Saint Albert d'Espain

Religieux et Ermite

Fête : 7 avril 12ᵉ siècle • saint

Résumé

Né près de Tournai, saint Albert vécut une vie d'austérités extrêmes comme ermite puis comme moine à l'abbaye de Crespin au XIIe siècle. Connu pour ses jeûnes prodigieux et ses visions, il finit ses jours en reclus, opérant des miracles comme la transformation de l'eau en vin. Il mourut le jour de Pâques 1140.

Biographie

SAINT ALBERT, RELIGIEUX

Nous savons que si cette maison de terre où nous habitons vient à se dissoudre, Dieu nous donnera dans le ciel une autre maison qui ne sera point faite de main d'homme et qui durera éternellement. // Cor., v, 1.

Saint Albert était natif d'un village nommé Espain, près de Tournai, en Flandre. Son père s'appelait Albade et sa mère Elvide. Il donna, dès sa jeunesse, des marques de ce qu'il serait un jour, par son amour pour la retraite, son assiduité à l'oraison, ses jeûnes presque continus et extrêmement rigoureux, sa charité pour les pauvres, et le zèle très-ardent qu'il avait de la gloire de Dieu. Il se levait la nuit pour prier ; et, de peur d'être découvert dans l'abondance des larmes qu'il versait et dans les rigueurs qu'il exerçait sur son corps, il se retirait dans la bergerie, où il ne pouvait être aperçu de personne. Ayant un jour entendu un trouvère qui chantait la conversion de saint Thibaud de Provins, ses austérités, ses vertus et son heureuse mort, il en fut si touché, qu'il résolut, dès l'heure même, de se sevrer de toutes les satisfactions de la chair, et d'entreprendre une vie de pénitence et de croix continuelles. Il alla trouver un saint ermite, religieux et prêtre du monastère de Crespin, qui s'était retiré dans une cellule à l'écart, par la permission de son abbé, pour n'avoir plus de conversation que dans le ciel. Albert se mit donc sous la conduite de ce saint homme, et, comme ils avaient tous deux les mêmes inclinations pour la pénitence, on ne saurait croire de quelle manière ils affligèrent ensemble leur corps durant plusieurs années. Ils passaient souvent plusieurs jours sans pain, et n'ayant point d'autre aliment que des herbes sauvages, qu'ils étaient quelquefois obligés d'arracher au milieu des glaçons pendant l'hiver. Le froid ne les tourmentait pas moins que la faim, parce qu'ils étaient presque nus et qu'ils n'avaient point de feu pour se réchauffer, lorsque la rigueur de la saison leur avait glacé le corps. Par ces austérités, ils devinrent si maigres et si pâles, qu'à peine pouvait-on les reconnaître, et que les bergers mêmes avaient horreur de les regarder. Mais cela n'empêchait pas leur esprit d'être plein de vigueur : ils passaient avec joie les jours et les nuits à célébrer les divins Mystères dans la chapelle de l'ermitage, et à chanter des psaumes et des cantiques à la louange de Dieu.

Cependant, ils se virent contraints de quitter pour un temps leur solitude et de faire un voyage à Rome : car l'abbé de Crespin, nommé Régnier, étant obligé d'aller vers le Pape pour faire confirmer les privilèges de son abbaye, voulut avoir ces deux saints solitaires en sa compagnie. Ils firent tous trois ce voyage les pieds nus, la haire sur le dos et sans autres richesses que l'abondance de leur pauvreté ; ils souffrirent beaucoup pendant le chemin, et l'un d'eux tomba malade. Lorsqu'ils furent à Rome, ils apprirent que le pape Urbain II était allé à Bénévent. Régnier, voyant que ses deux compagnons avaient besoin de repos, les fit entrer dans le monastère de Vallombreuse, où ils furent reçus par les saints religieux de cette maison, avec une charité digne des véritables enfants de saint Benoît ; pour lui, il poursuivit son chemin et alla à Bénévent, où le Pape lui accorda ce qu'il demandait. À son retour, il les reprit à Vallombreuse et les ramena avec lui en Hainaut ; ils se renfermèrent dans leur ermitage et y continuèrent leur vie angélique que leur voyage n'avait point interrompue.

Quelque temps après, Albert eut une vision, dans laquelle il s'imaginait être monté sur un grand arbre, entre Asnon et Saint-Amand, abbayes du Hainault, tandis qu'un aigle ou un vautour blanc lui présentait de son bec un habit religieux. Il crut que Dieu l'avertissait par là d'entrer dans un monastère, et, sans différer davantage, il alla supplier l'abbé de Crespin de le recevoir au nombre de ses religieux. Quelques-uns d'entre les frères s'y opposèrent d'abord, parce qu'ils ne voyaient en son extérieur rien qui leur plût ; mais l'abbé lui tendit les bras d'autant plus volontiers qu'il avait connu, par son expérience, sa sainteté et les qualités admirables de son âme. Il brilla bientôt, au milieu d'eux, par le concert de toutes sortes de vertus, comme un soleil au milieu des étoiles, de sorte qu'ils changèrent leur mépris en admiration, et leur indifférence en un amour et une bienveillance toute singulière. Il fut fait prévôt et cellérier de la maison, et il s'acquitta si bien de ces offices, qu'ils le jugeaient digne des premières dignités de leur maison. En effet, tandis qu'il faisait son possible pour assister les malades et pour donner à chacun ce dont il avait besoin, il était si sévère envers lui-même, qu'il n'avait pour lui que du pain, de l'eau et un peu de légumes, une fois le jour. Jamais ni chair, ni lait, ni fromage n'entrèrent dans sa bouche. Un banc était tout son lit ; le plus vieil habit et le plus déchiré était celui qu'il aimait le plus ; il ne quittait son cilice que pour en prendre un autre, ou pour raccommoder celui qu'il avait. Il récitait tous les jours à genoux, avant Matines, les cent cinquante psaumes de David ; il assistait aux divins offices avec une ferveur et une attention merveilleuses. Hors le temps des prières communes, il faisait souvent des génuflexions pour adorer la majesté de Dieu présente en tous lieux. En un mot, on voyait en lui un modèle parfait d'un véritable religieux.

Cependant il soupirait toujours après sa première solitude ; et, après vingt-cinq ans de vie cénobitique, il reconnut que c'était la volonté de Dieu qu'il y retournât. Il en obtint la permission de son abbé, selon l'intention de la règle de saint Benoît. Sa vie, en cette dernière retraite, surpassa incomparablement tout ce qu'il avait fait auparavant. Au bout de trois ans, un grand débordement d'eau ayant environné sa cellule, il fut plusieurs jours, non-seulement sans vivres, mais aussi, ce qui lui était beaucoup plus intolérable, sans pouvoir entendre la messe. Dans cette extrémité, il invoque la Sainte Vierge : elle lui apparut, le consola et lui mit un morceau d'un pain extraordinaire dans la bouche ; il en reçut une si grande force, que le reste de sa vie, qui fut encore de vingt-deux ans, il n'eut point besoin de manger de pain, mais un peu d'herbes et de racines lui suffirent. Il resta aussi vingt ans sans boire, quoiqu'il ne se fût jamais obligé, par vœu, à cette mortification si extraordinaire.

La bonne odeur de ses vertus se répandant de tous côtés, et attirant une infinité de monde à sa cellule, Burcard, évêque de Cambrai, le fit prêtre et lui donna le pouvoir d'administrer les sacrements de la Pénitence et de l'Eucharistie à ceux qui viendraient vers lui. Il reçut même des papes Pascal II et Innocent II, l'autorisation de remettre toutes sortes de cas réservés ; mais il ne s'en servait que dans l'extrémité, et obligeait ordinairement les pénitents, dans ces occasions, à demander l'absolution à leurs évêques. Il disait tous les jours deux messes, l'une pour les vivants et l'autre pour les morts. Il récitait cent cinquante Ave Maria, partie à genoux, partie prosterné en terre. Il avait aussi coutume de chanter les Vigiles des morts à neuf leçons, et de dire à chaque Nocturne cinquante psaumes, en sorte qu'il récitait tout le Psautier chaque jour. Il ajoutait tous les jours de nouvelles austérités aux précédentes. Enfin, son historien assure qu'il eût été difficile de trouver un tyran qui l'eût traité aussi rigoureusement qu'il s'est traité lui-même durant tant d'années ; il en conclut qu'il haïssait véritablement son corps, et qu'il mérite avec justice la glorieuse qualité de martyr de Jésus-Christ.

Il n'était pas seulement visité du peuple, mais des évêques, des religieux, des chanoinesses, dont il y avait plusieurs communautés dans ce pays. De grands seigneurs et des dames de la plus haute condition venaient à sa cellule pour y recevoir de la lumière dans leurs difficultés, de la consolation dans leurs peines et du remède dans leurs tentations. En un mot, il était comme le miracle de son siècle et l'asile de tous les malheureux. Le comte Arnoul, frère de Baudoin, comte de Hainault, étant attaqué d'une dangereuse maladie pour laquelle les médecins ne trouvaient point de remède, se fit porter à son ermitage. Après s'être confessé à lui, il le pria de lui faire donner à boire, parce que la fièvre le brûlait et le tourmentait. Le Saint lui dit qu'il n'y avait point en ce lieu d'autre liqueur que de l'eau de puits : le comte en souhaita ; et le Saint lui en ayant fait tirer, fit la bénédiction dessus et la lui présenta. Mais cette bénédiction fut si puissante, que l'eau se changea en un vin plus généreux et plus agréable que n'est celui des coteaux les mieux situés ; que dis-je ? elle fit un si grand changement dans son corps et le fortifia tellement, qu'il fut guéri au même instant, et qu'il s'en retourna chez lui en parfaite santé et sans aucun reste de son incommodité.

Enfin, il plut à Dieu de couronner les mérites de cet admirable solitaire, qui avait joint les rigueurs de la plus sévère pénitence à une vie si pure et si innocente, qu'on ne croit pas qu'il ait jamais perdu, par un péché mortel, la grâce qu'il avait reçue au baptême. Il tomba donc malade peu de jours avant Pâques, et, sentant que sa fin approchait, il envoya chercher Dom Angilbert, prieur de Crespin, pour lui administrer les derniers sacrements, qu'il reçut avec une dévotion toute angélique. Enfin, le jour même de Pâques de l'année 1140, le 7 avril, il rendit son esprit à Dieu pour être couronné de sa gloire.

Son corps fut enseveli dans son propre ermitage, par les vénérables abbés de Crespin et de Saint-Amand; depuis, il a été transféré en l'abbaye de Crespin; quelques ossements ont été donnés, partie à l'abbaye d'Haulmont, en Hainault, et partie aux Sœurs noires de Mons et à l'église paroissiale d'Esparu, lieu de la naissance de ce grand Saint.

On rencontre, à peu de distance de Condé et de Crespin, une chapelle qui porte le nom de Saint-Albert, et qui a été érigée en église paroissiale. Il y a aussi au village de Blaheries, entre Saint-Amand et Tournai, une chapelle placée sous l'invocation de l'humble reclus. On l'invoque surtout pour la guérison de la fièvre. Les malades prennent avec confiance, pour cet effet, de l'eau d'un puits qui porte son nom. Voici une prière ancienne qu'ont coutume de réciter les personnes qui se recommandent à son intercession.

« O très-saint père Albert, fidèle et juste serviteur du Dieu très-haut, vous qui portez secours à ceux qui ont la fièvre et donnez le remède aux personnes attaquées de diverses maladies, je vous en prie, par votre compassion accoutumée, ayez pitié de moi, et rendez à la santé par vos prières, celui qu'une fièvre longue et douloureuse tourmente, afin que, sain d'âme et de corps, je puisse rendre des actions de grâces au Dieu tout-puissant et le servir tous les jours de ma vie ».

Voici quels sont les attributs populaires de saint Albert dans les arts : un aigle laisse tomber près de lui l'habit bénédictin ; ce qui détermine sa vocation ; — il est debout près d'un puits, avec une échelle à la main, pour rappeler que pendant vingt ans, il se priva de tout breuvage, même d'eau.

Nous nous sommes servi, pour faire ce résumé, de sa vie écrite par Robert, archidiacre d'Ostrovand, et rapportée par Surius et par les continuateurs de Bollandus.

Événements marquants

  • Retraite de jeunesse dans une bergerie pour prier
  • Vocation déclenchée par le chant d'un trouvère sur saint Thibaud de Provins
  • Vie d'ermite avec un prêtre de Crespin
  • Voyage à Rome à pied avec l'abbé Régnier et séjour à Vallombreuse
  • Vision d'un aigle lui présentant l'habit religieux
  • Entrée au monastère de Crespin (prévôt et cellérier)
  • Retour à la vie d'ermite pour les 25 dernières années
  • Jeûne miraculeux de 22 ans après une apparition de la Vierge

Miracles

  • Transformation de l'eau du puits en vin pour guérir le comte Arnoul
  • Survie de 22 ans sans pain après avoir mangé un pain céleste donné par la Vierge
  • Privation de boisson pendant 20 ans

Citations

O très-saint père Albert, fidèle et juste serviteur du Dieu très-haut, vous qui portez secours à ceux qui ont la fièvre...

— Prière ancienne citée dans le texte