Saint Aberce d'Hiérapolis

Évêque d'Hiérapolis et Thaumaturge

Fête : 22 octobre 2ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque d'Hiérapolis au IIe siècle, Aberce est célèbre pour avoir brisé les idoles païennes suite à une vision. Thaumaturge renommé, il fut appelé à Rome par l'empereur Marc-Aurèle pour exorciser sa fille Lucilla. Son épitaphe, découverte par l'archéologie, constitue l'un des plus anciens témoignages de la foi eucharistique.

Biographie

SAINT ABERCE, ÉVÊQUE D'HIÉRAPOLIS,

DANS LA PETITE PHRYGIE

Vers 167. — Pape : Saint Soter. — Empereur romain : Marc-Aurèle Antonin.

La foi de l'Église romaine, l'archéologie la retrouve inscrite parmi les monuments du passé.

L'abbé Darras, Vie de saint Aberce.

Sous le règne de Marc-Aurèle Antonin et Lucius Vérus, un décret fut promulgué dans tout l'empire, prescrivant à chaque citoyen d'offrir des sacrifices et des libations aux dieux. Publius Dolabella, qui gouvernait alors la Petite Phrygie, se mit en devoir de faire exécuter l'édit dans sa province. Les solennités païennes reprirent une pompe inaccoutumée, et la foule se pressait aux temples, pour accomplir l'ordre des empereurs. La curie et le peuple d'Hiérapolis inaugurèrent avec pompe les sacrifices. Aberce était alors évêque de cette cité. À la vue des longues files d'hommes et de femmes vêtus de blanc, qui portaient leurs hommages à des idoles muettes, il se sentit ému jusqu'au fond de l'âme. Prosterné devant le Seigneur, fondant en larmes, il priait le Dieu véritable pour ses frères égarés. Cette journée de deuil s'écoula ainsi dans une oraison fervente. La nuit venue, vaincu par la fatigue, il s'endormit. Pendant son sommeil, il vit un jeune homme qui lui remettait une verge à la main, en disant : « Lève-toi, Aberce, et va briser ces simulacres impies ». Au réveil, le saint évêque comprit qu'il avait eu une vision divine ! Il saisit un long épieu, court au temple d'Apollon, enfonce les portes, renverse la statue du dieu et les autres idoles d'Hercule, de Diane et de Vénus qui l'entouraient. Or, il était la neuvième heure de la nuit (trois heures du matin). Les prêtres et les gardiens du temple s'éveillent au bruit et accourent. À la lueur des torches ils reconnaissent Aberce qui profite du premier instant d'étonnement et de

surprise, et leur crie : « Allez dire aux magistrats et au peuple que leurs dieux, enivrés de viande et de vin par les sacrifices de la veille, se sont rués les uns sur les autres, et se sont taillés en pièces. Ramassez si vous le voulez leurs débris épars. Jetez au feu ces pierres brisées. Elles feront peut-être une chaux passable. C'est toute l'utilité que vous puissiez tirer de vos dieux ». En prononçant ces paroles, le saint évêque quittait le temple. Il put s'éloigner et regagner sain et sauf sa demeure. Cependant un tumulte épouvantable suivit bientôt cette scène nocturne. Aux cris des prêtres, la foule se rassemble, on appelle la curie. Avant l'aurore, le temple était déjà envahi par une multitude furieuse, qui voulait venger sur l'évêque des chrétiens l'attentat commis contre les dieux. « Brûlons la maison d'Aberce ! » criaient les uns. « Pas d'incendie ! » répondaient les autres. « Le gouverneur romain nous rendrait responsables du désordre. Qu'on saisisse Aberce et qu'il expire dans les tourments ! » Ce dernier parti, secrètement conseillé par les officiers du municipe, après avoir été longtemps combattu, prévalut enfin. Le jour était levé, la populace allait se porter sur la demeure épiscopale, et se livrer aux plus horribles excès.

Cependant Aberce était tranquillement assis, dans sa maison, entouré de ses disciples, auxquels, suivant sa coutume, il adressait ses exhortations matinales. Son visage et sa parole avaient leur calme et leur sérénité ordinaires. Quelques chrétiens pénètrent dans cette assemblée, ils avertissent l'évêque de l'orage qui grondait à l'extérieur. Tous le conjurent de se dérober par la fuite à la vengeance populaire. « Non », dit-il. « Je tiens des Apôtres cette maxime qu'un chrétien doit savoir mourir pour son Dieu. Il est vrai que Jésus-Christ Notre-Seigneur nous a prescrit de fuir ceux qui nous persécutent. Je saurai concilier ce double devoir ». En parlant ainsi, il sortit de sa maison, suivi de ses disciples, et vint, au milieu du Forum, s'asseoir sur les bancs du Fragellion, où il reprit et continua sa prédication interrompue. La foule, bientôt avertie, se précipita en masse vers ce lieu. « Quoi ! » disait-on, « il ne lui suffit pas de tenir, dans sa demeure, ses discours impies. Il ose les débiter en plein Forum ! » Les plus acharnés se promettaient de déchirer à belles dents le corps du saint évêque. Des clameurs sauvages retentissaient dans les rues adjacentes. La foule arrive enfin au Forum, comme un torrent débordé. En ce moment, un spectacle effrayant arrête sa furie. Trois jeunes gens, depuis longtemps démoniaques, et connus de toute la ville, s'élancent, les vêtements déchirés, se tordant dans des convulsions horribles, lacérant de leurs dents les lambeaux de leur chair. S'adressant au saint évêque : « Au nom du Dieu véritable que tu prêches », lui disent-ils, « nous t'en conjurons, cesse de nous tourmenter avant le temps ». Tous les regards étaient fixés sur Aberce. Sa douceur et la majesté de sa noble figure frappaient les païens étonnés. Priant à haute voix, il dit : « Dieu tout-puissant, Père de Jésus-Christ Notre-Seigneur, vous dont la miséricorde dépasse infiniment la malice des hommes, je vous en supplie, délivrez ces trois jeunes infortunés des chaînes de Satan, afin que tout ce peuple vous reconnaisse pour le Dieu unique et véritable ! » S'approchant alors des jeunes gens, il toucha leur tête du bâton qu'il tenait à la main : « Au nom du Christ, mon Seigneur et mon Dieu », dit-il, « cruels démons, je vous l'ordonne, sortez du corps de ces jeunes gens, et ne les tourmentez plus à l'avenir ». À peine ces paroles furent-elles prononcées que les démons quittèrent leurs victimes, en poussant des hurlements épouvantables.

tables. Les trois jeunes gens, comme s'ils se fussent éveillés d'un long sommeil, promenèrent un instant autour d'eux un regard intelligent, puis ils tombèrent inanimés aux pieds du saint évêque. On les crut morts. Mais Aberce, leur prenant la main, les fit relever. Ils étaient rendus à la santé du corps et de l'âme. Honteux de leur nudité, ils s'empressèrent de rajuster les lambeaux de leurs vêtements, et, entourant le saint évêque, ne voulaient plus s'en séparer. La foule s'écria d'une voix unanime : « Le Dieu d'Aberce est le seul Dieu véritable ! » Le miracle avait été si manifeste que, de toute cette multitude, il n'y en eut pas un seul qui ne demandât le baptême. En songeant à leur aveuglement et à leurs récentes fureurs, ils disaient au thaumaturge : « Nous sommes trop chargés de crimes pour espérer notre pardon. Croyez-vous que votre Dieu daigne nous faire miséricorde ? Nous tremblons devant sa justice, et nos iniquités nous épouvantent ! » — « Frères », leur disait Aberce, « ce Dieu qui se révèle aujourd'hui à vous est le même qui disait en Judée : Venez à moi, vous tous qui succombez sous le fardeau du travail, et je vous soulagerai ». Le saint évêque continua à les entretenir de la miséricorde du Verbe incarné, jusqu'à la neuvième heure du jour (trois heures du soir). En ce moment, il étendit sur eux les mains, les bénit, et voulut se retirer, pour aller, dans sa demeure, faire la prière accoutumée. Mais tous l'entourèrent, lui demandant le baptême. Il leur fit comprendre que l'heure était trop avancée et remit au lendemain l'administration de ce sacrement. La foule le suivit jusqu'à sa maison, et telle était leur impatience qu'un grand nombre passèrent la nuit près de l'humble demeure, attendant la grâce de la régénération. Le saint évêque, touché de leur foi, crut devoir céder à leurs ardents désirs. Après avoir remercié le souverain pasteur des âmes de tant de faveurs signalées, il sortit à minuit, de sa maison, et conduisant ces généreux néophytes dans l'église, il conféra le baptême à cinq cents d'entre eux.

Le prodige d'Hiérapolis eut un immense retentissement dans toute l'Asie. On accourait au thaumaturge des provinces limitrophes de la Grande Phrygie, de la Carie et de la Lydie. Aberce était contraint, pour satisfaire à l'empressement des peuples, de se rendre dans une plaine voisine, où son immense auditoire pouvait entendre sa parole. Là, entouré des prêtres, des diacres et des autres frères, il s'asseyait sur une éminence et distribuait à la foule avide le pain de la parole céleste. Un jour, une matrone illustre, Phrygella, mère du gouverneur de la ville Euxenianus Poplio, se fit conduire au milieu de l'assemblée ; elle était aveugle. Quand ses serviteurs l'eurent amenée près du saint évêque, elle se jeta à genoux, et lui baisant les pieds : « Homme de Dieu », dit-elle, « ayez pitié de moi ; rendez-moi la vue ». — « Femme », répondit Aberce, « je ne suis qu'un pécheur, qui ai besoin, comme vous, de la miséricorde divine ; si pourtant vous croyez fermement au Dieu que j'adore, il est assez puissant pour vous guérir, lui qui ouvrit jadis les yeux d'un aveugle-né ». — « Je crois au Christ Notre-Seigneur et Dieu véritable ! » dit Phrygella ; et, fondant en larmes, elle reprit : « Ne refusez pas de me toucher les yeux et je recouvrerai la vue ». Le saint homme élevant alors ses regards vers le ciel : « Lumière du monde », dit-il, « Jésus, mon Maître, venez et ouvrez les yeux de cette femme ». Puis, se tournant vers l'infirme, il lui toucha les yeux en disant : « Phrygella, si vous croyez sincèrement au Christ, voyez ». À ces mots, la cécité disparut complètement, et les yeux éteints de l'aveugle s'ouvrirent à la clarté du jour. Fixant alors sur Aberce un regard plein de reconnaissance : « Père », s'écria-t-elle, « je prends à témoin cette foule

qui nous entoure; je vous donne la moitié de tout ce que je possède, acceptez-le pour le distribuer aux pauvres ». Cependant la multitude faisait éclater son enthousiasme. Le Dieu des chrétiens est grand! disait-on de toutes parts. Quand le silence se fut rétabli, Aberce dit à Phrygella: « Vous avez éprouvé en ce jour la puissance du Dieu qui récompense si magnifiquement la confiance de ses serviteurs; allez en paix, soyez fidèle au double devoir de la foi chrétienne et de la reconnaissance ». La noble matrone se retira, mais pour revenir ensuite se faire initier, par le saint évêque, à la religion de Jésus-Christ; et depuis lors elle ne cessa d'entourer l'homme de Dieu, des marques de sa vénération et de son dévouement. Le gouverneur, Euxenianus Poplio, touché de la guérison de sa mère, vint remercier le saint évêque. « Je voudrais », lui dit-il, « pouvoir vous témoigner toute notre reconnaissance, mais vous montrez un tel mépris pour les biens de ce monde, que je n'espère pas pouvoir vous offrir rien qui soit digne de vous ». — « En effet », répondit Aberce, « j'estime si peu les honneurs et la fortune de ce monde, que j'aimerais mieux vous voir pauvre et obscur, mais chrétien, que gouverneur d'Hiérapolis, d'origine patricienne, jouissant de la faveur et du crédit impérial, mais païen, comme vous l'êtes ». L'entretien se prolongea quelque temps sur ce sujet; Poplio admirait hautement la sagesse du vieillard. On ne voit point cependant qu'il se soit converti; tant il est difficile à une âme de se dégager des liens de la vanité, de la grandeur et de la richesse humaines.

Or Lucilla, fille de l'empereur Marc-Aurèle, se vit tout à coup envahie par une obsession démoniaque. Elle venait d'atteindre sa seizième année. Ses parents l'avaient fiancée à Lucius Verus; ils se plaisaient à voir cette noble enfant grandir sous leurs yeux et effacer en beauté toutes ses compagnes, lorsque tout à coup le démon s'empara d'elle. Dans des accès de fureur et de rage, elle se labourait les chairs de ses ongles ensanglantés, se roulait sur le sol et se rongeait les mains. L'impératrice Faustine, sa mère, et son père, Marc-Aurèle, étaient au désespoir. Cet accident survenait à l'époque même où ils étaient convenus de conduire leur fille à Éphèse, où Lucius Verus, son fiancé, retenu alors en Orient par la guerre contre les Parthes, devait se rendre de son côté. Le fameux temple de Diane, l'une des sept merveilles du monde, avait été choisi comme le théâtre de cette alliance impériale. Les préparatifs étaient achevés; le monde entier attendait cet heureux événement. Il fallut y renoncer, et Lucius, déjà arrivé à Éphèse, fut averti que la solennité était retardée. La révolte des Marcomans, qui venait d'éclater en Germanie, servit de prétexte à Marc-Aurèle, qui ne voulut point mander à son collègue l'état réel de sa fille, dans l'espoir que la santé pourrait être rendue à la jeune Lucilla. Cependant Faustine, de concert avec lui, interrogeait les aruspices et les augures d'Étrurie, consultait tous les oracles des temples italiens, sans que la situation de leur fille s'améliorât. Au milieu de ses convulsions, on l'entendait répéter sans cesse ces paroles: « Je ne sortirai d'ici que sur l'ordre d'Aberce, l'évêque d'Hiérapolis! » Le démon lui plaçait sur les lèvres cette exclamation, dont la jeune fille n'avait pas conscience, car Aberce et Hiérapolis même lui étaient également inconnus. L'empereur voulut se renseigner sur cet Aberce, dont le nom lui était révélé en de si tristes circonstances. On lui parla des miracles opérés par le saint évêque; une lueur d'espérance pénétra dans le cœur de l'infortuné père. Il fit aussitôt partir pour Hiérapolis deux officiers de son palais, Valerius et Bassianus, avec une lettre pour le gouverneur Poplio et l'ordre d'amener honorablement à Rome le thaumaturge. Avant l'arrivée de ce message, Aberce avait eu une révélation divine. Le Seigneur lui dit : « Tu iras à Rome ; c'est moi qui t'y conduirai, pour y faire éclater la puissance de mon nom. Ne crains rien, ma grâce sera avec toi ». — « Que votre volonté s'accomplisse », répondit le Saint ; et le jour même il annonçait aux frères que la Providence ne tarderait pas à l'appeler à Rome. Cependant Valerius et Bassianus s'étaient embarqués à Brindes, sur un navire que le préfet Cornélien avait mis à leur disposition. Le vent leur était favorable, ils franchirent la mer Ionienne et abordèrent, le septième jour, sur les côtes du Péloponnèse. Prenant alors la route de terre et les relais impériaux, ils arrivèrent le quinzième jour à Byzance, d'où, sans faire halte, ils se dirigèrent par Nicomédie, vers Synnada, la métropole de la Petite Phrygie. Le gouverneur, Spinthère, leur fournit des guides qui les conduisirent à Hiérapolis, où ils arrivèrent à la neuvième heure du jour (trois heures après midi). En ce moment, Aberce rentrait à la ville, après sa conférence accoutumée. Les étrangers, le rencontrant sur leur chemin, lui demandent la demeure de Poplio. Le saint évêque s'offre à les y conduire. À peine le gouverneur eut-il lu la lettre impériale, qu'il la remit à l'homme de Dieu, en le suppliant de se rendre au désir de l'empereur. « J'irai d'autant plus volontiers », dit Aberce, « que le Seigneur m'a déjà manifesté sa volonté à ce sujet ».

Quarante jours après, le Saint débarquait à Porto, et arrivait à Rome, où les deux officiers le présentèrent au préfet du palais, Cornélien. L'empereur Marc-Aurèle avait quitté la capitale, pour organiser l'expédition contre les Marcomans, qui avaient eux-mêmes franchi le Rhin. Aberce fut sur-le-champ conduit à l'impératrice Faustine. À la vue de ce vieillard vénérable, dont le visage était empreint d'une majesté sainte, Faustine se sentit émue. « Je sais », dit-elle, « que vous servez un Dieu très-bon et très-puissant ; les officiers qui vous amènent m'ont confirmé toutes les choses merveilleuses qu'on m'a racontées de vous ; employez, je vous prie, votre pouvoir en notre faveur, rendez la santé et la vie à notre malheureuse fille. Nous saurons vous récompenser en vous comblant d'honneurs et de biens ». Ainsi elle parlait, ajoutent les Actes, et sa voix était pleine d'affection et de respectueuse sympathie. C'est que la nécessité lui en faisait une loi, et la forçait à implorer le secours du Dieu que les Césars poursuivaient gratuitement de leur haine, et qu'ils ne permettaient point d'adorer. Le thaumaturge répondit : « Je vous rends grâces de ces favorables intentions, mais les honneurs du monde ne nous touchent point, et la puissance que Dieu nous donne gratuitement pour faire le bien, nous en usons gratuitement. Où est votre fille ? » Faustine se précipite dans l'appartement de Lucilla, et veut l'amener au saint évêque. Mais le démon, qui obsédait la jeune fille, résiste ; Lucilla se roulait à terre, dans un accès de rage épouvantable ; tantôt son visage prenait la pâleur et la rigidité du marbre, tantôt un frisson convulsif agitait tous ses muscles. Enfin la démoniaque articula en hurlant ces paroles : « Te voilà donc, Aberce ! Je l'avais bien dit que je t'amènerais à Rome ! » — « Il est vrai, démon cruel », répondit le Saint, « mais tu n'auras pas à t'en féliciter ». Il ordonne ensuite de transporter Lucilla en plein air. On obéit, et la jeune fille est déposée dans la cour du palais attenant à l'hippodrome. Des officiers et des gardes se rangent en cercle autour de cette arène improvisée. Cependant le démon continuait à tourmenter sa malheureuse victime, qui vomissait mille injures contre le saint évêque. Aberce, levant les yeux, adressait à Dieu une fervente prière. Après quoi, fixant un regard souverain sur la démoniaque, il dit :

« Esprit du mal, sors de cette jeune fille. Jésus-Christ, mon Dieu, te l'ordonne ». À ces mots, le démon sortit en frémissant, et la jeune fille tomba inanimée aux pieds du thaumaturge. Tous les assistants la crurent morte et Faustine s'écria : « Qu'avez-vous fait ? Le démon s'est enfui, mais il a tué ma fille ! » Sans répondre, Aberce tendit la main à Lucilla, qui sembla s'éveiller d'un profond sommeil. Elle se leva et l'homme de Dieu la conduisit à sa mère, en disant : « Votre fille n'est point morte, mais elle est délivrée du démon ». Faustine se précipita, fondant en larmes, sur cette chère enfant, et la tint longtemps embrassée dans une étreinte maternelle, couvrant son visage de baisers. Il semblait qu'elle eût voulu s'incorporer cet être chéri, pour mieux se convaincre qu'il était rendu à sa tendresse. Dans l'ivresse de sa joie, elle n'avait plus conscience de ce qu'elle faisait ; enfin, quand cette première émotion fut calmée, sûre désormais de la santé de sa fille, Faustine supplia le saint évêque d'accepter un témoignage de sa reconnaissance impériale. « Que pouvez-vous donner à qui n'a besoin de rien ? » dit Aberce. « Un morceau de pain et quelques gouttes d'eau me suffisent ». Elle insista pourtant avec une telle opiniâtreté que l'homme de Dieu, contraint de formuler une demande, pria Faustine d'accorder aux pauvres d'Hiérapolis une distribution de blé, et de faire construire pour les malades un établissement aux sources thermales d'Agra, en Phrygie. L'impératrice donna immédiatement au préfet du palais, Cornélien, l'ordre d'inscrire la cité d'Hiérapolis, pour une distribution annuelle et gratuite de trois mille mesures de froment. Cette largesse impériale fut fidèlement maintenue jusqu'au règne de Julien l'Apostat, qui la fit supprimer, en haine des chrétiens, à l'époque où il abolit de même tous leurs autres privilèges, et confisqua toutes leurs propriétés. L'établissement de bains fut également construit au lieu désigné, qui changea dès lors pour le nom d'Agra Thermorum celui d'Agra Potamii, qu'il portait auparavant.

Aberce demeura assez longtemps à Rome, édifiant les assemblées des chrétiens par ses instructions salutaires et l'exemple de ses vertus. L'impératrice le retenait le plus possible, dans la crainte qu'après son départ le démon ne recouvrât son funeste empire sur Lucilla, sa fille. Cependant, le saint évêque eut une vision divine : « Aberce », lui dit le Seigneur, « il te faut songer aux besoins des fidèles de Syrie ». Le lendemain, il se présenta devant Faustine, calma ses terreurs, et lui demanda la permission de retourner dans sa patrie. Comme il manifestait l'intention de parcourir les provinces de la Syrie, l'impératrice fit mettre à sa disposition un navire qui le débarqua à Séleucie, d'où il se rendit à Antioche. Il visita ensuite Apamée et les cités voisines, apaisant partout les dissensions qui s'élevaient entre les Églises, et combattant l'hérésie marcionite, qui s'étendait alors comme une contagion parmi les chrétientés d'Orient. Franchissant l'Euphrate, il parcourut la Mésopotamie, visita la cité de Nisibe et les églises de cette contrée, proclamant partout sur son passage la véritable doctrine. Dans leur reconnaissance pour l'homme de Dieu, ces chrétientés voulurent lui remettre une somme importante, fruit d'une collecte spontanée à laquelle tous avaient unanimement contribué. Aberce refusa. « L'épouse de César », disait-il, « m'a ouvert les trésors de l'empire, je n'ai rien accepté ; permettez-moi d'en user de même avec vous ». Cette réponse attrista les frères, sans les persuader, et ils renouvelèrent leurs instances. En ce moment un chrétien, d'une naissance illustre, Barcksan, prit la parole : « Frères », dit-il, « il ne convient pas de faire violence à cet homme de Dieu ; notre argent est indigne de lui ; mais il ne saurait nous empêcher de

rendre à sa vertu l'hommage qu'elle mérite. Qu'il nous suffise de le proclamer : Aberce est l'égal des Apôtres ! » Toute l'assemblée éclata en applaudissements.

En quittant ces régions lointaines, Aberce parcourut les deux provinces de Cilicie, la Lycaonie et la Pisidie. Il arriva à Synnada, métropole de la Petite Phrygie, s'y reposa quelques jours au milieu des chrétiens, qui se disputaient l'honneur de lui offrir l'hospitalité, et se dirigea vers sa ville épiscopale. La nouvelle de son prochain retour l'y avait précédé. Un peuple immense, avide de contempler ses traits et d'entendre les accents de sa voix bénie, accourut à sa rencontre. L'homme de Dieu, en présence de cette foule qui remplissait toute la cité, étendit les mains et bénit son peuple. Il reprit ensuite sa vie accoutumée, parcourant chaque jour la ville, prêchant en liberté la parole du salut, administrant le baptême, exorcisant les démoniaques, guérissant les infirmes et manifestant la puissance de l'Esprit-Saint par des œuvres miraculeuses. Il composa un livre, intitulé *Adornitis*, *Doctrine*, qu'il laissa aux prêtres et aux diacres de son Église, afin que même après sa mort il continuât par la bouche de ses successeurs à instruire son peuple. Quelque temps après, il eut une dernière vision : « Aberce », lui dit le Seigneur, « l'heure approche où je t'accorderai le repos, après tant de labeurs ». Le saint évêque désigna alors le lieu où il voulait être enseveli, et y fit graver l'inscription que nous rapporterons tout à l'heure. Puis, rassemblant autour de lui les prêtres, les diacres et quelques-uns des fidèles d'Hiérapolis, il leur dit : « Mes petits enfants, le terme de ma vie est arrivé ; troupeau chéri, je vais me séparer de vous, pour aller consommer, avec le Dieu qui a réjoui ma jeunesse, une éternelle union. Je vais à Celui dont le divin amour remplit mon cœur. Maintenant, il vous faut songer à choisir du milieu de vous un évêque, qui, après moi, vous dirige dans les pâturages du Seigneur, et dont les brebis entendent et respectent la voix ». Quand il eut parlé ainsi, les assistants se recueillirent, et après quelques instants de délibération, ils élurent unanimement le plus ancien des prêtres d'Hiérapolis, qui se nommait Aberce, comme leur saint évêque. L'illustre vieillard lui donna lui-même son suffrage, et étendant sa main vénérable, il le bénit, en disant : « Aberce, sois évêque, par l'autorité de Dieu, et, autant que je le puis, par la mienne ! » Alors il leva les yeux et les mains au ciel, et pria en silence. Dans cette attitude, il rendit au Christ son âme bienheureuse. Les anges escortèrent au ciel celui qui avait mené ici-bas une vie angélique. Cependant le peuple accourut de toute la ville, pour entourer le corps du saint évêque. Après le chant des hymnes sacrés, ses précieux restes furent portés, en grande pompe, au lieu qu'il avait marqué pour sa sépulture, et déposés comme un trésor inestimable sous le marbre où il avait fait graver son épitaphe.

## NOTE HAGIOGRAPHIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE

### SUR LES ACTES ET L'INSCRIPTION DE SAINT ABERCE.

### LA FAMEUSE INSCRIPTION D'AUTUN.

Parmi les monuments hagiographiques concernant la quatrième persécution générale, les Actes de saint Aberce occupent le premier rang dans l'ordre chronologique. La critique du XVIIIe siècle, par l'organe de Tillemont, avait déclaré que ces Actes n'étaient qu'un tissu de fables, inventées à plaisir par Siméon Métaphraste, et reproduites sans discernement par Surius. Ce jugement sommaire fut adopté sans réclamation. Un récent historien de l'Église (Henrion) écrivait en 1836 : « L'histoire de saint Aberce, que Surius a insérée dans son recueil des *Vies des Saints*, ne mérite aucune croyance ». Le plus illustre héritier de la science et de l'érudition de nos Bénédictins, Dom Pitra, aujourd'hui cardinal, avait cependant déjà fait ses réserves, dans le *Spécilegium Solemnense*. « Je sais », disait-il en 1855, « que l'imagination byzantine, si féconde en témérités, pour ne pas dire en inepties, a largement brodé sur le thème des Actes primitifs de saint Aberce, en sorte que, depuis Baronius, la plupart des historiens ont cru devoir s'abstenir de citer un monument défiguré. Cependant, sous les surcharges posthumes, il est facile de distinguer les vestiges de l'édifice ancien, et de reconnaître la main d'un habile architecte. Je me plais à espérer que les nouveaux Bollandistes, qui travaillent peut-être en ce moment sur cet intéressant sujet, ne manqueront pas de faire le triage, rétablissant les parties anciennes de l'œuvre et signalant les additions apocryphes de date plus récente ». L'espoir de Dom Pitra n'a pas été frustré. Les nouveaux Bollandistes ont expurgé les Actes du saint évêque d'Hiérapolis et ont prouvé, dans une dissertation approfondie et victorieuse, que Tillemont avait eu tort de les reléguer parmi les fables apocryphes. C'est ce texte expurgé que nous venons d'offrir à nos lecteurs catholiques.

« Qu'ils me pardonnent », ajoutait-il, « de leur offrir ici une pierre isolée, pour servir à la reconstruction de l'édifice. Je n'ai pas eu pour la polir leur science proverbiale ; mais, tel qu'il est, ce monument, dégagé du travestissement de l'ignorance byzantine, resplendit des plus brillants caractères de l'antiquité chrétienne et de la plus incontestable authenticité ». La pierre précieuse, véritable diamant, que l'éminent bénédictin extrayait des Actes de saint Aberce, est l'épitaphe, en vers hexamètres, de cet évêque d'Hiérapolis. Les compilateurs byzantins ne paraissent pas s'être doutés que ce morceau fût rythmé. Ils l'ont transcrit négligemment dans leur recueil, sans tenir compte de la coupe des vers, omettant çà et là, par incurie ou par ignorance, des particules, des mots entiers, qui rompent la mesure poétique. Avec la célèbre inscription d'Autun, dont nous aurons bientôt l'occasion de parler, c'est un des plus précieux monuments de l'archéologie chrétienne au IIe siècle. En voici une traduction aussi exacte qu'il nous a été possible de la rendre : « Citoyen de cette illustre ville, j'ai fait de mon vivant construire ce tombeau, pour que mon corps y repose un jour. Aberce est mon nom ; je suis le disciple du Pasteur immaculé, qui dirige la troupe de ses agneaux spirituels à travers les plaines et les vallées, et dont l'œil souverain contemple toutes choses. Il a daigné m'apprendre les paroles sacrées de la vie. C'est lui qui m'a fait entreprendre le voyage de Rome ; j'ai vu la cité reine ; l'auguste épouse de César à la robe et aux chaussures d'or ; j'ai vu ce peuple puissant qui porte au doigt les anneaux splendides. Au retour, j'ai parcouru les campagnes de la Syrie et ses nombreuses villes ; Nisibe et les régions situées au-delà de l'Euphrate. Partout j'ai rencontré l'unanimité des esprits et des cœurs. La foi présentait à chacun des fidèles et distribuait le même aliment céleste, l'*Ichthus* de la source sacrée, auguste et divin poisson qu'une Vierge sans tache reçut la première, et qui s'offre aux bien-aimés du Père pour être consommé à jamais, dans la participation du vin délectable, mêlé au pur froment. Telles sont les paroles que moi, Aberce, dans la soixante-douzième année de mon âge, j'ai fait graver sur ce marbre. Quiconque lira ces lignes et partagera ma croyance, priera pour moi. Que nul ne soit assez téméraire pour usurper ma tombe pour une autre sépulture. Le violateur serait condamné à payer deux mille pièces d'or au fisc romain, et mille à ma douce patrie, la cité d'Hiérapolis ». Cette dernière clause était une formule officielle généralement employée dans les inscriptions des tombeaux. Elle rappelait l'amende, imposée par les lois romaines, aux profanateurs de sépulture. La partie vraiment intéressante de l'épitaphe est celle qui constitue l'autobiographie du saint évêque, et sa profession de foi. Il nous faut mettre en regard de l'inscription d'Aberce, celle qui fut naguère découverte à Autun, et qui date de la même époque. La foi au mystère Eucharistique tenait le même langage sur la terre des Gaules et dans les plaines de la Phrygie.

Le 24 juin 1839, Mgr d'Héricourt, évêque d'Autun, accompagné de M. Devoucoux (maintenant évêque d'Évreux), parcourait les ruines du polyandre de Saint-Pierre l'Estrier, ce fameux cimetière de l'antique cité éduenne. La pensée des deux visiteurs se reportait au temps des persécutions, quand les fidèles donnaient en ce lieu la sépulture à l'évêque et martyr saint Bévérien, venu de Rome pour apporter à la terre des Gaules le double témoignage de la parole et du sang. Ces glorieux souvenirs planaient sur le champ maintenant désolé, où la pioche inintelligente des ouvriers venait, comme dans une carrière, arracher aux tombes des ancêtres des matériaux pour servir à des constructions nouvelles. Parmi les débris amoncelés, le regard des illustres pèlerins se fixe sur un marbre rompu, où des caractères grecs de la plus belle époque semblaient solliciter l'attention d'un dernier lecteur, avant de disparaître pour jamais sous la truelle d'un maçon du XIXe siècle. Le précieux fragment fut aussitôt recueilli ; mais il était fruste. En cherchant parmi les décombres d'alentour, la pioche avidité des visiteurs put retrouver cinq autres débris dont les fractures juxtaposées reconstituaient une table de marbre de cinquante centimètres de haut, sur cinquante-deux de large. Mgr d'Héricourt les fit transporter au petit séminaire d'Autun. Là se trouvait un jeune professeur, qui portait le nom encore inconnu et depuis si célèbre de Pitra. À la vue de ce marbre, au grain pur et poli, pareil à ceux de provenance italienne, dont les fouilles pratiquées à Autun lui avaient déjà offert tant d'exemplaires, à la vue surtout de ces caractères grecs qui n'avaient déjà plus de secrets pour lui, le futur cardinal reconnut un monument chrétien de la fin du IIe, ou tout au plus du commencement du IIIe siècle. Mais les six fragments qu'il avait sous les yeux ne complétaient point le texte entier de l'inscription en vers grecs, dont les deux premières lignes se trouvaient interrompues par une lacune de neuf lettres, et les sept dernières par une autre plus considérable de quatre-vingt-dix lettres. « Je courus sur-le-champ », dit-il, « au lieu où cette magnifique découverte venait de se produire. Je fis retourner en tout sens, jusqu'à une profondeur de quatre pieds, le monceau de débris ; j'en examinai chaque pierre ; et enfin j'eus la joie de retrouver le septième fragment, le moins large de tous, mais celui qui donnait la clef de tous les autres, et portait le nom du chrétien en l'honneur duquel l'inscription avait été tracée ». Quelques mois après, toute l'Europe savante se préoccupait du marbre d'Autun. L'inscription était gravée, traduite, et commentée dans toutes les langues. La voici dans son intégrité, désormais impérissable : « Race divine de l'Ichthus céleste, au cœur sacré, embrasse, avec ardeur, la vie immortelle parmi les mortels. Ô bien-aimé, rajeunis ton âme dans les eaux divines, par les flots éternels de la sagesse qui surpasse tous les trésors. Reçois du Sauveur des Saints l'aliment doux comme le miel ; prends, mange et bois ; ta main porte l'Ichthus. Divin Ichthus, entends ma prière. Je t'en conjure, Maître et Sauveur, que ma mère repose en paix ! Lumière des morts, c'est à toi que j'adresse mes vœux. Aschandius, mon père, toi que je chéris d'un cœur filial, avec ma douce mère et tous les miens dans la paix du divin Ichthus, souviens-toi de Pectorius, ton enfant ».

Pour mieux faire comprendre l'importance de cette découverte, il n'est pas hors de propos d'indiquer les points dogmatiques auxquels l'inscription d'Autun apportait son irrécusable témoignage. La divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ se trouvait tout d'abord attestée par la signification même du terme symbolique Ichthus, dont Tertullien, saint Optat de Milève, et saint Augustin, nous avaient depuis longtemps révélé le mystérieux arcane. Les titres de Sauveur, de Christ, de Jésus, de Fils de Dieu, renfermés implicitement dans cet antique anagramme, sont explicitement confirmés par ceux de Seigneur, Sauveur des Saints, Lumière des morts. Le rationalisme moderne qui demande où était, au IIe siècle, la croyance à la divinité de Jésus-Christ, peut se renseigner dans l'inscription d'Autun et dans celle d'Aberce. Nous n'avons point inventé ces deux monuments, pour le besoin d'une cause préconçue ; l'un a été exhumé sur notre terre de France, comme une réprobation anticipée des sophismes actuellement en circulation dans notre patrie ; l'autre a été arraché par la philologie du milieu des décombres de la littérature byzantine ; tous deux, merveilleusement échappés au vandalisme de la pioche et à celui de l'ignorance, attestent que l'Orient et l'Occident croyaient, au IIe siècle de notre ère, le dogme fondamental de la divinité de Jésus-Christ. L'Évangile, tel que nous le lisons aujourd'hui, avait donc dès lors fait le tour du monde. Il n'attendait donc point du temps ni des légendes populaires ce complément tardif, qui aurait fixé seulement au XIe ou XIIe siècle sa rédaction définitive. Le gallicanisme de Launoy et de Baillet, faisant remonter à l'an 250, sous l'empire de Dèce, l'arrivée des premiers missionnaires de la foi dans l'intérieur des Gaules, recevait là un de ces démentis lapidaires qui renversent pour jamais les thèses du parti pris. Son frère puîné, le jansénisme, avait usé les derniers souffles de sa vie mourante contre l'idolâtrie romaine du culte rendu au sacré cœur de Jésus-Christ. Les premiers vers de l'inscription d'Autun était précisément un hommage au sacré cœur de Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. C'est ainsi que la Conception immaculée de la sainte Vierge et sa très-pure maternité, ces dogmes catholiques contre lesquels le protestantisme et le rationalisme se sont élevés de concert, étaient proclamés, en l'an 166, dans l'inscription du saint évêque d'Hiérapolis. La piscine baptismale, ce nom dérivé dans notre langue liturgique, comme nous l'apprend saint Optat de Milève, du mystérieux Piscis, Ichthus, sous le symbolisme duquel les chrétiens persécutés voilaient aux regards du paganisme tout l'ensemble de leur foi religieuse, nous apparaît dans l'inscription d'Autun, comme la source unique de la régénération des âmes par Jésus-Christ. Dès lors l'unité du baptême, son efficacité, son obligation absolue étaient, en l'an 166, des dogmes aussi connus des fidèles d'Augustodunum qu'ils le sont des catholiques de nos jours. Mais c'est surtout au point de vue du sacrement auguste de l'Eucharistie que l'inscription d'Autun et celle d'Aberce offrent le plus d'intérêt. Des bords de la Tamise aux rives de l'Oder, de Genève à Berlin et de Londres à Copenhague, toutes les fractions éparses de l'hérésie protestante ont frémi, en apprenant que le dogme de la présence réelle était écrit sur un marbre du IIe siècle, en pleine terre des Gaules et dans l'épitaphe d'un évêque phrygien qui mourait à plus de soixante-douze ans, sous Marc-Aurèle, sans faire mention d'une épouse quelconque, dont le dévouement l'eût aidé à traverser le chemin de la vie. Un évêque non marié à Hiérapolis, en l'an 166, et croyant à la transsubstantiation ! il y avait de quoi faire tressaillir, sous les tombes de Westminster, tous ces évêques anglicans, dont l'éloge lapidaire se termine invariablement par la formule banale : *Conjugi marentissimo uxor marentissima*. Depuis que la vérité catholique éclate ainsi, par toutes les voies du passé, et que les pierres mêmes en redisent l'écho dix-huit fois séculaire, le protestantisme s'affaisse sous une défaillance voisine de l'agonie. Les âmes qu'il retint si longtemps captives ont soif de tradition, d'amour, de prière et de vérité. Le sacrement de l'Eucharistie, l'antiquité et l'efficacité des paroles sacramentelles, la communion sous une seule espèce, la prière pour les morts, l'intercession des Saints, tous ces dogmes que Luther et Calvin avaient niés ressortent du monument lapidaire d'Autun, comme une confirmation éclatante de la pureté du symbole catholique. Nous ne saurions donc nous étonner du retentissement que la découverte inespérée du marbre d'Aschandius a eu

dans toute l'Europe. Et plût à Dieu que les multitudes encore égarées dans les sentiers de l'erreur ne fussent point, par leur ignorance même, dans l'impossibilité de comprendre, comme les savants, les deux inscriptions d'Autun et d'Aberce !

Nous sommes redevable de ce magnifique monument hagiographique, et palpitant d'intérêt à notre époque rationaliste, à M. l'abbé Darras, Histoire générale de l'Église, tome VII, pages 261-264.

Événements marquants

  • Destruction des idoles des temples d'Apollon, Hercule, Diane et Vénus à Hiérapolis
  • Guérison de trois démoniaques sur le Forum
  • Conversion et baptême de la foule d'Hiérapolis
  • Guérison de Phrygella, mère du gouverneur Poplio
  • Voyage à Rome pour délivrer Lucilla, fille de l'empereur Marc-Aurèle, d'un démon
  • Mission en Syrie, Mésopotamie (Nisibe) et Lycaonie pour combattre l'hérésie marcionite
  • Rédaction de son épitaphe et de son livre Adornitis

Miracles

  • Exorcisme de trois jeunes gens sur le Forum
  • Guérison instantanée de la cécité de Phrygella
  • Délivrance de Lucilla à Rome
  • Obtention d'une distribution annuelle de blé pour les pauvres d'Hiérapolis

Citations

Aberce est mon nom ; je suis le disciple du Pasteur immaculé

— Épitaphe d'Aberce

La foi présentait à chacun des fidèles et distribuait le même aliment céleste, l'Ichthus de la source sacrée

— Épitaphe d'Aberce