans les tomes XI à XVIII de sa *Patrologie grecque* : il y a joint les écrits qui regardent Origène.
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Événements marquants
- Naissance en Égypte vers 183-185
- Martyre de son père Léonidès en 202
- Nomination à la tête du Didascalée à 18 ans
- Voyage à Rome sous le pape Zéphyrin vers 213
- Ordination sacerdotale à Césarée en 228
- Exil d'Alexandrie et installation à Césarée en 231
- Captivité et tortures sous la persécution de Dèce vers 250
- Mort à Tyr en 254
Miracles
- Évasions miraculeuses lors des persécutions à Alexandrie
Citations
Prenez garde, mon père, et n'allez pas, à cause de nous, changer de résolution !
Ubi bene, nemo melius ; ubi male, nemo pejus